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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Cape & Epées, #Alexandre de la Patellière, #Matthieu Laporte
Le Comte de Monte-Cristo (Alexandre de la Patellière & Matthieu Laporte, 2024)

Tout y est.

La référence bonapartiste, la dénonciation calomnieuse, le château d’If, la belle Mercedes (Anaïs Demoustier), le trésor, la vengeance et bien sûr : Edmond Dantès (Pierre Niney).

Mais ce n’était pas gagné au vu de l’adaptation des trois Mousquetaires de l’an passé…

Parce que les scénaristes sont les mêmes, avec une différence notable : Martin Bourboulon n’est pas revenu, et ses deux scénaristes sont passés à leur tour derrière la caméra !

Et je dois avouer que c’est avec une certaine réticence que je suis entré dans la salle obscure (c’était la pub).

Trois heures après, j’étais séduit !

 

Mais reprenons.

Edmond Dantès revient d’un périple maritime sous les ordres du capitaine Danglars (Patrick Mille) au cours duquel il a sauvé une jeune femme, Angèle (Adèle Simphal) qui se trouve être agent de Bonaparte, contre les ordres de son capitaine. Pour son acte de bravoure, Dantès est élevé au rang de capitaine et Danglars remercié. Lejeune Edmond retrouve alors sa fiancée, la belle Mercedes, et ils vont pouvoir se marier. Le cousin de Mercedes prend cette nouvelle en pleine figure, et va alors participer à une conspiration pour éliminer le jeune homme, aidé par Danglars et le procureur Villefort (Laurent « Pradelle » Laffite) : Angèle est sa sœur.

Après quinze ans d’exil forcé, Dantès revient distribuer sa justice, sous l’identité du comte de Monte-Cristo.

 

Oui, j’ai été séduit par cette nouvelle version qui n’a pas à rougir des autres. Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière ont à nouveau dépoussiéré un classique de Dumas, mais sans toutefois l’altérer autant que leur méfait précédent. Certes, on ne retrouve pas tous les éléments comme chez le père d’Alexandre (1979), ou même chez Dayan (1998), mais c’est normal : le film ne dure que trois heures contre le double ou plus pour les deux autres versions.

Quoi qu’il en soit, l’essentiel de l’intrigue est là, et les modifications ne trahissent pas vraiment l’œuvre originale. Je sais, on est au cinéma et tout est possible, mais il n’empêche : quand une histoire est archi-connue, on se doit de la respecter un minimum… Alors les regrets exprimés ici même pour l’œuvre précédente n’ont pas de raison d’être : on passe un moment très agréable avec une intrigue plausible et une distribution à la hauteur de l’événement.

 

Pierre Niney est phénoménal, possédant plus le physique du personnage qu’un vigneron célèbre, et ce nouveau comte de Monte-Cristo est plus que crédible. Il possède la finesse et les manières du personnage et la froideur inhérente et indispensable à la vengeance. La séquence attendue de l’histoire du bébé enterré est un sommet du film : l’ambiance et les attitudes des uns et des autres rendent ce moment terrible (dans le sens premier du terme) et les remarques de Danglars contrebalancent avec bonheur celles de Villefort…

Et si les deux réalisateurs ont ajouté des éléments, c’est avant tout pour donner un peu plus de corps à l’intrigue : par exemple, on s’attarde sur les causes de la conspiration, mais pas sur sa rédaction, passage obligé attendu par une partie du public (dont moi).

 

Quoi qu’il en soit, il faut saluer le travail accompli pour cette nouvelle adaptation qui donne une plus grande dimension humaine aux différents personnages et surtout fait de Villefort un être franchement abject. A croire que Laurent Laffite est préposé à ce genre de rôle !

Quoi qu’il en soit, le jeu de Pierre Niney est de la trempe de celui de Jacques Weber et les trois heures passent sans lasser, et une fois les derniers crédits effacés, on se dit qu’on en reprendrait bien encore un peu.

Alors, à quand une nouvelle adaptation de Dumas ?

 

PS : Ils sont toujours là ! Malgré les efforts de Philippe IV Le Bel, les Templiers font une apparition dans cette intrigue…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Action, #Simon West, #Sylvester Stallone
The Expendables 2 (Simon West, 2012)

On prend les mêmes, et on recommence.

Après une séquence d’ouverture – et de libération – l’équipe de Barney Ross (Sylvester Stallone) retourne au boulot : récupérer la carte d’un dépôt de plutonium. Rien que de très classique, en somme.

Bien entendu, il y a de l’opposition qui s’exprime à travers un groupe armé marginal, les Sangs (prononcer le g) menés par un chef impitoyable – bien évidemment – le terrible Vilain (Jean-Claude Van Damme) qui porte très bien son nom.

 

Après les Antilles, nous nous retrouvons en Europe centrale, où la guerre civile fait rage, ce qui permet de développer l’intrigue sans réel souci. C’est donc une débauche de flingage en règle avec tout de même quelques éléments plaisants dans la lignée de l’épisode précédent. Cette fois-ci, Arnold Schwarzenegger (Trench) a un rôle significatif, mais surtout des références : Terminator, bien sûr, mais pas que. Il faut dire que la présence de Bruce Willis (Church) est propice à d’autres ouvertures. Et puis surtout, il y a le guerrier solitaire qui apparaît aux accents de la musique d’Ennio Morricone (1) : Booker (Chuck Norris). C’était celui qui manquait dans ce défilé de gros bras ! Et les scénaristes ne s’y trompent pas quand ils l’introduisent dans cette saga : Chuck Norris s’amuse de son personnage, sans pour autant oublier de montrer qu’il est le plus fort !

 

Bref, on s’amuse à nouveau, même sin on peut regretter le recentrage de l’intrigue autour de l’action elle-même. La dimension presque philosophique inhérente au personnage de Tool (Mickey O’Rourke) manque, et le contexte – succinct – qui entourait les personnages n’est pas repris. Seul véritable élément personnel (d’une certaine façon) que vit chacun des éléments de ce groupe d’élite, la mort de Billy (Liam Hemsworth, le frère de Thor), causée par l’inévitable méchant : c’est un choc pour ces hommes, malgré leur constante intimité avec la mort. Il faut dire aussi que c’est le plus jeune membre du groupe, appelé à un avenir plus conventionnel.

Mais Simon West ne leur (et nous) laisse pas le temps de s’apitoyer, relançant la machine guerrière vers l’issue prévisible et attendue : la mort du méchant ! Et Simon West s’y connaît dans ce genre, ce qui explique peut-être aussi les réserves exprimées ci-dessus. C’est efficace, spectaculaire, mais on reste sur sa faim face à cette débauche guerrière, et ce malgré les quelques moments à portée comique exposés précédemment.

 

Et les femmes ? La dernière fois, il n’y en avait qu’une qui avait la prédominance. C’est aussi le cas ici, avec Maggie Chang (Yu Nan), combattante qui fait oublier la faible présence de Jet Li (Yin Yang). Mais si sa participation est pertinente, elle reste tout de même plutôt anecdotique, confirmant le précepte (indicible) que les Expendables sont avant tout des hommes et que les femmes n’ont pas vraiment leur place auprès d’eux (si ce n’est dans leur cœur, et encore !).

Quant aux villageoises qui accueillent nos héros, elles semblent plus là pour donner une sorte de cachet authentique à l’intrigue, parce que je pense tout de même que si elles n’étaient pas là, cela ne changerait pas grand-chose !

 

Au final, les méchants sont châtiés et chacun repart (presque) de son côté, mais il manque tout de même une partie de la fraîcheur du premier opus. Après, si on a passé un bon moment…

 

  1. Le Bon, la brute et le truand

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Biopic, #Guerre, #Terrence Malick
Une Vie cachée (A hidden Life - Terrence Malick, 2019)

C’est un homme dans une voiture, sur une place de passager. La fenêtre est ouverte et une main pend tranquillement, lui permettant de s’aérer le temps du (court) déplacement.

Cet homme, c’est Franz Jägerstätter (August Diehl), et son « voyage » l’emmène vers la mort : autrichien, il a refusé de prêter serment au nouveau maître de son pays, Adolf Hitler.

Franz Jägerstätter est un paysan de Sankt Radegund, dans l’Inn (Nord-Ouest de l’Autriche). Marié avec Fani (Valerie Pachner), ils ont trois petites filles.

Mais Franz refuse ce nouveau maître de l’Autriche, qui mène une guerre injuste. Personne, au village, ni ailleurs, ne semble comprendre son geste : tous lui reprochent un vain sacrifice. Mais Franz tient bon, jusqu’au 9 août 1943, date de son exécution : il est guillotiné.

 

Magistral. Peut-il en être autrement d’un film de Malick ? Peut-être, mais je suis mauvais juge dans ce cas, aimant beaucoup les (trop rares) réalisations de cet immense cinéaste. Il faut dire qu’ici, outre une intrigue solide et phénoménale, on assiste à une maîtrise technique incroyable, soutenue par le merveilleux travail de Jörg Widmer derrière la caméra. Mais là encore, cela ne suffit pas : la musique de James Newton Howard et les différents emprunts classiques qu’on y trouve est en parfaite adéquation avec ce que nous voyons. Et bien sûr, le montage d’une lenteur pertinente permet pleinement d’apprécier ce qui nous est montré : les mains qui se croisent, la nature qui se renouvelle, le travail au champ, la détention… Tout a son importance, sans qu’il y ait un élément qui prime sur un autre.

Franz Jägerstätter est un homme bon, simple et très pieux. Son attitude est avant tout en parfait accord avec ce qu’il pense et croit : il est un objecteur de conscience oublié, une de ses vies cachées dont fait référence le titre du film. Et ce n’est qu’en 2007 que l’Eglise se rappellera à son bon souvenir : lui qui est mort dans la confiance absolu du Rédempteur, il aura donc fallu plus de soixante ans pour qu’on daigne lui accorder une reconnaissance.

Et cette même Eglise n’est pas épargnée au vu de cette vie sacrifiée : l’attitude de ses différents ministres reste sinon molle, du moins très frileuse, voire penchant du côté des forts (1). Mais Franz reste sur sa position et l’assume pleinement, jusqu’à la mort. Et ce sacrifice ne sera pas vain : je vous laisse découvrir en quoi.

 

Pendant près de trois heures, nous allons donc suivre cette passion moderne (2), d’un homme qui va mourir pour ses idées, et de mort lente : cinq ans séparent sa première position (ratification de l’Anschluss) de sa mort, même si Malick s’intéresse plus aux derniers mois. A partir du moment où il refuse officiellement (3), c’est un véritable calvaire qui l’emmènera de Linz (ville de naissance de Hitler) à Berlin où : il est exécuté, à l’instar de Jésus, dans la capitale.

Et la lenteur assumée du montage de Malick (c’est ce qui a pris le plus de temps) prend toute sa mesure dans l’incarcération de Franz. Il l’explique d’ailleurs dans une de ses lettres (4) : le temps ne passe pas vite en prison. En effet, la routine immuable (sévices compris) amène la longueur, surtout quand on n’a rien à faire : rien à lire à part les lettres de Fani. Et l’impression donnée par cette partie du film correspond pleinement à ce que raconte Franz : ces quelques mois semblent des années.

 

Et puis il y a les prises de vue : Malick a pris le parti d’utiliser une lentille qui amène une certaine déformation de l’image sur les bords, donnant une autre dimension aux faits et gestes de ses protagonistes. Il y a comme une distorsion de la réalité, tant cet acharnement semble disproportionné : il va mourir tout simplement pour avoir dit non. (Malheureusement, d’autres ont eu ce même sort aussi injuste)

Le marteau du tribunal aussi est affecté par cette distorsion, donnant une importance démesurée à la décision finale : la sentence délivrée par le juge (Bruno Ganz) est totalement disproportionnée au vu du fait bénin qui la provoque. D’ailleurs, la rare séquence qui voit Ganz et Diehl ensemble (le juge et l’accusé) résume à elle seule la position de certains militaires par rapport à ce régime inique. Mais il ne peut rien faire, le véritable maître du tribunal, c’est le SS (Thomas Mraz). Toute la lâcheté de la période s’exprime ici.

Parce qu’il s’agit avant tout de lâcheté : celle de Franz pour les autres qui ne comprennent pas qu’il refuse de servir son pays, ou pour son avocat qui parle lui aussi de sacrifice vain. On y parle aussi de conscience qui amène la lâcheté, ce qui est assez paradoxal : le véritable courage, c’est bel et bien celui de Franz. En effet, il est toujours plus facile de faire comme les autres, même le mal, que d’aller au bout de ses idées et de mourir pour elles.

 

Et si Franz revêt d’une certaine façon – et malgré lui – une dimension christique, il reste absolument humain de bout en bout, respectant même ceux qui vont le conduire à la mort. Et cette humanité a pleinement sa place dans les images qui nous sont montrées. Jusqu’au dernier moment, Franz va profiter de ce qu’il voit, de ce qu’il ressent. Et Malick ne nous épargne que sa mort, tellement convenue et attendue qu’elle en devient inintéressante en elle-même. Mais tous les détails qui la précèdent sont là : les portes, les habits de l’assistant du bourreau (Leonard Kuntz) et de son supérieur (Alexander Radszun), l’arbre hors de l’enceinte, le soleil rayonnant, le ciel bleu ennuagé.

Parce que le soleil est à chaque fois rayonnant, mais le ciel toujours nuageux. Celui de Sankt Radegund semble toujours annoncer l’orage (qui va s’abattre surtout sur les Jägerstätter), celui de Berlin et d’ailleurs n’est jamais clair, comme si la menace mortelle était omniprésente.

 

Je terminerai sur un détail concernant cette fin tragique. Il y a dans les derniers instants un aspect spectaculaire inattendu : c’est derrière un rideau que se trouve la guillotine fatale. Il y a un côté théâtral dans cette exécution qui ne fait malgré tout pas fléchir Franz, et cette invitation au spectacle est accentuée par les tenues « impeccables » du bourreau et son assistant. Seul le sol détrempé (et rouge, évidemment) dément cet aspect spectaculaire de mauvais goût. Sans oublier l’évacuation de la tête précédente… Ignoble.

 

Au final, un véritable chef-d’œuvre signé Malick, qui revient au linéaire après presque quinze ans, soutenu par une interprétation magnifique et de superbes images.

Certes, les festivaliers cannois ont hué l’absence de Malick au palmarès 2019. Pour ma part, je m’en contrefiche, n’aimant pas spécialement ce déballage médiatique. Et n’oublions jamais que John Ford n’a pas eu d’Oscar pour La Chevauchée fantastique

 

  1. Il semble que ce n’est pas la première fois…
  2. On peut entendre l’ouverture de celle de Bach selon Matthieu.
  3. Il avait voté contre l’Anschluss dans son village (il était le seul), mais le résultat avait été arrangé : une seule voix contre faisait mauvais effet…
  4. Ce sont ses véritables et celles de son épouse qui sont lues par leurs interprètes.
Franz Jägerstätter (1907-1943)

Franz Jägerstätter (1907-1943)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Pierre Granier-Deferre, #Jean Gabin
La Horse (Pierre Granier-Deferre, 1970)

Messais (fausse localité du Calvados). Ses marais, son gibier d’eau, ses exploitations agricoles, ses truands.

Parmi les fermes du coin, on trouve celle d’Auguste Maroilleur (Jean Gabon), sexagénaire éleveur de bovins, qui tient sa ferme d’une main de maître, fils et petit-fils d’agriculteurs.

Mais la relève est difficile : il n’a eu que des filles, et son petit-fils est plus intéressé par la vie facile que par se lever à cinq heures tous les matins.

Et en plus, ce petit monsieur (Marc Porel) fait dans le trafic de drogue : il travaille sur un transatlantique et a des facilités pour passer des commandes…

Seulement voilà : quand on utilise son repère de chasse pour stocker la marchandise (1), une limite a été franchie.

Maroilleur, en plus d’ordonner le silence à sa progéniture (et rapportés), va régler cette histoire à sa manière.

 

Gabin continue à vieillir, et continue aussi à trouver des rôles à sa mesure. Il est ici un patriarche autocratique normand, dont les réponses – au juge (Pierre Dux) par exemple – sont dans la lignée de ses origines… C’est un homme de peu de mots, mais qui agit sans hésiter. Pour protéger sa famille (ses filles et leurs enfants surtout), et aussi sa ferme dont il a hérité et à qui il voue un respect démesuré.

Et comme tout cela est menacé, il va tout faire pour éliminer cette menace, et par extension ceux qui en sont à l’origine. Alors ça casse, ça viole et ça flingue, comme la plupart du temps dans ces cas-là. Et quand la police arrive sur les lieux : il n’y a (presque) plus rien, ou alors rien de bien grave.

Parce qu’à l’instar des mafieux, cette famille paysanne n’est pas très diserte. Il faut dire que le patriarche dirige  son monde d’une main de fer et nul n’ose remettre en cause ses ordres. Pis que cela : ses deux gendres n’ont aucune voix au chapitre, restant dans un rôle de géniteur-travailleur.

 

Avec La Horse, Pierre Granier-Deferre renoue avec le film paysan, dans la droite lignée du formidable Goupi Mains Rouges de Jacques Becker (1943) : des dialogues brefs, une famille de trois générations sous le même toit, et même un cousin qui revient d’Indochine, Bien-Phu (André Weber), après sept ans passés là-bas. Mais alors que Goupi-Tonkin (Le Vigan) était ravagé, Bien-Phu, lui, a encore toute sa tête, et obéit aveuglément à son oncle : il est son bras armé, dans tous les sens du terme.

C’est un vase très clos, où les étrangers – et encore moins la police – n’ont à intervenir. Et Granier-Deferre fait reposer le poids de la famille sur les épaules solides de son acteur principal, qui trouve » là un de ses meilleurs rôles de l’époque. Pas très éloigné dans les faits d’un autre patriarche dans son film précédent (Le Clan des Siciliens) : pour lui aussi, la famille est primordiale.

 

De plus, Granier-Deferre réussit à éviter les gueulantes célèbres du patriarche, ne lui laissant qu’une occasion de s’emporter (un petit peu), mais à bon escient.

Bref, Gabin termine sa quatrième décennie de cinéma en beauté, et avec le même Granier-Deferre ? Il abordera la suivante dans un autre film marquant, Le Chat.

Bien sûr, on a aussi plaisir à retrouver quelques figures de l’époque : outre André Weber et Christian Barbier (Léon, le premier gendre), on reconnaît, malgré ses lunettes noires, l’inévitable Dominique Zardi, dans un rôle un tantinet plus sérieux que d’habitude.

Le tout servi par des dialogues adéquats signés par Pascal « Le Zubial » Jardin (qui cosigne aussi le scénario), et les musiques conjointes de Vannier et Gainsbourg qui s’adaptent parfaitement à cette intrigue rurale plutôt noire.

 

Quant aux femmes, elles n’ont pas la meilleure place : tout juste leur est-il possible démettre un quelconque avis, elles doivent surtout tenir leur langue et servir les hommes.

 

  1. De l’héroïne, appelée aussi « horse », d’où le titre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Western, #Roscoe Arbuckle
Fatty et les Peaux-rouges (Fatty and Minnie Hee-Haw - Roscoe Arbuckle, 1914)

Fatty (Roscoe Arbuckle) est en voyage. Comme clandestin, alors évidemment, il est rapidement éjecté du train par l’homme demain du convoi (Slim Summerville). Seul, au milieu de nulle part, il feint l’inanition pour attendrir Minnie Hee-Haw (Minnie Devereaux). Et ça marche.

Non seulement elle le ramène à son village (de tipis), mais en plus, elle envisage de l’épouser. Ce qui n’est pas complètement au goût de Fatty qui va s’enfuir et se retrouver dans un village de cow-boys.

Mais Minnie est à ses trousses…

 

Autant le dire tout de suite : Minnie Devereaux s’est aussi appelée Minnie Ha-ha (dans Mickey), et ici, son patronyme (Hee-Haw) rappelle fortement le braiement d’un âne. Quoi qu’il en soit, c’est une femme indienne (véritable) et sa stature est en parfaite adéquation avec celle Fatty, comme en témoigne la séquence du baiser. Parce que Roscoe Arbuckle, à travers son personnage, va embrasser une Indienne ! Si je mets en évidence ce fait, c’est parce que les lois américaines ne sont pas – en 1914 – pour la mixité, et au cinéma, n’oublions pas qu’« un bon Indien est un Indien mort » !

 

Alors quand Fatty embrasse Minnie Hee-Haw, après contorsions, c’est un grand coup donné aux racistes de tous poils qui peuplent l’Amérique de l’époque (et aussi de maintenant, d’ailleurs). Mais je ne suis pas sûr qu’il y ait un message quelconque dans ce baiser. Il est on ne peut plus naturel, même si Fatty n’a qu’une envie : s’en aller. Il faut dire que Minnie n’est pas de la première jeunesse, et la présence d’une rivale (Minta Durfee) va précipiter la séparation.

Malheureusement pour Fatty, cette jeune femme a un père, et leur amour (inexistant bien que latent) ne pourra se développer.

 

Quoi qu’il en soit, on s’amuse beaucoup de cette histoire fort improbable, où le héros (?) va tout faire pour se sortir d’une situation de toute façon inextricable, tout en utilisant les canons du western. Ca tire, ça se bagarre et ça boit sec. Sauf Fatty, bien sûr, qui boit du lait plus ou moins élégamment.

 

NB :un gag qui sera repris maintes et maintes fois, et en particulier chez Goscinny : la nourriture indienne qui contente l’étranger jusqu’au moment où il apprend ce qui compose réellement sa pitance (1)…

 

On attend quand même avec impatience Out West !

 

  1. Astérix, La grande Traversée ; Oumpah-Pah le Peau-rouge

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Action, #Sylvester Stallone
The Expendables (Sylvester Stallone, 2010)

C’était un jour d’août 2010 et pour la première fois de ma vie (et la dernière à ce jour) j’allais au cinéma voir un film réalisé par Stallone. C’était (presque) au pied de l’Atomium, et de toute façon, il n’y avait pas grand-chose d’autre qui m’intéressait. Et en plus, c’était en VO !

Croyez-le ou non, je n’ai pas regretté d’y être allé.

Non pas parce que nous sommes en présence d’un chef-d’œuvre impérissable du 7ème art, mais tout simplement parce que je me suis amusé, et ai même trouvé intéressante cette façon de repenser les films d’actions et de combats (surtout ce deuxième thème) par un spécialiste du genre.

Mais reprenons.

 

Les « Expendables » (1) sont un groupe de motards qui se réunissent régulièrement chez Tool (Mickey Rourke), une sorte de mentor, artiste et tatoueur. C’est surtout un ancien membre de commando qui s’est retiré des affaires, laissant la place à son frère d’armes Barney Ross (Sylvester Stallone). Le but de cette association qui ne relève absolument pas de la loi de 1901 ? Offrir au payeur une solution par les armes à un problème donné. Le tarif ? Environ un million de dollars par participant…

Ici, c’est l’île de Vilena (Golfe du Mexique) qui demande à ce qu’on la débarrasse du despote qui a pris le pouvoir, le général Garza (David Zayas). Mais ce général est un homme de paille : celui de James Munroe (Eric Roberts), ex-agent de la CIA, qui a favorisé la prise de pouvoir du général, comme il l’avait appris à l’Agence… Tout ça pour bénéficier des plaines fertiles du pays et y encourager la culture. Et en particulier celle de la coca…

 

Oui, Stallone a eu une bonne idée en rassemblant quelques spécialistes du film de combat : de Jason Statham (Christmas) à Jet Li (Yin Yang) en passant par Dolph Lundgren (Gunnar) ou encore Randy Couture (Toll Road), sans oublier Terry Crews (Hale Caesar), ce sont des cadors dans leur domaine et ils participent grandement au côté spectaculaire du film.

Mais ne nous y trompons pas, cela reste avant tout un film d’action musclé où le jeu d’acteurs est plutôt minimal. On est venu voir de la castagne, et on n’est pas déçu.

Mais Stallone y a glissé une pointe d’humour un petit peu plus évoluée que d’habitude avec la présence de deux autres spécialistes du genre : Church et Trench.

Je ne vais pas vous faire languir en taisant les interprètes concernés :

  • Church, c’est Bruce Willis. C’est lui le commanditaire de la mission. Et on sent que même s’il n’apparaît que pendant une séquence, il ne faut pas la lui faire ;
  • Quant à Trench, il apparaît comme un concurrent (négatif) de Ross dans son domaine. Et quand on s’aperçoit que Trench est interprété par Arnold Schwarzenegger (non mentionné sur l’affiche), on mesure toute la dimension de cette concurrence…

Bref, nous sommes en bonne compagnie (c’est le cas de le dire) et Stallone n’a donc plus qu’à dérouler.

 

C’est d’ailleurs ce qu’il fait, avec la manière (désagréable, en ce qui me concerne) qu’avaient les réalisateurs de l’époque : casser un maximum de plans dans un minimum de temps.

C’est donc un tourbillon de plans qui accentuent le (nouveau) chaos apporté par ce commando, jusqu’à – bien entendu – l’éradication des méchants et l’étourdissement du spectateur.

Mais il y a quelques plans de répit, dont surtout celui où Tool nous raconte, avec émotion, comment il en est arrivé là.

 

Et les femmes dans tout ça ?

Elles sont là, enfin trois d’entre elles surtout : Cheyenne (Lauren Jones), la « fiancée » de Tool, qui le quittera avec la nuit ; Lacy (Charisma Carpenter), celle de Christmas, qui n’a pas attendu le retour de son héros ; et Sandra (Giselle Itié), le contact de Barney sur Vilena.

Si la première est anecdotique voire une femme objet, la troisième est bien entendu la plus intéressante du fait de son statut. De plus, elle ne laisse pas Barney indifférent, sans toutefois aller jusqu’au passage à l’acte : Barney est un homme seul, fier. Quant à la seconde, c’est elle qui donne un peu de morale à cette bande de tueurs : Lacy, lasse d’attendre son héros, s’est mise avec un autre qui a la très mauvaise habitude de la frapper quand il n’est pas content. « Big Mistake »comme dirait Jack Slater (2) : non seulement ce ne sont pas des manières de faire, mais en plus il se prend une dérouillée fort méritée.

 

Rien de nouveau sous le soleil, donc, mais un film efficace avec quelques moments réjouissants, et surtout un accueil très favorable du public, à défaut de la critique. De quoi en faire une suite.

Ce sera le cas deux ans plus tard (3)…

 

  1. Expendable signifie que l’on peut sacrifier, (et donc) remplacer.
  2. Last action Hero
  3. Est-il besoin de préciser que ceci est une autre histoire ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Frank Borzage
The Pilgrim (Frank Borzage, 1916)

Bien sûr que ce « pèlerin » n’a rien à voir avec celui de Chaplin qui sortira sept ans plus tard.

Ici, il s’agit d’un homme qui vient d’ailleurs et qui y retournera.

Nous sommes dans l’Ouest américain, encore à moitié sauvage, et un étranger (Frank Borzage) vient d’arriver avec sa mule. Sans le sou, il troque ses éperons contre une flasque de rhum. Il est alors remarqué par Jim Niles (Dick La Reno), qui dirige un ranch local à la recherche d’aides. L’étranger, rapidement surnommé « Le Pèlerin » va accepter.

Mais un jour, débarque la promise de Niles, la belle Nita Dudley (Ann Little), venue s’aguerrir en vivant les conditions rudes des cow-boys de l’Ouest…

 

Voilà trois ans que Borzage tourne… Des courts-métrages. Cette année 19196 le verra réaliser son premier long, mais n’anticipons pas. Toujours est-il que ce film sort le lendemain de Matchin’ Jim autre court western qu’il a réalisé. Bref, il s’agit d’un film parmi d’autres, dans cette industrie cinématographique qui propose des courts-métrages à tire-larigot.

Mais pourtant, c’est un film de Borzage, alors il mérite très certainement le détour. En effet, ce dernier n’est pas encore le réalisateur talentueux que nous connaissons, mais on ne peut pas se tromper quant à ses intentions.

 

Avant tout, c’est un western humain où la force n’est pas la qualité première de ce curieux héros. Curieux parce qu’il n’a pas de nom ni de prénom, et aussi parce qu’il n’a pas la prestance d’un William S. Hart, d’un Tom Mix ou d’un Harry Carey qui tiennent le haut de l’affiche dans le genre. Pas de grand chapeau ni de revolver non plus, même si, au vu du film, on imagine facilement qu’il doit être un as de la gâchette. Mais surtout, il se déplace avec une mule, avec laquelle il a une relation très fusionnelle.

Et à l’instar d’autres personnages borzagiens, il est un tantinet inadapté au monde dans lequel il évolue : c’est une sorte de tumbleweed caractéristique du paysage américain : vous savez ces « virevoltants » végétaux qui roulent au gré du vent dans les westerns. Il est même ostracisé par les autres cow-boys du ranch, obligé de dormir avec sa mule, dehors.

 

Et puis il y a l’élément féminin : la jeune Nita que son père a envoyé dans l’Ouest pour qu’elle s’endurcisse. Elle a la tenue pour – son père est riche et possède le ranch – mais ne semble pas vraiment adaptée à cette nouvelle vie : elle se perd dès sa première sortie seule. Cette sortie renforce cette idée d’inadaptée parce que son objectif est d’aller soigner Joe Mex (Jack Richardson) qui a été poignardé par « le Pèlerin » (1) : nous sommes donc bien loin de ce concept de vie rude de l’Ouest.

De la même façon, quand elle se promène avec le Pèlerin, c’est lui qui « se mouille » pour lui permettre de boire ! On est bien loin d’une autre femme du film : Little Eva (Mary Gladding). Cette dernière n’arrive pas de chez Harriet Beecher Stowe, mais une de ces femmes endurcies qu’on trouve dans nombre de westerns (d’avant et d’après) : elle est la compagne de Joe Mex mais ce dernier n’étant pas un modèle de fidélité, elle n’hésite pas à faire de même avec « le Pèlerin » (encore lui), amenant la rixe au couteau…

 

Bref, un western mineur du fait avant tout des son format (28 minutes), et de son histoire (forcément) convenue, mais où le savoir faire de Borzage est déjà là.

Et même si le soleil ne se couche pas, ce singulier héros repart, seul bien sûr, vers une autre destination inconnue et anonyme…

 

  1. Joe Mex est l’agresseur dans cette affaire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Comédie, #Arthur Mathews, #Graham Linehan
Father Ted (Graham Linehan & Arthur Mathews, 1995-1998)

Connaissez-vous Craggy Island (= « l’Ile Rocailleuse ») ? Pas étonnant puisqu’elle n’existe que dans l’imagination de Graham Linehan & Arthur Mathews : elle se situe au large de l’Irlande et accueille une (très) petite communauté catholique, dont le curé de la paroisse est le célèbre père « father » Ted Crilly (Dermot Morgan). Il est aidé (1) par deux autres prêtres, eux aussi exilés : Dougal McGuire (Ardal O’Hanlon) et Jack Hackett (Frank Kelly). Pour s’occuper d’eux, ils ont Mrs. Doyle (Pauline McLynn) qui prépare le thé comme pas deux.

Et bien sûr, pour garder un œil sur eux, on peut compter sur l’évêque Brennan (Jim Norton).

Il faut dire que ces trois hommes d’église ne sont pas tombés là par hasard : Ted a détourné l’argent du diocèse et l’a dépensé à Las Vegas ; Jack est un pervers alcoolique polymorphe au vocabulaire (-très) restreint ; et Dougal est un futur héritier de la terre (2)…

 

Décidément, quand ce ne sont pas les Britanniques qui nous proposent des divertissements hilarants (Monty Python’s flying Circus, Mr. Bean, Blackadder…), ce sont les Irlandais. Et je dois avouer que cette série qui ne dura que trois saisons est comique à souhait, voire plus. Trois saisons seulement parce que Dermot Morgan a eu la mauvaise idée de mourir après la troisième saison. Il est clair que quand on a vu son interprétation de ce prêtre fantasque, on a du mal à lui imaginer un remplaçant.

 

Bien sûr, Ted est phénoménal, mais il faut tout de même compter sur ses deux collègues, nous donnant alors une trinité improbable mais irrésistible. Certes, Ted semble le plus normal des trois, mais il a certaines attitudes qui ne font pas obligatoirement bon ménage avec sa fonction. Quant à Dougal, on peut légitimement se demander comment il a réussi à devenir prêtre avec le QI d’une huître (3). Ted lui posera la question, envisageant une explication somme toute acceptable. Quoi qu’il en soit, Dougal est absolument abruti, une espèce de grand gamin qui n’a grandi que dans son corps. Bien entendu, il reste l’inconvénient du direct : le père Jack qui passe son temps à dormir, boire TOUT ce qui lui tombe sous la main (sauf l’eau), et lancer des imprécations plus ou moins distinguées. Sauf quand il y a des (vraies) femmes : là il faut plutôt le retenir…

 

C’est loufoque à souhait, irrévérencieux comme il faut et surtout immensément drôle. Il faut dire que flanqué de ses deux acolytes, Ted n’a pas ce qu’on peut appeler la belle vie. Mais vu le peu de gens alentour, il arrive très bien à tout mener de front. Parce qu’il y a des gens. On fait leur connaissance lors de la foire annuelle (premier épisode), et sporadiquement dans les épisodes suivants. On retiendra la présence de Tom (Pat Shortt), une sorte de psychopathe simple d’esprit (lui aussi) : il fait les retraits en banque sur son compte avec un fusil ! Il y a aussi les O’Leary (Patrick Drury & Rynagh O'Grady) qui passent leur temps à se battre (oralement et physiquement) sauf quand un des prêtres passe alentour… Et je n e parle pas des autres collègues qui portent soutane, ayant tous un élément remarquable source de drôlerie.

Bref, une communauté à la hauteur du trio annoncé.

 

Le tout avec des sous-entendus plus ou moins appuyés, voire des éléments religieux inattendus chez des prêtres…

Tout pour passer un bon moment, donc.

 

  1. Enfin « aidé » est plutôt une façon de parler…
  2. Matthieu, 5 : 03
  3. Et encore, j’ai connu des huîtres plus évoluées…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Epouvante, #Drame, #Jacques Tourneur
L'Homme léopard (The leopard Man - Jacques Tourneur, 1943)

Décidément, les spectateurs n’ont qu’à peine le temps de se remettre de la sortie de Vaudou que déjà Tourneur récidive : en moins de six mois, ce sont trois films de ce réalisateur qui sont présentés coup sur coup, et ce dernier à peine plus d’un mois après le précédent (1). Et encore une fois, il faut avoir les nerfs solides pour aller contempler cette nouvelle intrigue qui les met à rude épreuve.

 

Kiki Walker (Jean Brooks), danseuse, et Jerry Manning (Dennis O’Keefe), son manager, ont été embauchés dans le cabaret d’une petite ville du Nouveau-Mexique. Afin qu’on parle d’elle, Jerry imagine un formidable coup de publicité : il loue un léopard à Charlie How-Come (Abner Biberman), un artiste ambulant qui présente un numéro d’homme-léopard (2). Malheureusement, l’animal, apeuré par la foule et le  bruit, s’échappe et sème la terreur dans la petite ville.

C’est d’abord la jeune Teresa (Margaret Landry) qui est tuée sur le pas de sa porte, alors qu’elle tentait d’échapper au fauve. Une battue s’organise mais malgré cela, deux autres femmes sont à nouveau tuées.

Et le léopard reste toujours introuvable…

 

Tourné trois mois et demi après le film précédent, le film souffre peut-être  de cette rapidité de travail, mais il n’en demeure pas moins un film fort dans la liste der ceux de son réalisateur. Il faut dire que son équipe a peu été modifiée, ce qui permet tout de même une meilleure efficacité. Et cette fois, c’est James Bell (Dr. Galbraith) qui se retrouve à nouveau dans l’interprétation, lui qui fut déjà un autre docteur dans Vaudou (Dr. Maxwell). Seul changement notable, la présence de Robert de Grasse (frère de Joseph et neveu de Sam) en lieu et place de J. Roy Hunt, derrière la caméra. Et c’est peut-être aussi ce qui fait la différence avec le film précédent : certes Tourneur joue avec l’éclairage, mais il manque un petit quelque chose pour le hisser au niveau de ces prédécesseurs.

 

Quoi qu’il en soit, on frissonne à nouveau, de peur et de plaisir face à ce monstre – animal, humain, ou les deux ? – qui terrorise cette petite ville sans histoire. Et encore une fois, Tourneur joue sur la superstition locale, ainsi que sur un passé tragique. Dans Vaudou, c’était le passé négrier de l’île qui était (plus qu’) évoqué, ici, c’est l’annihilation du village originel qui est évoqué à travers une commémoration annuelle qui n’est pas sans rappeler les processions espagnoles avec personnages encagoulés.

A nouveau, Tourneur fait référence à l’idée de l’étranger – « alien », disent-ils là-bas – comme ce fut le cas avec La Féline (Irena était serbe) et Vaudou (la famille Rand-Holland était colonisatrice). Pas étonnant de la part d’un réalisateur partagé entre le pays qui l’a vu naître ainsi que sa famille, et le pays qui l’a accueilli et lui a permis d’exercer son art : il est lui-même une sorte d’étranger à Hollywood.

 

Mais pour le reste, le spectacle est au rendez-vous, et si la caméra de De Grasse n’est pas autant au rendez-vous que dans les deux films précédents – encore que – c’est la musique de Roy Webb qui fait tout, le sel du film. Et surtout son absence qui est – à chaque fois – synonyme funeste : en effet, pour chaque nouvelle victime, la musique s’efface pour nous permettre d’appréhender « encore plus le sentiment d’effroi de la (future) victime : un silence de plus en plus inquiétant que certains bruits habituellement considérés comme naturels, deviennent synonyme d’angoisse et de malheur.

Et ça ne rate pas ! Même la dernière victime – celle qui permet (ou qui suit) la résolution de l’intrigue – est emportée alors que la vie continue pour le reste du monde et que la procession s’engage vers son but, le tout sans accord ajouté : la musique ne revient que progressivement une fois que la dernière réplique est prononcée et que la fin s’affiche.

Magistral. (3)

 

  1. Vaudou est sorti le 8 avril alors que L’Homme léopard est présenté le 19 mai.
  2. D’où le titre. Mais pas que.
  3. Quand même !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Epouvante, #Drame, #Jacques Tourneur
Vaudou (I walked with a Zombie - Jacques Tourneur, 1943)

Betsy Connell (Frances Dee) est une jeune infirmière rationnelle, alors quand on lui propose d’aller travailler aux Antilles elle n’hésite pas une seconde. Par contre, quand on lui demande si elle croit à la sorcellerie, elle a un doute.

Il faut dire que la femme dont elle doit s’occuper ne bouge pas et ne parle pas, restant immobile toute la journée. Mais la nuit…

Bref, Jessica Holland (Christine Gordon) est une zombi. Et cela depuis que son mari Paul (Tom Conway) et son demi-frère Wesley Rand (James Ellison) ont eu un différent la concernant : elle devait quitter l’un pour partir avec l’autre.

La présence de Betsy va-t-elle permettre à Jessica de sortir de sa torpeur ?

 

Jacques tourneur enchaîne : cinq mois (et trois jours) après sa magnifique Féline, sort ce nouvel opus de cinéma d’épouvante. Et à nouveau, il fait mouche. On suit avec intérêt et beaucoup de curiosité cette aventure exotique singulière, basée sur les superstitions antillaises. Et malgré le peu de temps qui sépare les deux films, force est de reconnaître que le niveau cinématographique du film est à nouveau élevé.

Encore une fois, il joue avec les ombres et la lumière – sur les ombres, la plupart du temps l’action se situe la nuit – et l’ambiance qu’il en tire, rythmée par la musique encore une fois) de Roy Webb. Il faut dire que hormis J. Roy Hunt qui tient à son tour la caméra, les cadres du film précédent sont là, ce qui assure tout de même une cohérence dans le travail. Même Tom Conway est de retour, campant un Paul Holland énigmatique totalement pertinent.

 

Et Tourneur nous envoie sur différentes pistes pour l’état de santé (maladie ? possession ? envoûtement ? autre ?) de Jessica tout au long du film, alors qu’avec Betsy nous apprenons petit à petit ce qu’il s’est passé : et quelle que soit la raison invoquée, on en revient toujours au vaudou local, omniprésent par les tambours qui résonnent dans la nuit.

Et quand la rationnelle Betsy cède à la tentation, son parcours pour arriver au temple (« Houmphort »), alors  tout le savoir faire du réalisateur se présente à nous :

  • bien sûr, c’est la nuit ;
  • le chemin est jonché d’éléments étranges, voire malsains : animaux sacrifiés, crâne (…) ;
  • le gardien du croisement (Darby Jones, effrayant à souhait) se nomme Carrefour, comme un fait exprès, et son immobilité pourrait faire croire qu’il n’est pas réel ;
  • la cérémonie, à laquelle assistent Betsy & Jessica, nous montre des personnes en transe, accentuant l’impression surnaturelle qui nous accompagne.

 

C’est donc un exotisme inquiétant qui nous est proposé, mais Tourneur – grâce à ses scénaristes – nous avait prévenu : Paul, dès sa rencontre avec Betsy, nous prévient (en même temps qu’elle) : la beauté apparente cache derrière elle une réalité beaucoup moins esthétique, voire l’omniprésence de la mort. Et on ne peut pas lui donner totalement tort, au vu de ce qu’il va se passer.

Quoi qu’il en soit, c’est absolument fabuleux. Tourneur a peut-être la réputation d’avoir tourné des séries B, il n’en demeure pas moins un très grand cinéaste, et ce film en est encore une illustration.

 

PS : on notera la présence d’un certain Sir Lancelot qui interprète la chanson Fort Holland Calypso Song, qui sera reprise quelques années plus tard (avec d’autres paroles) : Shame and Scandal in the family (Wau Wau - Lord Melody, 1962)

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