Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Roger Spottiswoode, #Ed Harris
Under Fire (Roger Spottiswood, 1983)

 

Juillet 1979 : Anastasio Somoza Debayle (René Enriquez), qui dirige alors le Nicaragua, fuit avec les dépouilles de son père et son frère.

Et avant ?

Avant, c’est un régime corrompu dirigé par le personnage sus cité, et, bien tendu, soutenu par les Etats-Unis.

Mais si Somoza a quitté le pays, c’est avant tout parce que son régime a franchi la ligne rouge : la Guardia (milice d’état) a abattu froidement le journaliste Alex Grazier (Gene Hackman) sous les yeux – et l’objectif – de son ami Russell Price (Nick Nolte). Ses clichés sont arrivés à Washington et précipité la chute du dictateur : il n’était plus question de soutenir un tel régime…

 

Il s’agit ici seulement du troisième film de Roger Spottiswood, et ce que l’on peut dire sans hésitation : bravo ! C’est un film courageux comme (seuls ?) savent les faire les Américains, dénonçant en plus d’une situation injuste, une participation (ô combien controversée) de leur pays dans un conflit qui leur est théoriquement étranger. Mais nous sommes en 1979 pour l’intrigue et 1983 pour la sortie, et la Guerre Froide n’est pas encore terminée, comme ce sera mentionné dans le film. Les Américains, par l’intermédiaire du trouble Oates (Ed Harris), sont sur place et orchestrent la répression contre une rébellion juste et promise inexorablement à la victoire.

 

C’est donc dans ce contexte que Russell Price débarque, après avoir couvert les événements du Tchad – ce qui lui valut la couverture de Life (1). Et cette fois-ci, c’est un tantinet plus sérieux, puisque c’est une véritable situation de siège dont il est ici question.

Bien entendu, Price penche plutôt du côté des rebelles – naturellement – mais sa position de journaliste lui commande de rester neutre. Difficile dans un pays à feu et à sang gouverné par un dictateur sanguinaire. Qui en plus de la CIA, peut compter sur un personnage trouble : Marcel Jazy (Jean-Louis Trintignant). Ce quidam n’est jamais clair jusqu’à ce que Price découvre véritablement son rôle dans tous ces événements. C’est un jusqu’au-boutiste dangereux qu’une seule chose peut arrêter : une balle dans la tête.

 

Et Price, au milieu de tout ça se retrouve utilisé par les deux camps (et les Etats-Unis, ce qui en fait un troisième !) en fonction de la tendance du moment, mais surtout des enjeux politiques. Bref, une situation intenable pour un journaliste digne de ce nom.

Jusqu’à un certain point : quand il s’agit de sa propre survie, le choix devient tout d’un coup plus facile.

Et Nick Nolte campe avec brio et conviction ce photoreporter qui se retrouve à chaque occasion en première ligne, risquant continuellement sa vie : entre les balles perdues (pas pour tout le monde) et la milice du régime en place, cela ne laisse pas beaucoup de marge de manœuvre.

Et Spottiswood film avec beaucoup d’à propos cette intrigue politique, suivant essentiellement Price, mais aussi Claire (Joanna Cassidy), ex-femme de Grazier maintenant avec son ami, qui essaient tant bien que mal de survivre, un brin écoeurés par le jeu – dangereux – que joue leur propre pays.

 

Bref, c’est un grand film que nous offre ici Roger Spottiswood, alliant maîtrise technique et dénonciation politique, à tel point qu’on en retrouvera un écho – plus tragique – dans le Salvador d’Oliver Stone trois ans plus tard : même année, et toujours cette Amérique Centrale dont l’enjeu stratégique (?) justifie les pires exactions – des locaux comme des Gringos – au nom de la protection contre le Communisme !

Non seulement on suit avec beaucoup d’intérêt cette fuite en avant – avec des objectifs différents en fonction des différents protagonistes – mais surtout on apprécie beaucoup la reconstitution de ce conflit, avec en prime un clin d’œil – plus qu’appuyé – à Ernesto « Che » Guevara…

 

  1. On notera avec amusement la présence d’éléphants d’Inde (aux petites oreilles)…

 

Voir les commentaires

…
Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Stanley Kramer
Devine qui vient dîner (guess who's coming to dinner - Stanley Kramer, 1967)

San Francisco, Californie.

Joanna « Joey » Drayton (Katharine Houghton) revient de Hawaï. Elle y retrouve ses parents, pour leur annoncer une grande nouvelle : elle va se marier. Avec le docteur John Wade Prentice (Sidney Poitier).

Rien de bien extraordinaire là-dedans, me direz-vous. Alors première précision : John Prentice est noir. Et en 1967, quand le film est tourné, il existe encore 16 états pour lesquels un mariage mixte est illégal (1).

Alors évidemment, quand Christina (Katharine Hepburn) et Matt Drayton (Spencer Tracy) découvrent ce jeune homme, c’est le choc. C’est aussi le choc pour les parents de John, Mr. & Mrs. Prentice (Roy E. Glenn & Beah Richards).

Mais la plus choquée de touts, c’est Tillie (Isabel Sanford), la servante noire des Drayton (depuis 22 ans !).

 

Quand le film sort, voilà déjà quatre ans que Martin Luther King (cité dans le film) a raconté son Rêve, et trois ans qu’il a reçu son prix Nobel de la paix. Mais comme le montrent les réactions (premières) des quatre parents, rien n’est encore gagné. En effet, même si les Drayton sont des gens ouverts et engagés pour les Droits civiques, on sent bien que cette mixité « c’est pour les autres ». Et si Christina surmonte rapidement ce coup du sort, il n’en va pas de même pour Matt : il est déjà difficile pour un père de se séparer de sa fille (2), mais en plus, comme dirait Muriel Robin, il est noir !

Mais qu’on ne s’y trompe pas : les objections de Matt ne sont pas d’ordre racial, mais plutôt fondées sur les difficultés – réelles – engendrées par une telle union : regard des autres, discrimination, haine… Ce sont d’ailleurs les mêmes arguments, autrement exprimés, qui agitent le père de John.

 

Et comme nous sommes dans une comédie, il est important que tout se termine bien, et que l’Amour triomphe. C’est donc le cas ici, et cette fin heureuse est longue à arriver. Et ce sont les personnages les plus forts qui vont dénouer la situation : les deux amoureux tout d’abord, parce que c’est tout de même leur décision, mais aussi les deux mères qui vont, inconsciemment, unir leurs efforts pour aider les jeunes gens. Et cela de manière très différente :

  • Christina en privilégiant le bonheur de sa fille, allant jusqu’à menacer (implicitement) son mari ;
  • Beah en parlant avec ce même mari : elle avance les mêmes arguments mais autrement, devenant alors l’élément du Destin.

Et ce dernier élément est absolument pertinent dans cette intrigue ô combien classique : Kramer respecte pleinement la règle des trois unités :

  • Unité de lieu : tout se passe à San Francisco ;
  • Unité de temps : entre l’arrivée d’Hawaï et le début du dîner, quelques heures (moins d’une demi-journée) se sont écoulées ;
  • Unité d’action : tout tourne autour de ce mariage à venir : même la « sortie » au drive-in est motivée par ce qu’il s’est passé auparavant !

Alors cette intervention fatale (3), qui fait pencher l’intrigue vers une fin heureuse, a pleinement sa place ici : rappelez-vous les pièces Molière où un élément amenait irrémédiablement une issue heureuse.

 

Si aujourd’hui cette histoire ne choque plus beaucoup – il y a encore tout de même d’irréductibles racistes – tout du moins autant que lors de sa sortie, on peut se poser la question suivante : pour combien de temps ?

En effet, au vu de l’actualité (pas seulement américaine), et de la montée en puissance des extrêmes, les mariages mixtes sont-ils véritablement pérennes ?

Espérons que oui.La Cour Suprême des Etats-Unis a aboli cette interdiction le 12 juin de cette année-là : Spencer Tracy est mort le 10 (17 jours après la fin du tournage).

 

 

  1. On notera l’ironie du rôle de Spencer Tracy : c’est déjà lui qui, en 1950, est « le père de la mariée » dans le film éponyme, où son personnage se demande si l’homme que va épouser sa fille est le bon…
  2. Du latin fatum, i : destin, fatalité (cf. Dictionnaire Gaffiot, p. 656)

 

Voir les commentaires

…
Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Justice, #Clint Eastwood
Le Juré n° 2 (Juror #2 - Clint Eastwood, 2024)

Justin Kemp (Nicholas Hoult) est un homme heureux : il est marié à la belle Allison « Ally » Crewson (Zoe Deutch), et ils attendent un heureux événement. Seule (toute) petite ombre au tableau : Justin doit se présenter au tribunal pour participer à un jury, s'il est retenu. La procureure Faith Killebrew (Toni Collette) et l'avocat de la défense Eric Resnick (Chris Messina) le choisissent.

Mais c'est un procès presque pour la forme : un jeune homme, James Michael Sythe (Gabriel Basso) a « sauvagement » tué sa petite amie Kendall « Kenny »  Carter (Francesca Eastwood, la fille de) et l'a versé dans le lit d'un ruisseau après s'être rouspété un peu plus tôt.

Quand le procès commence et que les magistrats exposent les circonstances de la mort de la jeune femme, Justin sent monter en lui un malaise : ce jour-là, il a heurté ce qu'il croyait être un cerf. Sauf que ce n'était pas un cerf.

C'était bien Kendall Carter, la jeune femme dont il est question...

 

Deux films nous viennent en tête quand on visionne ce dernier opus eastwoodien :

- Le septième Juré (Georges Lautner, 1962), tout d'abord : tout comme Grégoire Duval (Bernard Blier), Justin Kemp est sûr de l'innocence de Sythe. Et pour cause ! Mais alors que Duval avait tué la jeune femme pour la faire taire, il s'agit ici d'un accident. Par contre, aux Etats-Unis, le jury n'a pas droit à la parole.

- 12 Hommes en colère (Sidney Lumet, 1957), ensuite, quand le jury se réunit : à l'instar du personnage interprété par Henry Fonda (juré n° 8), le personnage de Nicholas Hoult (juré n° 2) demande qu'on prenne le temps de discuter du cas de cet homme. A nouveau, il va retourner d'autres membres du jury.

Malgré tout, malgré quelques « emprunts  plus ou moins conscients (1), Clint Eastwood se démarque très rapidement des deux autres films pour donner une autre dimension : le dilemme d'un homme qui sait qu'il a tué un être humain et qui ne dit (2) rien. Et cette « tempête dans un crâne » donne tout son intérêt au film, amenant une situation inextricable pour Justin.

 

Mais, me direz-vous, pourquoi ne se dénonce-t-il pas ? Parce qu'il est piégé. Il aurait fallu l'annoncer tout de suite, mais comme il pensait sincèrement qu'il avait heurté un animal, il est rentré chez lui, a fait réparer sa voiture et est passé à autre chose. Alors pourquoi quand il a compris l'enjeu du procès n'a-t-il là encore rien dit ? Il a autrefois souffert d'alcoolisme et participe toujours à un groupe de parole dirigé par Larry (Kiefer Sutherland, qui réalise là un de ses rêves : tourner avec Eastwood). Et le jour de l'accident, il revenait d'un bar : on conclura (trop) facilement qu'il était épris de boisson et s'est enfui à cause de cla, ce qui est une circonstance on ne peut plus aggravante.

 

Et Clint Eastwood prend son temps pour nous raconter cette histoire bien singulière.

Il en profite – à son tour – pour nous présenter le système judiciaire américain, vu cette fois-ci à travers l’œil d’un juré, en l’occurrence le n° 2. C’est très souvent à l’aide d’une caméra subjective qu’il montre le rôle des différents avocats (accusation & attaque), que ce soit lors de la désignation ou pendant le procès en lui-même. Et à la différence des films judiciaires habituels, il ne cesse d’utiliser un chassé-croisé entre les deux avocats : si Resnick avance un élément pour disculper son client, Killebrew en avance un identique pour l’enfoncer ; quand Killebrew plaide et argumente la culpabilité de Sythe, Resnickva donner une autre signification à ce qu’elle a voulu dire. Tout comme pour la désignation des témoins, c’est un jeu de ping-pong entre ces deux ténors du barreau.

Et comme au ping-pong, quelqu’un gagnera et quelqu’un perdra.

 

Si le film est avant tout le procès de John  Sythe, pour le spectateur que nous sommes, c’est aussi le procès du véritable coupable (accidentel). En effet, pendant que tous les membres du jury écoutent (religieusement ?) les débats, nous suivons celui qui se passe dans la tête de Justin : dans quelle(s) circonstance(s) véritable(s) s’est passé l’accident.

Et bien sûr, ces circonstances sont atténuantes – pour nous – mais comme expliqué plus tôt, il n’est lui pas possible d’en parler sans être sûr de se retrouver à la place de Sythe, voire à l’ombre pour un temps indéfini.

 

Alors, et puisque nous sommes dans un film américain, difficile d’exprimer une quelconque rédemption. Justin doit expier sa faute et il le sait très bien. Mais au vu des circonstances de ce procès et de sa révélation, il va être difficile d’y parvenir intact.

Alors, aura-t-il son expiation ? Oui.

Va-t-il se dénoncer ? Va-t-il sauver la tête de Sythe ? Autre chose ?

Je vous laisse découvrir…

 

(1)   La place qu'occupe Justin est la même que celle du n° 8 (Lumet) ; le jury qui se rend sur place pour voir le lieu du crime (Lautner), etc.

(2)   Le verbe dire a la même forme au présent et au passé simple de l'indicatif...

Voir les commentaires

…
Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Yahoo Serious
Einstein Junior (Young Einstein - Yahoo Serious, 1988)

Ca commence fort : « A SERIOUS FILM (1) » peut-on lire en introduction. Sauf que Serious, c’est ici avant tout le nom du réalisateur !

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le film est tout sauf sérieux !

Alors, oubliez tout ce que vous savez sur Albert Einstein (Yahoo Serious, ici) et laissez-vous emporter par la vague Serious (2) – de son vrai nom Greg Gomez Pead – mais n’oubliez pas tout de même que la formule du vrai Albert est le déclencheur de tout ce qui va se passer dans le film.

 

1905

Albert Einstein est ici un habitant de Tasmanie dont le trésor familial consiste en une brasserie qui fait de la bière… Sans bulle ! Il ne voit qu’une solution pour remédier à ce problème : la fission atomique. Il va donc couper un atome de bière en deux ! Avec le résultat attendu : une véritable bombe. Mais la bière a tout de même des bulles !

Avec sa formule, non seulement il aura fait évoluer le sort des buveurs de bière, mais il aura aussi réussi à inventer le premier instrument électrique, son violon !

 

Bref, c’est un personnage absolument foutraque qui nous est donc proposé, vérifiant le postulat essentiel du septième art : au cinéma tout est possible !

Entre un Einstein né en Australie, une Marie Curie (Odile Le Clezio) en stage dans ce même pays, et la présence de Charles Darwin (Basil Clarke) alors qu’il est mort en 1882 (!), c’est un véritable fourre-tout scientifique auquel nous assistons.

Avec en prime quelques éléments détournés : le chat de Schrödinger, le Beagles de Darwin, ainsi que le riff de Satisfaction (I can’t get no)…

 

Et Serious s’amuse, développant donc une intrigue absolument improbable, et nous emmène avec lui dans cette épopée scientifique pour de rire.

Ca marche : on s’amuse beaucoup, mais on se dit tout de même que malgré son pseudonyme, le cinéma de ce réalisateur ne l’est pas beaucoup.

Qu’importe : on rit. Et il n’y a rien de plus difficile que de faire rire.

Alors profitons !

 

  1. « Un film sérieux »
  2. C‘est aussi un surfer !

Voir les commentaires

…
Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Christophe Gans
Le Pacte des loups (Christophe Gans, 2001)

 

Entre 1764 et 1767, plus d’une centaine de personnes sont tuées par un animal mystérieux :
la Bête du Gévaudan.

Il faudra donc trois ans pour que cette bête soit mise hors d’état de nuire, et ce malgré l’intervention d’un chasseur royal (Johan Leysen) qui revint à Versailles avec un trophée.

Mais était-ce vraiment un loup comme on a voulu le (faire) croire ?

N’y avait-il pas quelque intervention humaine, sinon merveilleuse derrière cette menace mortelle ?

C’est ce que pense le chevalier de Fronsac (Samuel Le Bihan), naturaliste venu étudier ce phénomène.

Mais cette étude, et surtout cette personne a l’air de gêner l’aristocratie locale…

 

Du sang, du sexe, de la violence, un peu de mysticisme, du fantastique… Tout est là pour le spectateur, sans oublier une distribution à la hauteur de l’enjeu, mêlant nouvelle et anciennes générations. Somptueux.

Et Christophe Gans nous renvoie près de deux cent cinquante ans en arrière, sous Louis XV, vingt-cinq ans avant la fin de cet ancien régime. C’est d’ailleurs l’un des protagonistes qui nous accompagne dans cette histoire, le marquis Thomas d’Apcher (Jacques Perrin – vieux – et Jérémie Renier – jeune).

Et quelle histoire !

 

On y retrouve quelques éléments historiques, bien sûr, voire des personnages ayant réellement existé (Morangias au lieu de Morangiès, Apcher au lieu d’Apchier…) et surtout une explication un tantinet occulte – on ne parlait pas encore autant de complotisme – qui s’explique de deux façons :

  • certains historiens ont avancé que cette bête était commandée par quelque(s) puissant(s) de la région ;
  • au cinéma, (presque) tout est permis !

Et rien ne nous est épargné dans cette intrigue qui voit même apparaître un véritable Indien d’Amérique (Mark Dacascos) spécialiste de la lutte au corps à corps (1).

Qu’importe : le spectacle est là, il y a de quoi se réjouir.

 

D’autant plus que Gans prend son temps pour monter son intrigue, faisant intervenir des personnages qui auront leur importance. Et en particulier Sylvia (Monica Bellucci), la superbe fille de joie…

Mais ce film est avant tout une série de faux-semblants où les personnages – hormis Fronsac et ceux qui sont avec lui – ne sont pas vraiment ceux qu’ils veulent faire paraître.

Et par contre, la mort de Fronsac – empoisonnement par le geôlier (François Hadji-Lazaro) ne nous trompe pas : on ne veut tout d’abord pas y croire – comme Marianne (Emilie Dequenne) – et puis de toute façon, il reste encore du temps avant la fin du film !

 

Bref, on est rapidement séduit par cette histoire dans l’Histoire, même si l’usage répété du bullet time peut lasser (c’est mon cas).

Quoi qu’il en soit, on suit avec beaucoup d’intérêt les ramifications de ce complot, en reconnaissant tel acteur ou telle actrice, au détour d’un plan.

 

Un régal.

 

  1. Un petit peu trop d’ailleurs : Dacascos est un véritable spécialiste des arts martiaux, peu en adéquation avec les méthodes de l’époque. Mais encore une fois, nous sommes au cinéma.

 

Voir les commentaires

…
Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #T. Hayes Hunter
Le Fantôme vivant (The Ghoul - T. Hayes Hunter, 1933)

 

Le professeur Morlant (Boris Karloff) est mourant. Il a tout préparé& pour son passage dans un autre monde. A moins que ce soit un retour dans celui-ci : converti au culte des dieux de l’Egypte ancienne, il compte revenir à la pleine lune.

Mais ses héritiers, Ralph Morlant (Anthony Bushell) et Betty Harlon (Dorothy Hyson) sont deux variables qui n’étaient pas prévues pour ce retour. De même que son notaire, Broughton (Cedric « Séthi » Hardwicke), le pasteur Hartley (Ralph Richardson) ou encore l’Egyptien Aga Ben Dragore (Harold Huth)…

Bref, Morlant ne peut pas ressusciter en paix…

 

La vague d’épouvante a donc déferlé sur la vieille Angleterre, et qui mieux que Boris Karloff pouvait participer cela ? Et à nouveau, il interprète un personnage maléfique mâtiné de surnaturel. Bien sûr, on pense à La Momie qui est sortie l’année précédente,  pour l’aspect égyptien de l’intrigue, mais c’est surtout – encore une fois – son maquillage qui nous impressionne. Karloff était le digne héritier de Lon Chaney, et le maquillage de Morlant est dans la lignée de ceux du maître : un visage défiguré par le feu ou l’acide (les deux ?), et des yeux qui n’ont plus grand-chose d’humain. Un autre monstre !

 

Mais Karloff se fait désirer et n’apparaît pas tant que ça au final, les autres personnages prenant le contrôle de l’intrigue, le reléguant au second plan. Par contre, quand il est là, on en profite à fond, tant son personnage est aussi mauvais intérieurement qu’il est laid extérieurement.

Mais il n’est pas le seul : presque tous les protagonistes ont une part sombre : seuls Betty et Ralph y échappent. Il faut bien quelques personnages positifs.

Et puis il y a Kaney (Kathleen Harrison).

 

Rarement un personnage n’aura porté le qualificatif de soulagement comique (1). Ce n’est pas son action – déterminante, pourtant – qu’on retient de sa performance mais bien sûr les différentes situations amusantes qu’elle développe à son insu.

Même quand Morlant (le vieux) la rencontre, on ne peut s’empêcher de sourire.

Bien sûr, c’est son attirance pour Ben Dragore qui est l’élément dominant de cet aspect comique : elle est séduite par ce prince oriental qui ne rêve que d’une chose, se débarrasser d’elle !

Et au final, on en vient à préférer ses apparitions à celles de Karloff (enfin presque !).

 

Il faut dire que T. Hayes Hunter n’est pas James Whale et la présence de ce même Karloff ne suffit pas à donner la dimension nécessaire à ce genre de film. Certes, certaines situations sont pleinement dans le genre, mais il manque un petit quelque chose pour en faire un véritable film d’horreur, comme chez Whale, voire Browning. De plus, son retour à la vie n’a pas la dimension nécessaire par rapport à un tel événement.

De plus, il manque une véritable tension dans cette intrigue, malgré toutes les occasions offertes : encore une fois, on ne fait pas un grand film avec seulement des bonnes intentions.

 

Et c’est bien dommage, parce que tout était réuni pour cela.

 

  1. En VO : « Comic relief ». Personnage qui est là pour apporter un peu de légèreté dans un film qui en manque au premier abord…

 

Voir les commentaires

…
Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Docu-Fiction, #Drame, #Boris Lojkine
L'Histoire de Souleymane (Boris Lojkine, 2024)

Il s’appelle Souleymane Sangaré (Abou Sangare).

Il vient de Guinée Conakry.

Il est né le 17 août 1999.

Il travaille comme livreur de nourriture sur un vélo.

Il a fait une demande d’asile auprès de l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides).

Il apprend consciencieusement l’histoire qu’il va leur servir pour pouvoir rester en France.

 

Trois jours, deux nuits d’un sans papier en France, c’est le pari (réussi !) de Boris Lojkine qui continue le travail commencé dix ans plus tôt avec Hope, qui voyait deux jeunes hommes traverser une partie de l’Afrique pour venir en Europe.

Cette fois-ci, Souleymane est déjà arrivé en Europe, et il travaille – clandestinement –pour s’assurer un (tout petit) minimum vital et préparer sa demande d’accueil. Parce que i Souleymane est aidé par Barry (Alpha Oumar Sow), ce n’est pas par philanthropie : ça coûte cher. Et Barry ne se prive pas d’en abuser puisqu’il reçoit plusieurs personnes en même temps, leur accordant tout juste un minimum de temps.

 

Nous assistons d’ailleurs à une de ces séances où une jeune femme raconte son expérience : mariée de force à un homme qui l’a violée – il faut consommer le mariage – elle est rejetée par sa famille puisque maintenant elle appartient (le terme n’est pas usurpé du tout) à son mari. Mais c’est rétrospectivement qu’on s’interroge sur ce récit : en effet, la situation qu’elle décrit est sordide et injuste, mais comme Barry a déjà élaboré l’histoire de Souleymane (celle du titre ?), qu’en est-il de celle de cette jeune femme ? A-t-elle réellement vécu tout cela ? Seule son hésitation à parler devant les autres joue en sa faveur, ainsi que son « aisance » (1) à en parler, mais le doute subsiste…

 

C’est donc une errance- surtout la deuxième nuit) que nous allons suivre, celle qui précède son « examen » : une sorte de « grand oral » sur lequel va se jouer – comme d’une certaine manière pour les candidats au baccalauréat – son avenir. Mais à la différence des élèves, s’il échoue, il n’y aura pas de rattrapage !

Souleymane va donc passer ces (presque) trois jours à apprendre une histoire, tout en sillonnant Paris pour livrer – le plus vite possible – des repas à vélo, avec les dangers que cela peut représenter.

Et Boris Lojkine le suit, non pas caméra au poing comme on pourrait l’imaginer dans un docu-fiction, mais avec une caméra toujours stable, et malgré tout au plus près.

Et surtout sans musique ! Ainsi les péripéties que va vivre Souleymane ne sont pas parasitées ou même d’une certaine manière commandées par un élément extérieur : à aucun moment on n’est distrait de cette histoire terrible et banale (2), voire terriblement banale !

 

Alors on suit avec empathie l’odyssée de Souleymane qui se poursuit : après son périple africain, le Parisien n’en est pas plus simple : entre la circulation dangereuse (euphémisme), les accidents, les récriminations des clients et les restaurateurs un tantinet racistes (3) et le temps qui joue contre le jeune homme. Et tout ça pour être exploité par un autre jeune homme pas tellement plus âgé que lui : au mieux il lui cède un tiers (un fixe hebdomadaire) de ses émoluments, mais ça doit plus souvent ressembler à la moitié…

Bref, une forme d’esclavage moderne qu’on peut croiser tous les jours dans la rue, et pas seulement à Paris…

 

Et puis il y a l’histoire qui donne son nom au titre. C’est très certainement cette histoire qui a valu à Abou Sangare son prix d’interprétation à Cannes : elle est aussi terrible qu’elle est magnifiquement interprétée. Et là encore, elle est certainement d’une banalité affligeante pour qui regarde de loin tout cela. Parce qu’elle est tout sauf  banale : celle d’un homme qui a souffert, qui souffre et qui souffrira encore.

C’est l’histoire de la misère humaine, à peine arrangée pour le cinéma.

Le cinéma, c’est la vie, même aussi quand elle n’est pas belle.

 

Merci Boris Lojkine pour ce superbe film.

Et merci aussi à tous ceux qui ont y contribué : interprètes et techniciens.

 

  1. Son débit de parole, ses silences et ses hésitations ne semblent absolument pas feints.
  2. Si pour Souleymane elle ne l’est pas, pour le spectateur, sans pour autant user de  mépris, elle l’est d’une certaine façon : tous les jours, de jeunes gens vivent cette même expérience, sans qu’on en parle…
  3. Celui qui nous est proposé est criant de vérité et haïssable à souhait : c’est Boris Lojkine lui-même qui l’interprète (rôle de composition, cela va sans dire !).

Voir les commentaires

…
Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Cape & Epées, #Drame historique, #Henry King, #Orson Welles
Echec à Borgia (Prince of Foxes - Henry King, 1949)

 

Le « Prince des renards » dont il est question dans le titre original, c’est le capitaine Andrea Orsini (Tyrone Power), homme de confiance de l’homme fort de l’époque, Cesare Borgia (Orson Welles), celui du titre français.

Borgia veut dominer l’intégralité de la Toscane, et pour cela, il envoie son homme de main négocier dans différents endroits. Jusqu’à la négociation de trop : la Citta del Monte, tenue par le comte Verano (Felix « Plautius » Aylmer). Si Orsini n’est pas (du tout) insensible aux charmes de la comtesse (Wanda Hendrix), il en a tout de même assez des manigances de son commanditaire et se met au service du comte.

Bien sûr, Borgia ‘est pas satisfait et un long siège commence…

 

Bien entendu, le résumé ci-dessus ne prend pas en compte toute la complexité de la situation, et Henry King, vétéran du cinéma, nous réjouit avec ce film d’intrigue(s) italienne(s) et qualifié de cape et d’épée avec abus. Seul le final peut justifier ce qualificatif, mais ce n’est rien par rapport au reste du film.

Parce que nous sommes au tournant du quinzième siècle, quand le seizième fait son apparition, et surtout quand le pouvoir de Cesare s’effrite.

Mais nous sommes à Hollywood (1), alors la vérité historique s’efface au profit du spectacle…

 

Et question spectacle, nous sommes gâtés : entre le faste des banquets- avec danseuses plus ou moins lascives (attention au code Hays !) – et la reconstitution du siège, c’est un véritable festival pour les yeux. Il ne manque que la couleur !

Et l’affrontement – distant – entre Borgia et Orsini est de toute beauté, le premier étant encore plus rusé, voire retors que le second !

Et encore une fois, si le duo en tête d’affiche fonctionne, c’est aussi parce que ceux qui suivent au générique sont à la hauteur de l’enjeu.

 

En premier lieu Everett Sloane – qui retrouve encore une fois son complice Welles – dans un rôle tout aussi retors que les deux autres : condottiere qui doit assassiner Orsini, il passe au service de ce dernier avant d’être engagé par Cesare soi-même ! De plus, son physique – magnifiquement travaillé par l’équipe de maquillage – s’accorde magnifiquement avec son personnage iscariotesque… D’ailleurs, Orsini ne s’y trompe pas : ayant des dispositions artistiques, il ne manque pas de peindre ce personnage complexe.

On notera aussi la participation de deux autres hommes de main de Borgia, Leslie Bradley (Don Esteban), autre méchant patenté et Eugene Deckers, qui ont en plus la tête de l’emploi !

Bref, une distribution là aussi à la hauteur.

Avec en prime la très belle Marina « Eunice » Berti (Angela Borgia, cousine de).

 

King, vieux briscard d’Hollywood, s’en donne à cœur joie et nous offre un siège superbe avec une violence un tantinet supérieure à ce qui se fait habituellement, l’éloignement pouvant en être la cause ! Certes, ce n’est pas l’assaut de Paris dans la série Vikings, mais tout de même : projectiles enflammés, archers et arbalétriers qui font mouche »… Ca tombe comme à Gravelotte !

Et la présence de Tyrone Power – pour la septième fois (sur 10 !) – à ses côtés est un autre gage de qualité de ce film. Son charme allié à son agilité en fait un personnage très attachant. Et s’il est présenté comme celui qui va permettre la chute de Borgia n’est pas non plus pour déplaire (2). Qu’importe la réalité historique, c’est du cinéma.

Et du grand cinéma !

 

  1. La production, bien sûr, vu que tout a été tourné sur place !
  2. La mort du pape Alexandre VI (père de Cesare) est la véritable cause de sa chute inévitable.

 

Voir les commentaires

…
Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #DC Comics, #Drame, #Todd Phillips
Joker: Folie à deux (Todd Phillips, 2024)

Arthur Fleck (Joaquin Phoenix) est en prison depuis deux ans. Il est temps qu’il soit jugé.

Jugé pour cinq meurtres (dont deux avec préméditation), commis en novembre 1981.

L’opinion publique est partagée :

  • d’un côté c’est un criminel qui doit être puni (de mort), comme le pense le procureur Harvey Dent (Harry Lawty) ;
  • de l’autre c’est un schizophrène qui est dominé par son double sombre : le Joker ? C’est ce que veut montrer son avocate Maryanne Stewart (Catherine Keener).

Mais que pense donc Arthur Fleck, de ce procès, et surtout de ce qu’on pense de lui ? Est-il réellement ce malade ou joue-t-il la comédie ?

 

Il est clair que la fabuleuse performance d’Heath Ledger dans le film de Christopher Nolan (The dark Knight) a fait du tort (rétrospectivement) au deuxième opus de Todd Phillips. En effet, Ledger avait réussi à donner à son personnage une méchanceté exacerbée doublée d’une froideur adéquate : de l’essence de méchanceté.

Alors quand Joaquin Phoenix apparaît, amaigri et voûté, on ne retrouve aucune dose de la superbe attendue de ce personnage. Mais quand on voit le sort qui lui est réservé par les gardiens – dont l’ignoble Jackie Sullivan (Brendan Gleeson) – on en devrait pas être très étonné de le voir ainsi : la prison détruit les êtres. Et il ne reste plus grand chose de celui qui fit trembler Gotham City.

 

Mais surtout, le Joker n’est rien d’autre qu’un type minable qui a voulu attirer l’attention sur lui, avoir son quart d’heure de célébrité warholienne. Et ça a tellement bien marché que soin procès à venir est qualifié « du siècle » : un moment historique.

Un moment historique pour un homme qui n’est rien d’autre qu’un pauvre type. Mais malgré tout, pas n’importe quel pauvre type : il est bien clair qu’il n’est pas normal. Et son rire – inextinguible – en est une preuve absolue.

 

Et Todd Phillips ne perd jamais de vue l’aspect mineur de son personnage, tout en le filmant en ayant toujours en tête la chanson de Que le Spectacle commence (The band Wagon – Vincente Minelli, 1953) : That’s Entertainment. Nous en avons d’ailleurs droit à une diffusion télévisuelle dans ce film, dès le début, afin que le spectateur n’oublie jamais cet élément.

Dès lors, tout, pour Fleck, sera prétexte à un spectacle, jusqu’à son procès où, après un coup de théâtre, il va se défendre lui-même, maquillé comme il se doit. Ce procès devient alors un véritable spectacle, surtout qu’il est diffusé – là encore – en direct à la télévision : encore une fois, une tribune pour notre personnage.

 

Et cette référence est aussi reprise dans la forme du film qui devient donc une tragédie musicale, ou tout du moins un drame musical, avec les références obligées au genre hollywoodien. Après Jacques Audiard, c’est donc Todd Phillips  qui s’essaie au genre, et qui, à son tour s’en sort plus qu’honorablement. La musique habite le film autant que les deux personnages principaux, voire le gardien Sullivan : c’est lui qui favoriser la rencontre entre les deux principaux protagonistes en inscrivant Fleck à la chorale de l’établissement psychiatrique et pénitentiaire. Mais il nous y prépare avec la première séquence qui voit Fleck aller voir son avocate. Un plan en vue du dessus nous prévient : les parapluies (1) noirs des gardiens ont chacun pris une couleur pendant que Fleck se gorge de la pluie, seul élément extérieur qui lui est alors permis.

 

Et nous allons continuer à faire des aller-retour dans cette tête cassée (moralement), qu’il soit seul ou en couple, avec celle qu’il a rencontrée en allant chanter : (Har)Lee Quinzel (Lady Gaga). L’alchimie fonctionne (presque) tout de suite, et amène les seuls moments de joie du film : leur vie devient un véritable spectacle et Phillips accentue cet aspect jusqu’au bout.

L’arrivée de Fleck au procès est une véritable entrée en scène avec des projecteurs directement braqués sur lui. De la même façon, une émeute dans le réfectoire amène une procédure d’alarme où les gardiens, sans le vouloir, mettent plein feu sur les prisonniers, surtout que certains d’entre eux sont debout sur les tables, donnant la dimension show de cet incident violent.

Et la dernière rencontre entre Lee et Arthur est très certainement la plus belle et la plus spectaculaire, scellant définitivement le destin de ces deux personnages hors du commun.

 

Dès lors, la fin nous ramène au début : Arthur Fleck a toujours été un minable et le restera jusqu’au bout.

 

  1. Chantons sous la Pluie, encore et toujours !

Voir les commentaires

…
Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Prison, #John Frankenheimer
Le Prisonnier d'Alcatraz (Birdman from Alcatraz - John Frankenheimer, 1962)

Robert Stroud (Burt Lancaster) est à Alcatraz : il a tué un homme quand il était jeune, puis un gardien, quand il était à la prison de Leavenworth (Texas).

Nous sommes en 1959, et Stroud quitte cet enfer californien pour sa dernière demeure, une autre prison. A sa mort (en 1963), il aura passé cinquante-quatre ans derrière les barreaux dont quarante-deux à l’isolement !

Mais s’il est célèbre, c’est aussi parce qu’à Leavenworth, il a élevé des oiseaux – surtout des canaris – qu’il revendait, tout en devenant un grand spécialiste en ornithologie.

C’est cette vie d’oiseleur (d’où le titre original) qui est développée dans le film.

 

Qu’on ne s’y trompe pas : si le personnage du film est un homme bon, ce n’était pas obligatoirement le cas du véritable Robert Stroud qui fut diagnostiqué comme psychopathe. Et le début du film nous montre – un peu – la véritable nature de ce prisonnier : violent et surtout isolé des autres (sinon, il y avait bagarre).

Bien sûr, c’est avant tout la performance de Burt Lancaster qui retient l’attention : malgré le handicap (moral) du personnage, il réussit à nous le faire trouver sympathique, le « méchant » devenant le directeur de la prison, Harvey Shoemaker (Karl Malden).

L’opposition entre les deux hommes est l’autre intérêt du film : Stroud ne se laisse pas faire, appelant même ce haut personnage par son prénom, ce qui est totalement nouveau par rapport films précédents en univers carcéral.

Cette opposition est d’autant plus forte que les deux hommes vont se côtoyer dans les deux prisons, avec toujours le même sentiment.

 

Et ça fonctionne : Frankenheimer réussit tellement bien que l’opinion public va s’intéresser à cette histoire au point de faire circuler une pétition pour sa libération qui atteindra 50 000 signatures !

Mais Robert Stroud ne sortira pas, ne lira jamais le livre de Tom Gaddis (Edmond O’Brien) ni verra le film qui lui sont consacrés. De même, la poignée de mains échangée entre l’auteur et le prisonnier lors de son transfert est plus que symbolique, puisqu’elle n’a pas eu lieu !

 

Mais le plus important, c’est cette nouvelle représentation de l’univers carcéral qui nous est ici proposé. Si la violence est l’élément commun avec les autres films, elle n’est pas montrée de la même façon, devenant presque accessoire par rapport à l’humanité retrouvée de Stroud. Peu de violence physique (après la mort du gardien, on n’en voit plus), et pas de sadisme chez les gardiens comme c’est souvent le cas. Au contraire, Stroud, en s’humanisant, développe une relation amicale avec son geôlier de Leavenworth (Neville Brand), surtout après les reproches – justifiés – qu’il lui fait.

 

Et encore une fois, c’est aussi grâce au reste de la distribution. Karl Malden, bien que moins présent, est au même niveau que Lancaster qui signe ici l’une de ses plus belles prestations. On notera aussi les performances des autres interprètes, celle d’un « encore » débutant de 40 ans : Telly Savalas (Feto Gomez), qui a encore des cheveux !

Et encore une fois, Thelma « Birdie » Ritter est formidable dans le rôle de cette mère qui va jusqu’en haut des institutions pour sauver son fils, avant de se retourner contre lui et refuser qu’il sorte.

 

Bref, c’est un film magnifique que signe ici Frankenheimer, son deuxième (sur cinq) avec Lancaster, où, même si la vérité historique n’est pas respectée, il nous montre une autre facette de la prison, qui devient alors aussi un lieu d’humanité.

Comme toujours, au cinéma, tout est possible !

Robert Stroud (1890-1963)

Robert Stroud (1890-1963)

Voir les commentaires

…

Articles récents

Hébergé par Overblog