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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Bandes Dessinées, #Histoire, #Léonard Chemineau, #Wilfrid Lupano
La Bibliomule de Cordoue (Léonard Chemineau & Wilfrid Lupano, 2019)

Nous sommes à la fin du Xème siècle, à Cordoue, dans ce qui deviendra l’Espagne que nous connaissons, et qui est alors occupée par les Musulmans, dirigés par un calife. Ce dernier, Al-Hakam II vient de mourir, de façon suspecte. Son fils, Hicham est trop jeune pour régner et c’est alors le vizir Al-Mansur qui tient les rênes du califat, rejetant tout ce qui a été fait par le calife pour l’éveil du peuple, en particulier une immense bibliothèque. Cette bibliothèque est menacée de destruction et Tarid, l’eunuque, veut sauver un maximum d’ouvrages. Il est aidé en cela par Lubna, une jeune fille érudite (elle sait lire et écrire) qui a malheureusement été défigurée (légèrement). Mais emporter de nombreux livres suppose avoir un moyen de transport adéquat. C’est Marwan qui va le leur fournir – bien malgré lui – avec sa mule qu’il a volée plus tôt. Oui, Marwan est un voleur (maladroit).

Tous les trois vont fuir le régime d’Al-Mansur, dont les sbires sont à leur recherche, ainsi que les livres qui ont échappé à l’autodafé organisé par le vizir.

 

On suit avec beaucoup d’intérêt l’épopée de ces trois personnages et surtout de leur précieux trésor. Outre les gardes d’Al-Mansur, nos trois héros vont devoir affronter une nature parfois hostile et de nombreux ennemis, parmi eux les Vikings qui écument le littoral européen depuis quelques décennies.

De plus, et c’est aussi ce qui donne son titre à cet ouvrage, il ne faut pas minimiser le rôle de la mule qui doit (sup)porter, en plus d’une cargaison phénoménale, le courroux de Tarid sous prétexte qu’elle aime un peu trop les livres. Et en particulier le Traité d’Al-Khuwarizmi, mathématicien du IXème siècle, qu’elle grignote régulièrement.

En plus de la haute qualité historique de l’intrigue (élaborée par Léonard Chemineau), comme le confirme la postface de Pascal Buresi (Directeur de recherche au CNRS), on peut admirer un dessin (signé Wilfrid Lupano) qui se rapproche parfois des enluminures orientales (Perse, Empire Ottoman, etc.), avec un découpage par planche qui n’est pas sans rappeler des miniatures qu’on peut admirer à Ispahan ou au palais de Topkapı (Istanbul).

 

Bien sûr, le sujet est très grave et trouve des échos dans le monde actuel : on songe aux Taliban en Afghanistan, à Daesh et ses fous de Dieu, ou encore à la « bibliothèque secrète » de Daraya, en Syrie, qui se reconstitue petit à petit, malgré le danger encouru par ses dépositaires et les livres eux-mêmes que ces gens ont exhumés, et donc provisoirement sauvés. Il en va de même ici pour Tarid est ses deux jeunes associés qui doivent toujours redoubler de vigilance pour mener leur précieuse cargaison à bon port.

Bien entendu, la relation entre les trois personnages est aussi sujette à des moments plus légers, avec en prime une histoire d’amour naissant entre les deux jeunes gens (c’est beaucoup plus difficile pour Tarid), Marwan étant l’élément comique de cette belle histoire.

Afin de rappeler l’actualité de l’ouvrage, les dernières pages résument un petit peu plus d’un millénaire de destructions de livres, avec, hélas, le rappel que le savoir, quel qu’il soit, est toujours en danger : savoir, c’est aussi éviter le piège d’une pensée unique, subie par ceux qui la reçoivent.

 

PS : si la mule grignote toujours le même ouvrage, il y a une raison. Mais la réponse ne sera donnée qu’à la fin…

 

[texte publié préalablement dans Les Amis de la BD (ex-Les amis de Spirou) le 14 avril 2023

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Actualité
B.S.M.A

Depuis quelques temps, je me désole de la disparition des caissières (1) dans les supermarchés. Non pas du fait du COVID mais d’un choix délibéré des différentes chaînes de grande distribution qui préfèrent placer des caisses automatiques dans leurs grandes surfaces plutôt : là où travaillaient deux personnes, on a pu mettre quatre machines ! Quel gain de place et d’argent à venir, sans oublier l’absence de revendications : le seul inconvénient avec la machine, c‘est la panne. Mécanique ou de secteur.

En attendant, le supermarché – que dis-je, l’hypermarché – près de chez moi a la moitié de ses caisses qui sont automatiques. Et cette enseigne ne compte pas en rester là, comme me disait une ex-caissière devenue surveillante (superviseuse ?) de ce nouvel espace. En effet, alors qu’elle m’incitait à utiliser ces machines, je lui répondais aimablement que je ne travaillais pas ici : je paye, mais je ne vais pas en plus donner de ma personne pour pouvoir faire mes courses… Mais elle enchaîna en me disant que bientôt, je n’aurai plus le choix, qu’il n’y aura que des caisses automatiques. Et cette même enseigne prépare les clients à ce changement terrible : alors que la moitié des caisses ont donc été automatisées, les restantes sont très peu ouvertes (2 ou 3 sur une quinzaine), poussant donc les gens à se ruer sur les machines. Tu parles d’un choix…

Mais derrière cette prouesse technologique se cache une réalité beaucoup moins idyllique : que deviennent les caissières ? Puisqu’il ne faut que trois ou quatre personnes pour superviser le point automatique (une quinzaine de caisses, donc), où sont passées les 11 ou 12 restantes ? (2) De plus, le COVID que j’évoquais plus haut a montré l’importance de ces personnes : pour nombre de gens, elles étaient le seul interlocuteur qu’elles rencontraient pendant la période de confinement. Car curieusement (et à l’encontre des calculs prévisionnels établis), les clients préféraient faire la queue aux caisses « habitées » plutôt que d’utiliser les fameuses machines.

Sans oublier le contact humain que représentent ces personnes : ça commence par un « Bonjour » plus ou moins souriant (ça dépend de la présence ou non du masque) ce qui n’est pas toujours un réflexe dans le reste de la population ; puis vient le « s’il vous plaît » qui accompagne la note » ; le merci une fois la dette réglée ; et enfin le « au revoir » qui ponctue l’échange. Et ça, c’est seulement pour le client occasionnel. L’habitué a toujours droit à quelques petits mots gentils et parfois un dialogue s’instaure, sans pour autant nuire au travail : un client à qui on consacre quelques instants (le temps d’un passage en caisse, quoi) sera plus enclin à revenir qu’après une entrevue automatique et impersonnelle. (3)

Une seule solution, donc : boycottez les caisses automatiques !

(1)   Oui, il n’y a pas que des femmes, mais comme elles sont les plus nombreuses, je déroge à la règle (sexiste) d’orthographe.

(2)   Oui, au chômage : on ne les a pas obligatoirement virées, mais on n’a pas remplacé celles qui sont parties de leur plein gré (retraite, changement de boulot…)

(3)   Ces quatre expressions de base de la société que beaucoup ont oubliées ou n’ont pas apprises à leurs enfants, comme ces chères caissières peuvent se rendre compte tous les jours (4). Ces quatre expressions qui forment l’acronyme du titre…

(4)   Ainsi que toute personne exerçant un métier au contact du public.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Sidney A. Franklin, #Constance Talmadge
The Dutchess of Buffalo (Sidney Franklin, 1926)

Alors mettons les choses au point, la duchesse dont il est question ici n’a rien d’une duchesse. Elle s’appelle Marian Duncan (Constance Talmadge) et par contre, elle vient de Buffalo (New York) et est en tournée en Russie. C’est une danseuse du voile qui ne termine pas toujours avec l’un d’entre eux. Bien sûr, elle a tapé dans l’œil (bleu) du Grand Duc Gregory (Edward Martindel). Mais son cœur appartient au lieutenant des dragons Orloff (Tullio Carminati). Hélas, le Grand Duc s’était réservé la belle Marian, alors quand le jeune homme vient demander la permission de l’épouser. Il essuie non seulement un refus mais il est en outre consigné.

Qu’importe, il s’évade retrouver sa promise à Orel, étape de la tournée de la danseuse. Mais le Grand Duc a lui aussi l’intention de s’y rendre. Et la grande Duchesse Olga (Rose «  Tetralini » Dione) aussi…

 

Réjouissant. Et encore, j’euphémise. C’est une comédie très enlevée, mise en scène par un spécialiste du genre et interprété par des actrices et acteurs à la hauteur de l’événement. Et en plus, c’est William Cameron Menzies qui est derrière la caméra, ce qui ne gâche absolument rien. Au contraire. Bref, une de ces gourmandises hollywoodiennes de fin de muet dont je suis extrêmement friand. Et en plus, c’est Constance Talmadge… Nous sommes donc en très bonne compagnie. A ces interprètes s’ajoute un spécialiste du comique (burlesque), Chester Conklin qui campe un directeur d’hôtel formidable, ajoutant au comique de la situation.

 

C’est un véritable festival de quiproquos dont le Grand Duc est la victime (légère, n’exagérons rien) qui commence par la visite de ce dernier à la jeune femme alors qu’elle attend Orloff. Derrière un paravent elle s’adresse à lui croyant que c’est à l’autre. A partir de là, Franklin ouvre grande les vannes de son flot comique et on est emporté avec beaucoup de plaisir dans cette histoire de la Russie tsariste.

 

Et si les deux rôles principaux masculins possèdent de très beaux yeux bleus (comment pourraient-ils en être autrement ?), c’est tout de même Constance Talmadge qui remporte tous les suffrages, interprétant cette duchesse malgré elle (1). Elle est extra  ordinaire dans ce rôle somme toute peu bavard mais extrêmement expressif : son regard passe par toutes les émotions surtout quand elle se retrouve – malgré elle ! – seule avec le Grand Duc qui croit qu’elle l’aime.

Bien sûr, quand on jette un œil à la production, on remarque tout de suite que Constance Talmadge est présente, ce qui explique ce rôle somme toute sur mesure. Mais qui s’en plaindrait ?

 

Bien entendu, le spectateur est complice du scénariste (et du réalisateur) puisqu’il connaît tous les tenants et aboutissants de l’intrigue et surtout les teneurs des différents quiproquos. On s’amuse par anticipation mais aussi une fois que les événements arrivent (immanquablement) et c’est surtout l’accumulation de ces quiproquos qui fait tout le sel de cette intrigue (signé Hans Kräly, un collaborateur fidèle et productif de Lubitsch, excusez du peu !).

 

Donc n’hésitez pas pour vous ruer sur ce film pas si petit que ça, sorti alors que le cinéma muet était à son apogée : techniquement, c’est superbe, la réalisation et le scénario sont impeccables et l’interprétation de toute beauté.

Que demander de plus ?

 

  1. Le directeur de l’hôtel l’a confondue avec la véritable grande Duchesse qui avait annoncé son arrivée…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #William A. Wellman
Robin des Bois d'Eldorado (Robin Hood of El Dorado - William A. Wellman, 1936)

Depuis la cession complète de la Californie par le Mexique aux Etats-Unis, la vie des Mexicains qui sont restés n’est pas des plus roses. Entre les brimades et les injustices, la vie est vite devenue un enfer.

C’est le cas de Joaquin Murietta (Warner Baxter) qui vient de se marier à la belle Rosita (Margo). Mais leur mariage est de courte durée : elle est violée et tuée par des prospecteurs sans scrupule qui lorgnent la terre de Joaquin, véritable réserve d’or (1).

Murietta va donc se faire justice et éliminer les criminels. Mais cette attitude est mal vue par le nouveau gouvernement de l’état et les anciens propriétaires mexicains.

Sa tête est mise à prix et on organise des battues.

Bien entendu, l’issue ne peut être que fatale pour cet homme spolié.

 

Décidément, la question d’appartenance est une idée forte dans le cinéma américain. Et Wellman couple cet aspect avec l’un de ses thèmes de prédilections, l’injustice. Parce que ce qui arrive à Joaquin est absolument injuste et sa réaction, si elle peut nous sembler excessive aujourd’hui, ne fait que refléter les façons de faire de l’époque. Et surtout, Murietta agit comme cela fut toujours le cas auparavant, quand les gringos n’étaient pas chez eux. Et il est difficile de lui donner tort quand on voit s’accumuler les différentes injustices qui l’accablent : outre sa femme qui succombe au viol collectif, c’est son frère José (Carlos de Valdez) qui est pendu dans la plus pure tradition du lynchage. On retrouve d’ailleurs dans cette séquence ce qui fera le sel de l’Etrange Incident sept ans plus tard. Ici, pas de sentiment : le frère est pendu.

 

Il est clair que le western n’a pas encore conquis ses lettres de noblesse, malgré quelques chefs-d’œuvre antérieurs déjà évoqués ici. Mais le savoir faire de Wellman donne à ce film toute la mesure de son talent. Certes, - et cela est étonnant – on sent encore l’influence du cinéma muet avec le recours à des intertitres en surimpression, de même que le rôle de Rosita qui n’est que très peu parlant. Mais pour le reste, nous sommes bien chez Wellman, et on y retrouve ce qui fait la force de son cinéma : le réalisme. Malgré le code Hays qui est en vigueur depuis bientôt deux ans quand sort le film, Wellman « ne fait pas semblant ». Les morts s’enchaînent, ou s’accumulent comme dans la séquence de l’assaut du repaire de Murietta.

Cette séquence est très certainement la plus violente du film, même si on trouve quelques éléments pas toujours très raffinés : le couteau que Joaquin plante dans la main du shérif (Edgar Kennedy) en fait partie.

 

En tout cas, Warner Baxter, avec le rôle de Joaquin se retrouve encore une fois (cette même année) dans le rôle d’un homme victime de l’injustice des autres. Mais alors que le docteur Mudd (The Prisoner of Shark Island, de John Ford), acceptait malgré lui son sort (difficile de faire autrement, me direz-vous), Murietta ne veut pas et surtout ne va pas se laisser faire.

Mais cette révolte est dérisoire : la « civilisation » est en marche et la Frontière recule : Joaquin est un homme d’un autre temps. Celui d’avant les « Americanos ». Et on retrouve cette joie de vivre initiale (celle de la séquence d’ouverture, juste avant l’arrivée d’un premier Américain qui va déclencher tout : quand Murietta et ses hommes reviennent de leurs razzias, c’est tout de suite une fiesta qui s’organise avec des chansons. Et on se rend compte alors que ses terribles bandits n’ont qu’une envie : vivre heureux tranquilles, comme ils l’ont toujours fait.

Mais comme précisé plus haut, la civilisation arrive à marche forcée et le temps des Mexicains en Californie est révolu.

Joaquin Murietta va mourir. Il n’avait même pas 25 ans (1).

 

PS : après sa mort, la tête de Joaquin Murietta fut exhibée ainsi que la main de Jack « Trois-Doigts » (J. Carroll Naish), son acolyte.

 

  1. Oui, Warner Baxter est un tantinet plus âgé que son rôle, puisqu’il va sur 47 ans quand le film est présenté. Qu’importe, son enthousiasme gomme la différence et surtout, au cinéma, tout est (presque) permis !
Robin des Bois d'Eldorado (Robin Hood of El Dorado - William A. Wellman, 1936)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Aaron Sorkin, #Kevin Costner
Le grand Jeu (Molly's Game - Aaron Sorkin, 2017)

Molly Bloom (Jessica Chastain) est une championne. De ski. Elle aurait dû se qualifier pour les Jeux Olympiques mais un accident l’en a empêchée. Et puis elle est partie à Los Angeles où elle a commencé à travailler dans un bar. Puis pour Dean Keith (Jeremy Strong). C’est quand ce dernier lui a demandé d’organiser des parties de poker clandestin qu’elle a trouvé sa voie : à son compte, elle va organiser des parties clandestines et ramasser beaucoup d’argent très rapidement.

Enfin ça, c’est sur le papier. Parce que ça ne fonctionne pas toujours comme on le voudrait. Surtout avec les mafieux riches qui viennent de Russie et qui sont surveillés par le FBI.

Ce dernier va donc arrêter Molly et essayer de la faire collaborer. Mais elle n’est pas spécialement d’accord et va voir un avocat de la dernière chance (pour elle) : Charlie Jaffey (Idris Elba).

 

IL n’y a pas à dire, les biopics de criminels sont une mine d’or pour les scénaristes américains. Et Aaron Sorkin, qui réalise ici son premier film, sait ce qu’il en est : il a d’abord été scénariste avant de passer de l’autre côté. Et côté intrigue, c’est du béton, comme on dit. Il faut dire que le livre de la véritable Molly Bloom est propice à un film spectaculaire, avec en prime le milieu du jeu (de cartes) qui nous a valu quelques séquences mémorables depuis quelques décennies (1).

Mais à la différence de ces aînés, le film de Sorkin ne s’attarde pas sur le jeu en lui-même. Et si les joueurs accumulent – et perdent – des fortunes, ce ne sont pas les cartes les éléments les plus importants. Non, c’est tout ce qu’il y a autour et qui devient la seule raison de vivre de cette femme hors du commun. Parce que même si elle n’a pas pu se qualifier pour les JO, Molly reste une championne dans sa partie.


Et Jessica Chastain est une Molly Bloom inoubliable. On sent la détermination de cette championne dans son attitude, ses tenues plus ou moins provocantes et aussi sa répartie. Et ses passes d’armes (mouchetées) avec celui qui sera son avocat sont de très haute volée : n’oublions pas qu’elle se destinait avant tout au Droit avant de mettre le doigt dans l’engrenage du jeu. On ressent d’ailleurs cette occasion manquée avec ce domaine des lois quand elle effleure la collection d’ouvrages concernant les jurisprudences. C’est très éphémère, mais c’est quand même là.

Aux côtés de Jessica Chastain, Idris Elba s’en tire très bien, ce qui est très louable vu l’importance du rôle de Molly. On retrouve la même détermination chez cet avocat que chez le père de Molly, mais dans un autre domaine. Cela peut expliquer aussi pourquoi le courant passe entre ces deux personnalités fortes et très différentes.

 

La figure du père, donc. Celui qui est à l’origine de tout cela. Kevin Costner campe un producteur de champions très ambigu. En effet, il n’est pas un de ces sportifs ratés qui veut que ses enfants aillent là où cela lui fut refusé : non, c’est un psychiatre réputé et son métier va lui servir dans sa relation avec sa fille,surtout du fait de leur « secret » partagé (2). Et sa réapparition impromptue relèverait plus du rêve (ou du délire) que de la réalité : il débarque de nulle part et se trouve au bon endroit et au bon moment. Et cette impression va mettre du temps à s’estomper avant d’être balayée par la réalité de l’héroïne.

 

PS : on aura le plaisir (enfin c’est mon cas !) de retrouver Graham « Ziŋtká Nagwáka » Greene à nouveau à l’affiche aux côtés de Kevin Costner… Essayez de le retrouver. Sans tricher !

 

  1. The Cincinnati Kid, The Sting, Casino Royal
  2. Je ne vous le dirai pas, ce n’en serait plus un.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Lisa Joy
Reminiscence (Lisa Joy, 2021)

« J'ai une gueule à faire l'amour avec des souvenirs ? » Clara (Arletty) dans Le Jour se lève.

C’est à cette réplique que j’ai pensé une fois le film terminé. Il faut dire que ce que Prévert avait entrevu, Lisa Joy l’a fait !

Mais reprenons.

Nous sommes plus tard, quand la mer a envahi la terre, quand les gens ont les pieds dans l’eau, et quand les riches – toujours eux – jouissent d’endroits retirés constitués exclusivement de terre, sans pied dans l’eau. Un véritable pied-à-terre, donc.

Nick Bannister (Hugh « Wolverine » Jackman), après quelques années de guerre (la catastrophe a amené une nouvelle guerre totale, bien sûr), a mis au point un appareil qui permet de voyager (presque) physiquement dans sa mémoire. Il vend donc des souvenirs heureux.

Un soir, Mae (Rebecca Ferguson) débarque dans son échoppe : elle veut qu’il l’aide à retrouver ses clefs qu’elle a égarées. C’est le coup de foudre.

Mais c’est aussi là que bascule la vie de Nick, vers un terrible cauchemar, un de ces souvenirs qu’on préfère oublier…

 

Pas mal. Pas extraordinaire, mais quand même pas mal. L’utilisation du réchauffement climatique est intéressante, mais malheureusement, je trouve qu’elle manque un tantinet de réalisme. En effet, alors que certaines parties de villes (américaines, bien sûr) surnagent et que des gratte-ciel ont plus que les pieds dans l’eau, on remarque une activité électrique tout aussi importante qu’aujourd’hui. Vous me direz, c’est normal, avec les panneaux photovoltaïques et autre éoliennes (qu’on ne voit à aucun moment, d’ailleurs), on peut continuer à produire de l’électricité.

Mais le plus gênant, à mon avis, c’est l’importance des voitures qui sont toujours en circulation, même si les roues sont rarement sales puisque toujours humides. Alors nous sommes dans une période post-apocalyptique mais qui ressemble encore beaucoup (trop) à ce que nous connaissons.

 

Mais malgré cette révolution sociale maritime, le scénario reste essentiellement sur Nick et sa relation avec Mae d’un côté – la femme qu’il aime – et sa collaboratrice Watts (Thandiwe Newton), une ancienne de la guerre elle aussi. Deux histoires d’amour (presque) à sens unique. Et le trio qui l’interprète est à la hauteur, passant du rêve à la une réalité avec bonheur, donnant le change par rapport aux objections émises plus haut.

Mais il manque un petit quelque chose pour en faire un grand film, et c’est peut-être du côté obscur qu’on va le trouver. Ou plutôt pas assez le retrouver : si méchant il y a – et il y en a un – il n’est pas assez bien caractérisé. En clair, il n’est pas vraiment réussi. On aurait aimé quelque chose de plus fort le mettant en valeur. Et la dernière réplique que lui lance Nick résume assez bien ce que j’en pense (1).

 

Pour le reste, on aurait aimé une intrigue dénonçant un peu plus les dérives – inévitables – d’un tel procédé : l’utilisation des souvenirs par la Justice en est une illustration mais cela ne va pas assez loin. De même l’utilisation criminelle possible n’est là encore que survolée.

Bref, à chaque fois, il manque un petit quelque chose pour aller plus loin dans cette histoire et arriver à un univers aussi angoissant – et magnifiquement bien défini – que celui de Minority Report, dont l’apparentement me semble évident.

 

Mais voilà. Ca n’y est pas. On peut imaginer que comme c’est le premier long-métrage de Lisa Joy, c’est une erreur de débutante. Seul son prochain film pourra nous le dire…

 

  1. Non, je ne vous dirai rien. Voyez le film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Henry King, #Lillian Gish
Romola (Henry King, 1924)

Romola (Lillian Gish) est une jeune femme de Florence qui vit avec son père Bardo Bardi (Bonaventura Ibañez), un érudit au savoir plus que respecté. Elle est courtisée par le jeune artiste Carlo Buccelini (Ronald Colman). Arrive en ville un jeune homme inconnu, Tito «  Naldo » Melema (William Powell), rescapé d’un naufrage, et rempli d’ambitions.

Il fait la connaissance de la jeune Tessa (Dorothy Gish) qui s’amourache de lui. Mais il fait aussi la connaissance de Romola et de son père et voit tout de suite le parti qu’il pourrait en tirer. Surtout que le nouveau gouvernement de la ville lui a proposé d’y participer.

Bien entendu, Melema n’est pas vraiment celui qu’il prétend : Tito pour Romola et les citoyens de Florence et Naldo pour Tessa, une des nombreuses victimes des agissements de ce méchant personnage. Et il y en aura d’autres.

J’oubliais : l’avant-dernière séquence a lieu le 23 mai 1498, lors de l’exécution de Savonarole (Herbert Grimwood).

 

Un an après The white Sister, Henry King reforme son duo vedette Gish-Colman et nous propose une nouvelle intrigue italienne, tournée d’ailleurs à Florence (en partie), et qui se situe donc en fin de XVème siècle, à une époque où tout bouillonnait, les arts comme la politique. Des noms prestigieux sont évoqués dans les intertitres –Vinci, Michel-Ange, Laurent de Médicis – mais c’est tout de même la petite histoire qui nous intéresse ici, celle de Romola bien sûr, mais surtout l’ascension – et la décadence, cela va de soi – de Melema, interprété avec beaucoup de conviction par William Powell. Il n’est pas encore la star qu’il deviendra dans la décennie suivante : il a le mauvais rôle, et il le fait très bien.

Bien sûr, les sœurs Gish sont parfaite, chacune dans son domaine : à Lillian le rôle de jeune femme virginale, remplie de grâce et de vertus ; à Dorothy la fantaisie et l’insouciance, amenant les rares séquences comiques du film.

Le perdant dans l’affaire serait plutôt Ronald Colman qui est beaucoup moins mis en valeur, même si son rôle demeure important. Il est éclipsé par les deux femmes, cela va de soi, mais aussi par la prestation de Powell.

 

Et Henry King déroule, comme il sait le faire, illustrant avec beaucoup de bonheur cette histoire somme toute immorale : alors que Melema se marie avec Romola (et oui, cela arrive !) Tessa s’amuse avec son fils – qui est aussi le sien (1). King est assisté du même Roy F. Overbaugh qui avait signé les images du film précédent et les cadrages ont beaucoup fait pour la renommée du film : Lillian Gish y est magnifique. Comme d’habitude. Malheureusement la copie que j’ai pu visionner n’est pas de très bonne qualité, hélas.

Mais cela n’enlève en rien à la qualité du film qui n’hésite pas à tout nous montrer, la première mouture du Code Hays n’étant pas encore en vigueur : outre cette histoire immorale, la mort (inévitable) de Melema est tout sauf glorieuse et ne nous est pas épargnée.

 

Au final, si Romola ne se hausse pas au niveau de The white Sister, il reste tout de même un film intéressant, interprété avec conviction par des actrices et acteurs de premier plan, sinon des stars absolues, avec en prime une kyrielle de seconds rôles pertinents, recréant avec un certain charme cette époque, sublimée avec le temps (2). Et Savonarole est inoubliable.

 

  1. Vous me suivez ?
  2. Ne vous attendez pas à une reconstitution extraordinaire, nous sommes au cinéma, mais elle fut tout de même supervisée par quelques spécialistes de l’époque comme annoncé en ouverture.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Clint Eastwood
Créance de Sang (Blood Work - Clint Eastwood, 2002)

Alors qu’il est à la poursuite du « tueur au code », Terry McCaleb (Clint Eastwood), profileur au FBI), est victime d’un infarctus. Deux ans plus tard, il revit : une jeune femme, récemment décédée lui a donné son cœur.

Sauf qu’elle a été tuée, ce que McCaleb ne peut supporter. Surtout que la sœur de la victime (Wanda de Jésus) vient le relancer pour retrouver son assassin.

Terry va donc reprendre l’enquête, malgré ses ex-collègues du LAPD qui ne voient pas d’un bon œil son irruption dans une affaire qu’ils ont plus ou moins classée.

Mais ce qu’il découvre dépasse son imagination…

 

Eastwood retrouve la police mais dans un nouveau cadre : McCaleb est un homme diminué, vieillissant. Ca tombe bien, Eastwood a fêté ses 72 ans depuis quelques temps quand le film sort en août 2002. Et si Terry a certaines pratiques qui ne sont pas éloignées de celles de Harry Callahan (quand il s’occupe de l’homme dans la voiture qui le surveille), dans l’ensemble, il est beaucoup plus subtil et arrive aux même résultats : la neutralisation d’un coupable. Parce que le tueur au code sera neutralisé, ce dont nous ne doutons à aucun moment. Et si Brian Helgeland a un tantinet modifié le roman initial de Michael Connelly (1) – normal, nous sommes au cinéma –, ce dernier le signalera dans un autre de ses romans, faisant par là même un petit clin d’œil au cinéaste.

 

Encore une fois, on retrouve l’idée du creuset (melting-pot) qui est l’une des bases des Etats-Unis :ici, McCaleb dont le patronyme fleure bon l’Europe et les premiers colons américains se retrouve affublé d’un cœur d’origine mexicaine, ce qui amène certaines tensions avec un des policiers du LAPD, Ronaldo Arrango (Paul Rodriguez), lui-même un véritable « Cul-mouillé » (wetback) comme on nomme péjorativement les clandestins qui émigrent aux Etats-Unis (ils ont traversé le Rio Grande à la nage,d’où le sobriquet).

Mais cela ne gêne nullement McCaleb et même, cela va faire de lui, peut-être une meilleure personne, thème qui jalonne l’œuvre de Eastwood : on retrouvera cette idée, par exemple, dans Gran Torino, mais sans la dimension mystique voire christique de Walt Kowalski.

 

Aux côtés de Clint Eastwood, on a plaisir à retrouver Jeff « Tom Baxter » Daniels (Jasper « Buddy » Noone). Buddy est un personnage essentiel à l’intrigue sur plusieurs plans et Daniels compose avec conviction ce personnage nonchalant, véritable oisif – il passe son temps à boire des bières – mais qui ne dédaigne pas de donner un coup demain à son ami Terry (2).
De plus, ce sont les femmes qui jouent le rôle le plus important aux côtés de cet enquêteur singulier. Outre celle qui lui a donné son cœur et sa sœur qui le remet en selle, on trouve deux autres femmes importantes : la doctoresse Bonnie Fox (Anjelica Huston) et la détective Jaye Winston (Tina Lifford). La première pour son suivi médical, bien sûr mais aussi pour vérifier l’hypothèse centrale de l’intrigue ; la seconde quant à elle sous couvert d’un renvoi d’ascenseur, va lui permettre de travailler malgré les cadres juridiques stricts (3).

 

Bref, un film qui, s’il reste mineur en comparaison d’autres, se laisse regarder avec beaucoup de plaisir, et est interprété avec justesse.

Que demander de plus ?

 

  1. J’adore !
  2. « Buddy » signifie aussi « ami ».
  3. On ne s’improvise » pas enquêteur aux Etats-Unis, il faut une licence.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Science-Fiction, #David Cronenberg
Les Crimes du futur (Crimes of the Future - David Cronenberg, 2022)

Cronenberg est de retour ! Et de quelle façon !

C’est le grand retour de l’horreur de science-fiction comme il l’a déjà pratiquée par le passé. C’est sanguinolent à souhait, dans un décor futuriste où, la douleur a disparu, évolution oblige.

Encore que. Comme le dit Wippet (Don McKellar), la douleur n’est-elle pas un élément humain qui permet au corps de signaler un dysfonctionnement ? Donc un humain qui n’a plus mal est-il encore un humain ?

 

Reprenons.

Nous sommes donc dans un futur plutôt proche où la technologie de pointe concerne la chirurgie. A tel point qu’une opération est devenu un happening artistique, une performance très courue. Sans anesthésie, cela va de soi, puisque les humains (ou réputés tels) sont insensibles à la douleur.

Saul Tenser (Viggo Mortensen) et Caprice (Léa Seydoux) sont deux partenaires qui enchaînent les ablations artistiques : Saul secrète régulièrement de nouvelles tumeurs qui se révèlent être des organes nouveaux. Caprice opère en direct et devant caméras ces nouvelles protubérances dans un appareil incroyable : le Sark. Comme la destination première de cet appareil était l’autopsie, on propose au duo l’autopsie d’un petit garçon, tué par sa mère.

 

Bien sûr, ce film est dérangeant et parfois à la limite du supportable, mais après avoir vu Videodrome (1983) ou encore Dead Ringers (1988), je ne risquais plus grand-chose. Encore une fois, nous retrouvons des personnages torturés, voire inadaptés au monde qui les entoure, ce qui est d’autant plus vrai qu’on parle de mutation plus ou moins génétique. Mais qu’on ne s’y trompe pas, nous ne sommes certainement pas dans le monde des X-Men. A la limite, dans celui de Logan, et encore. Ce qui fait une grande différence avec l’univers Marvel, outre le fait que c’est Cronenberg qui est aux commandes, c’est l’aspect réaliste du film.

 

Pourtant, il n’y a aucune indication de date, seul le titre nous annonce que ce sont des lendemains qui déchantent que nous allons voir. Et même, on notera que ce futur est bien archaïque : les objets du quotidien n’ont rien d’ultramoderne, et outre l’anneau-caméra de Caprice, les autres appareils que possèdent les spectateurs (voyeurs ?) sont franchement vieillots ! Mais ces objets nous ramènent au quotidien des spectateurs, ainsi qu’à l’évolution actuelle de notre monde et surtout sa destruction progressive du fait de la pollution.

Autre élément futuriste, la faune.

Nous ne voyons que des humains. Pas de chat (comme dans Alien) ou autre chien…Un univers à la Delicatessen (1991). Et l’analogie avec le film de Caro et Jeunet se poursuit dans les décors tout aussi mieux (les intérieurs des différents appartements ne sont là encore pas très reluisants).

 

Mais si nous ne voyons que des humains, c’est l’absence de foule qui est la plus flagrante. On ne voit que très peu de gens dehors et on ne sent aucune activité plus ou moins fébrile autre que celles effectuées par les différents artistes corporels.

Ces différents artistes vont jusqu’aux limites du supportable dans leurs différentes mutilations qui nous sont montrées plutôt crûment. Et la question de Timlin (Kristen Stewart) sur une quelconque (façon de parler) substitution prend toute sa saveur quand on assiste aux différentes performances qui nous sont montrées (1).

 

  1. Je vous laisse découvrir cette question. Pour les autres qui ont vu le film, je ne ferai qu’une remarque : « nous sachons ! »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Guillermo del Toro
Nightmare Alley (Guillermo del Toro, 2021)

[Encore une fois, des éléments de résolution de l’intrigue se sont glissés dans ce que vous allez (peut-être) lire : continuez à vos risques et périls si vous n’avez pas encore vu ce formidable film !]

 

1939.

Pendant que l’Europe prépare sa Deuxième Guerre Mondiale, Stanton Carlisle (Bradley Cooper) incinère son père qui vient de mourir. Puis, il prend le bus et en descend au terminus, au milieu de nulle part. Enfin pas exactement puisqu’on y trouve une foire avec tous les phénomènes qui font recette, de l’homme-animal (Paul Anderson) à Molly (Rooney Mara) la femme électrocutée, en passant par Bruno (Ron « Hellboy » Perlman) l’hercule et la Zeena (Toni Collette) devineresse.

1941.

Alors que l’Amérique se prépare à entrer en guerre, Stanton triomphe dans un numéro de mentaliste, secondé par Molly – ex-femme électrocutée -. Il fait alors la rencontre de Lilith Ritter, psychanalyste trouble, et va prendre une décision – fâcheuse, évidemment – qui va précipiter sa chute pourtant annoncée par Zeena.

 

Vous prenez le savoir faire de Guillermo del Toro, vous lui ajoutez une pléiade de noms prestigieux et vous obtenez un film d’ambiance (encore une fois) de très grande facture, où le surnaturel a encore une fois sa place, mais cette fois-ci sans l’aspect fantastico-merveilleux auquel nous étions habitués.

En effet, si le paranormal est au centre de l’intrigue, c’est surtout parce que Stanton Carlisle n’est rien d’autre qu’un charlatan qui ne fait illusion qu’auprès des crédules : des gens brisés par la perte d’un proche et que ce faux mage ferait revivre bien opportunément.

Mais, encore une fois chez del Toro, la mort rattrape ce singulier héros avec des conséquences hautement graves.

 

Bien sûr, Bradley Cooper est épatant dans ce rôle ambigu d’arriviste et son interprétation est à ce point convaincante qu’on en vient à se poser des questions sur sa clairvoyance : où commence la manipulation et où s’arrête-t-elle (si elle s’arrête) ? Et ce malgré les explications que nous avons eues au préalable quand Pete (David Straithairn) et Zeena lui ont expliqué les ficelles du spectacle.

A ses côtés, on a plaisir à retrouver la formidable Rooney Mara, manipulée elle aussi par cet homme au passé trouble (on aura toutes les explications nécessaires, rassurez-vous), ainsi que le formidable Ron Perlman, et on s’étonnepresque de l’absence de Doug Jones parmi ces personnages hautement atypiques.

 

De même, alors que Guillermo del Toro a cité une liste de films qui l’ont inspiré pour celui-ci, on s’étonne de ne pas trouver Freaks : était-ce trop évident pour ne pas le mentionner ? Toujours est-il qu’outre le milieu du spectacle des monstres et autres curiosités, on y retrouve deux personnages échappés du monde de Browning : une des deux sœurs Pinhead (Tête d’épingle) au début, ainsi que Kookoo dans les derniers plans. Autre personnage inspiré par le monde particulier et qu’on retrouve chez Browning, une femme araignée qui rappelle celle de The Show.

 

Bref, Guillermo del Toro, encore une fois, nous offre un superbe spectacle, dirigeant avec maestria des interprètes à la hauteur de l’événement et ce malgré les contingences sanitaires (une interruption due à la pandémie de COVID-19, comme c’est étonnant…) pas spécialement arrangeante quand on sait la somme impressionnante de travail et de personnels nécessaires pour un tel film, sans parler de la post-production.

Pour la reconstitution de la période concernée, les teintes utilisées (plutôt sombres) sont en parfaite adéquation : on y retrouve une atmosphère sordide de pauvreté, de bas-fond et de cauchemar que l’on associe naturellement à cette période de crise économique  sur la fin. En effet, la crise de 1929 s’achèvera véritablement avec l’entrée en guerre : rien de tel qu’une bonne guerre pour relancer l’économie ! Hum. Passons.

 

Quant au dernier plan, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à celui de City Lights, le rire de Stanton Carlisle évoquant pour moi le sourire du vagabond, rempli du même désespoir de quelqu’un qui sait que, de toute façon, une fin heureuse n’est pas possible.

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