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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Musique, #Dudley Murphy
Black and Tan (Dudley Murphy, 1929)

 

 

 

 

Harlem, 1927 (?)

Edward Kennedy Ellington, qu’on appelle déjà « Duke », vivote dans un (tout) petit appartement, composant sans relâche. Sa dernière œuvre : Black & tan Fantasy (1). Mais à quoi bon composer, s’il n’y a pas de travail. Heureusement, sa bonne amie Fredi (Washington) va retourner sur scène et elle lui a décroché un contrat au prestigieux Cotton Club.

Malheureusement, si elle s’était arrêtée, c’était pour des problèmes cardiaques. Et son retour est fatal : elle fait une dernière crise et mourra dans son lit, entourée du Duke, de certains de ses musiciens et d’autres chanteurs, reprenant le morceau qui donne son titre au court-métrage…

 

Si ce film est resté – fort justement – dans les annales, c’est pour deux choses : la première parce qu’on y voit ce qu’on appellerait aujourd’hui un « clip vidéo » avec une véritable intrigue, et surtout parce que c’est la première apparition du Duke au cinéma !

Et nous pouvons le voir dès l’ouverture, derrière son piano, expliquant au trompettiste (Arthur Whetsol ?) sa nouvelle composition. Mais il faut tout de même attendre la quatrième minute pour (enfin) voir son visage !

Et le contexte n’est pas très reluisant : son piano a des traites de retard et des gros bras viennent le récupérer. Mais heureusement pour le Duke, Fredi a du gin et les deux déménageurs repartent chargés, mais pas d’un piano !

Eh oui, nous sommes encore pendant la Prohibition (Volstead Act) qui ne prendra fin qu’un peu plus de trois ans après la sortie du film. Et comme le Code Hays n’est pas encore écrit, montrer des gens qui boivent librement de l’alcool est toléré.

 

Et puis il y a le Cotton Club, avec son orchestre de jazz (celui du Duke, bien entendu), ses danseurs de claquettes et son sol lustré qui sert de miroir pour certains plans. Parce que les plans de Dal Clawson sont très importants, devenant un véritable soutien à la musique (et non le contraire comme nous en avons l’habitude). Des gros plans sur les différents protagonistes, bien sûr, mais aussi des danseurs de claquettes dans une formation qui peut nous sembler incongrue à notre époque : ils sont cinq et évoluent l’un derrière l’autre dans tous leurs déplacement. Le sol miroir du Club permet aussi d’avoir un plan des pieds heurtant le sol tout en montrant les (bouts de) visages de leurs propriétaires.

Et Ce reflet bienvenu va aussi nous permettre un bel aperçu du dessous de la jupe de Fredi qui n’est déjà pas très vêtue… Là encore, l’absence du Code Hays sert très bien l’intrigue.

Dernier effet notable du chef opérateur, une caméra subjective qui nous permet de voir ce que ressent Fredi alors que son mal progresse : vue brouillée puis altérée donnant à voir une répétition d’un même plan sur l’écran, un kaléidoscope vivant qui s’empare de ce même écran jusqu’au moment fatal de la perte de connaissance.

 

Et cette intrigue, surtout sa dimension tragique sert parfaitement ce standard ellingtonien inspiré d’une marche funèbre : la dernière séquence qui voit Fredi agoniser, soutenue par les musiciens (instrumentistes & chanteurs) possède une force incroyable : c’est déjà l’enterrement de la jeune femme et les adieux de ses proches.

Et bien sûr, c’est le Duke qui conclut la vie de Fredi : un visage qui pleure et qui se brouille, interrompu par son dernier soupir.

 

Un must !

 

  1. Coécrite avec Bubber Miley

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Alan Parker
Mississippi Burning (Alan Parker, 1988)

21 juin 1964, comté de Jessup (Mississipi).

James Chaney, Andrew Goodman & Michael Schwerner, trois militants pour les Droits civiques sont poursuivis et tué par les autochtones.

Le FBI envoie deux agents pour enquêter : Alan Ward (Willem « Grodin » Dafoe) et Rupert Anderson (Gene « Popeye » Hackman). Si le premier est un défenseur convaincu des Droits civiques et de leur application auprès des minorités de couleur, le second est plus ambigu : le milieu du Ku Klux Klan (les assassins) et leurs chanson n’est pas une découverte. Normal, il a grandi dans un autre coin de ce même état ségrégationniste.

Bien entendu, les deux agents se heurtent à un mur de silence : tout le monde sait qui a tué les trois militants, mais comme c’étaient des « amoureux des nègres » (1), on préfère les protéger.

 

SI le film s’appuie sur histoire vraie – la disparition pour cause d’assassinat des trois militants (qui ne sont jamais nommés mais ressemblent à leurs modèles) – Alan Parker et Chris Gerolmo (scénario) ont choisi d’embellir le rôle du FBI qui ne fut pas toujours très reluisant dans cette affaire. Pour deux raisons : ne pas en rajouter sur l’image (ternie) de l’administration et surtout pour concentrer l’attention du spectateur sur les véritables coupables de cette affaire sordide, les membres du Klan. Comme toujours, au cinéma, tout est possible.

Et Parker qui vient de quitter la Louisiane (Angel Heart) pour un autre aspect du Sud, réussit a recréer cette atmosphère de haine ordinaire qui baignait cette époque (et continue pour certains, évidemment). C’est le Sud profond, pour ne pas dire « bouseux » qui est présenté là, avec ses traditions raciales violentes : l’ouverture du film nous montre une église qui brûle, justifiant d’entrée le titre.

 

Et cette violence est partout, le plus souvent latente, créant un climat de peur pour les victimes désignées (les Noirs), annoncée presque à chaque fois par les cagoules blanches (mais pas pointues !) qui caractérisent l’organisation criminelle sus nommée. Et là encore, Parker brosse un tableau peu flatteur pour les habitants de ce comté (fictif) : il faut dire que les membres de la police font eux aussi partie du Klan…

Bref, c’est un travail de titan que doivent abattre les agents du FBI, nécessitant beaucoup plus de personnes que les deux prévues initialement. Et Parker insiste sur les méthodes employées par son duo d’enquêteurs : d’un côté, le très académique Ward, pur produit de l’Est (les Yankees pour les gens du crû) et de l’autre le vieux briscard Anderson, familier de cet univers raciste.

 

Et c’est l’interprétation qui donne au film sa touche d’authenticité indispensable pour emmener le spectateur. Les deux policiers principaux – le shérif Stuckey (Gailard Sartain) et son adjoint Pell (Brad « Wormtongue » Dourif, encore une fois formidable), tout comme leurs acolytes – Bailey (Michael « Yondu » Rooker) ou Townley (Stephen « Ned » Tobolowsky) – sont répugnants à souhait et focalisent rapidement l’antipathie, donnant à cette intrigue des méchants magnifiques. Ion notera aussi la présence de R. Lee « Harman »  Ermey dans le rôle du maire, autre personnage fort peu recommandable.

Bien sûr, le duo des « gentils » est lui aussi réussi, avec, bien entendu, une mention spéciale pour Gene Hackman, dont le personnage peut rappeler Popeye Doyle pour certaines de ses pratiques. Son personnage nous apparaît ambigu au départ : il faut dire que son origine mississippienne joue en sa défaveur face à ce pur produit de l’administration héritée des frères Kennedy. Et surtout, sa connaissance des chants du Klan est franchement déplacée dans le contexte de leur arrivée. Mais, tout comme Doyle, Anderson a ses méthodes personnelles qui déplaisent fortement à Ward : dès le début, on sent un affrontement latent entre ces deux hommes qui passeront à l’acte, sans toutefois mettre en péril leur enquête. On peut presque dire que la lutte physique – courte – qui les oppose va les rapprocher, devenant alors le point de basculement de leur enquête, comme si se battre leur aura permis de véritablement se mesurer et s’apprécier. Et la dernière parole de Ward envers Anderson confirme cet état de fait.

Et puis il y a la femme. Celle qui va faire basculer l’intrigue et permettre de neutraliser les méchants : Mrs. Pell (Frances McDormand). Elle est (encore) jeune mais désabusée depuis longtemps, surtout avec un mari comme le sien (voir plus haut). Et Frances McDormand est encore une fois formidable.

 

Alan Parker a encore frappé. Et encore une fois, c’est magistral.

 

  1. « Nigger lover » : insulte commune qui servit d’abord à fustiger les abolitionnistes pendant la Guerre de Sécession, puis les défenseurs des Droits civiques.
  2.  

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Musique
(Photo : Anne Fonteneau-Gineau)

(Photo : Anne Fonteneau-Gineau)

Quelle énergie !

Ca avait bien commencé avec les Infamous backing Band qui avaient bien chauffé la salle de l’Alvéole 12 (1) : de Pink Floyd à Noel Redding en passant par Clapton et sa Cream… Bref, le public était prêt, et quand le rideau s’est ouvert, tout le chœur était concentré.

Alors, quand les basses (quel beau pupitre !) ont entonné « I wanna be your Slave », de la chanson éponyme de Måneskin (« Rayon de lune » ?), la soirée a véritablement commencé !

C’est plus d’une heure et quart de chanson anglophones dirigée d’une main de maîtresse par Ombeline Guetny, la cheffe de chœur qui sont passés à toute vitesse pendant que les autres Nazairiens de sortie enduraient une pluie diluvienne – avec orage – en attendant le feu d’artifice célébrant la Libération de la Poche de la ville (le 11 mai 1945).

 

Il faut dire que le chœur Axis Tune (100 % rock !) n’a pas fait les choses à moitié : près de 100 choristes (voix mixtes) pour interpréter quelques standards (David Bowie, B-52’s, Nirvana…) de cette musique qui fête cette année sa 51ème année d’existence en tant que telle (2) et d’autres éléments plus récents mais tout aussi balançant (euphémisme). Et une préparation qui remonte maintenant à septembre 2024, avec de nombreux choristes dont c’était le baptême du feu (3), tout du moins dans ce genre peu développé par le chant choral.

J’en profite au passage pour remercier et féliciter Brice Legée pour ses arrangements qui mettent en valeur l’accompagnement des différentes chansons qu’on a tendance à oublier au profit des paroles.

Le tout avec une chorégraphie assez sobre – encore que – mais soutenue par un jeu de lumières spectaculaire, donnant un effet saisissant et en parfaite adéquation avec les différents extraits proposés.

 

Bien sûr, en tant qu’angliciste, certains accents ont pu un tantinet me piquer les oreilles, mais face à l’énergie et la motivation – et le travail de justesse – on oublie très vite ce (petit) défaut. Je voudrais bien vous y voir, chanter des paroles étrangères sur un rythme endiablé (The Kids aren’t alright, The Pretender… n’est pas une chose toujours évidente, et encore moins innée !

De même la reprise de Highway to Hell (AC/DC, est-il besoin de le préciser ?), était un peu plus rapide que l’originale, mais à quoi bon reprendre exactement une chanson : c’est dans l’interprétation que s’apprécie une reprise (je ne donnerai aucun exemple de reprise calquée, chacun aura en tête le sien). Par contre, je ne citerai qu’une adaptation phénoménale : With a little Help from my friends par Joe Cocker, à Woodstock !

 

Toujours est-il que le répertoire de la soirée (le set comme on dit) s’est enchaîné avec beaucoup d’aisance et quelques apartés entre le public et Ombeline, afin de dynamiser (encore plus : comme s’il y en avait besoin !) les spectateurs comblés par ce qui leur était proposé.

Bien sûr, l’un des moments phares de cette soirée fut le Seven Nation Army des White Stripes dont l’ostinato – joué à la guitare basse – resta gravé dans les mémoires des spectateurs et fut entendu jusque dans les loges des ténors et basses bien après le concert. Sans oublier quelques interactions – là encore plus ou moins dynamiques – marquant le tempo et par toujours sur les temps forts qui ont accentué le lien créé entre le public et la centaine d’interprètes, frôlant par là-même la communion, chère à notre nouveau pape (3)…

 

Bref, Si le feu d’artifices célébrant la Libération déjà évoquée ci-dessus était spectaculaire – ce que j’espère n’y étant pas présent : au moins, cela aura consolé de la pluie diluvienne – on ne m’ôtera pas de l’idée que la « place to be », ce samedi soir 10 mai 2025, c’était l’Alvéole 12 de la Base sous-marine de Saint-Nazaire !

 

Long live Rock’n’roll !

 

  1. Merci à Yann, et son équipe !
  2. C’est en 1954 que le terme « rock’n’roll » a été adopté.
  3. Allumé, bien entendu !
  4. Quand je dis « notre », c’est parce qu’il n’y en a plus qu’un : celui du Surréalisme (Breton) étant décédé en septembre 1966 et celui du Pop Art (Warhol) depuis février 1987… (Saint-Nazire,
The Infamous Backing Band (Photo : Anne Fonteneau-Gineau)

The Infamous Backing Band (Photo : Anne Fonteneau-Gineau)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Denys de la Patellière, #Michel Audiard, #Jean Gabin
Rue des Prairies (Denys de la Patellière, 1959)

Paris, 1942

Henri Neveux (Jean Gabin) revient d’Allemagne grâce à la mise en place du STO. Mais en arrivant rue des Prairies, la surprise est pour lui : sa femme vient de mourir en mettant au monde un troisième enfant, Fernand.

Paris, 1959

Les enfants ont grandi : Louis (Claude Brasseur) est champion de France de poursuite et sa sœur Odette (Marie-José Nat) abandonne la chaussure pour devenir mannequin.

Et Fernand (Roger Dumas) ? Il se bat au lycée et est finalement renvoyé, puis il est « ramassé » chez une prostituée. Bref, devant lui se profile la maison de correction.

 

Quatre ans après Chiens perdus sans Collier, Gabin retourne dans une histoire de délinquance infantile, mais cette fois-ci de l’autre côté : en père de famille un tantinet dépassé par les événements. Il faut dire que les années 1960 se profilent et la société est en plein changement. Les banlieues urbaines se construisent (Neveux est contremaître à Sarcelles), les voitures envahissent Paris, tout va de plus en plus vite… Nous sommes entrés de plain pied dans les Trente Glorieuses, dans ce qu’on va très vite appeler la « société de consommation ». Mais Henri Neveux, lui, est resté un homme d’avant, comme l’était son père.

Encore que… Sa relation avec ce fils trouvé est on ne peut plus moderne, si on la compare à celles de ses deux autres enfants, élevés à la dure, comme ça se faisait, dans le temps...

 

Mais malgré tout, nous restons tout de même dans la comédie, puisque la fin nous laisse un sourire. Il faut dire que le duo Gabin-Dumas fonctionne à merveille, et surtout, c’est Audiard qui est aux manœuvres pour le dialogue. On y trouve toute sa verve ainsi qu’une de ses passions, partagée avec le même Gabin : le vélo. Et la démonstration que nous offre ce dernier – Gabin fait toujours du Gabin, que voulez-vous – est mémorable, encouragée par un de ses complices habituels, Paul Frankeur (Ernest). Parce Gabin fait du Gabin, et c’est ce qu’on lui demande. Mais dirigé par La Patellière, ça devient du grandiose. Et Neveux est un personnage différent de ceux qu’on a l’habitude de voir : père de famille. Certes il l’était dans sa vraie vie, mais à l’écran, c’est autre chose !

 

Il n’est pas encore la patriarche (L’Affaire Dominici ou La Horse), ni le flic revenu de tout (Le Pacha) : il est ici un homme ordinaire, avec une vie ordinaire et surtout des doutes. Pas sur Fernand, mais sur l’éducation qu’il leur a donnée (ou non). Il devient faible, parce que dépassé par les événements. Il faut dire qu’entre le succès de son fils Louis, celui de sa fille et les frasques du dernier, il y a de quoi ne plus s’y retrouver.

Et comme en plus les deux premiers l’abandonnent, il se retrouve avec le seul qui n’est pas de lui ! De quoi perdre la tête. Ce qu’il ne fait pas, rassurez-vous.

 

Et si Gabin est le personnage central de l’intrigue, ce film reste tout de même une belle illustration de la jeunesse française de cette fin de décennie. Les jeunes gens sortent et vont (encore) danser, usant de leur jeunesse comme d’une arme offensive (la rencontre dans la guinguette avec le Vieux est démonstrative). Ils veulent s’émanciper des parents – fatalement et inévitablement – vieux jeu. Et encore, 1968 n’est pas passé par là !

Quoi qu’il en soit, La Patellière s’en sort très honorablement et nous propose un film où même si Gabin fait du Gabin, le propos reste plaisant et toujours d’actualité.

Il faut dire que nous retrouvons autour de lui des visages connus : outre Frankeur, on reconnaît Louis Seigner, Paul « Henri » Mercey, ou encore Guy « Roger » Decomble, Alfred Adam, Jacques Monod… Et l’incontournable Bernard Musson et son mètre quatre-vingt-dix !

Sans oublier la note d’authenticité avec la présence de deux noms de la télévision (qui se développe à grandes enjambées) : Raymond Marcillac et le Gros Léon (Zitrone). Bien entendu, pour les générations actuelles, ce dernier n’évoque rien, mais pour les autres, c’est tout un pan de la télévision qui est devant nos yeux ! Avec son enthousiasme légendaire !

 

Je terminerai en parlant de la structure du film. A sept reprise, nous avons droit à un plan fixe de la Tour Eiffel, à différents moments de la journée : sept, comme les jours de la semaine. Mais les différences notables pourraient nous faire croire que tout se passe en une seule journée puisque la lumière décline avec le moment du jour pour se raviver comme pour un lendemain.

Cela n’engage que moi, mais cela donne une impression qu’une journée – ou une partie de vie – se termine et qu’une autre commence, et heureusement ensoleillée.

Parce que c’est ce qu’il se passe dans ce film, autour de la relation entre ces deux familiers qui n’ont aucun véritable lien, mais qui sont malgré tout très attachés l’un à l’autre.

Les ennuis s’amoncèlent alors que la journée s’avance (et la nuit s’installe), et la nouvelle (et belle) journée qui s’annonce voit enfin poindre l’optimisme attendu.

 

Avec une dernière fois du Gabin, mais ça, on ne peut pas y échapper !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Fantastique, #Michel Hazanavicius
Le Prince oublié (Michel Hazanavicius, 2020)

Raté (?)…

Au bout de quatre semaines et avec un peu plus de 900.000 entrées (921.200), le film est retiré des salles le 10 mars 2020. De toute façon, une semaine après, plus personne ne serait allé le voir, COVID oblige…

Certes, Michel Hazanavicius a fait de meilleurs films, mais il y a dans celui un charme particulier qui aurait mérité un meilleur accueil.

 

Djibi (Omar Sy) a perdu sa femme (Eye Haïdara) et vit avec sa petite fille (Keyla Fala puis Sarah Gaye). Avant qu’elle s’endorme, il lui raconte toujours une histoire : celle d’un prince (Omar Sy) qui combat sempiternellement l’infâme Pritprout (François Damiens) pour délivrer la Princesse Sofia. Mais Sofia grandit, et les histoires merveilleuses de prince la lassent : elle en a rencontré un vrai au collège, Max (Néotis Ronzon). L’ancien prince commence peu à peu à être oublié, relégué tout d’abord en seconde zone avant l’étape ultime : les oubliettes.

 

Bien entendu, Bérénice Bejo est là, mais pour une fois, elle n’interprète pas le personnage féminin principal : c’est bien Sofia qui attire toute l’attention, et autour de laquelle se développe l’intrigue. Et évidemment, le prince Djibi est son pendant masculin.

Et Hazanavicius développe un univers enfantin très réussi : celui d’un immense studio de cinéma dans lequel évoluent les personnages colorés des rêves. Normal, les rêves, c’est le cinéma du sommeil. On y rencontre des personnages mais aussi des régisseurs qui convoquent les protagonistes d’une nouvelle histoire, gardée par deux immenses portes farouchement gardées. Jusqu’à un régisseur lumière qui va allumer ce monde étonnant en levant levier (bien sûr !).

 

Mais, et c’est certainement là où le bât blesse, si on s’amuse de ce monde plus ou moins original, on a du mal à se situer dans cette confusion des mondes : le merveilleux et le réaliste ne font pas toujours bon ménage. Et encore une fois, une bonne intention n’est pas une raison suffisante pour un bon film.

Alors on suit avec (quand même) un certain plaisir cette histoire singulière, mais on a tout de même du mal à y croire. Et même Pritprout, le Méchant estampillé, ne l’est pas vraiment puisqu’on arrive à une entraide avec le Prince. Et c'est toujours très difficile de détester François Damiens !

 

Dommage.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Joseph Pevney, #Lon Chaney
L'Homme aux mille visages (Man of a thousand Faces - Joseph Pevney, 1957)

« Ne marchez pas sur cette araignée, c’est peut-être Lon Chaney ! »

Cette plaisanterie, qui circulait dans et hors les studios d’Hollywood, est à elle seule un véritable hommage à celui dont on a dit qu’il possédait mille visages : Leonidas Frank  Chaney (1883-1930). Parce qu’au-delà de la moquerie qui amène le sourire, il y a la reconnaissance unanime de son don de transformation qui fit sa renommée de son vivant et depuis, avec un sursaut en 1957, l’année où est donc sorti ce film.

 

Tout commence à Colorado Springs, comté d’El Paso (Co.), où le jeune Chaney (Jerry Hatleben) rentre de l’école après s’être battu : il est dénigré parce que ses parents sont sourds-muets. Mais ce double handicap, s’ils ne lui gagne pas la sympathie de ses camarades effrayés par la « différence », va lui permettre de gagner sa vie : nous le retrouvons au music-hall, où il se produit dans un numéro de pantomime à succès. Il a épousé Cleva Creighton (Dorothy Malone, belle et toujours terrible), et ensemble, ils attendent un heureux événement. Mais cet événement est troublé par une rencontre : celle des parents de Lon. L’enfant sera-t-il normal ?

Oui. Mais le couple se défait et divorce. Chaney s’exile à Los Angeles et intègre le studio Universal, afin de se faire une situation et avoir la garde de son fils qui a été placé.

C’est alors qu’il commence à se maquiller, afin de pouvoir plus facilement décrocher des rôles.

J’oubliais : c’est James Cagney qui l’interprète.

 

Si de nombreux éléments de cette biographie cinématographique sont avérés – le handicap de ses parents, son mariage avec Cleva – n’oublions pas qu’il s’agit avant tout d’un film, et que le scénario prend beaucoup de libertés avec la réalité de ce que fut la vie de cet extraordinaire acteur, on ne peut pas en vouloir à Joseph Pevney, ni même aux scénariste : au cinéma, tout est possible !

Et de toute façon, il s’agit avant tout de rendre hommage au père du maquillage cinématographique, alors la vérité historique pèse beaucoup moins que le travail qu’il a pu effectuer afin de se hisser tout en haut de l’affiche.

Et pour ce faire, Pevney n’hésite pas à recréer certaines séquences qui ont fait le mythe Chaney : le pilori dans Notre-Dame de Paris (1923) ou la révélation du Fantôme de l’Opéra (1925) en ce qui concerne le maquillage ; l’arrivée de Frog dans Le Miracle (1919), film qui va vraiment le lancer dans ses rôles de personnages « différents » (handicapés, quoi).

 

Et James Cagney, bien que ne ressemblant pas du tout à son modèle, nous livre ici une magnifique performance, en tant que Chaney ou ses (rares) personnages. Bien sûr, il ne pourra jamais avoir le visage méchant de Lon (1), mais on y retrouve la même détermination à exprimer le mal, dans les moments durs de sa vie (de cinéma)

Et ça fonctionne de bout en bout, pour notre plus grand plaisir. Et tant pis pour la vérité. Revivre cet âge d’or du cinéma est plus précieux, surtout qu’on peut y retrouver – fugacement –quelques têtes connues, à défaut des vrais interprètes, pour beaucoup déjà disparus : Snub Pollard, Hank Mann, John George…

 

Bien sûr, Cagney ne porte pas les mêmes maquillages que Chaney, et c’est surtout visible pour le Fantôme : tant mieux parce que c’était une véritable torture puisqu’il n’était pas question d’un masque comme c’est le cas ici. Alors oui, l’effet n’est peut-être pas aussi saisissant, mais pris dans son contexte, cela reste tout de même une très belle re-création.

Par contre, on a du mal à croire à une séquence : alors qu’on a vu que Chaney avait enchaîné quelques rôles emblématiques de sa carrière dont Tito dans Ris donc, Paillasse !, sorti en avril 1928 Irving Thalberg (Robert Evans) vient le voir et lui annonce qu’il vient de voir Le Chanteur de Jazz, et qu’ils vont tourner une version parlante du Club des trois.

On ne peut qu’avoir du mal imaginer que Thalberg ait attendu si longtemps pour voir le film de Crosland sorti en octobre 1927 !

Et comme en plus, on enchaîne sur le tournage de ce remake – dernier film de Lon – le décalage  temporel n’en paraît que plus incroyable, ou tout du moins fort peu crédible

 

Quoi qu’il en soit, on ne peut que se réjouir de cet hommage brillant à cet immense acteur. En espérant que d’autres le (re)verront et auront envie d’aller voir tous ces films impressionnants qui ont émaillé sa trop courte carrière : avec la décennie qui allait commencer conjuguée à la consécration du parlant, il n’aurait pas crevé l’écran, il l’aurait explosé !

 

  1. Je n’ai jamais vu un autre acteur avec un visage aussi mauvais.
Lon Chaney (1883-1930)

Lon Chaney (1883-1930)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Bandes Dessinées, #Christophe Duthuron, #Pierre Richard
Les vieux Fourneaux (Christophe Duthuron, 2018)

On a tellement l’habitude des adaptations de BD ratées qu’il ne faut pas se gêner pour souligner celle-ci. Il faut dire aussi que la présence du scénariste original  dans l’équipe  d’écriture (avec Christophe Duthuron) y est pour beaucoup.

Mais reprenons.

 

Moissac, Tarn-et-Garonne (82).

Trois amis d’enfance enterrent Lucette (Alice Pol), la femme de l’un d’eux, Antoine (Roland Giraud). Pierrot (Pierre Richard) est même, descendu de Paris pour l’occasion, récupérant au passage Mimile (Eddy Mitchell) dans son mouroir (notez le nom de la maison de retraite). Mais la mort de Lucette, c’est aussi l’occasion de ressortir les vieux dossiers, les motifs de fâcherie : Lucette a eu une liaison avec son patron, Armand Garan-Servier (Henri Guybet).

C’est un coup rude pour Antoine qui décide de se débarrasser de ce vieil exploiteur : il sort le fusil et prend sa voiture vers l’Italie.

Les deux autres ne peuvent que partir à sa poursuite avant qu’il accomplisse l’irréparable. Seulement entre Pierrot qui est myope comme une taupe et Mimile qui a « son traitement », difficile de prendre la voiture. C’est donc Sophie (Alice Pol), petite-fille d’Antoine qui va les emmener, dans le « camion rouge » (un J9) de Lucette.

 

Bien entendu, ces trois vieux fourneaux sont attachants. Et les trois acteurs qui les interprètent y sont aussi pour beaucoup. On retrouve en eux les trois personnages originaux, avec leurs caractéristiques physiques bien sûr, mais aussi leurs personnalités, éléments indispensables de leurs personnalités.

De plus, on y retrouve certains dialogues originaux, dont l’adresse – phénoménale – de Sophie aux vieilles dames.

Et comme nous sommes dans un film, il faut aussi laisser de la place au travail du réalisateur. C’est le cas quand on évoque le passé, et surtout la première fois qu’on voit nos trois gugusses enfants : le paysage se métamorphose peu à peu, gommant l’usine de Garan-Servier pour laisser sa place à la nature. On y retrouve les trois garnements – et Pierrot qui a déjà des lunettes – prêts à en découdre avec le monde, et surtout à faire mille et une bêtises.

 

Et puis il y a le problème de la fin. En effet, il s’agit à l’origine d’une série (1) – géniale, je ne sais pas si vous l’aviez compris – et quand le film sort, un cinquième album est déjà sous presse. Alors il faut donner un fin au film qui n’amène obligatoirement un suite parce que si le film est un fiasco, pas de deuxième opus possible. Mais tout en laissant la possibilité tout de même d’y revenir.

Et c’est réussi avec en prime un jeu d’ombres intelligent que se conclut cette bonne adaptation. La fin est assez neutre pour laisser de la place à une suite tout en se suffisant : on peut aussi en rester là sans frustrer les spectateurs.

 

Quatre ans plus tard, une suite sortira.

 

Et vous vous doutez bien que ceci est une autre histoire…

 

  1. Huit volumes parus à ce jour…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Prison, #Jacques Audiard
Un Prophète (Jacques Audiard, 2009)

Malik El Djebena (Tahar Rahim) a dix-neuf ans. Il est donc en âge d’aller en centrale. Pour avoir agressé un policier à l’arme blanche. En prison, il ne connaît personne, alors les journées sont encore plus longues. Et puis Luciani (Niels Arestrup) s’intéresse à lui : il va le protéger s’il lui rend un petit service.

Le service : tuer Reyeb (Hichem Yacoubi), qui doit témoigner contre la bande de Luciani.

Malik entre alors de plain pied dans ce qu’on appelle « la cour des grands » : meurtrier puis trafiquant. L’ascension sociale, pour une petite frappe.

 

Le titre est presque trompeur : quand on parle de prophète, on pense à la religion. Mais ce prophète est très particulier, parce que malgré son origine maghrébine, il n’est absolument pas religieux. Pire (1) : il mange du porc ! Mais surtout, ce qui le maintient en vie, c’est son contact facile : avec Luciani, c’est le clan corse qui le laisse tranquille ; tout comme les Musulmans le laissent tranquille parce qu’il les aide ; sans oublier Jordi « Le Gitan » avec qui il trafique. Et ça marche. Enfin jusqu’à un certain point (2). Et comme il apprend à lire et écrire en prime, son avenir est assuré. Enfin normalement.

 

Jacques Audiard fait très fort avec ce film qui a décroché une pluie (méritée) de récompenses. Il nous propose un film carcéral très puissant, servi par beaucoup de têtes connues mais encadrées par un vétéran des rôles de la truande : Niels Arestrup. Il y a chez ce dernier des allures de parrain omnipotent bien qu’enfermé (à perpétuité). C’est lui le véritable chef de la prison : d’ailleurs, le directeur est curieusement absent de l’intrigue. Seuls les gardiens ont un rôle (presque) important.

Et bien sûr, ce sont les rapports entre le jeune Arabe novice et son vieux protecteur chevronné qui est au cœur de cette intrigue criminelle. Parce que si Malik n’a pas vraiment d’expérience, il deviendra – à son tour – un criminel endurci (3).

 

Et à mesure que Malik va progresser dans son statut – et dans sa tête – Luciani va décliner.

Tout d’abord parce que Audiard – avec son coscénariste Thomas Bidegain (4) – situe son histoire entre 2005 et 2007, quand le ministre de l’Intérieur n’était pas encore devenu président de la République : les prisonniers politiques corses vont bénéficier d’un nouveau traitement leur permettant de purger leur peine sur l’Ile de Beauté. Alors le groupe de Luciani se rétrécit considérablement, et sa couverture commence à se fissurer. Et pendant ce temps, Tahar traite avec tout les autres, gagnant toujours plus de pouvoir, jusqu’à la chute – inéluctable du vieux gangster.

 

Et la force du film d’Audiard, c’est avant tout soin aspect humain. Non pas parce que les détenus décrits sont des enfants de chœur – certainement pas ! – mais parce qu’il reste toujours au niveau de Malik, nous partageant même sa vision, parfois limitée. Mais n’y cherchez aucune dénonciation, et pas seulement parce qu’il s’agit ici d’une histoire avec des Corses : Audiard, par l’intermédiaire de son chef-op’ Stéphane Fontaine, reste au niveau de son personnage principal et ne s’appesantit pas spécialement sur des brimades et autres mauvais traitements qu’on a l’habitude de voir dans les films carcéraux. Cela n’a rien à voir avec l’intrigue principale qui se concentre sur les relations compliquées voire difficiles – euphémisme – entre les détenus du fait de leurs origines voire de leur religion.

Et si Malik peut survivre ainsi, c’est avant tout parce qu’il n’a aucune attache. En effet, quand il arrive, il ne connaît personne en prison et surtout en dehors : difficile alors de « cantiner ». (5)

Et son ascension n’en sera que plus impressionnante.

 

Mais cela passe donc par le crime, et Audiard reste dans la même lignée. La mort de Reyeb est brutale et même brute pour le spectateur, qui devait pourtant s’attendre à cette violence. Et les autres morts ne seront pas moins crues. Différentes, seulement.

 

Au final, un film sans concession sur l’univers carcéral, interprété avec beaucoup de justesse et de conviction par de nouvelles têtes qui vont faire leur chemin depuis, et d’anciennes qui confirment leur talent. Certes, Arestrup n’était peut-être pas toujours une personne très recommandable, mais sa prestation, ici encore, est absolument remarquable.

 

  1. Question de point de vue…
  2. Je ne vais pas non plus vous raconter la fin !
  3. Non, je ne révèle pas la fin.
  4. D’après une idée originale d’Abdel Raouf Dafri.
  5. Améliorer son ordinaire : cigarettes, produits de toilette, friandise, drogue…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Samuel Fuller
Shock Corridor (Samuel Fuller, 1963)

C’est donc un couloir (corridor). On l’appelle « La Rue » parce que tout le monde s’y promène et y « fait connaissance ». Quant au(x) choc(s), ils serai(en)t plutôt électrique(s) : ceux qu’on inflige à un patient qui s’est mal conduit. Des électrochocs, quoi.

Parce que nous sommes dans un une maison de santé mentale. Un asile de fou, quoi. Et dans cet établissement spécialisé a eu lieu un meurtre.

John Barett (Peter Breck) est un journaliste ambitieux :il veut le prix prestigieux entre tous, le Pulitzer. Pour cela, il a décidé de résoudre le crime qui laisse la police désemparée. Il va donc infiltrer le lieu et interroger les différents témoins du crime : Stuart (James « Rosco » Best), Trent (Hari Rhodes) et Boden (Gene Evans).

Mais Cathy (Constance Towers), sa fiancée, est réticente : rien de bon ne peut sortir de cette enquête.

 

Douze ans avant Milos Forman, Samuel Fuller nous raconte déjà l’histoire d’une infiltration d’un asile psychiatrique. Mais alors que McMurphy (Jack Nicholson) voulait échapper à l’univers carcéral, Barett veut quant à lui découvrir une vérité : qui a tué Sloan. Et nous suivons de très près l’évolution de son enquête, recherchant la vérité dans un discours incohérent – sauf pour celui qui le prononce – dans un univers à la Faulkner : plein de bruit et de fureur.

Bien entendu, Barett ne sortira pas indemne d’une telle expérience : côtoyer des « fous » va progressivement affecter sa propre conscience, ainsi que les châtiments variés (d’où le titre) qui lui seront infligés : électrochocs, camisole de force… Sans oublier la proximité des autres patients : Pagliacci (Larry Tucker) qui passe son temps à (mal) chanter l’air de Figaro, ou encore les autres pensionnaires plus ou moins figés dans leur propre névrose…

 

Mais, et le format noir et blanc y est pour beaucoup, Fuller ne colle aucune étiquette sur ces personnes insensées, prenant ses distances à mesure que Barett, lui, s’en rapproche. On peut (déjà) parler de personnes « différentes », avec leur propre logique et leurs moments (fugaces) de lucidité. C’est à ces derniers que Barett s’adresse a eux, et surtout aux trois témoins. Et ces trois hommes sont un magnifique échantillonnage de la folie : Stuart se prend pour le général sudiste homonyme « Jeb » Stuart, alors qu’il a déserté l’armée américaine pour le camp communiste ; Trent est un raciste anti-Noir de la pire espèce alors qu’il fut le premier étudiant noir en université ; et Boden a l’esprit d’un enfant de 6 ans, alors qu’il fut un grand atomiste récompensé d’un prix Nobel.

 

Les trois rencontres sont bien entendu de grands moments du film, pendant lesquelles des séquences en couleur s’insinuent dans leur monde en noir et blanc : et ces hommes malades le soulignent comme quelque chose d’anormal dans leur monde qui nous apparaît alors manichéen. Manichéen parce que dans leur monde, il n’y a que deux alternatives possibles :le bien ou le mal, selon leur logique. Tout comme celle des médecins : le bien (les gens sains) et le mal (les patients).

Et de ces trois rencontres, celle qui me semble la plus impressionnante, c’est la première avec Stuart. James Best est avant tout célèbre pour son rôle du shérif de Hazzard, Roscoe Coltrane. Mais ce rôle d’abruti a occulté le véritable talent de cet acteur. Ici, il nous livre une performance de haute volée, passant d’un état à un autre avec beaucoup de subtilité à mesure que la musique d’accompagnement annonce le retour de sa folie (variation sur Dixie). Et cette musique annonciatrice sera le signal pour les trois hommes que la folie revient, amenant des changements plus ou moins rapides dans leur comportement jusqu’au retour inéluctable de leur démence.

 

Samuel Fuller, avec ce film, donne une nouvelle vision de la folie clinique, loin des clichés, même si les cas qui nous sont montrés sont tout à fait ordinaires. Et l’affiche de promotion résume très bien la position qu’il va prendre pendant tout le film : « Shock Corridor ouvre la porte sur des scènes que vous n'avez jamais vues auparavant ! »

 

PS : Fuller a glissé un élément autobiographique dans son film. L’avez-vous relevé ?

 

  1. "Shock Corridor opens the door to sights you’ve never seen before!"

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Drame, #Brady Corbet
The Brutalist (Brady Corbet, 2024)

Que les choses soient claires tout de suite : un brutaliste est un architecte qui a développé un style essentiellement pendant la période 1950-1970, où le dépouillement et le béton brut (d’où le terme générique) ont une grande importance. Les bâtiments ont souvent servi de décors à des films d’anticipations voire post-apocalyptiques tels que Brazil ou encore Le Labyrinthe…

 

Ici, le « brutaliste », c’est László Toth (Adrian Brody), Juif hongrois émigré de Budapest aux Etats-Unis qu’il rejoint en 1947. Après des débuts difficiles et jusqu’en 1960, il va travailler sur un projet d’architecture inédit et novateur : le centre communautaire Mary van Buren, du nom de la mère du magnat Harrison van Buren (Guy Pearce), tout en essayant de faire venir sa femme qu’il a laissée au pays, Erzsébet Toth (Felicity Jones), ainsi que sa nièce Zsófia (Raffey Cassidy, puis Ariane Labed).

Le tout dans un contexte un tantinet antisémite malgré les horreurs « découvertes » (1) à la fin de la guerre. D’ailleurs, on comprend rapidement que László, en tant que Juif et artiste « dégénéré » (2) les a subies.

 

Magnifique. Trois heures trente-six qui passent plus vite qu’un film de Rohmer… Non (?), ça c’est pour être désagréable. Mais  en tout cas, nous sommes bien loin de l’ennui (mortel ?) de L’Arbre aux papillons d'or déjà évoqué ici, et qui dure presque une demi-heure de moins !

Et ce qui frappe quand on voit ce film pour la première fois, c’est la méthode « à l’ancienne  qui a été utilisée.

A l’instar des superproductions hollywoodiennes des années 1950-1960, le film est scindé en deux parties séparées par un entracte. Quinze minutes pour digérer les 100 premières minutes (environ) du film, et surtout à une deuxième partie qui s’annonce plus forte.

Plus forte en tension, plus forte en images et surtout en violence : cette violence latente pendant la première partie et qui s’exprime surtout par la musique d’une grande pertinence de Daniel Blumberg, fort justement récompensée (Oscars & BAFTA).

 

Et nous ne sommes pas déçus par cette partie attendue : Brady Corbet déroule son film avec la même vitesse que la première partie mais on sent en plus monter la tension jusqu’à la nuit fatale de Carrare, véritable point culminant de l’affrontement entre László et Harrison.

Parce que ces deux hommes sont trop différents, et si Harrison agit en bienfaiteur, c’est aussi dans une démarche égocentrique. Alors on se dit que la première impression était la bonne : Harrison est un salaud mâtiné d’un antisémite soft.

Et Guy Pearce, encore une fois, est dans un rôle peu flatteur d’un point de vue moral, mais tellement bien interprété. La palme de l’ignominie revenant tout de même à Harry van Buren Jr. (John Alwyn), le digne fils de son père.

De son côté, Adrian Brody est (à nouveau) phénoménal, dans la lignée Wladek Szpilman (Le Pianiste). Mais le contexte de guerre en moins. De plus, sa mère étant hongroise (Sylvia Plachy), il s’exprime aisément dans la langue de son personnage, imitant aussi avec aisance l’accent de László.

 

Et puis il y a cette intrigue sous-jacente qui nous ramène à la guerre et la Shoah. On en sent les prémices dans la première séquence du film qui voit László arriver à New York – l’« ouverture » du film, autre élément « à l’ancienne » : tout va très vite, comme si la vie du personnage en dépendait (ce qui est le cas), pendant que la voix d’Erzsébet lit la lettre qu’elle a envoyée à László. Une fois à New York, l’ouverture est terminée, le film peut commencer.

La Shoah est donc sous-jacente et Corbet va même au-delà de la suggestion en nous montrant un train à vapeur qui sillonne une campagne jusqu’à l’explosion qui coïncide avec le réveil brutal de László : tout le monde y a vu autre chose qu’un train qui avance !

 

Et, comme souvent, c’est dans un épilogue (distinct lui aussi comme l’était l’ouverture) que nous avons la révélation qui explique tout, celle qui exprime pleinement le travail de ce brutaliste de génie.

Et cette biennale dans laquelle nous est exposée la « révélation » se déroule à Venise. Pourquoi ? Parce que nous sommes aux antipodes de l’architecture sobre et étouffante de László.

 

  1. Ce n’était pas une découverte pour tout le monde.
  2. Il a un passage au Bauhaus, qui fut rapidement fermé par les nazis (11 avril 1933).

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