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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fanstatique, #Drame, #David Cronenberg
The dead Zone (David Cronenberg, 1983)

Quand Stephen King, maître incontesté de l’épouvante, rencontre David Cronenberg, on peut s’attendre à une rencontre au sommet : c’est le cas.

 

Castle Rock, New Hampshire.

John Smith (Christopher Walken), professeur de littérature, est victime d’un accident de la route, dû à un routier somnolent. Quand il sort du coma, cinq ans se sont écoulés. Il n’a plus de boulot, et Sarah (Brooke Adams), sa fiancée, a refait sa vie : elle est mariée et a un enfant.

S’il a (presque) tout perdu, il a quand même gagné quelque chose : en touchant quelqu’un, il peut voir en cette personne. Son passé – le docteur Weizak (Herbert Lom) – son présent – l’infirmière – et son futur – Chris (Simon Craig). Mais si le passé et le présent ne sont plus contrôlables, le futur, quant à lui, l’est : c’est ça, la « dead zone »  du titre.

 

Le rencontre annoncée était donc inévitable. Et malgré une mésentente sur le scénario – celui de King, qui a travaillé dessus à un moment, était trop violent – le résultat est plus que probant. Il faut dire que les univers de ces deux maîtres sont très compatibles. Et le résultat est là. Il faut dire que la présence de Christopher Walken est l’un des atouts du film : son sourire, qu’on avait véritablement découvert dans Voyage au bout de l’Enfer, est tour à tour une défense comme un début d’attaque.

Et là encore, un bon premier rôle n’est rien s’il n’y a personne pour le soutenir : tous d’Herbert Lom à Martin Sheen (Stillson, le politicien aux méthodes syndicales éprouvées) sont à la hauteur de l’événement. Avec en prime quelques rôles plus effacés – Sonny (Géza Kovacs), pour ne citer que lui – indispensables à l’intrigue.

Bref, Cronenberg a à sa disposition des interprètes de (haute) qualité qui lui permettent de « dérouler ».

 

Le titre français est très trompeur, parce que si les prémonitions de John, pour la plupart, sont des situations en rapport avec la mort, cette dead zone se traduirait plutôt par angle mort, comme celui des voitures auquel vous devez faire attention quand vous déboîtez ! D’ailleurs, John utilise aussi l’expression « blind spot » (= endroit aveugle) qui s’y applique tout autant.

Et ce terme (original) est très bien choisi parce que, à l’instar de cet angle mort, John n’a aucun contrôle dessus. Mais ici, il prend de plus en plus de place, comme prévu par Weizak, avec les effets néfastes que je vous laisse découvrir si ce n’est pas encore le cas.

Et le choix de l’adjectif dead (mort) n’est pas non plus anodin en ce qui concerne l’intrigue, puisque la mort est toujours au rendez-vous, plus ou moins manqué.

 

Et on sent que Cronenberg a pris du plaisir à réaliser ce film. On y retrouve la dimension un tantinet fantastique inhérente à nombre de ses films, qui se marie parfaitement avec l’univers de King. Certes, le personnage principal n’est pas écrivain mais il enseigne tout de même la littérature. D’ailleurs, l’utilisation récurrente du Corbeau de Poe est là encore très pertinente.

N’ayant pas lu la nouvelle originale, je ne m’étendrai pas sur son adaptation, mais je ferai tout de même un rapprochement avec un roman postérieur du même King : 22/11/63.

A nouveau, il est question d’abattre un homme politique, mais pas n’importe qui : celui qui fut tué à cette même date à Dallas, JFK.

Ici, Stillson n’a pas la même envergure puisqu’il n’est que candidat au sénat, mais Smith va tout de même tenter d’influencer son futur, qui s’annonce franchement noir !

Je ne vous dirai pas s’il y arrive ou non, même si vous pouvez en avoir une idée aisément. Et Martin Sheen est le méchant idéal dans ce genre d’histoire : sa façon de traiter avec la presse est un exemple magnifique de sa méthode d’arriver au pouvoir (« démocratiquement »), rappelant certaines pressions syndicales comme on en trouve chez Kazan, par exemple.

Et cet aspect social est accentué par le port systématique du casque (à son effigie) et sa tenue de chantier lors de ses sorties publiques.

Et l’analogie entre les deux histoires ne s’arrête pas là. Par contre, moi si, autrement je vais vous révéler toute l’intrigue…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Ken Loach
The Old Oak (Ken Loach, 2023)

Murton, Durham County, England.

2016.

Un bus amène des réfugiés syriens dans cette « banlieue » éloignée (de Newcastle ou Sunderland ?). Tout de suite, une animosité point, qui ne quittera pas le « village » dont la principale activité était la mine, tombée en désuétude voire abandonnée à partir de 1984. Et pas seulement à cause des accidents.

T.J. Ballantyne (Dave Turner), qui tient le dernier pub – the old Oak – de la ville a vu ces changements, a servi les mineurs qui sont ensuite devenus des chômeurs. Mais lui accueille ces « migrants » (comme on dit), mettant même à leur disposition – ainsi qu’à la communauté – son arrière-salle qui n’a pas servi depuis une vingtaine d’années, quand l’activité syndicale était encore une réalité et l’espoir toujours dans les yeux des travailleurs menacés.

Aujourd’hui, l’espoir a disparu et ces étrangers sont mal perçus par ceux qui, malgré eux, sont dans la même situation : pauvreté, faim et désespoir.

Mais malgré tout, il reste un tout petit peu d’espoir dans l’œil d’une nouvelle arrivante, Yara (Ebla Mari), qui arrive avec sa famille – sans son père en prison – et son appareil photo. C’est avec cet œil qu’elle veut encore voir l’espoir.

 

Est-ce le dernier film de Ken Loach ? (1) J’espère que non, mais faute de savoir, il faut le voir – et le vivre –comme si c’était le dernier. Et – encore une fois, c’est une apothéose. On y retrouve tout ce qui a constitué son cinéma, l’aspect social des relations humaines, mâtiné d’une nouvelle dose d’actualité héritée de la mondialisation : les réfugiés. Et Loach, en plus de montrer certaines similitudes entre ces nouveaux arrivants et les « Anglais de souche » (2) : la misère essentiellement entre ceux qui ont tout perdu à cause de la guerre, et les autres à cause du capitalisme débridé (merci Thatcher et les autres !). Et il semble le seul à le voir !

Tout comme il est le seul – au début en tout cas – à voir cette similitude dans le combat pour la vie qu’il va ranimer avec Yara : il faut survivre et pour cela, il faut être ensemble et, comme le dit l’un des slogans des luttes passées, « manger ensemble » !

 

Parce que manger est la préoccupation première de tous. La réouverture de son arrière-salle en cantine devient alors le véritable espoir de cette banlieue lointaine qui l’est encore plus depuis que l’Etat s’en est retiré. Certes, nous sommes au nord-est de l’Angleterre, mais la situation ainsi que l’architecture des maisons rappelle des situations similaires dans le Nord de la France, ces Hauts-de-France que l’Etat français a peu à peu abandonné, diminuant progressivement les services publics comme peau de chagrin. Alors cette histoire de solidarité devient universelle, et Loach, malgré tout veut croire à cet espoir essaimé par Yara et TJ.

Et cet espoir va un tantinet à l’encontre de la tendance communautariste qui s’implante un peu partout dans l’Angleterre : c’est parce qu’on se tourne vers les autres, qu’on partage et qu’on est TOUS ensemble que les choses peuvent changer.

 

Mais la route est longue et semée d’embûche pour y arriver – si jamais on y arrive. La première difficulté est bien sûr la xénophobie qui s’exprime par un racisme plus ou moins ordinaire : « je ne suis pas raciste mais… » est là encore proféré, et s’il n’est pas question « étrangers qui viennent nous enlever le pain de la bouche » (3), c’est avant tout parce qu’il n’y a pas de pain !

Et cette situation de misère (cachée) est très bien exposée lors du premier repas servi dans cette cantine névralgique : le jeune Max (Alex White) prend son repas dehors, à l’abri des regards, parce qu’on a sa fierté, tout de même.

Et TJ exprime magnifiquement son geste : ce n’est pas de la charité, mais de la solidarité ! Ce que ses « amis » (4) du pub ne comprennent pas, regardant ces étrangers par le petit bout de la lorgnette et ne voyant en eux que des terroristes musulmans.

Et puis il y a les images. Loach a choisi des teintes grises qui donnent à son film une impression constante de noir et blanc, contredite sporadiquement par les pantalons en jean (5) ou encore les rares carrés d’herbe encore présents dans cet environnement urbain. Ces teintes colorées sont de (trop) rares bouffées d’oxygène dans cet univers de désespoir. C’est avant tout dans les couleurs qu’il faut donc trouver l’espoir qui manque à tous ces gens.

Et Loach va utiliser cela avec beaucoup de maîtrise réservant la plupart du temps les séquences colorées pour ces étrangers : à l’instar de l’œil de Yara, ils sont l’espoir pour cette communauté qu’ils viennent intégrer.

 

  1. A chaque fois, c’est ce qu’il annonce. Il a maintenant 88 ans, ça se pourrait bien.
  2. L’un d’eux, raciste notable violent, se prénomme Rocco (Neil Leiper)…
  3. Autre antienne nauséabonde fréquente dans certains pubs anglais et cafés français…
  4. « Clients » devient une acception plus juste alors, pour ces gens-là…
  5. Textile ouvrier s’il en est !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gangsters, #Guy Ritchie
Arnaques, Crimes et botanique (Lock, Stock and two smoking barrels - Guy Ritchie, 1998)

500.000 livres sterling.

4 copains.

3 cartes de poker.

2 fusils de collection.

1 collecteur de fonds.

 

Eddy (Nick Moran) est un petit arnaqueur, mais avant tout un prodige du poker à trois cartes. Sauf quand un adversaire triche. C’est le cas de Hatchet Harry (P.H. Moriarty – avec un nom pareil, le rôle du méchant est assuré !) qui non seulement lui prend les 100.000 livres qu’il a amenées mais en plus lui prête les 500.000 annoncées. Qu’il va devoir rembourser, sinon…

Avec Tom (Jason Flemyng), Soap (Dexter Fletcher) & Bacon (Jason « Turkish » Statham) il va monter un coup pour pouvoir rembourser ce terrible créancier (1).

Les fusils ? Ce sont ceux que convoite ce même Harry, et pour lequel deux petits malfrats (Victor McGuire & Jake Abrahams) vont cambrioler une grande propriété.

 

Guy Ritchie fait ses premières armes en long métrage, et il faut avouer que c’est parfaitement réussi. C’est très bien fait, l’intrigue est très bien ficelée, les interprètes au niveau de l’enjeu, et en plus, c’est drôle. Bref, vingt-six ans après, on se rend compte que Ritchie faisait déjà du Ritchie (2) !

Déjà, les gangsters ont des noms pittoresques ; déjà le plus redoutable (Harry) possède une lame dans son surnom (3) ; déjà Alan « Bricktop » Ford est là : c’est lui qui nous narre cette aventure improbable. Et surtout, nous découvrons deux autres figures qui seront-elles aussi dans son prochain film : outre Jason Statham, c’est Vinnie « Bullet-tooth » Jones (Chris), dont ce sont les premiers rôles importants. Chris, c’est le collecteur de fonds, l’instrument du Destin.

Et déjà, les gangsters, pour la plus grande partie d’entre eux, sont des minables.

 

Bref, il s’agirait presque d’une répétition de Snatch, mais en beaucoup plus simple. Avec aussi un résultat aussi calamiteux et meurtrier. Mais tellement jouissif !

Ayant déjà parlé ici du film suivant, je risque de me répéter. Tant pis.

Encore une fois, il y a une histoire d’amitié entre petits gangsters anglais. Et du gibier trop gros pour ces mêmes jeunes gens ! Certes Harry n’a pas la méchanceté intrinsèque de Bricktop, mais il n’en demeure pas moins un très rude adversaire. D’ailleurs, à part les quatre et les deux voleurs de fusils, ce sont tous ce qu’on pourrait appeler des pointures du milieu londonien. Des gens dont on n’aimerait pas faire la connaissance, même à un gala de charité !

Et c’est bien sûr le décalage entre le caïd et les autres qui fait tout le sel du film. Déjà (encore une fois) ce sont les minables qui font pencher la balance du mauvais côté (pour Harry & C°) mais avec tout de même une fin un tantinet scorsesienne, puisque ces quatre amis ne vont pas beaucoup évoluer : le seul changement qui va arriver (inévitablement), c’est le déménagement d’Eddy, puisque sa maison est un petit peu encombrée… De cadavres ! [NB : malgré son penchant appuyé pour l’alcool, ces cadavres ne sont pas des bouteilles vides !]

 

Et la botanique ? On la trouve chez une autre bande de copains jardiniers. Enfin pas des jardiniers courants : ils cultivent des plants de ganja qu’ils revendent à prix d’or. Leur rôle dans tout ça ?

Allez voir…

 

Un régal !

 

  1. Il ne s’appelle pas « The Hatchet » (« la Hache ») pour rien…
  2. Evidemment, à l’époque, on ne le savait pas encore !
  3. Le prochain sera Boris « The Blade » Yurinov (Rade Serbedzija).

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Mary Harron
American Psycho (Mary Harron, 2000)

Patrick Bateman (Christian Bale), 27 ans, vie saine est l’un des directeurs d’une grande firme. Tout va très bien pour lui… Le jour. La nuit, c’est autre chose : son visage n’a plus aucune humanité et les êtres vivants qu’il croise une espérance de vie très limitée.

Il tue sans discernement, hommes femmes et animaux. Sans discernement ni remords, ni regret.

Un psychopathe de la pire espèce.

Et comme tous les psychopathes, un désir plus ou moins conscient de se faire arrêter.

Alors quand il tue son collègue Paul Allen (Jared Leto) et qu’un enquêteur (Willem Dafoe) vient l’interroger…

 

Attention ! Eléments de résolution d’intrigue…

 

Terrible.

Christian Bale incarne ici avec beaucoup de maîtrise un phénoménal méchant. Personnage lisse le jour, complexe la nuit, il confirme l’idée qu’un psychopathe peut être n’importe qui, et ne ressemble à personne. Aucune distinction spéciale. Et le jeu très sobre de Bale accentue cet état de fait.

Et le fait qu’il soit le narrateur de cette histoire épouvantable ajoute beaucoup à son personnage. C’est sa réalité que nous suivons. Mais il n’y a nulle forfanterie dans son discours : les choses arrivent, un point c’est tout.

Malgré tout, son anormalité perce sous ses dehors proprets : son agressivité – naturelle – ressort, même si elle n’est que sporadique, voire illusion. En effet, les premiers « décrochages » de Bateman semblent irréels : menace de mort directe dès qu’une contrariété point.

 

Et la fin qui nous est proposée est dans la lignée de cette irréalité éventuelle. Nous sommes au point d’intersection de La Barbe bleue et Massacre à la tronçonneuse : d’un côté la découverte des corps des femmes assassinées par Bateman, ensachées et pendues dans ce qu’on pourrait appeler alors un cabinet ; de l’autre un Bateman nu qui lui court après, brandissant une tronçonneuse vrombissante.

Un véritable cauchemar à la puissance deux !

 

Et c’est là qu’est le talent de Mary Harron. Ressuscitant les années Reagan (ce dernier fait un caméo d’archives : il a alors 88 ans quand le film sort) et ses yuppies toujours à l’affût de la dernière tendance et du dernier gadget – les cartes de visite en sont un très bon exemple. Bateman brasse tellement d’argent qu’il est de plus en plus déconnecté d’une réalité qui lui est même étrangère, voire répugnante (les pauvres), que cela exacerbe ses besoins les plus inavoués – et en même temps inavouables : il tue parce que.

Mais tue-t-il vraiment ?

En effet, si nous assistons à l’exécution de Paul Allen – avec une hache étincelante – on peut tout de même se demander si tout ne relève pas de l’autosuggestion. Après le cauchemar au carré (voir plus haut), tout ce passe comme si rien ne s’était passé : Allen n’est plus là, mais tout le reste non plus. Pire, l’un des protagonistes soutient mordicus avoir déjeuné avec lui peu de temps auparavant (après sa disparition).

 

Alors que croire ? Qui croire ? Celui qui raconte – Bateman – ou celle qui nous raconte (Mary Harron, associée à Guinevere Turner pour le scénario) ? Les deux ?

Quant à son agenda, il ne nous éclaire pas tellement plus, sinon que Bateman aime dessiner…

Bref, nous ne sommes pas plus avancés et pour une fois, il n’y aura pas de rédemption. De toute façon, un personnage aussi inhumain peut-il (doit-il ?) être sauvé ?

Enfermé, certainement !

 

Brillant !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Victor Sjöström, #Lillian Gish
La Lettre écarlate (The scarlett Letter - Victor Sjöström, 1926)

Cette « lettre écarlate », c’est un A. Celui de l’adultère. Et c’est Hester Prynne (Lillian Gish) qui le porte, en souvenir de sa faute.

Mais reprenons.

Boston, 1645.

La colonie anglaise se développe progressivement, appliquant à la lettre le règlement puritain, pour le bien de ses habitants. Enfin surtout pour leur bien spirituel. Parce que question physique, c’est autre chose : chaque élément de la vie quotidienne peut devenir un affront à Dieu, comme de laisser chanter un canari le jour du Seigneur.

C’est ce qu’a fait Hester, jeune « puritaine » un tantinet naïve et insouciante. Dénoncée, elle finira au pilori assis (voir photo), avant d’être libérée par le jeune pasteur, Arthur Dimmesdale (Lars Hanson), par ailleurs très apprécié de ses coreligionnaires.

Très vite, la jeune femme obsède le jeune homme, jusqu’à l’irréparable qui lui vaut de porter la lettre susdite, devenant alors la cible de l’opprobre public.

En effet, Hester a déjà été mariée (contre son gré) à Roger Prynne (Henry B. Walthall), qui a disparu.

Mais n’est pas mort…

 

Premier des deux films qu’il a tournés avec le duo Gish-Hanson, cette Lettre écarlate est un film extraordinaire. De par sa qualité technique tout d’abord, mais aussi dans la direction des différents interprètes, confirmant le bon choix de la MGM qui fit venir ce réalisateur (1).

Ce film possède un équilibre formidable à tout point de vue, que ce soit dans l’intrigue, le rythme, ou le ton, on ne se lasse pas de le voir (et le voir, et le voir…). De plus, le duo vedette est magnifiquement apparié, donnant à cette même intrigue une force incontestable. Lillian Gish et Lars Hanson confirment une fois de plus leur immense talent, et surtout, Sjöström (2), par l’intermédiaire d’Hendrik Sartov, filme la belle Lilian admirablement.

Il faut dire que Sartov connaît l’actrice depuis un moment et n’en est pas à sa première production avec elle. Ni avec un second rôle notable ici, Karl Dane. Ce grand acteur (pas seulement pour sa taille) interprète ici le personnage comique de cette intrigue qui ne l’est absolument pas, Giles.

 

Certes, Giles n’apporte pas grand-chose à l’intrigue, même s’il intervient à de nombreuses reprises, mais il permet quelques pauses qui permettent au spectateur de souffler dans une histoire bien noire. Mais qu’il le veuille ou non, Giles est l’instrument – involontaire – du destin : c’est lui qui va mettre en présence les deux « maris » d’Hester.

Mais il est aussi un autre instrument : celui de la Justice, en quelque sorte, puisque c’est lui qui va châtier la seule personne qui ait de véritables penchants mauvais, Mistress Hibbins (Marcelle Corday).

 

En effet, cette femme est la cause de toute cette tragédie : c’Estelle qui commet la faute originelle : elle dénonce – malgré les protestations du même Giles – Hester au pasteur (et donc au Conseil), les faisant se rencontrer et –malheureusement pour eux – s’aimer.

Parce que ce film est avant tout une histoire d’amour impossible – surtout en 1645 ! – entre deux personnes pourtant faites l’un pour l’autre mais que seule la mort peut réunir. Et en plus, ce n’est pas le cas ici !

 

Donc, pas de happy end cette fois-ci. Qu’importe, les images et surtout Lillian Gish suffisent. Encore une fois, elle irradie l’écran, apparaissant dans un rôle un brin différent. En effet, Hester n’est pas une héroïne issue du monde de Griffith : c’est avant tout une femme, et certainement pas innocente. Mais la grande différence, c’est le fait qu’elle soit une femme et plus une jeune fille. Et sa part d’insouciance, qui pouvait nous faire croire qu’elle avait un rôle habituel, s’efface rapidement au profit de cette femme qui prend ses responsabilités et surtout endosse seule la faute.

Et de toute façon, c’est une tragédie, alors exit Griffith !

 

Au final, c’est un film absolument magnifique et qui, près de 100 ans après, a gardé toute sa force et sa beauté.

Le seul regret que nous pouvons avoir, c’est qu’il ne s’agit pas de la version complète. Il y manque encore un petit peu moins de vingt minutes. Et vingt minutes de Lillian Gish en plus, c’est un trésor inestimable.

Alors je me console en me disant que la première fois que j’ai vu ce film – merci Patrick Brion ! – c’était une version encore plus courte…

 

  1. Malheureusement, les deux films sortis depuis He who gets slapped (1924) sont perdus, nous privant de deux occasions d’admirer son travail…
  2. Que les Américains appelaient alors Seastrom.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Politique, #Albert Dupontel
Second Tour (Albert Dupontel, 2023)

Plus que neuf jours. Neuf jours pour que le candidat Pierre-Henry Mercier (Albert Dupontel) fasse la différence contre son adversaire de l’extrême-droite Pajout (Scali Delpeyrat). Nous sommes dans l’entre-deux tours de l’élection présidentielle. Election qui, semble-t-il, n’a pas passionné les foules.

Mercier, est une personnalité lisse, jouet d’intérêts supérieurs. Bref, il n’est pas à sa place.

Ailleurs (pas très loin non plus), la journaliste Nathalie Pove (Cécile de France) remarque certaines anomalies dans l’entourage de ce candidat falot. Mais comme elle a été reléguée aux sports, il n’y a pas lieu d’en faire un scoop. Sauf que la rédaction de la chaîne (France +) la remet en scène dans la politique. Elle va donc suivre cette fin de campagne avec son caméraman attitré, Gus (Nicolas Marié), le spécialiste du football !

 

Certes, nous sommes bien loin du sublime Au-Revoir là-haut, mais nous restons chez Dupontel, et rien que cela, c’est très appréciable. Et à nouveau, il ne déçoit pas, distillant son humour dans un sujet qui pourtant n’en relève pas de premier abord. Surtout qu’il y a des noms qu’on peut mettre derrière ce drôle de candidat !

Robert Kennedy (1925-1968), tout d’abord, lui aussi candidat à la présidence, abattu au sortir d’un meeting, comme le sera Mercier (flûte, je vends la mèche !). C’est d’ailleurs à lui que pensait Dupontel quand il a commencé son film.

Mais nous pensons aussi à un candidat beaucoup plus proche de nous qui lui, est allé jusqu’au bout. Comme lui, il est entouré de financiers qui influent sur sa politique (ou du moins celle qu’il veut mettre en place).

Est-il besoin de dire son nom ? Un indice alors : il découvre l’amour à l’école…

 

Avec ce film, Dupontel entre de plain pied dans la politique en réussissant à nous faire rire. Il faut dire que le duo formé par Cécile de France et Nicolas Marié est irrésistible : la relation entre les deux personnages est totalement improbable (encore que…) et c’est aussi cela qui nous réjouit. Avec en prime quelques interventions d’une rédactrice (Magali Bonnat)  qui tombent au bon moment pour nous, mais pas vraiment pour eux !

Et le seul (enfin l’un des seuls) qui ne nous fait pas spécialement rire, c’est Albert Dupontel. Il faut dire que son rôle ne s’y prête pas vraiment. Et c’est aussi pour cela que le comique ressort.

 

Bref, une comédie sérieuse – normal, l’humour, c’est toujours sérieux – et qui s’ouvre sur une pensée pour trois personnalités qui ont disparu depuis le dernier film (réalisé) de Dupontel : Tavernier, Belmondo et Deville. Trois grands noms, comme toujours avec ce réalisateur.

Et puis on peut presque parler de film familial puisqu’on retrouve, outre Nicolas Marié, des habitués : acteurs, techniciens (Christophe Pinel, Mimi Lempicka, etc.), production (Catherine Bozorgan)… Jusqu’au compositeur de la bande originale qui signe ici sa cinquième partition pour Dupontel.

 

Alors, à voir ?

Ben oui.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Epouvante, #William Castle
Le Désosseur de cadavres (The Tingler - William Castle, 1959)

Encore une fois, nous avons droit à un titre français on ne peut plus racoleur. Cadavre est sûr de faire vendre, quant à désosseur, c’est tout un programme. Mais en est-ce vraiment le cas ici ?

Si ce « tingler » désossait les cadavres, je serai le premier d’accord. Sauf que ce n’est absolument pas le cas. Ce « tingler »  est une espèce de crustacé cousin du homard (sans les pinces) dont la morsure est fatale, si on se tait. Et William Castle nous prévient en préambule ; si nous sommes victime de cette bête terrible, une seule chose peut nous sauver : crier. D’ailleurs, ce sont des visages hurlants qui ouvrent le film, histoire de rassurer ceux qui n’oseraient le faire par pudeur, fierté voire orgueil.

 

Warren Chapin (Vincent Price) est un médecin légiste. Avec David Morris (Darryl Hickman), ils étudient la peur. Physiquement. Ils manquent de matière pour démontrer que la peur aide à mourir : en effet, certains condamnés à mort meurent avec la colonne vertébrale brisée, ce qui n’est pas du ressort de la décharge électrique reçue.

En fait, il s’agit de ce tingler qui donne son titre (original) au film (voir plus haut) qui, quand on le laisse faire saisit le système vital jusqu’à la limite vitale : si on crie, il lâche sa prise.

Jusqu’ici, tout va bien. Sauf que Mrs. Higgins (Judith Evelyn) est sourde et muette. De quoui développer cette créature fatale…

 

Voilà plus de 35 ans que je n‘avais pas vu ce film, et ce que je peux dire c’est que l’intérêt n’a pas faibli. Il faut dire que l’intrigue est formidable : une espèce de créature qui s’attaque à la première créature vivante qu’elle croise et la serre jusqu’à la mort. Et Castle en use (et abuse).

En effet, il n’hésite pas à interrompre le film (écran noir) en plein émoi pour prévenir les spectateurs que ce même tingler n’est pas seulement un phantasme cinématographique mais une réalité : il faut crier !

 

Et ce qui est remarquable, c’est que pour la première fois, un cinéaste nous montre une drogue qui aura son importance à la fin de la décennie suivante : le LSD. Et En plus de montrer les effets possibles de ce psychotrope, il en use pour nous guider sur une fausse piste : si Chapin a été capable d’essayer cette drogue sur lui-même, comment n’aurait-il pas pu le faire sur une de ses patientes (Mrs. Higgins) afin de corroborer ses conclusions. ?

Surtout que Price/Chapin nous a déjà menés en bateau (brillamment) avec son épouse (Patricia Cutts).

Mais cette fois-ci, c’est autrement dangereux parce que les victimes collatérales n’ont absolument rien à voir avec cette chose (2).

Et en plus, Castle avait mis en place un système pour électrifier les sièges : tout était là pour le succès du film. Alors quand il s’interrompt pour prévenir les spectateurs, encore une fois, on se dit que c’est vraiment bien joué.

 

Bref, nous sommes dans un de ces films d’épouvante de série B qui mérite (à mon avis) un A, avec un Vincent Price au top (sommet de son art, si vous préférez…).

Un film qui se laisse revoir avec toujours autant de plaisir.

 

 

  1. Acide Lysergique Diéthylamide, ce qui a aidé à la chute de Syd Barrett.
  2. Et en plus elles sont venues voir un film muet : Tol’able David (Henry King, 1921). Que des gens bien, quoi.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Georges Lautner, #Michel Audiard
Le Professionnel (Georges Lautner, 1981)

[A nouveau, de véritables morceaux de résolution d’intrigue se sont glissés dans ce qui suit…]

 

Après l’épisode comique du Guignolo, Lautner tourne une troisième fois de suite avec Belmondo. Et cette fois-ci, le sujet est un tantinet plus sérieux.

Jocelyn « Joss » Beaumont (Belmondo, donc) est un agent secret d’élite français abandonné par ses supérieurs alors qu’il devait assassiner le président N’Djala (Pierre Saintons). Condamné au travail forcé, il s’évade et revient en France.

Il revient en France au moment où ce même N’Djala y est en visite officielle. Il entend bien terminer sa mission.

Evidemment, les services secrets sont sur la brèche : comment retrouver un agent rompu à tous les exercices ?

On ne peut pas, c’est un véritable professionnel. D’où le titre.

 

L’affiche est claire : Belmondo tient un revolver et met en joue quelqu’un. On ne rigole plus. Ca va flinguer ! Et d’ailleurs, ça flingue. Dans le village africain tout d’abord. A la fin, bien sûr, quand on règle les comptes. Et entre les deux ? Une chasse à l’homme. Celle de N’Djala pour Beaumont, celle de Beaumont pour les autres. Avec bien sûr issue fatale pour l’un ou pour l’autre, voire les deux. Et là encore l’affiche est claire : un cadavre sous le titre. Celui d’un homme blanc. Beaumont ? Peut-être.

Et si Belmondo tient grandement le haut de l’affiche, Georges Lautner et Michel Audiard sont tous les deux sur le même plan : les dialogues sont donc aussi importants que la mise en scène. Pourrait-il en être autrement avec ces deux-là ?

 

Et question dialogues, nous sommes servis, avec même une double citation (dans la même séquence) des Tontons flingueurs : Beaumont frappe à une porte qui est ouverte par un certain Volfoni (Pierre Vernier)… Je,’y peux rien, ça me fait toujours rire.

La rencontre avec Doris Frederiksen (Marie-Christine Descouard) est tout aussi savoureuse, encore une fois grâce à l’écriture (ciselée) d’Audiard.

Autre élément marquant de ce film : la musique d’Ennio Morricone. Chi Mai est le tube du film : pas une journée sans qu’on l’entende plusieurs fois à la radio (à l’époque), prenant même la première place du Hit-Parade de Jean-Loup Lafont (sur Europe). Et puisqu’on parle de Morricone, on peut parler de Leone : la rencontre ultime entre Beaumont et Rosen (Robert Hossein) n’est pas sans rappeler les westerns du maître…

Bref, un film qui s’écoute aussi (1).

 

Et puis il y a Belmondo.

Pas de cascade cette fois-ci, mais un jeu sérieux avec quelques pointes d’humour (merci Audiard, donc) et un gros flingue. Il est Le Professionnel dans tous les sens du terme, attirant tout l’intérêt du spectateur du début à la fin, quand il s’en va prendre l’hélicoptère.

D’ailleurs, à part pour effet final, je ne comprends pas bien la pertinence de l’envol de cet engin : personne ne monte dedans !

Quoi qu’il en soit, cette fin – tragique – donne toute sa signification au titre : il sait que son sort se décide et qu’il est funeste. Sa recommandation à la même Doris l’atteste. Et si certains spectateurs – j’en ai connus à l’époque – ont été frustrés de voir leur idole succomber (2) au tir de Farges (Bernard-Pierre Donnadieu), cette fin est tout de même logique : que lui restait-il après tout ça ?

 

PS : Pourquoi avoir ajouté un cigarillo dans la bouche de Belmondo sur certaines affiches étrangères ?

 

  1. On m’avait offert le 33 tours !
  2. Ce n’était pas arrivé depuis Borsalino (1970)… Belmondo meurt moins souvent que Delon !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Gilles Lellouche
L'Amour ouf (Gilles Lellouche, 2024)

Un soir (une nuit ?) de 1999 (2000 ? Après ?), une bande de jeunes part en virée en Mercedes. Chacun a son arme. C’est du sérieux. Les voitures sortent de la ville. Le téléphone sonne.

C’est le point de basculement du film.

Déjà ? Oui.

 

« L’amour ouf » du film, c’est celui de Jacqueline « Jackie » (Mallory Wanecque puis Adèle Exarchopoulos) et Clotaire (Malik Frikah puis François « D’Artagnan » Civil). Deux ados que rien ne réunissait : si Jackie a été virée d’un bahut catho pour insolence, elle n’en est pas moins très scolaire ; Clotaire, lui, à l’instar de celui du Petit Nicolas, est un mauvais élève et s’est déscolarisé pour ne pas aller en CPPN (1).

Mais ça passe. Ils sont attirés l’un vers l’autre. Et Jacqueline est moins scolaire, Clotaire plus civilisé. Ils sont amoureux. Mais Clotaire tombe irrémédiablement dans la délinquance, avec la case prison inévitable. Jackie n’étudie plus.

10 ans passent et ces dix années ont été perdues pour tous les deux.

Vont-ils se retrouver et s’aimer ?

 

Je ne répondrai pas à la question (directement), mais si vous voulez une réponse immédiate, allez sur wikipédia, il y a toute l’intrigue. Et ça va être difficile de ne pas en dévoiler quelques pans… Voilà, vous êtes prévenu(e)s.

 

Lellouche (Gilles, pas Pierre, heureusement) nous revient derrière la caméra, avec à nouveau une histoire un tantinet intimiste, mais bien loin de sa comédie précédente. On y retrouve tout de même quelques similitudes, avec la relation entre un père (Alain Chabat, formidable) et sa fille, et surtout la place prépondérante de la musique dans l’intrigue, devenant presque un personnage à part entière. Et tout y passe, des années 1970 (Deep Purple) aux années 1990 (Daft Punk), avec bien entendu Forest de Cure qui reste « leur chanson », comme disent les Anglo-saxons.

 

Mais surtout Gilles Lellouche surprend. Après la comédie douce-amère du Grand Bain, il s’agit cette fois-ci d’une tragédie annoncée puisque dès les cinq premières minutes, le personnage principal meurt. Violemment. Et le point de rupture annoncé ci-dessus amène un traitement de l’image un tantinet déstabilisant. En effet, le flashback qui suit commence par un plan qu’on pourrait juger anormal : ce n’est pas un cadrage classique puisque c’est un Clotaire de huit ans (Louis Raison) qui embête son grand frère (Lenny Castelein) vu à l’envers. Et le fait de tourner (retourner) l’image va se répéter plusieurs fois, comme s’il voulait bien nous signifier que ce qu’il se passe n’est pas normal. En effet, n’oublions pas que Clotaire est mort ou sur le point de l’être.

 

Pourquoi sur le point ? Parce que, et c’est le Lionel vieux (Jean-Pascal Zadi) qui l’exprime le mieux, en mourant, Clotaire voit défiler sa vie. Sa vie de délinquance de plus en plus marquée jusqu’au coup de téléphone fatidique susmentionné. A partir de ce moment – revu, donc – le fil de l’histoire se rompt et nous entrons dans une intrigue parallèle (2) qui voit ce qui ressemble à une fin heureuse. Mais, parce qu’il y a toujours un mais, le générique de fin contredit cette fausse fin : sur fond noir (de mort) se déroule la liste attendue écrite en rouge (sang). Il n’y a plus de doute possible : cet amour est irréversiblement mort avec Clotaire, dans ce qui ressemble à un entrepôt, d’une balle dans la tête. Inévitablement.

Et c’est peut-être parce que Lellouche est un spécialiste de la comédie qu’il voudrait nous faire croire à cette fausse fin…

 

Si François Civil et Adèle Exarchopoulos sont très bons tous les deux, ce sont, pour ma part, les deux ados que j’ai le plus appréciés. Ils interprètent avec beaucoup de justesse ces premières amours adolescentes complètement « ouf » (oufs ?). Et leur réapparition dans le cadre de la seconde éclipse de soleil (11 août 1999 ?) renforce ces amours perdues.

 

PS : j’aime beaucoup le traitement qui est fait de la mère de Jackie (Mélissandre Fortumeau). On ne la voit que très peu et pendant une brève séquence, celle de sa mort. Tout d’abord elle a la tête coupée (par le cadrage !), puis son visage se devine à travers la vitre de la voiture ainsi qu’à travers le pare-brise, flouté. Comme pour montrer que tout ça s’est passé il y a longtemps et que Jackie commence à oublier son visage avec le temps qui passe.

Habile.

 

PPS : Avez-vous remarqué le clin d’œil à West Side Story ? Et celui à Audiard (Faut pas prendre les Enfants du bon Dieu pour des canards sauvages) ?

 

  1. Classe Pré-Professionnelle de Niveau : on dirait (peut-être) SEGPA aujourd’hui. Tu peux me confirmer ça, Sophie ?
  2. Rappelez-vous ce qu’explique Doc à Marty dans Retour vers le Futur II : à partir du moment où un événement du passé est modifié, nous sommes sur une nouvelle ligne de vie, parallèle à la première.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Robert Mulligan, #Robert Duvall, #Alan J. Pakula
Du Silence et des ombres (To kill a Mockingbird - Robert Mulligan, 1962)

Maycomb, Alabama, début des années 1930 (1932 ?)

C’est l’été pour Scout (Mary Badham) et Jem (Phillip Alford) et leur petit voisin Dill (John Megna), et la maison des Radley, un peu plus loin est leur centre d’intérêt. Il faut dire que le fils de la maison, Arthur, est un personnage intriguant. On dit – enfin surtout cette commère de Stephanie (Alice Ghostley) – qu’il aurait poignardé son père pavec des ciseaux et que s’il n’était pas à l’asile, c’est que ce même père (Richard Hale) refuse d’envoyer un Radley chez les fous.

Et puis il y a Tom Robinson (Brock Peters). C’est un jeune homme noir qui est accusé de viol avec violence sur une jeune femme blanche. Pour le défendre, parce qu’il faut bien que quelqu’un s’en charge, le juge (Paul Fix) désigne Atticus Finch (Gregory Peck), le père de Scout & Jem.

Et le procès arrive…

 

Bien entendu, c’est avant tout un extraordinaire roman, celui de Harper Lee, où elle raconte à moitié son enfance, avec ce voisin qui n’est autre que Truman Capote, et le Sud ségrégationniste. Et là encore, Robert Mulligan et surtout Horton Foot (le scénariste) ont dû faire des choix pour cette adaptation. Même si nous parlons ici avant tout d’un film, on ne peut que reconnaître qu’il s’agit d’une très bonne adaptation de ce roman devenu (rapidement) un classique de la littérature américaine.

Tout comme dans le livre, l’intrigue est racontée à hauteur d’enfant, essentiellement du point de vue de Scout (Jean Louise,en vrai), avec ses excès, bien sûr,mais aussi ses interrogations et ses incompréhensions. Mais à chaque fois, ou presque, Atticus est là pour les rassurer, voire pour rendre la vie un (tout) petit peu plus facile.

 

Non seulement Robert Mulligan a réalisé une belle adaptation, mais les deux enfants – dont c’est la première apparition – jouent avec la justesse qu’il faut, animant ces deux personnages de papier avec beaucoup de brio. Là encore, nous avons véritablement un film d’enfants, comme chez Spielberg, ou Yves Robert (La Guerre des boutons). Des enfants libres, mais qui ont tout de même une ligne de conduite inspirée et surtout dirigée par Atticus, père veuf dont la femme est partie beaucoup trop tôt.

Mais surtout Mulligan décrit avec beaucoup de justesse cet état (& Etat) ségrégationniste, où les Blancs restent entre Blancs et les noirs entre Noirs, mais hors de la ville (1).

Les charges retenues contre Tom Robinson sont encore une fois celles de viol (et violence) d’un Noir sur une Blanche. C’est souvent le cas dans ce genre de film judiciaire qui traite de cela. Et cette fois-ci, Tom Robinson a la chance d’avoir un procès : dans They won’t forget (Mervyn LeRoy, 1937), Tump Redwine n’aura pas cette même chance.

Ce procès est une autre occasion de voir un élément de cette ségrégation sudiste : les Blancs sont tous dans le prétoire alors que les Noirs sont remisés en haut. Et de la même façon, ils sont les derniers à sortir. Certes, ils attendent qu’Atticus s’en aillent, mais cela permet d’éviter le mélange.

 

Si les enfants sont le centre de ce film, Gregory Peck exécute ici une de ses plus belles performances, incarnant l’un des personnages les plus humains du cinéma. Et d’une certaine façon, il y a une dimension christique chez cet homme : comme Jésus, en défendant Tom, il prend le péché de la petite ville, et c’est Maudie (Rosemary Murphy) qui l’exprime le mieux, devant la déception de Jem.

De plus, il est la véritable lumière qui luit dans les ténèbres (arriérées) ce cette petite ville du Sud, foncièrement raciste. Et Mulligan ne s’y trompe pas en le filmant dans la lumière alors que les partisans de la loi de Lynch viennent régler son sort à Tom Robinson : tous ces excités viennent des ténèbres et y retournent, quand ils ont compris l’inanité de leur démarche.

Il y a même tellement d’humanité chez Atticus que même ses enfants sont à peine gourmandés par lui : Calpurnia, bien que seulement domestique, exerce une autorité plus forte et plus physique sur les deux enfants. Alors oui, Les deux petit Finch sortent en cachette le soir, et font des bêtises. Mais ce n’est jamais dans de grandes proportions. Voire, leur sortie nocturne peut avoir de bons côtés…

Sauf quand il s’agit d’aller épier chez les Radley !

 

Bref, il s’agit – et pas seulement à mon avis – d’un film indispensable, dirigé avec beaucoup de talent et une interprétation à la hauteur de l’enjeu : n’oublions pas qu’en 1962, le combat pour les Droits Civiques prend de plus en plus d’importance (le pasteur King n’exprimera son rêve que l’année suivante) et qu’il faudra attendre encore deux ans avant que le Civil Rights Act soit (enfin) promulgué (2 juillet 1964).

Et la plaidoirie d’Atticus est un très grand moment de cinéma, et bien sûr d’émotion.

 

PS : on notera l’apparition d’un jeune acteur (il a alors 32 ans) dans un rôle muet mais décisif : Robert Duvall. Sa rencontre avec Scout conclut avec beaucoup de bonheur ce film, et justifie à elle seule le titre original. (2)

 

  1. Atticus doit prendre sa voiture pour aller voir la femme de Tom, ou raccompagner Calpurnia (Estelle Evans).
  2. Passons sur le

 

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