Ca y est !
J’ai enfin vu les 52 épisodes sur cette famille Crawley et leurs domestiques dans cette immense propriété d’un autre temps.
Tout commence en 1912, au milieu du mois d’avril. Patrick Crawley a été déclaré mort suite au naufrage du Titanic, le 12 avril. En quoi cela nous concerne-t-il ? En tout ! Ce monsieur était l’héritier désigné de Lord Robert Crawley (Hugh Bonneville), comte de Grantham. De plus, il devait épouser Lady Mary (Michelle Dockery) afin de préserver le domaine dans la lignée de Robert qui n’avait pas eu la chance d’avoir un fils.
Des recherches sont entreprises qui découvrent un nouvel héritier à Sir Robert : Matthew Crawley (Dan Stevens), issu (de loin) de cette même famille, mais fils d’un médecin à Manchester (quelle horreur !).
Que va devenir Downton Abbey quand Robert ne sera plus ?
Epoustouflant ! Superbe ! Magnifique ! (etc.)
Treize ans d’une famille aristocratique et de sa maisonnée vont des dérouler sous nos yeux, sans jamais perdre en intensité. C’est une magnifique prouesse qu’a réalisé là Julian Fellowes (l’auteur) et les différentes équipes de tournage. Ce dernier a réussi son alchimie : suivre une famille aristocratique britannique pendant le déclin de la noblesse en même temps que l’évolution de la domesticité sur cette même période, alors que le monde est en train de rentrer de plain pied dans le XXème siècle.
Et le choix du naufrage du Titanic pour ouvrir cette série n’est pas anodin : tout comme l’a montré James Cameron dans son film éponyme (1), ce désastre maritime annonce la fin d’une époque. Et cette (r)évolution va s’amplifier deux ans plus tard avec la Première Guerre Mondiale.
Bien sûr, il y a une barrière entre ces deux mondes, héritage edwardien du siècle passé, superbement illustré par le personnage (incontournable) de la douairière Lady Grantham (Maggie Smith), mais il existe aussi certaines passerelles qui joignent ces deux mondes distincts. La proximité est le premier facteur de rapprochement, mais c’est surtout l’intimité – obligée – entre certains domestiques (femmes et valets de chambre) et leurs maître·sse·s qui le permet. Mais si la guerre a rapproché les hommes d’un même camp, il n’en va pas de même pour les maîtres et leurs serviteurs : quand Matthieu s’en va à la guerre, il est accompagné d’un valet de pied (Thomas Howes) de Downton Abbey qui reste immanquablement sous ses ordres, prêt à le servir jusqu’à la mort, comme de bien entendu.
Bien sûr, la préférence du spectateur (enfin la mienne en tout cas) va aux domestiques qui doivent sans cesse s’adapter à des imprévus de dernière minute, essentiellement des réceptions, qui donnent au sous-sol (l’univers des serviteurs) une activité et une fébrilité qui sont aussi sources de tension :mais si tout allait bien, où serait l’intérêt ?
Et des tensions, il y en a : entre Thomas Barrow (Rob James-Collier) et John Bates (Brendan Coyle), c’est tout sauf l’entente cordiale surtout que le même Barrow a tendance à conspirer avec Mrs. O’Brien (Siobhan Finneran), la première femme de chambre. Et puis il y a les histoires d’amour, plus simples que celles d’en haut, mais qui ne sont pas pour autant aussi rapides : si Anna (Joanne Froggatt) trouve rapidement l’âme sœur, c’est plus compliqué pour Daisy (Sophie McShera). Alors que dire de Barrow ?
Et surtout, il y a le lien avec l’époque qui reste toujours très étroit pour ce microcosme, replaçant cette communauté dans ce siècle en perpétuel mouvement. Si la guerre est un tournant de la série, on n’échappe pas pour autant aux petits éléments historiques : le programme du cinéma qui se développe (2), les arrivées du phonographe et de la TSF, du frigo, du sèche-cheveux…
Mais aussi les signes du déclin aristocratique avec les menaces financières qui planent sur le domaine : les voisins qui étaient autrefois fortunés se voient poussés à la vente à cause de ce monde en évolution, mettant un terme inévitable au faste traditionnel. Et si Downton réussit à survivre à cette déferlante, elle doit tout de même s’adapter et faire des choix plus ou moins drastiques et, évidemment (presque) lourds de conséquence(s).
Bien sûr, l’interprétation est l’une des clés du succès (mérité) de cette série. Outre les interprètes déjà mentionnés, on peut distinguer Jim Carter (Carson, le majordome) qui est, à mon avis, l’un des personnages les mieux réussis : à l’instar de la douairière, il représente l’étiquette traditionnelle (et traditionaliste) de ce milieu, difficilement compatible avec les changements. Bien entendu, son rigorisme totalement edwardien est aussi source de comique. Parce que malgré ses allures hautaines, cette microsociété a un fort potentiel comique, britannique certes, mais très drôle. Avec en point d’orgue les rapports entre Lady Grantham (la douairière) et Isobel Crawley (Penelope Wilton), la mère de Matthew.
Mais qu’on ne s’y trompe pas, si l’humour l’emporte très souvent, la tragédie est toujours présente, avec la guerre, bien sûr,mais pas seulement puisque Downton Abbey va payer cher son tribut à ce monde en mouvement.
Bref, une formidable série, ponctuée (pour l’instant) par deux films qui continuent l’aventure (si on peut parler d’aventure…) et nous consolent d’en avoir fini avec ces six années de bonheur.
- Saint Paul (2 Cor, 5)
- On entend quelques beaux noms : Theda Bara, Lillian Gish (Way down East), Rudolph Valentino & Agnes Ayres (The Sheik), Clara Bow…
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