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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Peter Mullan
The Magdalene Sisters (Peter Mullan, 2002)

Les sœurs Madeleine, ce sont celles qu’on nommait « filles perdues » : elles avaient fauté avant le mariage. Toutes ces (parfois très) jeunes femmes se trouvent ici pour des raisons diverses mais ayant toutes, de près ou de loin un rapport avec le sexe.

Rose (Dorothy Duffy) parce qu’elle a mis au monde un joli petit bébé, un jour de 1963. Margaret (Anne-Marie Duff) parce qu’elle a été violée par son cousin. Et Bernadette (Nora-Jane Doone parce qu’elle répondait aux garçons qui matent les filles de l’orphelinat.

Elles arrivent toutes les trois en même temps, et se retrouvent sous la férule de sœur Bridget (Geraldine « Miss Marple » McEwan), qui les envoie travailler avec les autres « pauvres filles », laver, rincer, sécher et repasser le linge.

C’est donc un bagne moderne, à l’abri des regards, où on rappelle sans cesse à toutes ces femmes leur faute originelle et leur obligation d’expier. Eternellement.

J’oubliais : nous sommes en Irlande et la révolution sexuelle n’est pas près d’arriver…

 

C’est pendant presque 240 ans que ce genre d’institution – essentiellement catholique – a prospéré un peu partout dans le monde (surtout anglophone), et pus de 30.000 femmes qui y ont vécu, et dont certaines n’ont pas survécu. Parmi ces dernières, la présence depuis plusieurs décennies était le meilleur garant de leur fidélité : s’enfuir ? Pour aller où ?

Et ce que montre Peter Mullan, c’est un univers qui n’est pas sans rappeler la prison : des femmes sont des prisonnières et en plus, elles n’ont même pas la possibilité d’une visite : de toute façon, il n’y a pas de parloir. Pour en sortir, trois possibilités : mourir, entrer dans les ordres, ou s’évader. Mais il en existe une autre que je vous laisserai découvrir…

 

Bien évidemment, lors de la projection à Venise (pendant la Mostra), le Vatican n’a pas beaucoup apprécié (tiens, tiens…), jugeant ce film anticlérical. Mais pas besoin de faire dans l’anticléricalisme pour comprendre que ces religieuses ne le sont pas toujours. Quant au curé, on ne peut que donner raison à la malheureuse Crispina (Eileen Walsh).Parce que si ces jeunes femmes ont toutes le même dénominateur commun, cet « homme de Dieu » a tendance à en abuser… Comme quoi, rien de nouveau.

 

Toujours est-il que Mullan signe ici un film choc sur ces drôles de blanchisseries : on y lave le linge sale, mais on n’en ressort pas propre pour autant, et encore moins en odeur de sainteté. Et cet enfer carcéral est véritablement plombé par la religion omniprésente, de la prière matinale aux actions de grâces prandiales, en passant par les lectures dans le réfectoire à chaque repas. Sans oublier la rédemption qui permet à certaines femmes – les religieuses – de maintenir d’autres femmes – les victimes « emprisonnées » – sous leur joug, avec en prime des sévices physiques.

 

Non seulement le film de Mullan a ouvert certains yeux sur cette abomination (1), mais il va encore falloir attendre sept ans pour que les autorités britanniques rendent un rapport de la situation (partielle, toutes les maisons n’ont pas été étudiées) !

Là encore, l’interprétation joue un grand rôle dans la qualité du film : normal, Mullan est avant tout un acteur, alors il ne peut qu’être un réalisateur généreux avec ses interprètes.

Et son trio de premier plan est d’une grande justesse. Toutes les trois sont des pensionnaires convaincantes, chacune dans son malheur et, dirais-je, son injustice. Injustice pour Rose qui perd son prénom à la suite de son enfant (adopté), injustice pour Margaret qui a été violée, et injustice pour Bernadette, beaucoup trop jolie pour être honnête, bien sûr.

Avec en prime Anne-Marie Duff qui est la plus âgée des trois mais interprète semble-t-il la plus jeune !

Et n’oublions pas les nonnes, Geraldine McEwan (bien loin de Miss Marple !) en tête, dont les agissements sont d’une ignominie grave. Là encore, le principe hitchcockien est appliqué : les méchantes le sont vraiment, et on a plaisir à les haïr.


A voir, rien que pour prendre conscience de la vie de ces pauvres femmes.

 

  1. Les miens entre autres, et ceux qui n’ont vu que le film : le documentaire (Sex in a cold Climate, 1998) a inspiré Mullan pour son scénario.
Blanchisserie irlandaise, début XXème siècle

Blanchisserie irlandaise, début XXème siècle

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Histoire, #Comédie dramatique, #Eric Besnard
Délicieux (Eric Besnard, 2021)

Rarement un film n’aura porté aussi judicieusement son nom !

Le long métrage que nous propose Eric Besnard est absolument délicieux, et se déguste avec gourmandise et en prenant son temps, comme un bon repas.

 

Pierre Manceron (Grégory Gadebois) est le cuisinier attitré du duc de Chamfort (Benjamin Lavernhe). A chaque agape, c’est une profusion de mets variés et colorés, dont la richesse n’a d’égale que celle de son commanditaire. Malheureusement pour lui, un jour il a la mauvaise idée de marier truffe et pomme de terre, ce vil légume. Il est renvoyé et se retrouve dans un taudis qui fut jadis occupé par son père : un ancien relais de poste. Aidé de son fils Benjamin (Lorenzo Lefèbvre), il rouvre l’établissement, proposant un brouet restaurant pour les voyageurs de passage qui cherchent avant tout à reprendre des forces.

Et puis arrive Louise (Isabelle Carré), une femme sortie de nulle part et qui veut apprendre auprès de ce célèbre maître-queux tombé en disgrâce.

Pendant ce temps, l’homme commence à voler grâce aux frères Montgolfier…

 

Nous sommes donc à la fin des années 1780, et quand le film se termine, une nouvelle ère va s’ouvrir. Pour la France mais aussi pour la gastronomie. En effet, si Pierre Manceron est un personnage fictif, il n’est donc pas l’inventeur du restaurant qui existe depuis longtemps déjà en Chine et une trentaine d’années à Paris. Mais ce qu’il propose dans son établissement est l’autre révolution, la culinaire. Tous les concepts relatifs au restaurant que nous connaissons aujourd’hui sont là : qualité de la nourriture, mesure des portions, accueil, tarifs progressifs… Puisque je vous dis qu’il y a tout !

 

Mais ce qu’il y a de plus intéressant – qui fait le sel du film, évidemment – c’est le rapport entre la nourriture et les hommes et surtout entre les différents ordres auxquels appartiennent ces nouveaux consommateurs. Parce que ce que propose Manceron est un immense chamboulement des pratiques : tout le monde peut manger au même endroit ! Il n’y a plus de domestique en cuisine, de maître en chambre ou encore de noble dans sa salle d’apparat…Tous à la même enseigne : Le Délicieux !

Et ce rapprochement entre le changement qui arrive (la grande Histoire) et celui que nous pouvons observer (la « petite » Histoire) n’est pas pour déplaire. Il y a dans ce qui ne s’appelle pas encore un restaurant – dans l’acception actuelle – tout le concentré de la société féodale à bout de souffle.

 

Et ce restaurant – cette « gargote », comme ils disent – est aussi un lieu central et indispensable pour la résolution de l’intrigue. Et Eric Besnard amène patiemment cette résolution (1), nous laissant par là même entrevoir une révolution. De plus, les images de Jean-Marie Dreujou combinées au montage équilibré de Lydia Decobert donnent une dimension esthétique des plus agréables. Certes, la comparaison a déjà été faite, mais c’est une évidence qui saute aux yeux : nous nous retrouvons plongés dans un tableau de Chardin, une de ses natures mortes où des victuailles sont exposées et dont l’éclairage donnent une tout autre dimension.

Avec en prime de très belles transitions, ce qui ne gâche rien au spectacle.

 

De plus, l’interprétation est à la hauteur de l’enjeu. Grégory Gadebois n’est pas seulement un Pierre Manceron crédible du fait de sa stature. Il est aussi cet être subtil capable de passer de l’apathie à l’enthousiasme, galvanisé par celle qu’il ne voulait pas engager de prime abord. Normal, elle est comme lui, aussi entêtée. Et Isabelle Carré hisse son personnage petit à petit au niveau de celui de son partenaire, annonçant là encore le changement social et sociétal qui arrive.

Quant aux « méchants » de l’histoire (et de l’Histoire) – les aristocrates – ils sont encore une fois bien définis : imbus d’eux-mêmes, méprisants et tout ce que vous pouvez trouver par ailleurs (2), ou bien sûr dans le formidable film de Patrice Leconte, Ridicule.

 

Un beau film qui se déguste, bien évidemment, « sans modération » (elle est facile, mais tellement vraie).

 

  1. Dont une partie est – bien sûr – très prévisible, mais ce n’est pas la plus intéressante.
  2. Dans les romans de Jean-François Parrot (série Nicolas Le Floch), par exemple.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Guerre, #Ken Loach
Land and Freedom (Ken Loach, 1995)

16 février 1936 : le Frente Popular remporte les élections générales, ouvrant la voie à une politique nationale de gauche.

17 juillet 1936 : tentative de coup d’état par l’armée. Début de la Guerre Civile.

1er avril 1939 : fin de la Guerre Civile qui voit l’instauration de l’Etat Espagnol dirigé par le général Franco.

Entre ces deux dernières dates, un conflit d’abord national puis international avec l’arrivée de militants de gauche qui viennent renforcer les rangs des loyalistes pour lutter contre les nationalistes.

C’est la première année de ce conflit que nous raconte Ken Loach, à travers le témoignage de David Carr (Ian Hart), jeune Anglais de Liverpool qui a rejoint les rangs des milices loyalistes.

 

Dix ans (environ) avant son magnifique film Le Vent se lève, Ken Loach nous raconte déjà l’histoire d’une révolution qui tourne mal pour les petits, ces militants de la première heure qui sont partis se battre contre le fascisme sans arrière-pensée calculatrice et se sont retrouvés d’une certaine façon piégés par la hiérarchie et en particulier le parti communiste alors très stalinien. Encore une fois, ce sont de (très) jeunes gens qui se battent pour un idéal et seront broyés par l’autorité supérieure. Et comme nous sommes chez Loach, ce ne sont pas les grands noms qui sont mis en vedette, mais des anonymes qui ont donné leur vie pour leurs convictions.

 

Et c’est avec beaucoup de maîtrise qu’il amène ce témoignage passionnant et émouvant (inspiré du livre de George Orwell – Hommage à la Catalogne, 1938) : d’une situation tout à fait ordinaire, il amène une épopée au souffle héroïque, sans pour autant masquer les aspects sombres de l’événement. En effet, si en général on vante le courage de tous ces guerriers qui sont allés combattre le fascisme en Espagne, on n’insiste pas beaucoup sur les rivalités politiques internes au camp républicain avec les effets néfastes qui en sont sortis : le déchirement et la défaite.

 

C’est à la suite de la mort – naturelle – de David (il doit avoir 80 ans ou plus) que sa petite-fille Kim (Suzanne Maddock) découvre, en rangeant ses papiers, l’échange épistolaire de ce dernier avec sa fiancée Kitty (Angela Clarke) : tous les détails plus ou moins intimes de ce qu’il pouvait vivre pendant cette année-là. Bien sûr, sa relation avec Blanca (Rosana Pastor, formidable elle aussi) est extrapolée par rapport aux lettres consultées par la jeune fille, mais les photos qu’il envoya permettent à cette dernière d’avoir une image des gens dont il parle.

Le personnage de Blanca est central dans la guerre de David. C’est, comme le disent les personnages du film Les Insurgés, sa « Femme de Guerre ». C’est aussi son autre cause pour et avec laquelle il se bat. C’est aussi celle qui, telle Cassandre, parle vrai, mais qu’il refuse de croire. C’est aussi elle qui lui fera abandonner le conflit et rentrer chez lui, retrouver sa vie d’avant qui ne pourra pourtant plus être la même.

 

En voyant ce film, deux éléments me sont venus en tête.

Le premier, le personnage de Blanca. Est-ce dû au choix de l’interprète (à mon avis, oui), mais en voyant Blanca porter un fusil, on pense à Marina Ginestà (voir ci-dessous) photographiée à la même période par Juan Guzmán à Barcelone. On retrouve chez Blanca la jeunesse et l’assurance de cette militante qui domine la capitale catalane.

Le second, c’est un clin d’œil à un autre film marquant sur cette même période : Pour qui sonne le Glas, quand la milice délivre un petit village des franquistes et de leur curé collabo (Ricard Arilla), on croise une jeune femme qui a été tondue par ces mêmes fascistes, tout comme Maria (Ingrid Bergman) dans le film de Sam Wood (1943).

Un film magnifique, encore une fois.

 

Marina Ginestà (1919-2014)

Marina Ginestà (1919-2014)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Chevalerie, #Peter Flinth
Arn, Chevalier du Temple (Arn, Tempelriddaren - Peter Flinth, 2007)

Il n’y a pas à dire : ils sont forts ces Scandinaves !

Certes, le film est réalisé par un Danois (Peter Flinth, donc), mais le film parle avec conviction de cette immense contrée lointaine et nordique, dans une intrigue inspirée des deux premiers tomes de la Trilogie des Croisades de Jan Guillou (moitié norvégien, moi breton).

Mais reprenons.

 

Al-Gouthi (Joakim Nätterqvist) est un chevalier templier en Terre Sainte. Il sauve par hasard et surtout par devoir un voyageur attaqué par des brigands. Ce dernier n’est autre que Salah ad-Din Yusuf ibn Ayyub, plus connu par chez nous sous le nom de Saladin (Milind Soman). Cette rencontre le ramène dans le passé, quand il était enfant offert au monastère en remerciement de sa guérison. Quand il s’appelait Arn Magnusson.

Mais les ordres ne sont pas vraiment pour lui et frère Guilbert (Vincent Pérez) un ancien Templier l’entraîne aux armes.  Puis, il rencontre la belle Cecilia Algotsdotter (Sofia Helin) et ils deviennent amants. Quand Cecilia tombe enceinte, elle est dénoncée (et lui aussi) à l’abbesse (Bibi Anderson) qui en informe l’évêque…

Tous les deux sont excommuniés et enfermés pour vingt ans dans un couvent (elle) et un monastère (lui).

Mais l’abbé (Simon « Gareth » Callow) réussit à envoyer Arn en Terre Sainte, où il devient chevalier du Temple (d’où le titre).

 

Comme je le disais en introduction, c’est un beau tour de force que Peter Flinth a réussi, aidé par le scénario impeccable de Hans Günnarsson. C’est du très grand spectacle et l’appellation Templier n’a rien d’un faire-valoir : Arn est un formidable templier, comme on les imagine, mais pas seulement. Pas de mystère ou de trésor secret, une vie de combats et de prières pour la sauvegarde des pèlerins et la protection de Jérusalem.

Et bien entendu les combats sont spectaculaires – beaucoup plus que les prières, moins cinégéniques (tu m’étonnes…) – et on y trouve une certaine dose de réalisme qui renforce le propos.

Certes, s’il semble que Cecilia Algotsdotter ait véritablement existé, Arn fait partie de la légende, surtout avec le dernier intertitre qui donne toute l’étendue de la valeur du chevalier Arn. Et si on peut relever quelques petites erreurs historiques, nous n’allons pas bouder notre plaisir. De toute façon nous sommes au cinéma, et tout est (presque) permis : « Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende. »

 

Bien sûr, nous sommes dans une saga nordique, mais heureusement ce n’est pas celle de Njorl (1), et le format s’en fait sentir : 202 minutes pour ce film en deux parties. Mais il y a tout pour passer un bon moment, et oublier la longueur annoncée : une histoire d’amour contrariée, de l’exotisme, un usurpateur à détrôner, une méchante abbesse (formidable Bibi Andersson), et les Templiers (ils sont partout !).

Bref, du grand choix, avec un budget tellement conséquent (et dépassé, cela va de soi) qu’il s’agit ni plus ni moins que du film le plus cher du cinéma suédois.

Mais entre nous, ça valait le coup !

 

Et comme c’est une trilogie et que le troisième tome n’a pas été traité, vous vous doutez bien qu’il a eu un autre film. Il est sorti l’année suivante.

Bien entendu, ceci est une autre histoire.

 

  1. Comprend qui peut…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Thomas Gilou
La Vérité si je mens 2 (Thomas Gilou, 2001)

Ils sont de retour !

Les gars du Sentier – Eddie (Richard Anconina), Serge (José Garcia), Dov (Gad Elmaleh), Yvan (Bruno Solo) et Patrick (Gilbert Melki) – nous reviennent pour une nouvelle aventure textile dans le milieu juif parisien.

Eddie a des problèmes : sans client fiable, il décide de s’adresser à la grande distribution, et rencontre Denis Vierhouten (Daniel Prévost), responsable des achats à Eurodiscount.

Mais ce monsieur n’est pas spécialement un homme très honnête et Eddie va en faire les frais (c’est le cas de le dire) puisqu’il est à deux doigts de se retrouver à la rue.

Heureusement, il peut compter sur ses amis : les fonds de Patrick, la belle gueule de Dov, le soutien d’Yvan. Et puis il y a Serge, l’inconvénient du direct. Et comme si cela ne suffisait pas, Serge est amoureux…

 

Quatre ans se sont écoulés pour tout le monde, interprètes comme spectateurs, et certains ne sont plus là : Gad Elmaleh a remplacé Dov et Eli Kakou a succombé au cancer. Le film lui est d’ailleurs dédié. Mais les changements interviennent aussi pour quelques personnages : Gladys Cohen, qui faisait la mère de Dov est devenue celle de Serge, et Isaac Sharry n’est plus le beau-frère du même Dov, il est un (mauvais) partenaire d’Yvan.

Pour le reste, c’est dans la même verve, avec ces personnages absolument caricaturaux, forts en gueule et qui ne parlent que d’une chose : l’argent. Les filles aussi, cela va de soi, mais c’est accessoire. Encore que. Alors que Serge goûtait au fruit défendu – la fiancée de son cousin Patrick – c’est à Yvan de coucher avec celle avec qui il ne devrait pas : Karine (Aure Atika, toujours aussi belle !) Mais comme nous connaissons Dov, cela ne nous émeut pas plus que ça. Et de toute façon, nous sommes dans une comédie, alors tout se terminera bien.

 

Surtout pour Serge qui devient le véritable héros de ce deuxième opus : encore une fois, il est énaurme ! Digne de ses prestations à Nulle Part Ailleurs auprès d’Antoine de Caunes. C’est un incroyable loser, doublé d’un naïf invétéré, toujours le jouet des facéties et autres mauvais tours (parfois très mauvais) de son entourage.

Mais on ne peut qu’aimer un tel personnage. Menteur – le titre du film semble avoir été choisi pour lui – et insouciant, l’archétype de celui qui va regretter toute sa vie d’avoir fait le mauvais choix.

Mais Thomas Gilou – et ses scénaristes Gérard Bitton & Michel Munz – en font leur préféré, lui donnant enfin la vedette et surtout l’occasion de participer (enfin) à un gros coup qui devrait éponger ses dettes – incommensurables…

 

Alors encore une fois on s’amuse de cette histoire bien improbable, et Thomas Gilou réussit un pari pas si évident que ça : faire aussi bien que le premier film. C’est donc chose faite,surtout grâce à l’interprétation, des plus jeunes comme des plus anciens, renouant encore une fois avec le film de copains cher au cinéma français.

Puisque je vous le dis, pourquoi je mentirai ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Jonathan Glazer
La Zone d'intérêt (The Zone of interest - Jonathan Glazer, 2023)

Cette « zone d’intérêt », c’est celle qu’on ne verra presque jamais précisément. Elle est toujours présente quand on est sur le site, même si on ne la voit pas : on l’entend, inexorablement. Un bruit sourd et continu qui ne cesse que quand on est ailleurs, plus ou moins loin de la ville polonaise d’ Oświęcim que le reste du monde désigne par son appellation allemande : Auschwitz. L’antichambre de l’enfer.

Mais reprenons.

 

C’est un dimanche (?) après-midi, au bord d’un lac, très certainement après un pique-nique, que nous découvrons Rudolf (Christian Friedel), Hedwig (Sandra Huller), leurs cinq enfants et leurs gouvernante (Medusa Knopf). Une famille allemande tout à fait banale, comme on en croise tout le temps. Sauf que.

Sauf que c’est la famille Höss. Et Rudolf, le père, n’est autre que le commandant du camp de concentration d’Auschwitz. Finie donc la banalité familiale (faussement) annoncée. Place à la banalité quotidienne d’un monstre : exterminer des femmes et des hommes qui ont eu la malchance de naître juifs.

 

A part pour voir la préparation avant l’ouverture du camp pour y accueillir des visiteurs, nous n’entrons jamais dans cette « zone d’intérêt ». Ce ne sont que ses toits que nous pouvons un peu observer, à longueur de film, ainsi que ses prisonniers, mais là encore avec parcimonie : rarement plus de deux à la fois. La seule fois où nous voyons un groupe, c’est en partie masqué par la végétation. Non, ce qui intéresse Jonathan Glazer (et le regretté Martin Amis dont le roman éponyme est adapté), c’est le quotidien normal d’un monstre, qui semble avoir trouvé un inexplicable équilibre personnel entre une vie de famille heureuse dans une belle maison et la mort omniprésente du camp jouxtant le jardin de cette même maison. Avec en prime des projets d’avenir : « quand la guerre sera finie… », dit son épouse.

 

Et la grande force de ce film, l’exploit, peut-on dire, c’est d’avoir réussi à rendre cette zone d’intérêt omniprésente sans jamais rien véritablement montrer. IL faut attendre une vingtaine de minutes avant qu’on puisse faire un lien entre le bruit sourd mentionné ci-dessus et ce qu’il représente : une immense cheminée qui fume jour et nuit, débarrassant ainsi le camp de cadavres encombrants de toutes ces victimes innocentes. De même, cette cheminée dont les flammes ressortaient par son extrémité ne sera vue qu’à travers le reflet d’une vitre, une nuit tout aussi angoissante que les autres. Angoissante pour le spectateur qui sait ce qu’il se passe de l’autre côté, mais qui ne semble pas beaucoup affecter ces deux parents et une partie des enfants.

Parce que ces parents sont des monstres. Chacun à leur manière.

 

Lui, froid et calculateur, obnubilé par l’efficacité tout autant que l’apparence. A l’entendre, ce camp est avant tout un lieu de vie et (bien sûr) de bien-être. C’est un homme très calme, ne haussant jamais la voix, même dans les moments de tension (son départ du camp pour s’occuper du massacre à un plus haut niveau, par exemple). Et surtout qui n’est absolument pas importuné par le ronronnement des fours, les cris des victimes et de leurs bourreaux, ou encore les coups de feu plus ou moins proches qui font l’environnement sonore du camp.

Pire (?) il se balade dans le camp et ses environs à cheval, comme le faisaient les seigneurs médiévaux sur leurs terres, disposant de la vie des occupants à leur convenance.

 

Elle, pour sa part, n’imagine même pas de vivre ailleurs, refusant de le suivre dans ce nouveau projet (et obtenant même le droit de rester dans cette demeure hautement symbolique). On a d’ailleurs beaucoup de mal à imaginer comment on peut s’habituer à un tel environnement, aussi mortifère. Mais ce qui frappe aussi, c’est la méchanceté qui se dégage d’elle, quand elle a un œil sur ses domestiques. Des prisonnières, cela va de soi. Elle n’hésite pas à les menacer, assumant fièrement d’être la femme du commandant.

Là encore, on peut se demander comment on peut vivre ainsi. Cette femme, de par son statut d’épouse est la complice de son mari, et seule la menace d’être séparée de ses enfants l’amènera à dénoncer ce dernier aux Soviétiques.

Malgré tout, elle mourra de vieillesse, en 1989…

 

Au final, un film magistral qui en dit beaucoup plus qu’il n’en montre. Indispensable.

 

PS : je ne saurai que trop vous recommander de lire les pseudo-mémoires de Rudolf Höss  écrits par Robert Merle (La Mort est mon métier, 1952), afin de comprendre l’autre facette de cet homme monstrueux, celle qui concerne de (très) près la « zone d’intérêt ».

 

Les enfants Höss sur le toboggan

Les enfants Höss sur le toboggan

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Georges Franju, #Jacques Champreux
L'Homme sans Visage (Georges Franju & Jacques Champreux, 1975)

C’était l’époque des R6, R16, de la 304, sans oublier la mythique DS. C’était un temps où on trouvait encore des terrains vagues dans Paris, où les bidonvilles n’avaient pas encore disparu de la banlieue, et Pompidou venait de disparaître. C’était 1974, et Jacques Champreux proposait à la Télévision Française 1 une série inspirée (librement cela va de soi) des aventures de Fantômas (1) : cet Homme sans visage est lui aussi un véritable génie du crime, motivé par le désir de dominer le monde, ou tout au moins celui qui l’entoure, celui qu’on nommait autrefois « Royaume d’Argot », la pègre.

A cette volonté de puissance s’ajoute une quête autant lucrative que spirituelle : le trésor des Templiers ! (rien que ça)

Comment ? En régnant sur une armée de robots humains, fruit du travail du docteur Dutreuil (Clément Harari), autre psychopathe préalablement interné.

Pour contrer ces mégalomanes dangereux, la police est bien désemparée et doit compter sur l’aide précieuse de Paul de Borrego (Ugo Pagliai) et sa fiancée Martine Leduc (Josephine Chaplin), ainsi que de leur ami détective Séraphin Beauminon (Patrick Préjean), le dernier des poètes parnassiens. Tout un programme !

Un programme qui ne réussira malheureusement pas à tenir en haleine les Français entre mai et juillet 1975.

 

Cette désaffection du public est bien dommage, parce que le réalisateur qui a porté ce projet avec Champreux n’est autre que Georges Franju et l’esthétisme général de la série va s’en ressentir. Certes, la filiation avec Fantômas est très flagrante, mais coupler cette volonté de puissance avec les Templiers était une bonne idée, même si on peut s’amuser des théories avancées sur l’Ordre et sa supposée survivance (2). Et Champreux n’a pas chômé, proposant une histoire haletante aux multiples rebondissements, assurant de plus le rôle-titre qui lui permet de se grimer en différents protagonistes, de la vieille fille (Melle Ermance) au magnat de l’industrie Léopold de Baklava, et j’en passe.


Comme annoncé dans le premier paragraphe, ce feuilleton est magnifiquement situé dans son époque. Outre les voitures, ce sont les tenues que portent les personnages ou encore les décorations intérieures (2) qui sont caractéristiques de la période. Tout comme le jeu des différents interprètes (et surtout du doublage, puisque c’est une production internationale européenne) qui n’est pas sans rappeler celui des Rois Maudits deux ans plus tôt. Mais alors que la série inspirée par les romans de Maurice Druon se prêtait bien à ce genre de scénographie, ici, le jeu des différents acteurs et actrices nous apparaît fort empesé. Et ce n’est pas tout. Non seulement le débit oral est un tantinet haché (euphémisme parfois), mais les déplacements et actions des personnages le sont tout autant, ainsi que les différentes prises de vue qui les accompagnent.

Cela a pour résultat une impression de longueur (qui n’est pas toujours une impression) et peut amener à la lassitude. Heureusement qu’il y a cette intrigue complexe et ce Fantômas moderne au masque rouge.

 

Et si la distribution est internationale (européenne surtout), on peut, tout comme moi, avoir le plaisir d’y retrouver quelques personnalités de l’époque tel Jean Saudray (Le Sacristain) ou Patrick Préjean qui est certainement l’un des personnages les mieux réussis. Détective aussi réussi que poète, il est bien sûr maladroit (4), mais n’ »en est pas moins un personnage courageux et astucieux. IL faut dire que Séraphin n’ayant aucune chance avec Martine (qu’il a courtisée), n’a plus d’autre choix que d’être brillant dans sa partie, ce qu’il fait très bien.

On appréciera aussi la présence de Gert Fröbe dans le rôle du commissaire Sorbier, bien loin des policiers habiles et autres enquêteurs qu’on peut découvrir à la même époque à la télévision.

Mais c’est certainement cette concurrence télévisuelle qui a fait passer au second plan cette série qui vaut tout de même le coup d’œil : comment rivaliser avec Columbo, Amicalement Vôtre ou encore Chapeau Melon et Bottes de cuir dont les péripéties sont parfois tout aussi étonnantes mais avec un rythme tout de même beaucoup plus naturel ?

 

  1. Saurez-vous retrouver la référence explicite ?
  2. A ce propos, je ne peu x que vous conseiller la lecture du livre d’Alain Demurger Les Templiers (1985-2007)
  3. La tapisserie a parfois tendance à piquer les yeux…
  4. Préjean a une aura comique dans les divers arts dramatiques tout comme sa voix, avec la quelle il a participé à de nombreux doublages. 

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Tom Hooper
Le Discours d'un roi (The King's Speech - Tom Hooper, 2010)

La Guerre vient d’être déclarée : Hitler a envahi la Pologne. Le roi George VI (Colin Firth) doit prononcer un discours d’importance assurant l’unité et la cohésion du pays. Seulement George a toujours eu du mal à parler en public : il est atteint d’un irrépressible bégaiement. Il a pourtant bénéficié des conseils et cours du singulier Lionel Logue (Geoffrey Hunter), acteur raté qui ne possède même pas un diplôme d’orthophoniste.

Mais il a l’expérience, et ça, ça ne se monnaye pas. Et en plus, il réussit à faire parler ce souverain timoré, allant jusqu’à s’en faire un ami…

 

Soixante-dix ans (et même beaucoup plus aujourd’hui) après les faits, on a beaucoup de mal à imaginer un roi comme le fut George VI. Surtout quand, comme moi, on n’a connu que sa fille Elizabeth (Freya Wilson) à sa place qui, en plus d’avoir des chapeaux singuliers, s’exprimait avec beaucoup de naturel. Tout comme ceux qui ont précédé ce drôle de roi. Et l’interprétation de Colin Firth est absolument remarquable, exprimant avec beaucoup de justesse le tour à tour désarroi, l’hésitation, l’énervement et toute sorte de sentiments plus ou moins coutumiers d’un monarque : c’est avant tout un homme seul sure lequel repose l’Eglise anglicane, sans oublier son (petit) rôle dans la formation d’un gouvernement.

Et si l’interprétation de Firth est admirable, c’est encore une fois grâce à tous ceux qui l’entourent : de Helena Bonham Carter (Elizabeth Bowles-Lyon, duchesse d’York et future « Queen Mom ») à Timothy Spall (Churchill), sans oublier bien sûr Michael « Dumbledore » Gambon (George V) ni Guy Pearce (Edward VIII), ces deux derniers illustrant magnifiquement l’aisance orale liée à leur fonction.

 

Mais c’est avant tout Geoffrey Hunter qu’il faut saluer, mettant lui aussi formidablement en valeur le personnage de Firth, de par sa simplicité (feinte) et son assurance (pas vraiment plus authentique). Non seulement, il met en valeur le bégayeur, mais leur relation atteint un niveau d’intimité – même si on parle ici d’un roi – que le pauvre Bertie (le vrai prénom de George VI est Albert, mais il est jugé un tantinet trop germanique pour la période) n’a pas l’habitude de vivre. On sent tout le poids de l’étiquette dans les premières confrontations entre ces deux personnages si dissemblables : Bertie ne possède même pas un shilling sur lui !

Et bien sûr, ces confrontations tournent presque à l’affrontement tant George est mal à l’aise face à cet homme de rien qui, lui, sait parler !

Et comme nous sommes pleinement chez les Britanniques, nous n’échappons (heureusement) pas à cet humour subtil qui fait leur force.

 

Bref, on savoure pleinement cette histoire qui semble tellement incroyable qu’elle ne peut qu’être vraie. Et au-delà de cette relation entre ces deux hommes, c’est aussi toute la recréation de ce monde britannique de l’Entre deux Guerres qu’il faut saluer, et la pertinence des différents protagonistes : certes, on ne passe pas à côté d’un aspect un brin caricatural (Churchill et son sempiternel cigare à la main), mais cela est avant tout afin de permettre au spectateur de reconnaître sans hésiter les personnages historiques, rendant la narration plus fluide et le spectateur plus attentif des autres enjeux du film (1).

 

Bref, c’est un grand film, mené de main de maître et servi par de grands interprètes, et ses (très) nombreuses récompenses sont hautement justifiées.

 

  1. Il existe des gens – dont je fais partie – qui essaient de les reconnaître, voire croient le faire (et se trompent parfois, ou souvent…)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Darren Aronofsky
The Whale (Darren Aronofsky, 2022)

Attention, cet article a tendance à révéler quelques éléments-clés de l’intrigue…

 

La baleine du titre, c’est Charlie (Brendan Fraser). Il est, comme son surnom l’indique, énorme. Il dispense des cours d’expression écrite par internet pour des étudiants qui ne connaissent que sa voix.

Seulement voilà, Charlie est arrivé à une impasse : il lui reste une semaine à vivre. C’est peu pour rattraper une vie et gagner son salut, surtout quand on a abandonné sa famille – sa femme Mary (Samantha Morton) et surtout sa fille Ellie (Sadie Sink) – pour un de ses étudiants, qui est mort depuis : c’est suite à cette perte que les choses se sont emballées et que Charlie est devenu ainsi.

 

Décidément, 2023 (en France, le film est sorti le 8 mars !) aura été riche en films de qualité. Parce que ce dernier film de Darren Aronofsky est absolument fabuleux. Certes, le maquillage (avec les prothèses) de Judy Chin et son équipe fait beaucoup pour l’aspect spectaculaire, mais l’arrivée du numérique dans les années 1990 nous rappelle que les images ne suffisent pas. Et l’interprétation de Brendan Fraser est tout bonnement phénoménale, aussi impressionnante que son apparence. Il est époustouflant de justesse, interprétant un homme fini, plus ou moins malgré lui, mais conserve par-dessus tout un optimisme que certaine juge horripilant. Sa seule quête, c’est la vérité, l’honnêteté. C’est cela qui le fait survivre et rien d’autre, plaçant au-dessus de tout un texte d’une authenticité absolue (pour lui), pour des raisons que le spectateur mettra du temps à comprendre (1).

 

Et encore une fois, si l’interprétation de Brendan Fraser est extraordinaire, c’est aussi parce qu’il est entouré d’interprètes à la hauteur. Hong Chau (Liz), tout d’abord, qui est le véritable lien entre tous les personnages, présents ou passés, amie fidèle qui se désole de voir cet homme condamné. Mais c’est surtout les rapports (affrontements) entre Charlie et Ellie qui donnent au film sa dimension. Ces deux protagonistes ne peuvent pas être plus dissemblables et pourtant ils sont pareils, et ne pouvaient que se retrouver ensemble, inéluctablement. Ce sont à chaque fois des moments forts où affleure l’amour : celui d’une fille pour un père qu’elle a perdu, celui d’un père pour une fille qu’il a abandonné.

Entre eux deux se tient la mère, l’ex-femme. Et là encore, nous assistons à une belle performance parce que les deux autres membres de cette famille singulière prenant tellement de place, il était difficile de trouver la sienne. Et Samantha Morton y arrive pleinement, nous offrant en même temps lune des plus belles séquences du film, quand elle écoute la respiration « sifflante » de Charlie. Il reste encore un tout petit bout d’amour entre eux, qu’ils le veuillent ou non. La preuve : Ellie.

 

Et comme nous sommes dans le cinéma américain, pas besoin de chercher bien loin l’inévitable rédemption : elle baigne la vie de Charlie qui, sachant qu’il va mourir, ne recherche pas un quelconque salut religieux – comme le lui propose Thomas (Ty Simpkins, impeccable lui aussi) – mais cette rédemption universelle qui veut qu’une vie n’aura pas servi à rien. Et vous imaginez bien que ce sera& le cas, mais de quelle façon !

C’est un autre grand moment du film qui voit Charlie obtenir in fine ce salut tant espéré, salut qui passe aussi par quelque chose que va (enfin) prononcer Ellie et que nous attendons depuis longtemps.

Et cette séquence est admirablement amenée par Aronofsky et son équipe : la pluie a cessé et Ellie va lire le texte qui fait tant de bien à celui qui est – malgré tout – son père. Et Matthew Libatique filme en contre-jour afin de donner à cet instant – de grâce – une dimension ésotérique voire angélique. C’est une nouvelle Annonciation : Ellie (par la force des choses) devient l’ange annonciateur de la mort de Charlie, et comme l’Annonciation précédente (2), c’est aussi un moment de bonheur.

 

Un film inoubliable.

 

  1. C’est voulu. Je n’en dirai pas plus.
  2. Luc 1 : 26-38

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Musique, #Folle Journée, #Frédéric Chopin, #Abdel Rahman El Bacha
La Folle Journée Saint-Nazaire : Abdel Rahman El Bacha (28-01-2024)

Il n’est pas très grand. Il n’a plus beaucoup de cheveux.

Et pourtant, quand il entre sur la grande scène du Théâtre de Saint-Nazaire, qu’il s’installe au piano qui n’attendait que lui, le silence se fait automatiquement (1). Et ce silence, Abdel Rahman va le remplir, pendant près de trois quart d’heure.

 

De musique tout d’abord, avec les compositions de son compositeur fétiche, le grand Frédéric (2), dont il connaît l’œuvre complète par cœur, m’a-t-on dit. Ce sont des polonaises et des mazurkas qui vont s’enchaîner pour notre plus grand plaisir avec en bouquet final la Polonaise n° 6 en La bémol majeur, incontournable aussi parce qu’elle est archiconnue. Mais qu’on ne s’y trompe pas, il est toujours plus difficile de réussir une œuvre extrêmement connue : les spectateurs ne peuvent pas s’y méprendre.

Et Abdel Rahman enchaîne ces différentes œuvres dans un silence religieux (3), ponctué par de nouveaux applaudissements, d’admiration cette fois-là.

 

Mais il n’y a pas que la musique. En plus d’une présence incroyable, ce petit bout de pianiste qui ne paie pas de mine a une prestance formidable. Le silence évoqué plus haut n’a qu’une seule explication : l’émotion.

L’émotion que ressent ce maître-musicien qui fait courir ses doigts agiles sur le clavier noir et blanc, donnant une dimension aérienne tant ses appuis sur les touches semblent des frôlements. Et quand la musique se durcit et que le volume sonore augmente, ces mêmes doigts ne perdent en rien de leur gracilité, rebondissant, tressautant pour notre plus grand plaisir.

Cette émotion est alors partagée avec chacun des spectateurs et grâce à ce jeu aérien se répand progressivement à travers la salle jusqu’aux derniers rangs du balcon, pour les malchanceux qui ont eu les dernières places (4).

 

Et cette émotion, musicale et personnelle se prolonge bien sûr dans les applaudissements du public et dans le moment qui suit le concert – hélas fini. Nous restons submergés par cette musique et surtout cette interprétation qui fige le temps et nous fait tout oublier, le temps d’un concert : l’harmonie parfaite ?

Oui, on aurait aimé que ça dure un petit peu plus longtemps, mais la Folle Journée étant ce qu’elle est, le programme n’en est que (trop) abrégé. Alors on chérit ce moment de grâce partagée et on repart avec ce contentement qui suit les grands moments d’une vie.

 

C’est d’ailleurs en repartant vers ma voiture  que j’ai croisé Abdel Rahman El Bacha : il repartait lui aussi, tout aussi souriant que le public et se prêtait gracieusement aux sollicitations des spectateurs tout aussi étonnés que moi de le voir aussi abordable. Et je dois avouer que quand je me suis retrouvé près de ce grand monsieur, je n’en menais pas large (je suis timide de nature) et il m’était difficile de lui parler tant l’émotion qu’il dégageait me submergeait. Alors on dit des banalités dans ce cas-là : même pas, car je ne pouvais exprimer tout ce que j’ai pu ressentir pendant ce moment de grâce. Alors je lui ai dit tout simplement « merci. »

 

Oui, du fond du cœur, merci Monsieur Abdel Rahman El Bacha. Et revenez-nous vite !

 

PS : un grand merci aussi à mon ami Thierry qui m’a invité et donc permis de participer à ce grand moment d’émotion.

 

  1. Après les applaudissements d’accueil, bien entendu.
  2. Chopin !
  3. Certes, on n’échappe pas aux catarrheux qui choisissent toujours de venir au(x) concert(s) pour s’exprimer.
  4. Ces malchanceux ne le sont pas tant que ça : ils étaient là !

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