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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Western
Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin (Big Trouble in Little China - John Carpenter, 1986)

Jack Burton (Kurt « Snake Plissken » Russell) est chauffeur routier et livre régulièrement dans le quartier chinois de San Francisco (Chinatown). Un jour, il accompagne son ami Wang Chi (Dennis Dun) à l’aéroport pour y accueillir la fiancée de celui-ci, la belle Miao Yin (Suzee Pai). Mais cette dernière est enlevée par le Wing Kong, une triade qui a pour chef le mythique et mystique David Lo Pan (James « Hannibal Chew » Hong). Pourquoi ? Parce que Miao Yin a les yeux verts, ce qui est rare pour une Chinoise (?).

S’ensuit alors une poursuite avec vol de camion (celui de Jack) et rencontre d’une belle avocate – Gracie Law (Kim Cattrall), ça ne s’invente pas (1) – et de spectaculaires combats contre la triade et ses super combattants avec tout de même l’aide du sorcier Egg Shen (Victor Wong).

 

L’espace d’un film, John Carpenter sort de l’horreur fantastique pour ne s’occuper que du deuxième élément, mais avec un détachement et surtout beaucoup de plaisir. On sent que le réalisateur et son équipe ont apprécié le tournage, même si les studios (20th Century Fox) n’ont pas vraiment favorisé le projet. Quoi qu’il en soit, si le film n’a pas atteint le public comme il le méritait à sa sortie, l’exploitation en vidéo a comblé ce handicap : c’est d’ailleurs comme ça que j’ai pu le voir.

Et c’est bien dommage qu’il n’ait pas eu ce succès tant il est à part dans l’œuvre de Carpenter : un mélange de comédie, de western et d’exotisme très réjouissant. Et encore une fois, Carpenter ne s’est pas contenté de la réalisation, puisqu’il cosigne, comme d’habitude, la bonde originale, cette fois-ci avec Alan Howarth.

 

Bien sûr, cette intrigue est hautement improbable, mais qu’importe puisqu’on s’amuse. Kurt Russell, encore une fois est un aventurier (malgré lui pour le cas) solitaire plus intéressé par ses différents trajets dans son camion que par une vie bien rangée (2). Et en cela, on retrouve une dimension du western (comme annoncé plus haut) : c’est un solitaire qui vient remettre de l’ordre dans un endroit et repart une fois le travail effectué vers de nouvelles aventures, en l’occurrence un nouveau transport routier. Bien entendu, comme les cow-boys solitaires de l’âge d’or du genre, il ne laisse pas indifférent la jeune première (Gracie) et va finir par l’embrasser…

Et pour accentuer cet aspect westernien, il faut savoir que Kurt Russell a pris comme modèle pour son personnage nul autre que John Wayne. Certes, il n’y a pas ces grands espaces qui font le décor formidable du genre, mais ils sont remplacés par les éléments exotiques (d’Extrême-Orient) qui situent principalement l’intrigue.

Et pour insister sur l’aspect improbable et fantastique, les trois champions de la triade ne sont pas sans rappeler les combattants du jeu Mortal Kombat à venir (1992), tout comme David Lo Pan sera le méchant dans ce même jeu.

 

Bref, nous sommes dans un film singulier puisqu’il reprend certains éléments de western de fantastique, et va influencer les créateurs de jeux vidéo : pas mal pour un film qui est (presque) passé inaperçu à sa sortie…

On en redemande !

 

  1. Enfin si : Law signifie « loi »…
  2. Ce qui se traduit aussi par des maladresses.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Claude Autant-Lara, #Gérard Philipe
Le Joueur (Claude Autant-Lara, 1958)

« Heureux au jeu, malheureux en amour ».

Encore une fois, le dicton se réalise pour Alexeï Ivanovitch (Gérard Philipe).

Pourtant, rien ne laissait présager une telle issue malheureuse.

Reprenons.

Alexeï Ivanovitch est le précepteur des petits-enfants (?) du général Zagorianski (Bernard Blier). Ce dernier s’est rendu à Baden-Baden, mais certainement pas pour y prendre les eaux : il y a une roulette très courue, et comme il est criblé de dettes et que sa vieille tante Antonia (Françoise Rosay) ne veut pas mourir (et lui léguer sa fortune), il essaie de s’y refaire. Sans y parvenir, bien entendu. Et évidemment la tante Antonia arrive à Baden-Baden.

Alors qu’elle inspecte le casino à la recherche de son neveu, elle est subitement prise de la fièvre du jeu et y perd tout.

C’est alors au tour d’Alexeï de prendre place autour de la table : il gagne, il gagne, il gagne…

 

Il n’y a pas que le général de Gaulle qui a ses entrées dans cette ville thermale puisque le grand Fédor (1) y a lui-même passé du temps et laissé des sommes colossales, et pas dans les soins, comme vous vous en doutez. Mais du roman, si les grandes lignes sont toujours présentes, l’issue et l’intrigue en sont plutôt éloignées. Mais qu’importe, nous sommes au cinéma : tout est donc possible. Et comme il y a Gérard Philipe, on ne va pas bouder son plaisir. De plus, la présence de Rosay et Blier nous assure un spectacle de qualité, même si on peut préférer d’autres réalisations ou performances d’Autant-Lara et des différents interprètes.

Le conflit opposant la tante et le général est un des meilleurs atouts du film, la vieille dame n’étant pas la mourante attendue, tandis que ce général a tout de celui de la Comtesse de Ségur (2) : Blier est bien évidemment dans son élément.

Quant à Gérard Philipe, il est un Alexeï de haute volée (qui en aurait douté ?) et donne vie à ce personnage, véritable héros dostoïevskien, avec toute la fougue et l’idéalisme de la jeunesse, un véritable cousin de Raskolnikov (3).

 

Mais – il y a toujours un mais – je regrette toutefois le manque d’intensité du film par rapport au livre, dans les moments de jeu. Si la première phase qui voit la vieille tante miser inlassablement sur le zéro est très réussie, celle qui voit Alexeï jouer pour son compte est relativement plate, alors qu’elle possède une force incroyable quand Fédor la couche sur papier. Il y a un côté machinal dans la réussite du personnage qui détone complètement : où est passée l’excitation mêlée de frénésie qui nous tenait en haleine ?

Certes, il est très excité de gagner, mais il manque l’aspect fébrile qui fait toute la force du (court) roman.

Quoi qu’il en soit, on prend plaisir à regarder cette « comédie » dramatique qui a beaucoup d’éléments du drame et qui n’est pas spécialement comique. Et la présence de seconds rôles émaillant le film n’est pas non plus pour déplaire : Alice Sapritch, bien sûr puisqu’elle est annoncée, mais aussi Piéral, Jacques Marin ou encore Daniel Emilfork font des apparitions très remarquées…

 

Alors on se laisse emporter par la fièvre (légère) du jeu et on apprécie ce film qui fut l’un des derniers de Gérard Philipe (encore trois à venir…). Hélas.

 

  1. Dostoïevski !
  2. Dourakine : « dourak » signifie imbécile en russe.
  3. Le roman est paru pendant l’écriture de Crime et Châtiment.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Marco Bellochio
L'Enlèvement (Rapito - Marco Bellocchio, 2023)

Décidément, les enfants et l’Eglise catholique n’ont jamais vraiment fait bon ménage, encore faut-il voir de quel point de vue on se place…

L’affiche est pourtant claire : un jeune enfant – Edgardo Mortara (Enea Sala) – sur les genoux du pape – Pie IX (Paolo Pierobon) – et qui regarde l’objectif avec un je-ne-sais-quoi d’indéfinissable dans le regard, et qui n’est pas de la sérénité…

Mais reprenons.

Le 23 juin 1858, la police débarque chez les Mortara, une famille juive, pour emmener le petit Edgardo qui aurait été baptisé et donc plus apte à vivre auprès de ces « israélites » : le pape a demandé qu’il soit élevé dans la religion à Rome.

Malgré les protestations et démarches, l’enfant est emmené et placé auprès du pape avec d’autres enfants qui ont connu le même sort.

 

Fabuleux.

Pour moi, Bellocchio se limitait à son remake du Diable au Corps et surtout de la polémique qui fut soulevée. Et je découvre ici un cinéaste talentueux qui nous donne une véritable leçon de cinéma, ne se contentant pas de la réalisation : il a aussi élaboré le scénario avec Susanna Nicchiarelli.

Et ce qui attire tout de suite notre attention, c’est la photographie. Le travail de Francesco di Giacomo est absolument magnifique, rappelant par certains aspects l’héritage pictural italien. C’est superbe. Et cette image est mise en valeur par un très beau montage de Francesca Cavelli et Stefano Manotti qui donne une dimension supplémentaire au film tout entier.

Nopus avons droit à (presque) tout ce que peut proposer le cinéma en matière d’images, de la caméra à l’épaule – quand Marianna (Barbara Ronchi), la mère d’Egardo part en calèche pendant que son fils lui est enlevé – au montage parallèle qui voit la famille Mortara célébrer le shabbat pendant qu’Edgardo entre pleinement dans l’Eglise – avec une pertinence incroyable.

De plus, les différentes scènes oniriques sont d'une beauté à couper le souffle, avec en point d'orgue la libération du Christ : ce Christ crucifié et couronné d'épines, véritable allégorie de la souffrance endurée par Edgardo depuis son enlèvement.

 

Le tout interprétéest par des acteurs au diapason, accentuant la dimension tragique de l’événement (véridique). Bien sûr, Paolo Pierobon est un pape formidable, enfermé dans son fanatisme sans être pour autant absent du monde : sa consultation des différentes caricatures le prouve bien. Et avec le temps, il a tendance à ressembler à un autre pape beaucoup plus contemporain : Jean-Paul II. C'est une ressemblance qui a tendance à le présenter un peu comme une marionnette qu'on agite, histoire de montrer qu'il est encore en vie était-elle voulue ? (1)

De l’autre côté, on trouve un Fausto Russo Alesi (Salomone « Mamolo » Mortara) qui exprime lui aussi avec beaucoup de justesse le tiraillement de cette famille abusée par cette religion « pour le bien » de l’enfant. Et bien entendu, c’est Enea Sala qui est la bonne surprise de ce casting. S’il semble un tantinet empesé au début du film, sa réaction à la séparation – définitive – avec sa mère est incroyable de justesse (2). On y ressent tout le désespoir de cet enfant arraché à l’affection des siens pour la plus grande gloire de l’Eglise et surtout « pour son bien ».

C’est d’ailleurs fou ce que les différentes religions peuvent faire « pour le bien » de l’humanité ! Et l’actualité ne va pas me démentir de si tôt…

 

Bref, Cet Enlèvement est un incontournable – encore un – de cette année 2023 qui, au final, se révèle tout de même fort riche.

Et ce n’est pas fini !

 

  1. Poser la question, c’est aussi un peu y répondre
  2. Leur dernière rencontre est magnifique.

 

 

Edgardo Mortara (à droite) - Giovanni Maria Mastai Ferretti, Pie IX (1792-1878)
Edgardo Mortara (à droite) - Giovanni Maria Mastai Ferretti, Pie IX (1792-1878)

Edgardo Mortara (à droite) - Giovanni Maria Mastai Ferretti, Pie IX (1792-1878)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Epouvante, #Jennifer Kent
Mister Babadook (The Babadook - Jennifer Kent, 2014)

Mister Babadook est le personnage d’un livre. Pour enfants. Enfin c’est comme ça qu’il s’introduit dans la maison d’Amelia (Essie Davis) et Samuel (Noah Wiseman). Ils y vivent ensemble depuis la mort d’Oskar (Ben Winspear), le père de Samuel, dans un accident de voiture sur la route de la maternité.

Un jour, peu avant les 7 ans de Samuel, ce dernier trouve donc le livre qu’il fait lire à sa maman. Et là, le cauchemar commence. Enfin pour Amelia, parce que voilà bien longtemps que le petit garçon se réveille la nuit parce qu’il y a un monstre dans sa chambre.

Un monstre terrifiant. Vraiment.

 

Et il est d’autant plus terrifiant qu’on ne l’aperçoit jamais vraiment. Et Jennifer Kent a bien compris qu’une menace qu’on ne voit pas est beaucoup plus effrayante qu’un monstre identifié. Parce que la terreur de ce personnage est très communicative : c’est donc un film très réussi !

On tremble sans vraiment rire comme dans certains films d’horreur habituels et les rapports entre la mère et le fils contribuent à ce climat de terreur : on aime ça ! Enfin c’est mon cas… Et le parti pris de tourner dans une atmosphère en noir et blanc – les couleurs des décors – accentuent le mystère et l’aspect fantastique du film. En effet, peu de véritables couleurs sont visibles tout au long du film : à part les cheveux blonds d’Amelia et la chemise à carreaux (en partie noire) de Samuel, c’est très sombre.

 

Bien sûr, on pense à d’autres films du genre, mais c’est surtout The Shining qui se rappelle à nous. Certes, le père est mort mais on retrouve ce couple mère-fils qui tente d’échapper à une force maléfique qui veut les détruire. Autre film reconnaissable : Nosferatu. Et ce n’est certainement pas par hasard que les seules visions que nous avons du monstre qui nous intéresse ici se retrouvent dans des films muets qu’Amelia regarde plus ou moins afin de lutter contre le sommeil qui lui fait peur : dans des extraits de Méliès, on aperçoit donc le Babadook qui se présente tel Nosferatu de Murnau, ses longs doigts effilés étant par contre noirs.

 

C’est un formidable cauchemar qui nous est proposé ici, dirigé d’une main de maîtresse par Jennifer Kent qui signe par ailleurs son premier long-métrage. Bien sûr, cette réussite « est aussi due à l’interprétation phénoménale d’Essie Davis (qui sera justement récompensée) et Noah Wiseman. Ils interprètent avec beaucoup de justesse cette relation ambiguë : est-ce parce que le père est mort que le fils est vivant ? Quel est le degré de responsabilité de Samuel dans sa mort ? Bref, cette relation déjà fragile ne s’améliore pas avec un tel personnage malfaisant qui intervient.

De plus, l’aspect cheap du film (1) lui donne encore plus de valeur : le spectateur se concentre alors pleinement sur le film en lui-même sans s’extasier sur la splendeur des effets numériques.

 

Bref, c’est ici un grand film d’épouvante qu’a réalisé Jennifer Kent, déjà inspirée par sa créature lors d’un précédent court-métrage (Monster, 2005). Mais rassurez-vous (?), il n’y en aura pas d’autre : comme elle a écrit le scénario, elle en a l’exclusivité et n’a certainement pas l’intention de céder à la tentation !

 

  1. Pas d’effets spéciaux grandiloquents, casting principal très resserré, lieux de tournages peu nombreux...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fanstatique, #David Yates
Les Animaux fantastiques : les Secrets de Dumbledore (Fantatic Beasts: The Secrets of Dumbledore - David Yates, 2022)

Jamais deux sans trois (1). Newt Scamander (Eddie Redmayne) est de retour avec ses créatures fabuleuses mais pas toujours très bien intentionnées.

Cette fois-ci, il faut arrêter Grindelwald (Mads Mikkelsen) qui prend de plus en plus d’ampleur dans le monde magique. Ce dernier est d’ailleurs recherché pour ses dernières frasques parisiennes entre autres. Mais il est bien protégé dans son nid d’aigle.

Pour arriver à ses fins et faire la guerre aux Moldus (2) il envisage d’être reconnu par ses pairs tout à fait démocratiquement : en étant désigné par le Qilin, une créature magique absolument « pure ». Et bien sûr, il va tricher pour l’emporter. Et comme Dumbledore ne peut pas affronter cet adversaire redoutable, il demande naturellement à Newt Scamander de s’encharger. C’est ce qu’il va faire, retrouvant du même coup Jacob Kowalski (Dan Fogler), son frère Theseus (Callum Turner), et Queenie (Alison Sudol) qui est malheureusement passée du côté obscur.

 

Le temps a passé et nous sommes maintenant en 1932. Et l’analogie entre le monde des sorciers et celui des Moldus est de plus en plus évidente : Grindelwald n’est rien d’autre qu’un avatar d’Hitler, ses Juifs étant les personnes non magiques. Il veut la guerre contre les Moldus, ce qui va de toute façon arriver comme annoncé dans la saga Harry Potter. Mais nous n’en sommes pas encore là et Grindelwald, tout comme son homologue moldu est à deux doigts de réussir. Et comme on sait qu’il y aura une suite, on se doute qu’il va finalement y parvenir, pour être mieux vaincu. Mais il est intéressant de retrouver certains éléments de comparaison entre Mr. G. et Mr. H. :

  • Tous les deux ont été emprisonnés : Grindelwald s’évade dans l’épisode précédent tandis que Hitler est relâché pour bonne conduite ;
  • C’est démocratiquement qu’ils briguent le poste suprême : et tous les deux échouent de peu en 1932 ;
  • C’est à Berlin que se déroule l’ascension des deux individus.
  • Leurs adeptes ont des rôles tout aussi maléfiques.

 

Mais nous ne sommes pas là pour une leçon de politique, même si on retrouve la même attitude lâche des démocrates face aux deux personnages, ici, c’est le département allemand de magie qui s’en lave les mains et permet à Grindelwald d’entrer dans la course au pouvoir.

Mais nous n’en sommes pas encore à la prise de pouvoir. Par contre, si comme prévu il y a cinq épisodes, cela veut dire que nous sommes à un moment charnière de l’épopée. Et c’est le cas puisque Grindelwald a essayé de diriger démocratiquement et cela n’a pas fonctionné : il lui reste donc une autre alternative, le coup de force.

On retrouve dans cet épisode le même basculement que dans la série HP : dans La Coupe de Feu (épisode 4), Voldemort était enfin identifié et considéré alors comme revenu à la vie. Ici, Grindelwald est blanchi et donc devient fréquentable : il a des partisans s’affichent sans vergogne et dont le nombre va certainement augmenter par la suite et donc amener cette guerre inévitable.

 

Mais heureusement pour nous, il y a Newt et ses créatures. SI on ne retrouve pas la poésie du premier opus, on y trouve tout de même son compte depuis la fois d’avant : bien sûr, le niffleur chapardeur est là, mais on retrouve aussi le petit bowtruckle qui se révèle bien utile lui aussi. Bien entendu, d’autres créatures sont présentes comme un immense monstre qui dévore ses prisonniers laissant leurs carcasses à ses enfants : des créatures fort peu sympathiques, croisement entre un crabe et un scorpion. On imagine que l’immense créature est pareille mais en beaucoup plus grand et dangereux.

Pourtant, le rapport entre Newt et ces petits crustacés-arachnides nous offre un beau moment de comédie, avant de passer, bien sûr, à des choses beaucoup plus sérieuses.

Bref, ce troisième volet est une bonne surprise, après le second qui était plus mitigé. Bien sûr, si Eddie Redmayne et Dan Fogler semblent mener la danse, c’est surtout Jude Law et Mads Mikkelsen qui font sensation. Ils sont formidables tous les deux et leur affrontement est véritablement très spectaculaire. 

Donc, Yates et toute son équipe s’est bien reprise et on a hâte de retrouver tout ce petit monde dans une suite (probable : il faut bien se débarrasser du méchant !).

 

  1. Ca risque d’être cinq.
  2. Muggles en VO : ceux qui ne sont pas magiciens. Des gens comme vous et moi. Enfin surtout vous parce que pour continuer à fournir régulièrement un article ici, il faut être un tantinet magicien. Encore que ce ne soit pas bien sorcier…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Gangsters, #Martin Scorsese, #Robert de Niro
Killers of the Flower Moon (Martin Scorsese, 2023)

Phénoménal.

Scorsese nous revient avec une nouvelle histoire sombre, émaillée de morts pas toujours très naturelles, et surtout ses deux acteurs fétiches : Robert DeNiro (Bill « King » Hale) et Leonardo DiCaprio (Ernest Burkhart).

Et surtout la formidable Lily Gladstone (Mollie Brown ép. Burkhart).

Mais reprenons.

 

[Je vous conseille de voir le film avant de lire ce qui suit, bicôze il n’y aura plus beaucoup de surprise : mais qu’importe, le film est tellement magnifique…]

 

Fraîchement démobilisé après la première Guerre Mondiale et survivant à la Grippe Espagnole, Ernest Burkhart débarque à Fairfax (Oklahoma) pour travailler avec son oncle, Bill « King » Hale. Ce dernier est l’un des soutiens les plus importants des Indiens Osages : après avoir été chassés toujours plus à l’Ouest, ils se sont établis en Oklahoma et y ont découvert du pétrole, devenant immensément riches, et donc la proie privilégiée des convoitises.

L’Oklahoma semble l’état rêvé : on y pratique des mariages mixtes (Indiennes & Blancs), et tout le monde s’entend très bien. Sauf que les Indiennes ont tendance à mourir prématurément sans qu’on s’étende beaucoup sur les causes de ces décès. Et bien sûr, les maris – blancs – héritent de leurs parts…

Alors qu’il travaille comme chauffeur de taxi, Ernest rencontre Mollie Brown et tombe amoureux. Il va même l’épouser, malgré la maladie : elle est atteinte de diabète, et en plus ses sœurs meurent l’une après l’autre… Et pas spécialement naturellement.

 

C’est absolument remarquable. Scorsese est à son plus haut ni veau, réalisant, en plus d’un film superbe, une véritable synthèse de son œuvre, allant même jusqu’à y apparaître un petit peu plus que d’habitude. Et la présence du duo vedette n’y est pas non plus pour rien. En utilisant ces deux monstres, Scorsese mélange son passé et son présent avec deux des acteurs qui ont su le mieux évoluer dans son univers cinématographique. Et la présence de Lily Gladstone pourrait presque envisager son avenir s’il n’avait déjà 81 ans… (1)

Avec ce film, une nouveauté tout de même : d’une certaine façon, Scorsese intègre des éléments du western qu’il mêle avec un univers plus fréquent chez lui, les gangsters.

Western parce que nous retrouvons les grands espaces et une lutte entre le Bien (les Osages) et le Mal (les Blancs). Et si nous n’avons pas un duel aux revolvers au soleil (levant ou couchant), nous en avons tout de même un entre les deux hommes dont un seul sortira vainqueur.

Et comme nous sommes chez Scorsese, ne vous attendez pas à une fin glorieuse pour le héros : il ne terminera pas plus haut qu’il n’était au départ.

 

La première force du film, c’est avant tout son intrigue : une histoire authentique avec un peuple indien opprimé, trompé, voire éliminé. Et des Blancs d’une incroyable méchanceté, mais toujours à la manière de Scorsese : avec beaucoup de religion et de famille. Ce dernier élément étant le moteur de Hale qui est prêt à tout pour arriver à ses fins. Et ses pratiques n’ont rien à envier à celle de Paulie (Paul Sorvino) & C° dans Goodfellas. Et si Joe Pesci n’est pas là – l’âge, que voulez-vous – Scott Shepherd (Byron Burkhart) est un substitut plus qu’honorable, la frénésie en moins, cela va de soi.

De plus, Scorsese insiste sur l’inexorabilité du sort des Osages, montrant le chemin de fer qui amène toujours plus de Blancs qui viennent travailler dans les concessions dont les propriétaires ont tendance à pâlir… Ceci couplé avec une utilisation intelligente du temps : en tant qu’immense cinéphile, il va utiliser le cinéma de Fairfax pour montrer le temps qui passe. Les premiers films d’actualité qu’on voit sont bien sûr muets puis tout d’un coup, des paroles se font entendre : nous sommes après 1927.

Et cette utilisation du cinéma permet aussi une première transition brillante : les actus montrées sur l’écran du cinéma laissent place naturellement à la réalité de l’intrigue, et quand Ernest est identifié par les spectateurs (tout le monde connaît Leonardo, ou presque), la couleur s’installe en même temps.

On va retrouver plusieurs de ces magnifiques transitions tout au long du film : saluons au passage le travail de montage de Thelma Schoonmaker.

Soulignons aussi le travail de Rodrigo Prieto derrière la caméra : c’est superbe, en particulier l’incendie accidentel du champ de pétrole de Hale.

 

Quant à l’interprétation, elle est à un très très haut niveau, en particulier (comme déjà dit) Lily Gladstone qui donne une authenticité _incroyable à cette femme torturée par ces Blancs sans scrupule. Là encore, on mettra en exergue sa dernière rencontre avec DiCaprio, où son visage est tout.

Bien sûr, DeNiro est impeccable mais pas au sens premier du terme : il est un salaud magnifique doublé d’un hypocrite talentueux. Je rejoins l’avis de mon ami Jean B. qui me disait que les acteurs, en vieillissant, rejoignent le côté obscur. C’est le cas ici de DeNiro, mais c’est aussi un début pour Leonardo qui reste tout de même plus une victime – de la rouerie de son oncle – qu’un véritable bourreau. Encore que…Le problème d’Ernest, c’est que c’est avant tout un imbécile facilement influençable et manipulable. Il y a dans ce personnage autant d’intelligence que chez Travis Bile (Robert DeNiro, tiens, tiens…) dans Taxi Driver, même si le contexte est différent.

 

Et puisqu’on en est aux références, une petite dernière : Raging Bull. Je ne vous dis pas où. Vous chercherez, et bien entendu trouverez !

 

PS : vous avez remarqué que le générique de fin ne comporte aucune musique, seulement des sons naturels. Et parmi eux, un rappel de ce que nous avons vu...

 

  1. Ne nous emballons pas : Eastwood a 93 ans et il n’a pas encore sorti son dernier film (attention, il arrive bientôt !) : 12 ans, l’espoir reste donc permis !
William « King » Hale (1874-1962)

William « King » Hale (1874-1962)

Ernest Burkhart (1892-1986)

Ernest Burkhart (1892-1986)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sport, #Sylvester Stallone
Rocky 2 : La Revanche (Rocky II - Sylvester Stallone, 1979)

Si plus de deux ans et demi ont passé pour les spectateurs, pour Rocky Balboa (Sylvester Stallone), Apollo Creed (Carl Weathers) et Adrian (Talia Shire), le temps s’est figé puisque les cinq premières minutes du film (environ) sont les cinq dernières du film précédent.

Et quand ce deuxième opus commence vraiment, les deux boxeurs sont conduits à l’hôpital. De toute façon, Rocky a décidé d’arrêter la boxe. Mais ça, ça ne plaît pas à son adversaire qui est inondé de courrier haineux déclarant que le match était truqué, voire que c’est Rocky qui aurait dû gagner. Il y aura donc un match retour, mais cela ne prendra que les vingt dernières minutes du film.

Le reste ? La nouvelle vie de Rocky qui se met à ressembler à celle d’avant, les manœuvres illégales en moins : Rocky est maintenant marié et Adrian attend un enfant… Et en plus, il lui a promis de ne plus boxer.

 

Stallone n’a donc pas raccroché les gants, et même, cette fois-ci, il signe non seulement le scénario, mais aussi dirige lui-même le film ! (1) Et à nouveau, l’adage qui dit qu’une suite est toujours moins bien ne fonctionne pas vraiment ! Parce que Stallone réussit à nous pondre un film très correct, mâtiné d’un scénario qui tient la route, ramenant Rocky à ses origines : les bas quartiers de Philadelphie (Pa).

Mais Rocky n’a pas beaucoup changé, il est juste devenu honnête : il n’a toujours pas une intelligence extraordinaire mais c’est suffisant et surtout, cela sert le scénario. Et donc à nouveau, cette descente dans la société après les ors du ring (et ceux de la ceinture d’Apollo) garde toute sa dimension réaliste qui faisait un des atouts du premier film. La vie est dure pour Rocky et ce n’est qu’avec un certain degré de volonté qu’il pourra revenir au plus haut niveau : très américain, non ?

 

Quoi qu’il en soit, Stallone signe ici (pour son second long métrage) un film qui, s’il n’est pas du niveau du premier opus, n’en est tout de même pas si éloigné. Il ne fera d’ailleurs pas mieux dans les suites qui vont émailler les années 1980, mais nous n’en sommes pas encore là.

Stallone a plaisir à retrouver ce personnage fruste mais attachant. Il s’amuse – jusqu’à un certain point (2) à l’interpréter et le diriger, multipliant les clins d’œil au premier film, dont évidemment la montée des marches avec la musique des Grosses Têtes… Avec en outre une belle variante.

Bref tout est là pour cette revanche du titre français, même le combat qui est d’une très grande intensité, Carl Weathers et Sly retenant à peine leurs coups parfois.

Et ça marche !

Il y a quarante ans, si on m’avait dit que j’allais apprécier ce second opus, je pense que j’aurais été plus que dubitatif…

 

Quoi qu’il en soit, je vous encourage à le voir autrement qu’une stallonnerie comme on tendance (parfois un peu trop vite) à qualifier les films de l’acteur.

Et puis si vous n’aimez pas, qu’est-ce que j’y peux ?

 

  1. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Road Movie, #Thien An Pham
L'Arbre aux papillons d'or (Bên trong vo kén vàng - Thien An Pham, 2023)

Une fois n’est pas coutume, cet article va révéler tout ou une partie de l’intrigue. Lisez à vos risques et périls ou revenez après avoir vu le film.

 

La soirée s’annonce bien pour Thiên (Le Phong Vu) : bière avec les copains, puis sauna et massage. Mais malgré tout, un incident se passe : deux motobylettes (1) se sont percutées, tuant sur le coup l’un des deux conducteurs. Qu’importe, la soirée se poursuit.

Malheureusement, pendant le massage, le téléphone sonne avec insistance : Hahn, la belle-sœur de Thiên faisait partie des deux victimes de l’accident et elle a succombé à ses blessures, laissant derrière elle un fils, le (très) jeune Dao (Nguyen Thinh).

Alors il emmène ce dernier dans son pays natal (qu’il a quitté pour Saïgon) afin d’enterrer la jeune femme. Il y retrouve Thao (Nguyen Thi Truc Quynh), son amour de jeunesse, qui est entrée dans les ordres et décide d’aller retrouver son frère, le père de Dao.

 

 « On ne fait plus des films comme ça. » Thiên et Thao parlent de La Vie est belle (Frank Capra, 1946), avec des regrets sinon de la nostalgie (ils sont un peu jeunes pour ça !), et le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est pas avec ce film qu’on en fait un nouveau.

Constitué quasiment uniquement de plans séquences (j’ai lu qu’il y en avait 67).

On m’avait fit : »tu vas voir, c’est un film qui dure 2 h 10. » Sauf qu’il y a 52 minutes de plus et qu’on les sent passer (en tout cas, c’est mon cas). Pas parce que la dernière heure est inutile – certainement pas – mais parce que tous les différents plans sont trop longs. Et comme le film a un rythme très lent, l’addition des deux amène des longueurs parfois (souvent ?) inutiles.

Et c’est bien dommage !

 

Parce que s’il y a un élément (2) qui ressort de ce (très) long métrage, ce sont bien les images de Dinh Duy Hung : c’est une véritable féerie visuelle, et ce malgré un climat plutôt hostile où la pluie s’enchaîne au brouillard, et où le soleil est le grand absent, sauf à un moment : la fin quand Thiên n’a pas retrouvé son frère. Parce qu’il ne le retrouve pas ! Enfin pas quand le film se termine, en tout cas. D’ailleurs, cette fin lumineuse est tout de même plutôt obscure. En effet, je n’ai pas l’impression qu’il y ait une véritable résolution de l’intrigue (mince).

Et c’est aussi l’une des faiblesses du film :cela se présente comme un road-movie où  Thiên erre comme une âme en peine (c’est vraiment le cas de le dire !), à la recherche d’un sens à l’existence qu’il semble le seul à ne pas avoir trouvé. Et chacune de ses rencontres (ou presque) est une nouvelle discussion existentialiste voire métaphysique qui ne le mène pas spécialement quelque part.

 

Ce qui évacue un élément important du road-movie puisque ce personnage ne semble pas vraiment changé malgré toutes ces rencontres et discussions. Et même, je vais enfoncer le clou (et me faire peut-être des ennemis) : par moment, j’avais l’impression de me retrouver chez Godard, ce qui n’est pas un bon signe en ce qui me concerne. Donc si vous ajoutez ça à la longueur et la lenteur du film, vous n’obtenez pas obligatoirement un cocktail détonnant…

Mais malgré tout, il y a quelques bons et beaux moments dans ce film :

  • l’enterrement de Hahn est à mon avis la séquence la plus intéressante. Tout d’abord, il s’y passe quelque chose (ce n’est pas toujours le cas) et surtout parce qu’on croise le solennel et le grotesque, deux éléments qui ne font pas toujours bon ménage. Mais ici, c’est (presque) parfait. Outre qu’on y prend des photos (au moins une), ce qui ne nous est pas habituel, cet enterrement est accompagné de la fanfare du village qui, si elle exécute un morceau lent et de circonstance, de par sa sonorité coupe toute la solennité du moment. On croirait entendre n’importe quelle fanfare d’un patelin reculé avec un son qui détone complètement par rapport aux enjeux du moment.
  • Cet enterrement se termine par une transition de très belle facture : alors qu’il se termine, on voit une pelle entrer dans le sol et commencer à creuser un trou. Mais c’est pour l’oiseau que Thiên avait ramassé…
  • L’arbre aux papillons d’or : c’est un moment absolument magique dans ce film. Et pour une fois, la caméra ne reste pas beaucoup de temps dessus. Quel dommage. J’aurais aimé voir un peu plus longtemps s’ébattre ces papillons clairs dans le sombre du décor. Mais non, on repart (presque) tout de suite ! Il y a dans ce plan une atmosphère onirique qui vaut à lui tout seul de voir ce film.

 

Et puis il y a la bande-son, l’autre atout du film. Si la musique est en parfaite adéquation avec les images, son absence l’est tout autant, voire plus significative. Car le son et son absence sont une donnée là encore primordiale. Même si j’ai parfois du mal à en comprendre le sens : la caméra subjective qui avance dans le brouillard au guidon de la motobylette se termine dans un éclat lumineux. S’est il passé quelque chose ? Non, dans le plan suivant on retrouve Thiên qui mange des nouilles.

Mais quand le son remplace la musique (mélodieuse), c’est surtout pour introduire un élément en boucle qui va rythmer la séquence : l’oiseau, les percussions des enfants, les pas de Thiên…

 

Alors, l’Arbre aux papillons d’or, un film à voir ?

Oui.

Ou pas.

 

PS : Juste avant le plan de l’arbre, deux personnes sont sorties temporairement de la salle. C’est quand même ballot !

 

  1. Ca a des roues de motos et ça va à l’allure d’une mobylette… Mais ça ne ressemble pas à ce que nous connaissons.
  2. En fait, il y en a deux !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Daniel Kwan, #Daniel Scheinert
Everything everywhere all at once (Daniel Kwan & Daniel Scheinert, 2022)

 

Tout, partout et tout d’un coup.

C’est ce qui va arriver à Evelyn (Michelle Yeoh), alors qu’elle va à un rendez-vous avec une inspectrice des impôts, Deirdre Beaubeirdre (Jamie Lee Curtis) : une interférence se passe et elle se retrouve entre deux univers. Puis d’autres. Nous savons tous qu’il est difficile de se concentrer sur deux choses à la fois, alors deux univers… C’est pourtant ce qu’Evelyn va devoir apprendre – rapidement – avec l’aide de Waymond (Ke Huy « Short Round » Quan) qui se trouve être, en plus de son mari, un autre Waymond dans un univers parallèle.

Pourquoi doit-elle apprendre vite ? Parce que le/la terrible Jobu Tupaki (Stephanie Hsu) veut détruire tous les univers.

Alors elle va apprendre : tout, partout et tout d’un coup.

 

Jubilatoire.

Dieu sait que je déteste cet adjectif, mais il exprime tout de même un sentiment qui va au-delà du réjouissant habituel. Si j’étais anglophone, je dirai que c’est stupendous, mais avec toutes les acceptions que proposent les traducteurs de ce mot (1).

Si les univers multiples ont le vent en poupe en ce moment, on les appelle d’ailleurs  multivers, je dois avouer que le film des deux Daniel (Kwan et Scheinert) exploitent ce thème avec un rare brio, montrant que l’on peut aussi rire de cette interpénétration multiverselle (je sais, je néologise) qui se veut originellement dramatique. Et en plus, ça se tient.

 

C’est bien sûr un peu déroutant au début, surtout qu’Evelyn et Waymond parlent un chinois mâtiné d’idiomes anglais : on se dit que progressivement ils vont parler anglais avec accent, comme on en a un peu l’habitude dans les films américains qui se veulent exotiques. Mais ce n’est pas ça ! S’ils parlent un mélange d’anglais et de chinois c’est parce que leurs personnages sont comme ça ! En effet, dans d’autres univers, ils parlent tout à fait normalement – chinois ou anglais (américain, bien sûr) – ce qui donne une autre dimension (encore une) à l’intrigue.

Mais malgré tout, on s’y retrouve.

 

Le film se découpe en trois grandes parties qui reprennent les trois mots du titre, et constituent une trame narrative ternaire tout à fait classique : exposition – déséquilibre – résolution. Et j’avoue tout de même que comme Evelyn, nous expérimentons le tout partout tout de suite en même temps qu’elle et que ça peut devenir vertigineux. Mais quand tout arrive à la fois (la troisième partie donc, nous sommes nous aussi rôdés et nous savourons (encore plus) les différentes interactions. Et c’est là que ça devient vraiment « jubilatoire ».

 

Nous nageons régulièrement entre le sérieux et l’absurde – avec une certaine préférence pour le deuxième, mais sans jamais perdre de vue l’intrigue principale. Mais c’est plus facile à comprendre quand on voit.

Et comme si cela ne suffisait pas, les deux Daniel nous gratifient de quelques emprunts-hommages : Matrix, Ratatouille, Kill Bill et bien sûr 2001, a space Odyssey en sont les principaux éléments. Matrix parce que l’aspect jeu vidéo et monde parallèle est le plus évident, Ratatouille parce que Randy Newman (2), et 2001 pour la séquence des primates et un nouveau voyage vers l’infini aussi impressionnant, même si moins long.

 

Bref, un film phénoménal soutenu par une distribution au top, comme on dit, avec le couple Wang bien sûr, mais aussi avec une Jamie Lee Curtis incroyable ! Deux heures dix-neuf de pur bonheur, ça fait beaucoup de bien dans une actualité aussi chargée et surtout lourde.

A VOIR !

 

PS : j’oubliais A travers le Miroir de Lewis Carroll… Difficile de l’oublier pourtant, puisque c’est à ça qu’on pense quand commence le film… Moi en tout cas !

 

  1. Comme ça, pas besoin de râler contre eux…
  2. Je ne développe pas, mais sachez que je l’ai vu en VO, alors Randy Newman.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #James Mangold
Le Mans 66 (Ford v Ferrari - James Mangold, 2019)

1966 est pour Ford la première d’une série de quatre victoires sur le circuit mythique du Mans. Et cette victoire est aussi mythique dans sa préparation et son aboutissement qui vit les trois voitures engagées  par « Henry II » (Tracy Letts), le grand patron de Detroit, arriver ensemble sur la ligne d’arrivée.

 

Reprenons : Ford (l’entreprise) est en déclin et va se lancer dans la course automobile avec un nouveau prototype capable de rivaliser (et battre) la toute puissante écurie Ferrari. Pour cela, on fait appel à Carroll Shelby (Matt Damon), qui lui-même en appelle à Ken Miles (Christian Bale) pour l’aider à réaliser ce véhicule révolutionnaire.

Mais si les deux hommes s’entendent plutôt bien, ce n’est pas toujours le cas avec les cols blancs de la firme qui n’apprécient pas tous ce pilote hors norme. En particulier Leo Beebe (Josh Lucas), qui va tout faire pour écarter le pilote britannique de la course.

 

Bien entendu, on pense à Steve McQueen (qui est d’ailleurs cité), au même endroit en 1971. Mais ce ne sont plus les mêmes voitures, et l’aspect dramatique du film de Lee H. Katzin a complètement disparu, même si les risques encourus par les protagonistes sont les mêmes. Mais surtout, la grande différence entre les deux films tient à l’intrigue qui prédomine par rapport au film antérieur. Et cette intrigue est passionnante, jouant avec astuce sur les nerfs des spectateurs, offrant des plans à couper le souffle qui, malgré la vitesse des bolides, ne s’enchaînent pas sur un rythme effréné. James Mangold nous laisse le temps d’apprécier les différents cadrages sans pour autant faire baisser le suspense et la tension inhérents à ce genre d’intrigue (1).

On vibre avec Ken Miles autant que sa voiture en le voyant engloutir ses autres concurrents dans chacune des courses qu’il remporte, passant les vitesses ou appuyant sur les pédales de frein et d’accélérateur. Du grand spectacle.

 

Alors oui, le scénario de Jason Keller et des frères Butterworth prend des libertés quant à la vérité historique (Shelby n’est pas le premier américain à remporter la course, par exemple), mais ces libertés sont tout à fait normales voire légitimes : nous sommes au cinéma ! Le principal reste : les trois Ford terminent ensemble !

Pour le reste, il faut bien une intrigue solide pour éviter les déconvenues du film de Katzin alors on accentue le rejet de Miles pour en faire un enjeu et les différentes courses prennent un tout autre intérêt : comment va-t-on faire pour que Miles ne gagne pas ? Et bien entendu, « on », c’est Beebe. Et là encore, c’est un personnage très réussi : on n’a qu’une envie, qu’il se prenne un bourre-pif par Shelby ou Miles (2).

 

Bref, c’est une très belle réussite qui nous est proposée là – faut-il aimer les courses automobiles, tout de même – et le duo Damon-Bale fonctionne à merveille : ce sont deux acteurs sobres dans leur jeu, ce qui est indispensable dans ce genre de rôle (3). A leur côté, outre l’infâme Beebe, on a plaisir à voir Caitriona Balfe (Mollie Miles) dans un rôle féminin pas spécialement effacé malgré le thème qui serait plutôt viril (4) surtout depuis que les femmes avaient été écartées… A ses côtés, le jeune Noah Jupe (Peter Miles) donne à Ken un solide contexte familial qui vibre autant que lui à ses exploits. Bref, Mangold dirige avec brio tout son petit monde, se permettant même de faire venir le vieil Enzo Ferrari (Remo Girone) sur le circuit (enfin dans les tribunes), lui qui n’assistait jamais aux courses.

 

Alors, accrochez votre ceinture, et laissez vous guider par Ken Miles qui, malheureusement, décèdera quelques semaines après le triomphe du 19 juin 1966 (le 17 août).

 

  1. Et ce malgré l’issue attendue de la course !
  2. Je ne vous dirai rien.
  3. Rappelez-vous, McQueen était un acteur très cool.
  4. Les femmes ont participé aux 24 heures entre 1930 et 1939, puis entre 1949 et 1954, avant de revenir à partir de 1971.

 

 

 

 

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