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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Robert Wise
Le Coup de l'escalier (Odds against Tomorrow - Robert Wise, 1959)

 

Trois hommes ;

Totalement différents.

Un même but.

L’argent.

Celui de la banque.

A Melton (New York).

Bien entendu, ça se termine mal.

 

Ca se termine, mal, tout d’abord parce que nous sommes en 1959 quand le film sort, et il est encore impensable que des malfrats s’en sortent après un coup pareil, et surtout parce que ce n’est pas le coup en lui-même qui intéresse Robert Wise (et Harry Belafonte qui a fait appel à lui).

Encore une fois (1), un film de braquage qui se termine mal. Et encore une fois, c’est comment on en arrive à cette tragédie annoncée qui est le centre de l’intrigue et le place parmi les plus grands films du genre.

Il faut dire que les trois hommes n’ont absolument rien en commun, normalement :

  • Dave Burke (Ed « N° 10 » Begley) est un ancien policier, chassé après un scandale qui vit dans un (tout) petit appartement) ;
  • Earl Slater (Robert Ryan) est une petite frappe qui est dans une mauvaise passe (2), et vit avec l’argent de sa compagne Lorry (Shelley Winters) ;
  • John Ingram (Harry Belafonte) est chanteur et surtout flambeur, passionné de courses, et fauché comme les blés.

Tous les trois ont besoin de cet argent, et ils devraient – malgré la morale de 1959 – réussir leur coup et partir avec plus de 200.000 dollars (3).

 

Seulement voilà, Slater ne peut pas voir Ingram, et ce malgré tous les efforts de Burke : c’est un sale raciste. On ne le découvre pas tout de suite, même si sa première intervention parlée n’est pas neutre (il prend dans ses bras une petite fille noire). C’est quand Burke va lui présenter en quoi consiste leur coup que cela va se déclarer.

Et ce racisme va progressivement gangrener l’esprit de Slater : il refuse directement de participer, mais acculé, il va accepter, mettant alors en mouvement la fin funeste prévue.

Parce que Wise (et Belafonte) n’ont pas pu coller pleinement à l’histoire originale qui voyait le Blanc et le Noir s’allier, voire devenir amis ! Il faut dire que La Chaîne (The defiant Ones – Stanley Kramer, 1958) venait d’avoir un franc succès l’année précédente et la fin amicale prévue aurait un peu trop rappelé ce film.

 

Alors ils ont choisi de montrer que le racisme est une mauvaise chose, qu’il détruit. Et la destruction est spectaculaire, rappelant par certains aspects la fin de White Heat dix ans plus tôt. Mais surtout, il annonce un autre braquage célèbre qui voit trois hommes différents se rencontrer : Le Cercle rouge. Melville était passionné par ce film, et on peut voir ici pourquoi !

Et les femmes là-dedans ? Comme nous sommes dans un film de gangsters, elles ont surtout un rôle décoratif. Encore que si Burke est un célibataire endurci (il a un chien qui perd ses poils), les deux autres ne sont pas seuls.

Slater a Lorry qui s’occupe (trop à son avis) de lui, mais cette situation d’homme entretenu ne lui sied pas du tout et son acceptation final du coup est aussi une façon d’exprimer sa fierté : après ce coup-là, il va pouvoir s’occuper d’elle, et peut-être même plus…

Quant à Johnny, il y a trois femmes dans sa vie : Ruth (Kim Hamilton), son ex-femme qu’il aime toujours malgré leur séparation ; Kittie (Carmen de Lavallade), une danseuse du club où il chante, et avec qui il passe « du bon temps » ; et la petite Eadie (Lois Thorne), qui n’est autre que la fille qu’il a eue avec Ruth. Et si Ingram accepte le coup de Burke, c’est avant tout pour protéger sa fille et Ruth, que Bacco (Will Kuluva), son créancier qui est aussi un ponte new-yorkais (suivez mon regard), a menacé de toucher s’il ne lui rendait pas ce qu’il lui doit.

 

Mais quel est donc cet escalier dont parle le titre français ?

En VO, on est plutôt dans l’évaluation sur les chances (odds) du lendemain (tomorrow) : avec ce coup, c’est leur vie qui va changer complètement. Finie la misère et les dettes. Et nous arrivons alors à une échelle qui est mentionnée par l’un des protagonistes : ce braquage est une sorte d’échelle sociale pour eux.

A moins que ce soit celle qui mène aux toits des entrepôts de combustibles…

 

  1. Aucun sarcasme dans ces trois mots !
  2. Slater a toujours été dans une mauvaise passe.
  3. En 1959, c’est une sacrée somme !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Olivier Marchal
Les Lyonnais (Olivier Marchal, 2011)

 

Les Lyonnais, c’est avant tout un gang qui a eu ses « heures de gloire » dans les années 1970 : Edmond Momon Vidal (Gérard Lanvin), Serge Suttel (Tchéky Karyo), Dany (Lionnel Astier), Christo (Daniel Duval) et Nick Karastidis, dit « Le Grec ». Ils ont écumé la région lyonnaise (d’où le nom de leur gang), avant de se séparer après quelques années de prison inévitables.

Quarante ans après, Serge réapparaît et relance – malgré eux – ses anciens complices. Arrêté, ils le font évader. Mais il n’y a pas que la police qui est à ses trousses.

 

Quatorze ans dans la police, ça laisse des traces. Alors pas étonnant qu’Olivier Marchal en parle dans ses films. Mais ici, c’est l’autre côté qui l’intéresse, les malfrats. Et ces Lyonnais sont des malfrats à l’ancienne, avec amitié virile et code de l’honneur. Cela ne l’empêche pas de nous donner un certain aperçu des pratiques policières de l’époque qui rappelaient très clairement la Question telle qu’elle était pratiquée par leurs aînés de l’Ancien Régime, au Châtelet, par exemple…

Mais attention, ce n’est absolument pas ici d’une dénonciation des pratiques policières : Marchal se concentre sur la vie d’Edmond Vidal (1), à travers cinq semaines de sa vie. De la même façon, la participation de Momon aux affaires du SAC (Service d’Action Civique)

 

Ces cinq semaines sont aussi l’occasion pour lui de se souvenir des liens qui l’attachent à Suttel, depuis une cinquantaine d’années. Et Marchal choisit de montrer ces souvenirs de manière chronologique, comme pour quelqu’un dont on essaie de retracer la vie. Avec toutefois une rupture dès l’ouverture. Vidal est en Espagne (Marbella) puis se retrouve en voiture dans les environs de Lyon, ouvre la porte d’une grange et le noir qui suit nous fait entendre la détonation d’une arme à feu, certainement celle que Momon a pris dans sa boîte à gant.

 

Et Marchal retrace la vie de ces truands en parallèle des situations présentes (pour les protagonistes), nous permettant de mieux appréhender les enjeux de l’évasion (meurtrière) de Suttel. Et si on peut voir quelques séquences heureuses, c’est avant tout l’expérience traumatisante de la prison qui est centrale, même si on n’a que très peu de plans en cellule. C’est la prison qui a fait de Momon et Suttel ce qu’ils sont devenus. Et tout ça pour un cageot de cerises ! La prison (un tantinet abusive) a permis à Vidal de se faire des relations et par là même apprendre un nouveau métier : braqueur.

Mais le temps passe et Momon se range, pendant que Serge continue. Alors quand ce dernier revient, et que sa vie est en danger, il n’hésite pas longtemps : l’honneur et l’amitié avant tout. Avant tout et (mais ?) jusqu’au bout.

Et c’est cette relation qui est développée jusqu’au bout, portée par le duo Lanvin-Karyo qui incarnent avec conviction ces deux amis « à la vie à la mort », avec en toile de fond les différents épisodes du gang, remaniés bien sûr, puisque nous sommes au cinéma. Des seize accusés à l’origine, seuls quatre d’entre eux nous intéressent, et outre le duo vedette, Lionel Astier et Daniel Duval donnent eux aussi du corps à leur personnage respectif. Ce sont eux aussi des amis sûrs, capables de tout pour les autres.

 

Et les femmes ?

Outre l’épouse de Momon, Janou (Valeria Cavalli), et Lilou, la fille de Serge, elles ne sont pas beaucoup mises en avant, le film restant avant tout une histoire d’hommes. Certes Janou a un rôle important, mais elle reste tout de même au second plan, par rapport à Momon. Quant à Lilou…

Bref, on peut se dire que la place des femmes est en relation avec celles qu’on leur donnait (encore) à la période du Gang des Lyonnais…

 

Quoi qu’il en soit, Olivier Marchal maîtrise son film et nous propose une histoire  solide soutenue par une distribution à la hauteur de l’enjeu. Avec, de temps en temps, quelques clins d’œil à l’un des films de gangsters les plus réussis : Le Parrain, qui nous ramène, lui aussi (lors de sa sortie), à la période décrite.

 

PS : Edmond Vidal est mort dans la nuit du 8 au 9 septembre dernier (il y a quatre jours quand j’écris tout ceci).

 

  1. Véritable gangster qui a écrit le livre dont s’inspire le film.

 

 

Gérard Lanvin & Edmond Vidal

Gérard Lanvin & Edmond Vidal

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #James Mangold
Identity (James Mangold, 2003)

Dix personnes dans un motel, en plein milieu du Nevada.

C’est d’abord Caroline (Rebecca De Mornay) qui est tuée. Puis c’est Lou (William Lee Scott). Et puis…

Et puis ils disparaissent un par un, dans des circonstances toutes plus ou moins horribles.

Pourtant il y a un ex-flic, Ed (John Cusack), et un vrai, Rhodes (Ray Liotta), qui veillent. Mais la série continue…

Et quand les cadavres disparaissent, le mystère s’épaissit : est-ce la présence de tombes indiennes sur le site du motel qui explique cette situation un tantinet surnaturelle ?

Seule la résolution de cette incroyable intrigue nous donnera la solution…

Autant mystérieuse qu’inattendue !

 

Le scénario de Mickey Cooney est absolument formidable : si la cadre est bel et bien celui de l’épouvante (et de l’horreur), le traitement est plutôt inattendu. En effet, James Mangold, pour son quatrième film (seulement) dans ce genre et s’en sort magnifiquement. Pas d’ados mais des adultes et un enfant (Bret Loehr), isolés et sans aucun moyen de communication (téléphone & radio sont déconnectés), face à un tueur psychopathe qui les éliminent les uns après les autres.

Bien sûr, on pense à And then there were none (qui est d’ailleurs cité), où là encore dix personnes disparaissent les unes après les autres. Mais Mangold (et Cooney) ont ajouté une dimension surnaturelle soutenue par la musique envoûtante d’Alan Silvestri, en parfaite adéquation avec l’intrigue. Bien entendu, tout se passe la nuit, et comme si cela ne suffisait pas, le temps est orageux et il pleut à verse.

 

Mais, et c’est aussi là que Mangold se distingue du genre, il ne cherche pas vraiment à faire sursauter le spectateur, plus à le surprendre, ce qui ne manque pas. Jusqu’au bout, il se réserve le contrôle de cette intrigue singulière et très habile, emmenant le spectateur toujours plus loin dans la noirceur.

Mais surtout, il utilise avec beaucoup de maîtrise le flashback afin d’expliquer quelque point obscur de la situation : nous ne sommes jamais dans l’ignorance d’un fait, et ce jusqu’au deuxième basculement qui conclut le film.

 

L’introduction qui voit se présenter les différents personnages au motel (1) est absolument magistrale. En quelques minutes, nous savons comment les différents personnages se retrouvent dans ce « cercle rouge ». Chacune personne fait un geste ou une action qui va amener leur réunion dans cet endroit isolé. Et tout part d’une cigarette que Paris Nevada (Amanda Peet) veut allumer : elle cherche le briquet qu’elle a volé à son dernier client…

Et à partir de là tout s’enchaîne et les morts peuvent commencer.

Et même si ces différentes morts sont terribles, on ne les voit pas aussi explicitement que chez Craven (par exemple). On en voit surtout le résultat, sans pour autant s’attarder dessus.

Par contre, Mangold nous démontre que même en restant groupés, les différents protagonistes n’échappent pas à leur sort : d’un autre côté, chacun a toujours une bonne raison de s’éloigner des autres. Et alors, ça ne rate (presque) pas !

 

Bref, un thriller haletant, une sorte de film d’horreur Canada Dry (2) : ça ressemble à un film d’horreur, ça a les morts violentes et affreuses d’un film d’horreur, mais ce n’en est pas un !

Et tant mieux, d’ailleurs…

 

  1. Oui, on pense aussi au motel Bates !
  2. Comme quoi, professeur Allen John, c’est une constante chez Mangold…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Matthias Glasner
La Partition (Sterben - Matthias Glasner, 2024)

La partition dont il est question dans le titre français, c’est celle de Bernard (Robert Gwisdek), un compositeur exigeant et dépressif. Cette partition va bientôt être présentée à Berlin, dirigée par son ami Tom Lunies (Lars Eidinger).

Son titre (et celui du film en VO) : Sterben. Mourir. Tout un programme, me direz-vous. Mais c’est aussi le thème central de ce film rempli d’émotions (contrastées) et où malgré tout la vie l’emporte finalement.

 

Mais reprenons.

Les Lunies sont une famille très ordinaire. Ordinaire parce que certainement pas modèle. Les parents sont âgés et victimes de maladies, les enfants ont leurs propres problèmes et se sont éloignés de ces mêmes parents. Avec un père, Gerd (Hans-Uwe Bauer), atteint de la maladie de Parkinson et la mère, Lissy (Corinna Harfouch), qui a un cancer de l’utérus, on comprend que les enfants soient éloignés. Encore qu’on peut imaginer qu’ils les soutiennent un tantinet.

Seulement voilà, Tom n’aime pas sa mère qui le lui rend bien, et Ellen (Lilith Stangenberg) daigne seulement se déplacer pour son père, les deux autres ne l’intéressant pas.

Et puis le père meurt.

Et la partition ne convient toujours pas à Bernard.

 

Magnifique.

Mathias Glasner réussit le pari de réaliser un film de plus de trois heures (183 minutes) sans jamais lasser son public, sublimant des relations humaines plutôt compliquées, le tout accompagné d’une grande dose d’émotions sans jamais tomber dans le piège du pathétique. Bravo !

En effet, nous sommes dans une histoire qui est tout à fait banale où un personnage principal se retrouve piégé dans des situations complexes qu’il ne peut pas vraiment contrôler.

En effet, Tom :

  • aime son père mais déteste sa mère ;
  • aime son ami (son « partner ! ») Bernard mais déteste son intransigeance artistique qui tourne à l’obsession ;
  • aide son ex-compagne Liv (Anna Bederke) à accoucher et se partage la paternité de l’enfant avec son père biologique Moritz (Nico Holonics) ;
  • aime bien sa sœur mais déteste son alcoolisme ;
  • vit une relation amoureuse compliquée avec Ronja (Saskia Rosendahl).

Et encore, je prends le point de vue de Tom parce qu’il est le personnage central de l’intrigue, mais on pourrait faire la même chose avec chacun des membres de cette famille.

 

Parce que Mathias Glasner s’intéresse à chaque membre de cette famille dont le seul lien est le père, magnifiquement interprété par Hans-Uwe Bauer : sans jamais forcer le trait, il campe un homme malade dans son corps autant que dans sa tête, tout en montrant des signes qu’elle fonctionne encore très bien (la visite hypothétique de sa fille).

Les trois autres membres sont donc beaucoup plus complexes, parce que conscients plus longtemps. Et Glasner fractionne son film en chapitre qu’il interpénètre de situations communes. Nous avons donc plusieurs fois une même information, mais d’un point de vue différent, révélant en image une autre réalité qu’il ne nous était pas possible d’entrevoir autrement : il en va de même quand on téléphone à quelqu’un, l’absence d’expression du visage ne nous permet pas de toujours comprendre ce que veut dire son interlocuteur.

 

Et puis il y a les confrontations.

Entre les enfants et leur père, véritable pilier rassembleur de cette famille (encore que…), bien sûr. Puis entre les deux enfants. Elle est bien sûr inévitable, mais Glasner la rend obligatoire pour chacun d’eux parce qu’involontaire : c’est Sebastian (Ronald Zehrfeld), compagnon du moment d’Ellen, qui va les faire se retrouver deux fois. La première fois inopinément, puisqu’il s se croisent dans un entre commercial. Là, déjà, on ne sent aucun véritable enthousiasme entre eux. Mais la seconde entrevue – la représentation de la partition de Bernard – tourne au fiasco : l’attitude d’Ellen, plus ou moins consciente exprime un acte manqué formidablement réussi.

Mais c’est entre le fils et la mère que se situe la confrontation la plus importante. La mort du père seule pouvait amener ce point culminant de tension. Parce que nous sommes au moment le plus tragique du film, et les robinets de la conscience s’ouvrent, déversant un fiel que d’aucuns trouveraient salutaire.

Ce dialogue nous éclaire complètement sur les différentes relations dans cette famille, mais surtout sur l’attitude générale de Tom, (in)volontairement froide et distante. Ce que se disent les deux protagonistes est incroyablement dur, mais totalement compréhensible : ils sont pareils et leurs défauts qu’ils perçoivent dans l’autre les font se détester ou tout du moins ne leur permettent pas de s’aimer.

 

Et malgré cette noirceur relationnelle ambiante, le film est, comme annoncé plus haut, rempli d’émotions. La musique de Lorenz Dangel y est pour beaucoup : elle nous amènent deux moments de grâce suberbes, quand Tom exécute la partition de Bernard en répétition et en concert, donnant alors doublement toute la dimension à son titre. Le moment de suspend qui suit cette exécution, qui nous renvoie même à la citation de Guitry (1), prend même une dimension mystique très bien exprimée par le visage de Tom.

Mais cette accumulation grave n’empêche pas quelques envolées comiques, essentiellement provoquées par Ellen (et son alcoolisme, amenant plus qu’un sourire au spectateur : entre l’auto-arrachage de dent (Sebastian est dentiste) et la quinte de toux qui génère pendant le pianissimo de l’ouverture de la partition, les différents éléments émaillent cette intrigue dramatique sans pour autant la perturber. Encore un exemple de dosage réussi.

 

Et enfin la mort, inévitable si on en croit le titre original. Elle frappe trois fois, et nous est présentée de façons différentes. Celle de Gerd tout d’abord, terrassé sous nos yeux par la maladie, plutôt violemment. Puis celle de Bernard, volontaire et assumée, amenant l’un des rares gestes d’amour de Tom envers quelqu’un. Cette mort est très certainement la plus belle du film, même si on n’en voit que le résultat : elle donne alors une dimension absolue à l’œuvre du compositeur, interprétée (réellement ?) avec énormément de sensibilité par la violoncelliste Saerom Park (Mi-Do), dernière compagne de Bernard.

 

Bref. Un véritable chef-d’œuvre.

 

  1. « Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui. »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Bertrand Tavernier
L'Horloger de Saint-Paul (Bertrand Tavernier, 1974)

[Une fois n’est pas coutume, de véritables morceaux de la résolution de l’intrigue se sont glissés dans ce qui suit. Lisez à vos risques et périls...]

 

L’horloger, c’est Michel Descombes (Philippe Noiret. Et Saint-Paul, c’est un quartier de Lyon où il habite.

Nous sommes au début des années 1970, quand on ne mettait pas sa ceinture de sécurité en voiture, quand on faisait du Solex sans casque, quand la mortalité journalière était annoncée à la radio, quand les gauchistes étaient (déjà) mal considérés… Bref, nous sommes en fin de période Pompidou et il va falloir attendre encore un peu avant que les choses évoluent sérieusement…

Descombes est un artisan tranquille, séparé de sa femme puis veuf de fait, il s’est occupé seul d’élever son fils, Bernard (Sylvain Rougerie). Alors quand la police vient le chercher à son échoppe pour lui parler de ce cher fils, il tombe des nuies : Bernard a tué un homme, Razon, parce qu’il était « une ordure ».

Une fois la surprise passée, Descombes se rend compte que ce fils qu’il a élevé, tout compte fait, il ne le connaît pas.

 

A l’instar de Jacques Demy, Bertrand Tavernier, pour son premier long-métrage filme la ville qu’il connaît le mieux : Demy était à Nantes, Tavernier installe ses caméras et son équipe à Lyon. Et cette ville est très présente dans le film, parce que la plupart des séquences y sont tournées en extérieur, et on peut véritablement l’admirer. Tavernier aime sa ville et nous la partage, utilisant le vieux Lyon pour donner un cadre magnifique à cette histoire d’une relation – ou non-relation – entre un fils et son père. Non-relation parce que comme le dit Descombes à Madeleine (Andrée Tainsy), celle qui fut la nourrice de son fils : « Au fond tu le connais mieux que moi. »

 

Et cette ville devient le cadre d’une errance, celle de cet horloger qui découvre son fils sous un autre jour, celui d’un jeune homme révolté qui a tué par amour, parce qu’il ne peut pas en être autrement. Mais ce n’est pas une errance solitaire. Régulièrement, il est accompagné par un « flic », commissaire de surcroît, Guiboud (Jean Rochefort). Ensemble, ils vont arpenter quelques rues lyonnaises, essayant de comprendre – chacun de son côté et à sa façon – ce jeune homme : Descombes parce que c’est son fils ; Guiboud parce que cela aurait pu être le sien.

La relation des deux hommes est assez étonnante, basée sur un fondement douteux, mais elle n’empêche pas une forme de respect. Mais on ne peut que se demander ce qui est vrai dans ce que dit Guiboud tant son contexte est flou (épisode du chien). Et à l’instar de Goitreau (Michel Bouquet) dans Deux Hommes dans la ville sorti l’année précédente, Guiboud suit de près le père de son meurtrier : mais sans qu’on en arrive à du harcèlement. Guiboud reste toujours dans la mesure, appréciant – semble-t-il – cet homme désemparé.

 

Bien sûr, il y a la rencontre entre le père et le fils.

Elle n’a lieu que dans la dernière demi-heure, et reste très superficielle : ce fils (indigne ?) ne veut pas voir son père. Pourtant, il le verra, et même lui parlera. Vraiment. [Et là, révèle un peu (trop ?) la résolution de l’intrigue. C’est seulement quand son fils a été condamné et emprisonné que le dialogue s’instaure. Et de quelle façon !

C’est au parloir, qui n’a jamais aussi bien porté son nom ! Ils sont entourés des autres détenus et de leurs relations, essayant de s’entendre parmi un brouhaha ambiant, ils vont commencer à tisser une véritable relation père-fils.

Et cette relation naissante est la goutte d’espoir sur laquelle se termine le film, quittant la prison Saint-Joseph, pour la gare, le 15 août.

Bertrand Tavernier, avec ce film s’impose déjà (il a vingt-sept ans quand le film sort) comme un grand cinéaste, maîtrisant parfaitement la technique et surtout la direction d’acteurs, soutenu alors par deux grands interprètes en haut de l’affiche, et aussi par une kyrielle de seconds rôles plus ou moins connu, sans oublier les anonymes de la ville qui donne au film un cachet authentique, à une histoire qui se passe, à l’origine, aux Etats-Unis (1).

 

Un régal à chaque visionnage.

 

  1. L’Horloger d’Everton (Georges Simenon, 1954)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Anthony Mann
La Ruée vers l'Ouest (Cimarron - Anthony Mann, 1960)

Presque trente ans après le film de Wesley Ruggles (1931), voici la version de Cimarron (roman d’Edna Ferber), par Anthony Mann.

Yancey Cravat (Glenn Ford) est toujours un aventurier, Sabra (Maria Schell) son épouse courageuse, et l’Oklahoma est toujours à découvrir quand s’ouvre le film.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, il s’agit avant tout d’une nouvelle adaptation, pas d’un remake.

Et Anthony Mann, une nouvelle fois, nous décrit un milieu de western où cette fois-ci la civilisation s’installe petit à petit.

 

Nous sommes lundi 22 avril 1889, et il est midi : les territoires de l’Oklahoma sont ouverts aux colons qui sont venus par milliers essayer d’acquérir gratuitement un emplacement de quelques hectares. Parmi eux, on trouve Yancey Cravat qui vient d’épouser Sabra : cette nouvelle aventure le tente. Mais les autres aussi guignent les meilleurs emplacements, telle Dixie (Anne Baxter) ou encore Matt Wyatt (Arthur O’Connell). Sans oublier les incontournables outlaws qui entendent bien profiter de l’endroit.

S’ensuivent vingt-cinq années qui ont marqué le pays et les gens, avec en final la première Guerre Mondiale.

 

Et les Indiens ? On n’en voit que trois : Ben et Arita Red Feather (Eddie & Dawn Littlesky) et leur fille Ruby. C’est d’ailleurs plutôt étonnant qu’il y ait aussi peu d’Indiens alors que la ville où résident les personnages principaux se nomme Osage, du nom de la tribu du lieu, et que Martin Scorsese nous a rappelé que ces Indiens ont beaucoup profité de l’or noir dont regorge cet état.

Il en est tout de même fait référence puisque Yancey est heureux d’annoncer que leurs terres sont elles aussi pétrolifères… Avec le résultat que je vous laisse découvrir si ce n’est déjà fait.

 

Mais Cimarron, c’est avant tout un homme : Yancey Cravat, aventurier qui a exercé tous les métiers avant de se fixer auprès de Sabra. Mais même heureux en ménage, il ne peut pas rester en place : il faut qu’il agisse. Et c’est ce qu’il fait tout le temps, mais pas dans le sens où l’aurait souhaité cette même Sabra, allant jusqu’à le traiter d’égoïste. Et d’une certaine façon, il l’est, à force d’altruisme. Il s’occupe de tout le monde sauf de ses proches (sa femme et son fils réellement nommé Cimarron), luttant pour les droits des autres, intervenant dans les moments critiques (prise d’otage dans une école, entre autres).

Et celle qui l’a le mieux compris, c’est Dixie, mais ce n’est pas elle qu’il aime.

 

Bref, nous sommes dans un western différent, alors que le genre est en pleine évolution. Deux ans plus tard, Ford fera ses adieux au genre dans L’Homme qui tua Liberty Valance. Ici, Mann fait progressivement disparaître cet aspect sauvage où les pistoleros sont les plus forts. Et Yancey fut l’un d’eux, dans une autre vie.  Et cette autre vie, nous ne pouvons que la deviner : Yancey répète à Sabra qu’il lui expliquera plus tard, mais ne le fait jamais : pourtant, il y eut un avant où il a (peut-être) aimé Dixie, où il a été avocat, et que sais-je d’autre.

Avec Sabra, il s’est rangé. Mais les vieux réflexes n’ont pas disparu et il possède toujours une carabine à portée de main…

 

Fut-il un desperado comme le Cherokee King (Russ Tamblyn) ? Peut-être. J’aurai même tendance à penser « certainement », mais son attitude de défenseur des opprimés contredit cette hypothèse. Encore que… N’est-ce pas par rejet viscéral d’un passé entaché qu’il essaierait de gagner une éventuelle rédemption (1) ? Par contre, il y en a un qui la gagne, sa rédemption. Là encore, si ce n’est pas déjà fait, je vous laisse découvrir qui…

 

PS : Ruée sur l’Oklahoma de Morris et Goscinny prend pour cadre ce même épisode de la Conquête de l’Ouest. Mais avec Goscinny – et le personnage de Dopey – c’est, bien entendu, une tout autre histoire…

 

  1. N’oublions pas qu’il s’agit d’un film américain.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Drame, #Louis Malle
Lacombe Lucien (Louis Malle, 1974)

13 juin 1944.

Les Alliés ont débarqué en Normandie depuis maintenant une semaine. Et Lucien Lacombe (Pierre Blaise) n’a toujours pas pris position. Il s’engagerait bien dans la Résistance, mais quand il en parle à l’instituteur du village (Jean Bousquet), celui-ci le décourage du fait de son jeune âge.

Alors il se tourne vers la Collaboration, un peu par hasard, puis par facilité. Il dénonce, bien sûr, ce même instituteur et participe aux opérations de terrain contre les résistant.

Et puis il rencontre France Horn (Aurore Clément), et tombe de suite amoureux d’elle. Elle aussi n’est pas insensible à ce jeune homme qui représente l’autorité (« la police allemande » comme il le répète à l’envi).

Seulement voilà, France est juive…

 

C’est une errance magnifique que nous montre Louis Malle. Celle de ce jeune garçon paumé qui se dit bien tardivement qu’il faut choisir un camp. Enfin, il ne se le dit pas explicitement, il le fait. Il n’y a aucune animosité envers les uns et les autres. D’ailleurs, le choix se fait presque malgré lui : il rôde autour du siège des collabos et est découvert puis amené à leur chef, Tonin (Jean Rougerie). Et il va rester jusqu’au bout : jusqu’à la mort, donc. Et la grande différence avec les vrais collabos, c’est son état d’esprit. Il n’y a aucune conscience politique chez lui, et s’éprendre d’une femme juive ne lui pose aucun problème : avec la famille Horn, on a l’impression qu’il découvre la judéité. De plus, quand il visite cette famille (réduite), il laisse toujours quelque chose, des fleurs ou de l’argent. L’argent qu’il donne à la mère de Horn (Therese Ghiese) renvoie à celui qu’il avait donné à sa mère au début du film : il fait des Horn sa nouvelle (belle-)famille et entend l’aider. Sa famille « à lui » étant bien évidemment la Milice où il installe ses quartiers. Et il vit entre ces deux adresses.

 

Bien sûr, quand le film est sorti, beaucoup de gens ont vu d’un mauvais œil cette histoire ordinaire d’un criminel (tuer et voler étaient les deux mamelles de la Milice…) dans une France où on avait tendance à rejeter ce passé trouble, considérant que la France avait été dans l’ensemble à l’image du Général. Et au pouvoir, ce sont d’ailleurs les gaullistes qui n’apprécient pas spécialement ce film. Et Louis devra s’exiler aux Etats-Unis pour ne revenir qu’une bonne douzaine d’années plus tard. Quoi qu’il en soit, le film, cinquante ans après, garde toute sa force et son ambiguïté due à son (anti)héros.

Mais son absence de conscience politique peut expliquer une telle dérive : nous n’entendons qu’une seule fois Radio-Londres tout comme Radio-Paris, ce qui ne permet pas à Lucien de se faire une idée de la situation de la Guerre. Pas une seule fois, nous ne voyons un journal. On peut même se demander si les habitants du village ont entendu parler du Débarquement.

Est-ce ce manque d’information qui justifie l’engagement de Lucien ? Peut-être. Mais malgré tout, je trouve que c’est bien tard pour choisir : on a entendu parler des « résistants de la vingt-cinquième heure », mais pas spécialement des collabos tardifs…

 

Quoi qu’il en soit, Pierre Blaise incarne magnifiquement ce paumé qui fait le mauvais choix au mauvais moment. Il correspond tout à fait au personnage, venant en plus de la même région que son rôle (Lot). Malheureusement, il ne tournera que quatre fois avant de mourir d’un accident de voiture. C’est bien dommage.

A ses côtés, on retrouve la formidable Aurore Clément, qui interprète avec brio cette femme juive tiraillée entre son amour pour un collabo et les (ex)actions de ce dernier.

Et bien sûr, on a plaisir à retrouver Jean Rougerie et sa magnifique tête de faux cul : Tonin est un bourgeois pépère qui profite d’une situation. Il s’enrichit sans vergogne et torture tout à fait naturellement, sans véritablement avoir d’état d’âme. Un parfait salaud.

 

Bref, Louis Malle décrit une situation peu reluisante pour la « France éternelle », décrivant avec justesse ces épisodes peu glorieux qu’on aurait préféré voir rester sous le tapis,surtout trois ans seulement après Le Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls, qui n’avait pas beaucoup été apprécié par ces mêmes gaullistes et affidés…

Mais Louis Malle reviendra donc et fera un film qui sera le contrepoint de celui-ci : Au Revoir, les enfants.

Et bien sûr, ceci est une autre histoire…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Drame, #Denys de la Patellière
Le Comte de Monte-Cristo (Denys de la Patellière, 1979)

Avec le retour en force d’Alexandre Dumas sur les écrans français, et surtout le superbe Comte de Monte-Cristo de Mathieu Laporte et Alexandre de la Patellière, il m’a paru urgent de revoir la version du père de ce dernier, Denys, diffusée sur les petits écrans français fin 1979. L’histoire de cette vengeance implacable m’avait marqué à cette époque, et quarante-cinq ans après, mes sentiments sont les mêmes, et la prestation de Jacques Weber (Edmond Dantès) est à ce jour la meilleure que j’ai pu voir (1).

Mais souvenons-nous.

 

Edmond Dantès est envoyé au château d’If suite à un complot orchestré par l’infâme Danglars (Roger Dumas), avec la complicité de Caderousse (Claude Brosset) et Fernand Mondego (Manuel Tejada), le jour de ses noces avec la belle Mercedes (Carla Romanelli), et celle indispensable du substitut du procureur, Villefort (Jean-François Poron).

Dantès y rencontrera l’abbé Faria (Henri Virlojeux) qui lui permettra de retrouver un trésor perdu, celui de l’île de Monte-Cristo.

Une quinzaine d’années après son incarcération, Dantès débarque à Paris pour châtier ceux qui lui ont volé sa vie (les quatre) et sa fiancée (Mondego).

 

Bien évidemment, Denys de la Patellière n’a pas à sa disposition les moyens numériques qu’aura son fils, mais sa version du roman de Dumas reste magistrale. Il prend le temps de bien exposer les éléments qui vont entraîner cette terrible vengeance (ruine, déshonneur, mort), et en particulier le complot ourdi par l’ignoble Danglars : ce sera d’ailleurs lui qui conclura cette histoire (il survit !), Monte-Cristo s’occupant des quatre complices dans l’ordre des responsabilités, se gardant le comptable devenu banquier pour la fin.

 

De la même manière, il nous montre comment Monte-Cristo avance progressivement ses pièces dans cette partie d’échec qu’il est en train de jouer. Chacun des complices étant une pièce maîtresse adverse qu’il va éliminer avant de mettre Danglars mat. Ce sont différentes personnes qu’il va utiliser comme des pions : certaines iront à dame – Maximilien Morel (Diogo Dória) et Valentine de Villefort (Marie Matile) ; d’autres seront sacrifiées – Benedetto (Gerhard Acktun), Mercedes…

Et au final, comme on dit dans ces cas-là, c’est un mat imparable que Monte-Cristo inflige à ses adversaires, distribuant à ses adversaires un châtiment (mérité) à la hauteur de sa position sociale.

Bref, un coup de maître.

 

Et Jacques Weber traduit magnifiquement les sentiments de cet homme injustement puni, à qui on a volé quatorze ans de sa vie, par jalousie (Danglars, Mondego), bêtise (Caderousse) et lâcheté (Villefort). Son personnage possède la froideur implacable de la Némésis antique : cette déesse grecque de la juste colère et du châtiment céleste qui rétablit d’une certaine manière l’équilibre. Bien sûr, Dantès va un petit peu plus loin…

A ses côtés, on ne peut que saluer la prestation de Roger Dumas, en rondouillard bourgeois parvenu, pour qui une seule chose compte : l’argent. Pour elle il est prêt à tout et non seulement il le dit, mais il le fait. Jean-François Poron est lui aussi un Villefort abject à souhait, dont la lâcheté n’a d’égale que sa morgue : tout comme les deux autres qui ont réussi (Caderousse est à part), Villefort ne reconnaît pas Dantès dans cet homme richissime venu de nulle part. Il faut dire que nous sommes dans une partie de la société où l’argent ouvre toutes les portes et fait oublier ceux qui n’ont pas eu la fortune (c’est le cas de le dire) de naître  dedans. (2)

Quant aux autres personnages principaux, le doublage nous empêche d’apprécier à leur juste mesure les prestations des différents interprètes. Mais ne nous plaignons pas trop, le doublage français est l’un des meilleurs au monde.

 

Quoi qu’il en soit, cette version internationale reste, à mon avis, l’une des plus belles adaptations du chef-d’œuvre de Dumas.

 

  1. Je n’ai pas encore eu la possibilité de voir celle de Louis Jourdan dans la version de Claude Autant-Lara, dont on m’a dit du bien.
  2. Seule Mercedes le reconnaît (presque) tout de suite.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Brian G. Hutton, #Clint Eastwood
Quand les Aigles attaquent (Where Eagles dare - Brian G. Hutton, 1968)

Hiver 1942-43.

Un commando doit récupérer un général allié emprisonné dans un nid d’aigle autrichien. Bien entendu, on envoie des aigles britanniques, et un Américain (Clint Eastwood). Seulement voilà, le commando est rongé par un ennemi intérieur et un premier homme est tué à l’atterrissage (ce sont des parachutistes).  Et Smith (Richard Burton), le chef de l’expédition, se rend compte que ce n’est pas un accident.

Mais la mission est cruciale pour l’Intelligence britannique…

 

Brian G. Hutton n’est pas un réalisateur très prolixe mais ses deux collaborations avec Clint Eastwood restent parmi ses films ceux dont on se souvient le plus ! En effet, après cette expédition guerrière, Hutton reviendra deux ans plus tard pendant la même période, mais pour une aventure un tantinet moins glorieuse (De l’Or pour les braves).

Quoi qu’il en soit, ici il nous offre un film efficace, porté par un duo de choc : d’un côté Richard Burton, britannique à souhait, et surtout star reconnue ; de l’autre Clint, nouvelle star montante depuis la Trilogie de l’Homme sans nom. La différence de traitement entre les deux acteurs se répercutera bien sûr dans les cachets…

A ce duo classique s’ajoute une femme, rarement utilisée – au cinéma – dans un commando sur cette période : Mary Elison (Mary Ure). Et cette femme n’a pas à rougir d’être là : non seulement elle est pertinente pour l’intrigue, mais en plus elle n’hésite pas à utiliser les armes à sa disposition. Fini le petit pistolet dans le sac à main : c’est à coup de mitraillette qu’elle arrose les ennemis à sa portée.

 

Bref, c’est de l’action pure et dure… Mais pas que !

En effet, Alistair McLean, qui adapte son propre roman, nous a gratifié de quelques retournements (regroupés), semant le désordre dans les esprits, des protagonistes et surtout des spectateurs : le numéro de Smith-Burton devant les hauts gradés allemands est on ne peut plus réjouissant, tout comme le basculement final (dans tous les sens du terme) qui relance une dernière fois l’intrigue.

 

Bien sûr, prestige oblige, c’est Richard Burton qui est mis le plus souvent en avant. Eastwood n’a pas encore tout à fait la notoriété qu’on lui connaît. Mais Hutton saura l’utiliser au premier plan par la suite. Ici, il n’est ni plus ni moins qu’un assassin, abattant froidement – et silencieusement – les différents Allemands (nazis ou non) qui se mettent en travers de son passage. De toute façon, les Allemands plus ou moins concernés sont très peu mis en avant : outre le général (Ferdy « von Korlock » Mayne) et le colonel SS Kramer (Anton Drifting), on ne remarque que l’homme de la Gestapo, von Hapen (Derren Nesbitt). Ce dernier est d’ailleurs le véritable méchant de ce film, blond à souhait et sans scrupule aucun : on n’est pas spécialement triste qu’il disparaisse.

 

Toujours est-il que cette aventure se laisse regarder avec beaucoup de plaisir, et que n’en déplaise à Hutton, les braves sont ici, et ils ne sont pas assoiffés d’or !

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Publié le par Djayesse
Le Labyrinthe (Labyrinth - Jim Henson, 1986)

Sarah (Jennifer Connelly) en a assez : alors qu’elle rêve de théâtre et de contes de fées, elle doit garder son petit frère Toby (Toby Froud, le fils de Brian) pendant que ses parents sortent. Excédée par les pleurs de cet encombrant bambin, elle souhaite qu’il soit emporté dans le royaume des gobelins et en devienne un. Bien sûr, c’est un souhait irréalisable. Normalement.

Normalement, parce que Jareth (David Bowie), roi de ce petit peuple a réalisé son souhait. Et si à minuit, elle ne récupère pas son frère, il sera perdu à jamais.

Il a beau n’être que son demi-frère, ce n’est pas une raison pour l’abandonner.

 

Quatre ans après le fabuleux Dark Crystal, Jim Henson et toute son équipe reviennent pour un nouveau film fantastique, dans tous les sens du terme. La grande différence, c’est de mêler les marionnettes aux humains, comme dans le Muppet Show, mais en beaucoup plus dramatique. Et à nouveau, ce sont des créatures (presque) étranges qui emplissent ce labyrinthe, un peu moins sombres que dans le film précédent, mais tout de même inquiétantes pour nombre d’entre elles. Encore une fois, les monstres du Muppet Show paraissent gentils face à certaines de ces créatures.

 

Bien sûr, nous avons droit aux effets spéciaux « à l’ancienne » (fond bleu…), mais le film n’a pas perdu de sa beauté et on a plaisir à suivre cette aventure pour une fois menée par une jeune fille. Et si Henson & Dennis Lee ont imaginé cette histoire, on retrouve en plus la patte du scénariste : Terry Jones. L’humour développé rappelle celui de son ancien groupe, et la confrontation entre ces deux mondes donne un résultat fort agréable. C’est picaresque, étrange et comique : du grand spectacle. De plus, le labyrinthe imaginé par les auteurs est lui aussi très spectaculaire, empruntant même dans la séquence qui voit Sarah affronter Jareth l’univers sens dessus dessous d’Escher. Mais pas que.

 

En effet, quand Sarah se réfugie – en colère – dans sa chambre, nous avons un aperçu de ses lectures qui – comme c’est étonnant – vont être plus ou moins exploitées dans le film. Tout comme Dorothy (Le Magicien d’Oz) elle part retrouver un personnage dissimulé dans le château final et Jareth remplace la Sorcière de l’Est (ou d’un autre point cardinal). Mais il y a aussi quelque chose d’Alice dans cette jeune fille qui tombe, rattrapée (in extremis ?) par des « mains secourables » qui ont une façon magnifique de parler !

 

Bref, ce serait absolument féerique si celles qui donnent leur qualité à cet adjectif n’étaient pas aussi surprenantes !

C’est d’ailleurs un petit clin d’œil concédé au directeur artistique que ces fées étonnantes : Brian Froud a fait paraître le superbe Fairies (Les Fées) en 1978 ! Et toutes ces créatures, échappées de l’univers de cet artiste se retrouvent dans cette histoire doublement fantastique. De plus, engager Bowie pour diriger ce petit monde singulier fut un choix plus que pertinent : il était vraiment un « homme qui tombe du ciel » : sa coiffure (bien dans son époque) et ses yeux vairons en font une sorte d’extra-terrestre dans ce monde enchanté.

Et en plus d’incarner un méchant peu sympathique, mais dans les limites du monde de Henson – pas complètement méchant et un tantinet idiot, comme de bien entendu Bowie signe aussi la moitié (chantée) de la BO (avec Trevor Jones).

Bref, du velours pour lui.

 

Alors laissez-vous emporter par cette aventure merveilleuse où la légende côtoie le quotidien, et où les Gobelins sont bien différents de ceux de Tolkien. Sans oublier le savoir faire de Henson et ses marionnettistes : ce sera la dernière fois sur grand écran car malheureusement, ce dernier mourra précocement (en 1990 à 56 ans) nous empêchant de profiter d’un autre film (voire plus) de cet acabit.

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