Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Chronique, #Vittorio de Sica
Umberto D. (Vittorio de Sica, 1952)

« La vieillesse est un naufrage » ?

Non. Pas chez Vittorio de Sica. Et le quotidien du signor Ferrari (Umberto de Ferrari) n’en est pas un, même si le quotidien n’est plus le même que quand il était en activité, brave fonctionnaire du gouvernement italien.

Le vieil homme (Carol Battisti) est retraité de la fonction publique, dans l’Italie d’après guerre, qui n’a en rien anticipé le grand changement qu’est la démocratie. Les retraités ne sont pas pris en compte et doivent se débrouiller par eux-mêmes. Alors quand on aune grande famille, ça peut être facile, mais quand, comme Umberto, on se retrouve seul, la vie est très difficile ; Et une fois qu’on a vendu ce qui avait (encore) une valeur, cela devient impossible.

 

Vittorio de Sica a dédié ce film à son père : normal : non seulement son personnage a le même prénom, mais surtout, il se retrouve dans une situation des moins enviables.

Abandonné de tous, Umberto (D. et de Sica) doit se débrouiller pour survivre, avec cette société qui continue malgré tout et en plus, Umberto a un but dans cette vie : celui qu’il défend quand tout semble perdu (1). Mais, et c’est là où réside l’art du grand Vittorio, nous allons vivre ces différents niveaux de déchéance qui vont amener le vieil homme a se défaire (presque) de tout.

 

Il est évident que Ferrari était un homme sinon influent, du moins compétent dans son domaine puisque ceux qui l’ont côtoyé et qu’il rencontre « à l’occasion » (2) se réjouissent de le revoir. Mais nous savons tous que les problèmes des autres doivent rester ceux des autres, et quand Umberto mentionne (discrètement) sa situation on ne peut plus précaire, c’est au moment où  son ex-collègue s’en va, attrapant un bus qu’il a déjà laissé filer. Bus on ne peut plus opportuniste !

 

Et là où réside l’art de Vittorio de Sica – n’en déplaise à mon ami (et adversaire, en quelque sorte) du cinéma italien, le professeur Allen John – c’est dans le traitement de la vie (très) humble d’Umberto. Il vit, certes, mais est déjà une figure du passé, comme la plupart des gens de sa génération dans cette Italie qui se modernise et n’a pas les moyens d’entretenir ses «  vieux ». Certes, ils on travaillé toute leur vie, mais ils ne profitent pas d’un quelconque pécule (bien loin d’un éventuel magot qu’on peut trouver chez d’autres. Je ne cite personne J). Mais ils font – un tantinet – partie du paysage. Et malheureusement, l’argent est le nerf de la guerre et surtout celui qui fait avancer les propriétaires. C’est le cas de Antonia Bellini (Lina Gennari), la logeuse, qui n’attend même pas le départ de son locataire pour commencer les travaux de « modernisation » de son logement : Umberto se retrouve avec un magnifique trou qui donne chez sa voisine !

 

Bien sûr, le film de Vittorio va faire mouche : comment une société «  civilisée » peut-elle passer à côté de ceux qui ont contribué à l’établir ? Nous sommes dans la lignée de l’incontournable Voleur de Bicyclette, mais au stade final : quand il n’y a plus de moyen de subsister parce qu’on a dépassé l’âge légal. Et si de Sica dédie ce film à son père, ce n’est pas seulement parce que son héros partage le même prénom : nous sommes dans le ressentir : Umberto De Sica a passé l’âge et sa vie ne doit pas être des plus mirobolantes.

Mais malgré tout, Umberto peut compter sur deux personnes – jusqu’à un certain point : Maria (la belle Maria Pia Casilio) et Flike, son (bâtard de) chien. Tous les deux vont lui permettre de (sur)vivre dans cette société qui ne sait que faire de ses vieux.

Elle parce qu’elle a aussi une raison d’être ostracisée.

Lui, parce qu’il est un chien. Et c’est lui le grand gagnant de cette histoire !

 

  1. Voyez-le si ce n’est déjà fait : ne comptez pas sur moi pour tout vous dire !
  2. Ce ne sont pas de véritables occasions, puisqu’il sait exactement où les trouver…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Gangsters, #Yves Boisset
Un Condé (Yves Boisset, 1970)

« Vous savez qui je suis ?

- Un condé.

- Oui.

- Vous vous ressemblez tous. »

Ce condé, c’est Michel Bouquet, l’inspecteur Favenin. La tenue sombre, gants noirs et nouvelle coupe de cheveux. Mais il n’est pas le seul. Il y a aussi son ami l’inspecteur Barnero (Bernard Fresson). Et ce dernier vient d’être abattu par Villetti (Michel Constantin), qui venait juste de supprimer le truand Tavernier (Francis Cosne), dit « le Mandarin ».

Alors Favenin n’a qu’une idée : venger la mort de son collègue et ami. Et pour cela, il ira jusqu’au bout. Et même au-delà.

 

Décidément, Michel Bouquet est toujours un policier singulier, voire inoubliable. On se souvient bien sûr de l’inspecteur principal Goitreau qui harcelait Gino Strabliggi chez Giovanni (Deux Hommes dans la ville, 1973) ou encore Javert (l’une des meilleures interprétations de l’inspecteur) chez Robert Hossein (Les Misérables, 1982).

Ici, Favenin est un policier ordinaire qui ne fait pas de politique – même si la mort de Tavernier, qui allait se lancer en campagne électorale, n’est pas pour lui déplaire – et surtout qui ne fait pas de différence entre les hommes qu’il doit appréhender : c’est lui qui insiste pour rattraper les meurtriers de Tavernier et qui va, au bout du compte, signer l’arrêt de mort de son ami.

 

Yves Boisset, qui vient de sortir Cran d’Arrêt le 14 janvier précédent remet le couvert en cette même année 1970 : le 5 octobre, après beaucoup de retard, le film sort en salle et fait – étonnamment – un tabac. Il faut dire qu’un personnage haut placé a contribué pleinement et involontairement à faire la promotion du film : Raymond Marcellin. Vous savez, celui qui a créé les voltigeurs, ces policiers à moto qui frappent les manifestants et les passants… Raymond « La Matraque » est scandalisé par le propos du film et fait tout pour le mutiler, voire l’interdire. Bien sûr, certains dialogues ont été supprimés (1) et l’interrogatoire de Rover (Gianni Garko) retourné, mais le propos du film demeure inchangé.

 

Alors Boisset déroule : entre un homme d’affaires véreux qui compte se présenter sous les couleurs de la majorité (gaullienne voire pompidolienne) et qui est un véritable truand et un policier peu consciencieux qui décide de sa « Saint-Barthélemy du mitan » et ne s’embarrasse d’aucun principe allant jusqu’à tuer si nécessaire, le scénario de Claude Veillot, Sandro Continenza et Boisset ne fait pas spécialement dans la dentelle. 1968 est passé par là et l’image de la police est sérieusement écornée. D’autant plus que le rôle du supérieur de Favenin est confié au formidable Adolfo Celi, spécialiste des rôles de méchants et autres faux derches notoires (3). Et question hypocrisie, nous sommes servis : sa première intervention est on ne peut plus significative. Sans oublier sa propension à couvrir indéfectiblement les hommes sous ses ordres : vous avez donc un magnifique serviteur du dénommé Raymond ci-dessus évoqué.

 

Pour le reste de l’interprétation Boisset fait appel à quelques seconds rôles habituels qui remplissent efficacement leur tâche : de Rufus (Raymond Aulnay) à Henri Garcin (Georgy « Beau Sourire ») en passant par Théo Saropo (Lupo) qui malheureusement décédera avant la sortie du film (accident de voiture), ce sont des personnages solides pour cette intrigue musclée.

Et les femmes ? On en dénombre trois. La femme de Barnero (Noëlle Leiris), celle de Favenin (Anne Carrère) et Hélène Gassa (François Fabian). Bien sûr, c’est belle Françoise qui tient le haut de l’affiche de ce rôle de femme prise entre deux feux : la mort de son frère (Pierre Massimi) et l’amour de Dan Rover, qui veut le venger. Elle fait preuve d’un indéniable courage et réussit presque à sauver la partie. Mais le film est noir et ira jusqu’au bout de la noirceur, laissant un condé seul.

Désespérément seul.

 

Bref, Boisset dénonce une certaine police, c’est dans l’ère du temps. Mais ce n’est que la première fois ! Il reviendra très vite avec des sujets plutôt sensibles… Comme quoi, les années 1970 ne sont pas seulement celles de la R 16 (qu’on voit ici en gros plan) ou l’époque où les médecins circulaient en Diane

 

PS : Francis Cosne, « Le Mandarin », est celui qui a cosigné le scénario du film précédent de Boisset…

 

  1. Pas encore de bip comme dans Le Juge Fayard dit « Le Shérif » !
  2. Petit clin d’œil à Michel Audiard, parce que ça me fait plaisir…
  3. L’Homme de Rio, L’Express du colonel von Ryan, Opération Tonnerre… Je continue ?

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Brian Clemens
Chapeau melon et Bottes de cuir (The Avengers - Brian Clemens & C°, 1961-1969)

Après le départ du docteur David Keel (Ian Hendry) qui était le personnage principal de la première saison, John Steed (Patrick Mcnee) a partagé ses aventures avec la belle Mrs Cathy Gale (Honor « Pussy Galore » Blackman) et épisodiquement Venus Smith (Julie Stevens) pour les deux saisons suivantes. Mais c’est avec l’arrivée de Mrs. Emma Peel que la série prend tout son essor, Steed ayant trouvé une sorte de pendant féminin pour lutter contre les différentes forces du mal qui s’abattent régulièrement sur l’Angleterre  (quand ce n’est pas le monde entier qui est menacé).

 

Ce sont donc les quatrième et cinquième saisons qui nous intéressent ici : jamais il n’y aura une telle complicité entre les deux protagonistes principaux. Steed et Emma Peel s’entendent merveilleusement bien et surtout, leurs aventures ont pris un autre tournant : la présence de Brian Clemens y est très certainement pour beaucoup.

De plus, le générique de la quatrième saison va donner une certaine pertinence au titre français de la série. Alors que les anglophones connaissent ces aventures sous le titre Les Vengeurs, nous (enfin le traducteur) avons préféré deux aspects vestimentaires qui caractérisent les deux agents spéciaux : le chapeau melon de Steed et les bottes de cuir d’Emma. Et si dans cette série c’est Steed qui offre un œillet à Mme Peel, dans le générique suivant (4ème saison), ce sera Emma – en couleur s’il vous plaît – qui l’accrochera au revers de la veste du British.

 

Bref, nous sommes dans une série on ne peut plus british, et même Patrick McGoohan ne pourra pas faire plus. Steed est l’archétype de l’Anglais : racé, élégant, intelligent et spirituel. Pas étonnant que Mrs. Peel le regarde avec beaucoup d’égards, voire de désir (?). De son côté, elle est une femme forte (dans le sens fordien, rien à voir avec son physique), très certainement ceinture noire de quelques arts martiaux et n’a pas son pareil pour neutraliser les différents mâles qui tombent à sa portée : à chaque fois, ils ne la considèrent que comme une femme et s’en repentent très rapidement. Mais ce qui fait ajoute à son charme, ce sont ses tenues : nous sommes pleinement dans les années 1960 et son Swinging London : elle est – d’une certaine façon – l’ambassadrice de ce qui se porte alors, mélange d’élégance et de sex appeal.

 

Et l’alchimie prend : d’un côté l’Angleterre traditionnelle de Steed se marie à la perfection à la modernité de Mrs. Peel pour notre plus grand plaisir. On suit avec beaucoup d’intérêt et le sourire aux lèvres les différents péripéties vécues par ces deux héros hors du commun (dans tous les sens du terme), jusqu’à l’épisode final qui voit Emma céder la place à une nouvelle venue : Tara King (Linda Thorson). L’association  de cette dernière avec le vieux briscard ne sera pas pour autant décevante : nous aurons plaisir à les retrouver régulièrement – avec Mère-Grand (Patrick Newell), mais il n’y aura pas la même fraîcheur, ni la même spontanéité entre les deux protagonistes.

Et puisque nous en sommes aux protagonistes, on s’amuse à reconnaître tel ou tel méchant qui va revenir – sous une autre identité, parce que les méchant sont tendance à disparaître définitivement – ou telle ou telle vedette plus ou moins reconnue (certaines le seront un peu plus tard) qui jalonne les différentes aventures du duo : Julian Glover, Charlotte Rampling, Donald Sutherland…,

 

Quoi qu’il en soit, et malgré les turpitudes des traducteurs, on ne peut que tomber sous le charme de ces deux héros singuliers, véritables reflets de leur époque, dans la lignée d’un autre agent secret qui officie en parallèle, lui aussi britannique : James Bond. D’ailleurs, Diana Rigg, Honor Blackman et Patrick Mcnee sont tous les trois apparus dans les aventures de cet autre agent secret. Mais ceci est une autre histoire, que j’ai déjà racontée ici.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Chevalerie, #Drame, #Paul Verhoeven
La Chair et le sang (Flesh + Blood - Paul Verhoeven, 1985)

Voilà bientôt 40 ans que ce film singulier est sorti. Singulier parce que, comme le dit lui-même Paul Verhoeven, « c'était un film européen qui essayait d'être américain. Et ça n'a pas marché : il n'est finalement ni américain ni européen. »

Et si ce film a été oublié et surtout éclipsé par la sortie deux ans plus tard de Robocop, n’oublions pas qu’il fut avant tout un échec commercial.

Pourtant…

 

1501. Voilà bientôt un demi-siècle que Constantinople est redevenu Istanbul et que la Guerre de Cent ans est terminée, et une nouvelle ère s’ouvre aux Européens, basée sur l’Humanisme et le savoir, incarnés par Steven (Tom Burlinson), fils du seigneur Arnolfini (Fernando Hillbeck) (1).

Ce seigneur, quand débute le film, essaie de regagner son fief et assiège sa capitale. Il est aidé de mercenaires farouches avec parmi eux Martin (Rutger « Roy » Hauer), contre un large butin une fois le combat terminé. Mais une fois la ville reprise, Arnolfini revient sur sa parole et chasse cette horde qui n’a plus qu’une idée en tête : se venger de ce félon.

La venue de la jeune Agnes (Jennifer Jason Leigh) va lui permettre d’assouvir une partie de cette vengeance.

 

De la chair et du sang : le titre est tout un programme qui va se dérouler pendant deux heures, alternant les scènes de combat et de repos, avec en prime une sensualité plutôt débridée, puisque peu d’actrices ne montrent pas leur poitrine… Mais réduire ce film à une série de coucheries serait une grave erreur, car Paul Verhoeven, dans ce film qui ne ressemble donc à rien (de connu), nous dresse un tableau de cette époque charnière qui coïncide à l’extinction d’une époque – le Moyen-Âge – et l’avènement d’une autre – la Renaissance. Mais l’ère médiévale a la vie dure et il faut du temps pour que de nouvelles idées s’imposent : en médecine comme en religion, ainsi que dans « l’art de la guerre » (2).

 

C’est donc spectaculaire et porté par une distribution (très) internationale ce qui ne facilite pas le tournage : Verhoeven, tout comme Hauer est néerlandais, Leigh et d’autres sont américains, Hillbeck espagnol, Burlinson Australien… Mais malgré tout, le film se tient et on suit avec intérêt cette histoire d’amour (il y en a une, très compliquée) mâtinée de chevalerie. Enfin chevalerie cinématographique : ne vous attendez pas à voir Arthur et ses compagnons de la Table Ronde. Ils n’ont de chevalier que la tenue vestimentaire, parce que pour ce qui est de l’aspect « chevaleresque », c’est plutôt barbare et compagnie. Ca tue, ça viole, ça boit… Bref, nous sommes bien loin de Chrétien de Troyes.

 

Et l’habileté de Verhoeven, c’est de réussir à recréer une époque – d’une certaine manière – sans toutefois trop la marquer. Les lieux choisis sont assez anonymes – sauf le château de Belmonte – et reflètent d’une certaine façon l’Europe médiévale, avec ses grandes étendues désertées, où pousse de temps en temps un château.

Quant aux trouvailles de Steven, si elles s’inspirent de techniques véritables, on a le droit d’être tout de même dubitatif quant à leur réalisation, et en particulier sa tour d’assaut télescopique !

Qu’importe, nous sommes au cinéma et tout est permis, même ceci !

 

Par contre, là où, à mon avis, le bât blesse, c’est le personnage de Martin. Non pas Rutger Hauer qui est encore une fois impeccable, mais bel et bien celui qu’il interprète. On dirait que Verhoeven n’arrive pas à se décider quant à la véritable position de ce mercenaire : tantôt bon, tantôt beaucoup moins, il n’en demeure pas moins très attiré par la jeune Agnes. Et s’il se bat à l’ancienne, il n’est pas contre le fait d’essayer de nouvelles techniques. Lui aussi (3).

Nous suivons donc Martin et sa bande (lui en priorité) mais il n’est jamais montré comme le « héros » de l’histoire. Tout comme Agnes qui est la jeune fille pure (au début) mais n’a pas un rôle très manichéen comme on en a l’habitude dans les films de chevalerie. Certes, elle est la véritable héroïne de cette intrigue mais son positionnement ambigu – comme celui de Martin – a tendance à nous empêcher d’apprécier pleinement ce film. Et il manque à la résolution finale un petit quelque chose qui aurait très certainement plus conquis le public : un duel d’explication entre Martin et un de ses adversaires.

Nous ne l’avons pas. Tant pis.

 

Mais quoi qu’il en soit, on ressort satisfait de cette épopée semi-médiévale, grâce surtout à l’interprétation et je terminerai en m’attardant sur le personnage du Cardinal (Ronald « Toht » Lacey), autre élément de son époque. Il est clerc et rempli de superstition, n’hésitant pas à occire ceux qui ne sont pas d’accord avec lui ! Bref, un drôle de paroissien qui suit Martin parce qu’il croit y voir « des signes ». Mais le temps n’est plus aux signes ni à la superstition : la raison est en train de s’installer et des gens comme lui sont appelés à disparaître… Mais pas complètement !

 

  1. Doit-on voir dans ce patronyme un clin d’œil au couple qui s’est marié chez Van Eyck, symbole pictural de la Renaissance ? (cf. National Gallery, Londres)
  2. Un jour, il faudra m’expliquer en quoi la guerre est un art…
  3. Vous chercherez qui d’autre se « modernise »…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Gangsters, #Western, #Shane Atkinson
LaRoy, Texas (Shane Atkinson, 2023)

Une route, la nuit.

Un homme (Dylan Baker) prend un auto-stoppeur en panne. Ce dernier plaisante en expliquant qu’il pourrait très bien être un déséquilibré. Mais le conducteur retourne la plaisanterie à son avantage, ce qui n’est pas pour rassurer son passager qui préfère descendre.

C’est ce qu’il va faire.

Sauf que le conducteur – Harry – est un véritable tueur. Et le terminus de l’autostoppeur l’est bel et bien… Six pieds sous terre !

Là Harry reçoit un coup de téléphone lui demandant d’aller à LaRoy (Texas) pour un nouveau contrat.

A LaRoy habite Ray (John Magaro), qui apprend que sa femme (Megan Stevenson) lui est infidèle. Alors qu’il décide de se suicider, il est pris pour le tueur à gages…

 

C’est une belle œuvre que ce premier long-métrage de Shane Atkinson, mélangeant allègrement des situations franchement dramatiques, voire tragiques, avec un humour noir décapant. On s’amuse de bout en bout de ces personnages peu reluisants qui se retrouvent embarqués dans des péripéties qui leur échappent – sauf Harry – tandis que les morts s’accumulent (6 en tout).

Mais une des particularités du film est que les différentes mises à mort ne sont pas montrées : on entend les coups de feu et/ou on en voit les effets dévastateurs. Une seule fois, on voit notre tueur abattre un autre homme, mais sans pour autant apercevoir ce dernier !

 

Bien sûr, on pense aux frères Coen et en particulier à Fargo et No Country for old men : Harry est une réminiscence d’Anton Chigurh (No Country) de par sa froideur professionnel et son côté implacable ; les autres protagonistes, quant à eux, ont plutôt le niveau intellectuel de Showalter et Grimsrund (Fargo), et en particulier Skip Roche (Steve Zahn), détective sans licence, raillé par quasiment tous les habitants de cette ville perdue (1), de par sa fonction et surtout son accoutrement. Certes, nous sommes au Texas, mais un cow-boy comme celui-ci relève plus du pied-tendre que du baroudeur.

Autre élément texan : le personnage de LeDoux (Brad Leland), concessionnaire qui, menacé  va s’expliquer avec Skip et Ray le fusil en mains !

Sans oublier l’accueil que réserve Angie (Galadriel Stineman) à Skip et Ray qui viennent l’interroger !

 

Et en plus, Shane Atkinson a donné à son film une dimension western très bienvenue. On y trouve les grands espaces indispensables et c’est bien normal car LaRoy n’étant pas ce qu’on appelle une mégalopole, on se retrouve rapidement hors de la ville. Et c’est aussi un des éléments comiques de ce film : la présentation de la ville nous laisse présager un trou – ce qui est le cas – et pourtant il s’y passe énormément de choses qu’on a l’habitude de trouver dans une (très) grande ville.

Bref, pour accentuer le côté westernien, LaRoy est une petite bourgade qui va devenir le théâtre d’une espèce de coup de balai violent, avec la venue de cet étranger qui déclenche les hostilités.

Avec en séquence (presque) finale, la confrontation – « duel au soleil » – entre les deux personnages principaux : le tueur et sa (très) pâle copie… Le tout dans un plan déjà vu cent fois, mais qui reste malgré tout très pertinent.

 

Je terminerai en parlant de l’aspect fatidique du film. En effet, malgré toutes les péripéties, le Destin est omniprésent et personne ne va lui échapper. D’une part parce que le tueur est son instrument privilégié, et d’autre part parce qu’une partie des protagonistes reste bloqués sur leurs sorts : « c’est mon mari » ou « c’est ma femme » sont des répliques récurrentes chez ceux qui sont trompés par leurs conjoints – Ray, Kayla (Emily Pendergast) ou Midge LeDoux (Darcy Shean) – sans pour autant imaginer changer les choses, et ce malgré les remarques des autres (Skip, Harry…).

 

Bref, tout le monde s’en va plus ou moins confiant vers une fin qui, si elle n’est vraiment prévisible, reste tout de même fort logique. Mais comme Atkinson multiplie les décalages plus ou moins absurdes, on garde le sourire jusqu’au bout.

 

  1. Tellement perdue qu’elle n’existe pas…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Yves Boisset
Allons z'Enfants (Yves Boisset, 1981)

Simon Chalumot (Lucas Belvaux) aurait pu être un jeune homme comme les autres. Malheureusement pour lui, son père (Jean Carmet) est revenu de la Grande Guerre et n’a rien trouvé de mieux que de l’inscrire dans l’école des Enfants de Troupe des Andelys (78). Tout d’abord parce que lui-même a fini au grande d’adjudant, et parce que ça ne coûte rien à la famille.

Seulement voilà : Simon Chalumot n’a pas demandé à être là. Pis : il déteste la guerre en règle général et l’institution qui l’abrite en particulier. Il faut dire qu’il y a de quoi : c’est un véritable ramassis d’abrutis et de sadiques, le sergent Billotet (Jean-François Stévenin) en tête. Il aimerait bien en sortir, amis une évasion est quasiment impossible et même le renvoi n’est pas envisageable : il est l’un des meilleurs élèves de sa classe (1).

Alors il ronge son frein, et est régulièrement puni. Mais un jour, tout cela sera fini et il pourra se consacrer à sa véritable passion : le cinéma.

 

Quarante ans (et quelques) après sa sortie, le film d’Yves Boisset n’a pas perdu de sa force et dénonce avec une extrême justesse certains dysfonctionnements de l’Armée Française (d’alors ?), qu’on appelle aussi « La grande Muette », avec justesse là aussi…

Il faut dire que le roman dont est tiré ce film est lui-même le récit – partiel – d’une expérience vécue par son auteur dans cette même institution, aux mêmes casernes que celles de ce héros singulier. Et Lucas Belvaux interprète avec beaucoup de conviction cet insoumis qui n’en a pas le statut (inconcevable en cette Entre Deux Guerres).

 

Et encore une fois, si Belvaux brille dans ce rôle, c’est aussi parce que ceux qui l’entourent sont à la hauteur de l’enjeu, et en particulier les militaires : de Billotet au commandant Félix (Jean-Pierre Aumont) en passant par les redoutables Maryla (Jean-Claude Dreyfus) et Veillard (Bernard Bloch), c’est une série de portraits peu flatteurs pour cette institution qui avait le vent en poupe à cette époque. Non seulement on y croise des imbéciles crasses, mais on y découvre aussi des façons de faire qui elles, ont perduré (2) et se sont transmises de générations de militaires en générations de militaires et dont certains appelés ont des souvenirs peu enjolivés. Entre la violence de Billotet et les brimades de Veillard, nous avons un magnifique panel des pratiques militaires françaises traditionnelles…

 

Bref, c’est un sujet sur mesure pour Yves Boisset, réalisateur pas toujours très délicat mais très engagé, comme il l’avait déjà montré lors de son précédent film « de guerre » : RAS. Encore une fois, l’armée en prend – logiquement – pour son grade (Hé ! Hé ! Hé !) et si, comme moi, on n’a pas la fibre militaire, ce n’est pas un film qui va réconcilier avec ce corps d’Etat.

Et si on veut faire front avec Chalumot contre cette situation injuste et insoluble, c’est parce que Boisset a su choisir ses interprètes – beaucoup de seconds rôles – à la hauteur de ce qu’il voulait en tirer. Carmet est encore une fois phénoménal dans ce père nostalgique qui envoie son fils au canon avec un enthousiasme inaltéré malgré son entourage – le voisin de son frère ou le patron de bistrot (Jean-Marc Thibault), tous deux de farouches anti-militaristes. Il campe un autre abruti et pas des moindres, malheureusement pour Simon, Chalumot est à la fais la raison de sa présence dans cette institution, tout comme la raison de son maintien : se faire « trouer la peau sur le Chemin des Dames » a ses petits avantages…

 

Et les pires (sous-)officiers qu’on va rencontrer sont ceux de Tulle (Maryla & Veillard) : il y a en plus chez une forme de sadisme qu’on ne trouve pas chez Billotet qui est un abruti fini. Ces deux Tullistes, avec leur maréchal des logis, résument à eux trois tous les défauts – on ne peut plus condamnables de l’armée française en général : entre les mauvais traitements, le jeune qui meurt en tombant d’un pont d’exercice et celui qui tente de se suicider, le capitaine Maryla fait tout ce qu’il faut pour couvrir ses hommes, les aidant le cas échéant à rédiger leur rapport relatant les événements.

Bref, des personnages abjects.

 

Et les femmes dans tout ça ? Elles ne sont pas nombreuses mais bien représentatives de la société française de la période : entre Zézette (Florence Pernel), sa fiancée qui ne rêve que de le voir officier et sa mère, Simon ne doit compter que sur lui-même pour s’en sortir. Et puis il y a sœur Béatrice (Eve Cotton). Elle est jeune et sensible au charme (involontaire) du jeune homme qui se rétablit à l’hôpital. Mais elle est le seul élément féminin positif qu’il rencontre puisque l’action de Béatrice est très vite effacée par celle de la mère supérieure, véritable dragon de vertu chrétienne. Bref, une autre personne peu recommandable qu’on a plaisir à détester.

 

Au final (3), c’est un film formidable que nous propose Yves Boisset, avec des images fortes, bien entendu, mais qui sont le véritable reflet de ce que ces jeunes garçons – « la France de demain » – ont pu vivre pendant ces classes interminables. Certains s’en accommodaient très bien. Pour les autres…

 

Pour les autres, je citerai Simon Chalumot : «  Je déteste la guerre ».

 

PS : l’intervention finale de Jean-Pierre Kalfon (Mazardière) conclut superbement le film…

 

  1. Terme on ne peut plus approprié !
  2. Je n’ose croire que cela continue…
  3. « Subséquemment », comme ils disent…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Histoire, #Comédie, #Marcel Bluwal
Les nouvelles Aventures de Vidocq (Marcel Bluwal, 1971-1973)

Exit Bernard Noël (le premier Vidocq à la télévision, mort quatre mois avant la première diffusion). Voici le nouveau chef de la Sûreté française, dans une période troublée par les changements de régime et autre chasse aux sorcières : Claude Brasseur.

La première chose qu’on peut dire, c’est que ce nouveau Vidocq a l’allure du premier : la tête ronde, la même coiffure (ça c’est plus facile), ainsi que le même succès auprès des femmes.

Autre redondance : Flambart (Alain Mottet a laissé la place à Marc Dudicourt) toujours aussi fonctionnaire et idiot et surtout cible privilégiée de son supérieur hiérarchique direct.

Parce que la grande différence, c’est bien sûr, comme prévu dans la série précédente, Vidocq a rejoint le côté lumineux de la Force et dirige d’une façon fort peu o’orthodoxe le service mis en place sous l’Empire : ses principaux collaborateurs – outre Flambart qui lui fut imposé – sont d’anciens compagnons de chaînes (Brest, Toulon). Et parmi eux, on retrouve une ancienne connaissance : Desfossés (Jacques Seiler). Sans oublier certaines figures qu’on a déjà vu dans la première série, Pierre Pernet (L’Acrobate) en tête.

 

Mais la grande différence c’est que Vidocq doit déjouer moult complots et surtout affronter son pendant obscur en la personne de la baronne de Saint-Gély (la magnifique Danielle Lebrun). C’est une femme redoutable qui sait toujours se placer du côté des vainqueurs, et ce malgré les tentatives répétées de Vidocq qui veut la mettre hors d’état de nuire.

Jusque là, rien de bien difficile, sauf que monsieur Eugène-François Vidocq a un terrible penchant pour cette belle jeune femme avec qui il va même s’autoriser un congé…

Cette relation ambiguë n’empêche pas  les différents épisodes de faire se croiser les grands de ce monde (d’alors) et des péripéties tout aussi rocambolesques qu’auparavant.

 

Pour le reste, on ne change pas une équipe qui gagne : Georges Neveux et Marcel Bluwal sont encore une fois derrière le projet, ce qui permet une transition tout en douceur. Et en plus, c’est en couleur.

Autre plus, et pas des moindres : la musique de Jacques Loussier qui succède à celle de Michel Colombier et surtout son générique en parfaite adéquation avec le rythme parfois effréné de ces nouvelles aventures. Une musique entraînante, avec des pauses plus calmes, dans l’esprit de ce que nous allons voir.

Et à nouveau, Vidocq est à l’aise, n’hésitant jamais à arpenter le terrain pour déjouer pièges et complots, sans oublier de séduire les jeunes femmes et de ridiculiser Flambart.

 

Bref, les nouvelles aventures sont aussi intéressantes que les premières, et beaucoup plus marquées par leur époque. I1l faut dire que nous assistons à plusieurs changements à la tête de l’Etat, très bien caractérisés par les gendarmes qui ne savent plus ce qu’ils doivent crier « Vive le Roi ! » ou « Vive l’Empereur ! ». Quoi qu’il en soit, Fouché (Robert Party) assure d’une certaine façon la continuité de ce même Etat, passant d’un côté à l’autre sous le prétexte de double-triple-quadruple jeu !

Vidocq essaie de s’y retrouver dans tout ce galimatias d’intrigues, et nous en arrivons à une conclusion totalement paradoxale : lui, l’ancien bagnard doit être l’un des rares personnages honnêtes de la série !

 

 Enfin jusqu’à une certaine limite…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Drame, #Teddy Lussi-Modeste
Pas de Vagues (Teddy Lussi-Modeste, 2024)

Julien Keller (François « D’Artagnan » Civil) est professeur de français au collège Paul Eluard. Suite à un début d’étude du poème de Ronsard Pour Cassandre (1), il se retrouve accusé par une élève – Leslie (Toscane Duquesne) Reynaud – de l’aguicher, voire de lui faire des avances.

La famille est avertie, famille dirigée par le frère aîné (Armindo Alves de Sa) du genre brutal, et le cauchemar commence, avec menaces de mort à l’appui.

Mais Julien est fonctionnaire d’état alors il peut compter sur sa hiérarchie pour le soutenir. Enfin il devrait, parce que cette histoire malencontreuse n’est pas une bonne publicité pour l’établissement et son principal (Francis Leplay) qui préfère attendre de voir ce qu’il va se passer avant de prendre une décision : surtout, ne pas faire de vagues…

 

Voilà déjà vingt ans que Teddy Lussi-Modeste traîne sa bosse dans les milieux cinématographiques et enfin, on entend vraiment parler de lui (2) ! Il faut dire que son dernier film a de quoi faire parler, contrairement à son titre emprunté à une tendance qui s’est épanouie dans l’Education Nationale…

De bout en bout, son film et ses différents interprètes sont absolument justes. Tout est plus que plausible. Et pour cause : Teddy Lussi-Modeste est parti de sa propre expérience en tant que professeur de français, injustement accusé de harcèlement par une élève de treize ans.

On trouve dans ce film non seulement les relations professeurs-élèves inévitables mais aussi toutes les autres qui ont tendance à être éludées quand on parle du métier d’enseignant (3) : avec les parents, la hiérarchie et les collègues.

 

Et c’est surtout là que ces vagues ont tendance à se créer : une sorte d’effet papillon contre lequel on ne fait rien. La rumeur, c’est le premier battement d’aile du papillon, il suffit qu’elle soit relayée opportunément et elle devient la tempête décrite par Don Basilio (Le Barbier de Séville, G. Rossini). Et ces relais funestes sont tous contenus dans les relations énoncées ci-dessus.

Et dans le cas de Julien s’ajoute une composante importante : son homosexualité. Parce que si la société dans son ensemble accepte plus les homosexuels qu’autrefois (4), cela ne concerne pas tous les individus : les homophobes sont très nombreux, encouragés de surcroît par certains religieux que je ne nommerai pas, vous le ferez vous-même.

Et cette homosexualité est ici un élément central dans la perception des autres de sa personnalité : on passe de la moquerie des élèves à l’indignation d’une collègue, Claire (Emilie Incerti Formentini), voire la menace du frère de Leslie à l’encontre de ce professeur.

 

La moquerie des élèves pourrait se comprendre : adolescents, le rire est avant tout une protection, surtout à un âge où on se cherche et où l’homosexualité peut-être une tentation quand elle n’est pas une réalité difficile à assumer face au regard de l’autre.

Mais l’attitude de la collègue est, à mon avis, inadmissible. Tout comme les reproches des autres collègues – pas si tendres que ça – qui ne comprennent pas (ou ne veulent pas comprendre, choisissez ; pour ma part, c’est fait) que Julien ait gardé pour lui son orientation sexuelle. C’est d’ailleurs lors de ce coming out forcé qu’ils se révèlent : ils ne le voient plus de la même façon et cette orientation devient un nouvel élément à charge contre lui. On comprend alors sa réticence à en parler.

Les parents enfin, ajoutent à ce climat délétère et suspicieux. En effet, entre celle qui commente sur son téléphone aux autres parents la sortie à laquelle participe Julien et une autre qui encourage sa fille à noter toutes ses interventions en cours, comment rester serein ?

On ne peut pas.

Et puis il y a l’Administration, à travers le principal, qui ne bouge pas. Au contraire, elle freine les velléités de l’enseignant en espérant que tout va se tasser, avec en prime une suspicion envers ce même enseignant. Si le principal ne lui dit pas qu’il l’a bien cherché (refrain très connu), il le reconnaît tout de même coupable d’une certaine façon de cette situation, occultant la réalité.

 

Parce que la réalité de cette situation, c’est avant tout une injustice flagrante née d’une volonté de nuisance avérée mais qui, malheureusement ne possède pas de véritable solution : il est plus facile d’accuser – ou de laisser accuser – un professeur plutôt que de s’attaquer au véritable problème qui gangrène l’Ecole depuis plusieurs décennie : la parole libérée plus ou moins délibérée. Moins ici pour Leslie, qui est entraînée dans cette situation par les véritables coupables (je ne vous dirai pas qui !). Beaucoup plus pour celle qui a amené la mort de Samuel Paty voici maintenant plus de trois ans.

 

Alors, à quand une vague ?

 

  1. « Mignonne, allons voir si la rose… »
  2. Personnellement, je le découvre.
  3. « Le plus beau métier du monde », c’est bien connu !
  4. Un autrefois pas si éloigné que ça, malheureusement…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Action, #Robert Clouse, #Bruce Lee
Opération Dragon (Enter the Dragon - Robert Clouse, 1973)

Han (Kien Shih) est un gros méchant. Non seulement il trafique, mais en plus, les jeunes femmes qu’il invite sur son île sont retrouvées mortes sur les plages de Hong-Kong. L’Amirauté ne peut intervenir facilement faute de preuves, alors elle fait appel à un spécialiste des arts martiaux pour placer quelqu’un à l’intérieur du lieu. Sa couverture : Han organise tous les trois ans un tournoi de kung-fu. Cet homme va y participer.

Son nom : Lee (Bruce Lee).

Mais il n’est pas seul, d’autres viennent de loin pour participer.

Mais tous ne reviendront pas…

 

Dernier film de Bruce Lee, qui devait s’éteindre six jours avant la première à Hong-Kong, cela fait bien longtemps qu’on m’en parle (depuis l’école primaire), et j’ai enfin franchi le pas. Qu’on soit bien d’accord, les films de kung-fu ne sont vraiment ma tasse de thé (chinois), mais il est clair qu’avec Bruce Lee, même (très) diminué, c’est un véritable spectacle. Le personnage de Lee (pas Bruce) est un homme d’honneur, qui est aussi capable de tuer quand la situation l’exige : un maître Shaolin, quoi.

Et ça marche. L’intrigue n’est pas riquiqui comme je le pensais et les différents interprètes sont à la hauteur de l’enjeu. Je citerai entre autres John Saxon (Roper) qui a ensuite rejoint le côté obscur des méchants du cinéma.

 

C’est donc un film très intéressant, et même s’il n’est toujours pas dans mes genres préférés, je dois avouer que j’ai pris beaucoup de plaisir à le voir, avec toutefois un (très) léger bémol : la sonorisation amplifiée des différents coups portés par les différents combattants. Déjà que dans les autres films, c’est le cas, mais là c’est un tantinet exagéré.

Par contre, ce qui ne l’est pas, c’est la pertinence des différents plans : entre les prises de vue (Gilbert Hubbs) et le montage dynamique sans pour autant être étourdissant (Kurt Hirschler & George Watters), Robert Clouse nous offre un spectacle de grande qualité, chorégraphié par Bruce Lee lui-même, c’est un véritable plaisir des yeux.

Et comme en plus, c’est Lalo Schiffrin qui signe la musique, tout est fait pour que le spectateur passe un bon moment.

 

Et si le film fonctionne, c’est aussi parce que Clouse a un scénario. En effet, chacun des hommes qui va participer au tournoi a un passé et nous découvrons, après une transition un peu éculée, ce qui les a fait venir. Seul Parsons (Peter Archer) est laissé de côté dans cette présentation : mais son attitude et celle des autres qui le connaissent nous annoncent que ce n’est pas un personnage très positif. Taciturne et un brin raciste, il nous paraît évident qu’il ne peut pas s’en sortir avec les honneurs. Tellement évident qu’il sera le premier à disparaître.

Trois autres méchants vont aussi disparaître (1) et parmi eux le chef, Han. On peut trouver certains points de ressemblance entre Han et d’autres méchants célèbres : Dr. No pour l’apparence, et Blofeld pour le chat. Mais ces références bondiennes ne s’arrêtent pas là puisque le système souterrain de Han ressemble à tous ceux qu’on trouve alors dans les films de l’agent secret britannique.

 

Mais la plus belle référence – pour moi – qu’on peut trouver, c’est La Dame de Shanghaï. En effet, à un moment, le duel final qui oppose Lee à Han se déroule dans une salle aux miroirs (plus de 8000, d’après ce que j’ai lu). Les effets d’optique sont tout aussi impressionnants que chez Welles, d’autant plus que là aussi, c’est l’explication finale. Mais sans flingue, à mains (presque) nues.

 

Bref, un film très intéressant et très bien ficelé (à tout point de vue) et surtout, qui m’a donné envie d’aller en voir d’autres avec cet acteur disparu trop tôt (32 ans).

 

  1. Je ne révèle pas grand-chose, c’est toujours comme ça que ça se passe : Les méchants sont châtiés, et puis c'est tout !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Edouard Bergeon
La Promesse verte (Edouard Bergeon, 2024)

L’huile de palme. Un fléau pour la biodiversité, une bénédiction pour les industriels de l’agroalimentaire.
En Indonésie, la forêt primaire est régulièrement détruite pour laisser la place à des palmeraies, afin d’y tirer cette huile culinaire.

Martin Landreau (Félix Moati) est étudiant en anthropologie et a décidé d’aller là-bas pour essayer de comprendre et surtout de voir ce processus. Alors qu’il est dans un village dayak, il est témoin d’une expédition punitive contre les autochtones afin de les forcer à quitter leurs terres. Et en plus, il a filmé tout ça.

En danger, il tente de fuir mais est arrêté dans l’avion. Il est alors accusé de trafic de drogue et risque la peine capitale.

Aux Sables-d’Olonne, sa mère (Alexandra Lamy) tombe des nues.

 

Que de chemin parcouru depuis Nanouk l’Esquimau (1922) !

Alors que Robert Flaherty se contentait de nous montrer la vie quotidienne de son héros, Edouard Bergeon, pour sa part va au-delà de la présentation. Cette docu-fiction est avant tout un film engagé, et la part de fiction de son intrigue est des plus réalistes. Il est difficile de ne pas croire à toutes ces informations qui ressortent de cette histoire ordinaire – un étudiant qui vient observer un phénomène – qui se transforme en incident diplomatique, avec les ramifications sous-jacentes et autres tractations secrètes, voire pressions politiques qui sont mises à jour au fur et à mesure que Carole (la maman, donc) avance dans son combat pour la libération de son fils.

 

Parce que le personnage central du film, c’est bien Carole. Elle a déjà perdu son mari à cause d’un autre scandale – l’amiante – alors il n’est pas question qu’elle perde l’autre homme de sa vie.

Et Alexandra Lamy campe avec beaucoup de justesse cette femme qui se bat contre un système, une justice, un état. Un système de voyous, une justice défaillante et un état corrompu : Carole va passer de l’état de Mater dolorosa à celui de Mère courage, à mesure que la situation de son fils va empirer.

Et Bergeon, qui est un habitué du documentaire traite sa douleur et son combat comme un journaliste, toujours au plus près de l’action, accentuant l’authenticité de la détresse et de la détermination de cette femme brisée. La séquence qui voit Carole faire le ménage dans les étagères de sa cuisine est très représentative de cet état : alors qu’on a l’habitude des reporters qui ramènent des images mouvementées de lieux qui le sont tout autant, ici aussi la caméra est en mouvement pendant qu’elle compulse les différents emballages d’aliments à la recherche des trois mots fatidiques : « huile de palme ». On retrouve alors la frénésie – dérisoire – qui s’empare de l’esprit de Carole face à ce fléau qui est en train de lui enlever son fils.

 

Et si le constat est terrible, Bergeon agit avec beaucoup de subtilité, amenant progressivement cette forêt (1) que cache l’arbre : les intérêts en jeu (essentiellement financiers, comme c’est étrange) dans cette exploitation qui se moque éperdument de la vie pour privilégier l’enrichissement personnel, professionnel et étatique. Mais cette subtilité tient surtout à la discrétion des protagonistes – réels – de ce scandale : seul l’Indonésie et son système politique (et judiciaire) est mis en cause nommément. Pour le reste, aucun nom véritable, seules des fonctions sont mises en avant. Même le Président de la République est anonyme : quand Martin lui parle, on ne connaît pas son nom, et la seule photo – obligatoire dans les administrations – exposée au Ministère n’est pas nette. Et cela renforce l’importance de ce scandale écologique : depuis vingt-cinq ans que l’huile de palme est exploitée intensément, cette histoire peut se passer pendant n’importe laquelle de ces années…

 

Bien sûr, c’est un film choc, et très pessimiste. On en voit pas comment, pour toutes les raisons qui sont mises en avant tout au long du film, ce système va s’arrêter. Alors certes, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, et même s’il existe toujours des activistes pour dénoncer cet état de fait, cet espoir s’amenuise.

Surtout que l’huile de palme n’est pas le seul domaine touché par les massacres écologiques… Malheureusement.

 

PS : Alors que ce film est très pessimiste et fort peu porté sur la comédie, on trouve tout de même quelques éléments qui nous soutirent un sourire. Pas un franc évidemment, mais nos lèvres s’étirent tout de même un petit peu vers le haut.

Et à chaque fois, ça se passe en prison…

 

  1. C’est le cas de le dire, non ?

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog