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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Sport, #Jean-Jacques Annaud, #Francis Veber
Coup de Tête (Jean-Jacques Annaud, 1979)

François Perrin (Patrick Dewaere) est en prison pour viol : il aurait, de nuit, agressé une jeune femme (France Dougnac) et a été formellement reconnu par deux témoins : Brochard (Michel Aumont) & Lozerand (Paul Le Person). Déjà qu’il avait été viré du club de football pour un contact avec Berthier (Patrick Floersheim)… Et comme le club appartient au patron de l’usine de la ville, Sivardière (Jean Bouise), il s’est en plus retrouvé au chômage. Alors si en plus on lui colle un viol sur le dos, qui ira se plaindre ?

Seulement voilà, lors d’un déplacement, plusieurs joueurs sont blessés et ne peuvent pas jouer. La mort dans l’âme, Sivardière s’arrange pour faire jouer Perrin. Pas de chance : il marque les deux buts de la victoire.

En attendant le match retour, pendant six jours, Perrin est « le patron de la ville ».

 

C’est à nouveau une comédie (très) grinçante que nous propose Annaud pour son deuxième long-métrage. Après la (drôle de) guerre, c’est le milieu du football amateur qui est pris pour cible. Et surtout ses dirigeants, en la personne d’une bande de notables dont la mesquinerie n’est pas sans rappeler celle des colons dans son film précédent. Et parmi eux, la palme revient au président du club, interprété par un Jean Bouise magnifique. Sa mèche qui recouvre impeccablement son front donne le ton : on devine une calvitie naissante non assumée par cet entrepreneur cynique.

Autour de lui, les autres gens importants qui constituent les possédants de cette ville n’ont rien à lui envier. Entre Brochard et Lozerand qui n’hésitent pas à faire un faux témoignage pour accabler Perrin, et Berri (Maurice Barrier) qui vire ce dernier comme un malpropre, nous avons toute une gamme de « petits bourgeois » méprisables.

 

Et au milieu de ce microcosme malsain, François Perrin (1). Patrick Dewaere campe un buteur (très) occasionnel avec beaucoup de force et de conviction – même s’il était un très piètre joueur – donnant à son personnage la dimension adéquate : Perrin est avant tout un pauvre type, qui est toujours là au bon moment mais pas obligatoirement au bon endroit. Et ces deux buts providentiels pour le club le deviennent automatiquement pour lui : voilà vingt-sept ans qu’il galère dans cette ville qui le traite comme un moins que rien, alors il est temps qu’il prenne sa revanche sur tous ces mesquins.

 

Parce que le sel de l’intrigue, ce n’est pas comment on en arrive là (la première partie du film), mais bel et bien ce que sa nouvelle position lui apporte. Outre les avantages en nature – gazinière moderne (four à double épaisseur) et autre voiture de démonstration (« de clown ») – il devient un intouchable en attendant la deuxième manche au football. Et il va en profiter à sa manière, prévenant ceux qui le méprisaient que les choses vont changer, au cours d’un repas – à ses frais – mémorable. Surtout pour les autres… Quoique.

Et cette revanche va tourner à la vengeance, mais à la manière d’une bombe à retardement : à aucun moment il n’exécutera ce qui est attendu de lui, plongeant alors ses différentes victimes dans un état de frustration qu’on peut qualifier de jouissif. Jouissif pour nous spectateurs, mais très certainement aussi pour ce personnage non-conformiste qui, malgré le titre, ne fait rien sur un « coup de tête » !

 

Et si je vous dis qu’on plus, la fine fleur des seconds rôles (2) est là, vous ne pouvez que vous précipiter sur ce formidable film d’un réalisateur qui a préféré consolider sa place dans le cinéma français avant de s’attaquer à l’international.

A voir (et revoir) de toute urgence !

 

  1. Encore un : le scénario étant de Francis Veber, pas besoin de chercher l’origine du nom…
  2. Sauf Jean-François Zardi !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musical, #Drame
Une Etoile est née (A Star is born (William Wellman, 1937)

Esther Blodgett (Janet Gaynor) est une jeune fille du Dakota qui a un rêve : devenir actrice. Mais dans une famille rurale, ça a du mal à passer. Heureusement, sa grand-mère (May « Annie » Robson) est là qui lui fournit les moyens (financiers) de commencer à réaliser son rêve.

Mais une fois à Hollywood, elle déchante : les jeunes filles comme elle sont innombrables. Jusqu’au jour où Danny McGuire (Andy Devine) lui trouve un extra en tant que serveuse pour la fête de fin d’un film : elle y rencontre la star masculine du moment – même s’il commence à décliner (alcool oblige) – Norman Maine (Fredric « Jekyll » March).

Il va lui permettre de pleinement réaliser ce rêve d’une vie : elle devient une star !

 

Il s’agit de l’œuvre originale – déjà retouchée quatre fois (dont une version Bollywood) – et cette histoire tragique est absolument phénoménale. Non seulement, il s’agit de l’une des plus belles mises en abyme du cinéma qui existe, mais aussi c’est un festival d’interprètes à la hauteur de l’événement. Outre le couple vedette, on peut y retrouver – voire apercevoir une kyrielle de grands noms : Adolphe Menjou (Oliver Niles, producteur), Lionel Stander (Libby), Guinn « Big Boy » Williams (que Gaynor retrouve), Francis Ford (un ivrogne…)…

Et Wellman, fort d’un sujet en or et d’une distribution prestigieuse, déroule pour notre plus grand plaisir. C’est magnifique, à tout point de vue.

 

L’intrigue est une très belle histoire d’amour entre une star montante et son pendant masculin déclinant, ce qui n’a pas échappé à Michel Hazanavicius. Un amour absolu entre deux personnes qui se sont trouvées mais, malheureusement se perdront irrémédiablement. Il faut dire que leur monde – Hollywood et l’industrie cinématographique en général – est impitoyable et qu’il suffit de peu de choses pour tomber dans la déchéance, voire l’oubli.

C’est une histoire on ne peut plus réaliste quand on se souvient de ce qu’il s’est passé dix ans plus tôt : la fin du muet et l’avènement du parlant. D’ailleurs, on retrouve cette idée chez Donen et Kelly qui restent dans la comédie, alors que Wellman, malgré quelques éléments comiques disséminés tout au long de son film, reste dans le drame.

 

Bien sûr, Maine est le seul responsable de sa déchéance, mais l’attitude- non dissimulée – de Libby est le véritable déclencheur de sa fin. Leur ultime rencontre est lourde de conséquences et marque la véritable fin de Maine : le scandale inévitable arrive et les spectateurs (involontaires) sont choqués quand ils comprennent de qui il s’agit.

Malgré l’aspect tragique de cette histoire d’amour, Wellman lui donne une dimension supérieure, faisant de Maine un personnage expiatoire voire christique.

En effet, il est le Rédempteur cher au cinéma américain. Il se sauve lui-même (1) puisqu’il met un terme – définitif – à ses problèmes, tout en permettant à celle qu’il aime de poursuivre son rêve. Bref, une fausse sad end (2)…

 

Bien évidemment, Gaynor & March sont encore une fois formidables. March est à nouveau un personnage tragique et marqué par le destin, donnant un Maine totalement dépassé par les événements et surtout le poids de sa notoriété (3). A ses côtés, non seulement Janet Gaynor est sensationnelle, mais en plus, il faut se rappeler qu’elle est la première actrice qui a reçu la statuette (4), huit ans plus tôt. Et lors de cette toute première cérémonie, c’est sa propre sœur qui, éméchée, a fait le spectacle !

Bref, Elle est ici en territoire connu.

Et on peut même imaginer aisément que le (tout) petit discours que prononce Esther n’est pas très éloigné de celui qu’elle a pu faire lors de sa récompense.

 

Alors précipitez-vous sur cette très belle version restaurée (image & son) de ce chef-d’œuvre qui, à force d’être repris, est devenu intemporel…

Et en plus, ils ne chantent pas !

 

  1. Ne voulant pas révéler toute l’intrigue, je pense tout de même que son acte n’est pas très bien vu des religieux…
  2. Le contraire de « happy end »…
  3. Le terme « has been » est d’ailleurs prononcé.
  4. C’est d’ailleurs la sienne qui est utilisée…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Drame, #Gangsters, #Biopic, #Jean-François Richet
L'Ennemi public n° 1 (Jean-François Richet, 2008)

« Alors, Mesrine d’un côté, Boulin de l’autre, un partout, la balle au centre ! » (Coluche)

Il faut dire que le matin du 2 novembre 1979, le suicide du second faisait la une en France. Mais pas pour longtemps... comme le prédit Broussard (Olivier « Coquelin » Gourmet).

Nous retrouvons donc Jacques Mesrine (Vincent Cassel, toujours) en 1973, à nouveau en prison et en attente de procès. Ce procès sera sa troisième occasion d’évasion, avant d’être repris par le commissaire Broussard dans une séquence – véridique – haute en couleur.

Et puis la fuite en avant se termine donc le 2 novembre, là où avait commencé la première partie.

 

C’est une suite du même calibre que le film précédent : Vincent Cassel va au-delà de l’interprétation, il est Mesrine. Il a même pris vingt kilogrammes pour avoir le même gabarit que son modèle au moment de sa fin. A ses côtés, quelques personnages plus ou moins pittoresques mais qui amènent tout de même la véritable réalité de Mesrine : il est seul et même dans la mort, Sylvia (Ludivine Sagnier) ne le suit pas.

C’est donc cette cavale sanglante que nous allons vivre dans cette seconde partie. Si le ton est le même, l’histoire a évolué. Mesrine s’est empâté, et surtout, il passe la plus claire partie de son temps en prison. Et comme nous ne sommes plus dans l’USC de Saint-Vincent-de-Paul, peu de choses à montrer. Sauf, bien sûr, la dernière évasion. Plus spectaculaire qu’au Québec, et toujours en pleine lumière !

 

Jean-François Richet termine, à nouveau de main de maître, l’histoire qu’il a commencée à nous proposer un mois plus tôt, restant au plus près de son personnage principal sans toutefois en faire un héros. Même son procès, dans lequel Mesrine veut se mettre le public dans la poche en plaisantant, n’a pas la force que pourra avoir celui de Goldman dans le film homonyme quinze ans plus tard. Pour deux raisons : tout d’abord l’aspect politique de Goldman, alors que Mesrine a tendance à mépriser les politiques, et aussi l’aspect occasionnel de Goldman en tant que truand, alors que « Monsieur Jacques » est un gangster qui s’assume.

Et Richet passe vite dessus, se concentrant plutôt sur ce qu’il va se passer après : la dernière évasion.

 

Attention, Richet nous prévient une deuxième fois en ouverture du film : ce n’est pas la vérité. Seulement une réalité (plausible) concernant son personnage. Parce que s’il a bénéficié de complicités – indispensables – pour pouvoir récupérer des armes dans la prison (c’est quand même la Santé !), il y a peu de chances que ce soit son avocate (Laure Marsac) qui les lui aient apportées…

Qu’importe donc, le spectacle doit continuer (1) et nous assistons donc à une nouvelle séquence d’anthologie (pour Mesrine).

 

Et puis tout se termine là où cela a commencé, avec la séquence d’ouverture plus fournie et surtout avec un seul point de vue à chaque fois : une seule caméra si vous préférez. Et s’il réutilise certains plans, il en ajoute d’autres, en rapport avec la véritable situation de la rue Belliard (où était planqué le truand) : les différentes planques de la police qui le suit pas à pas lors de son dernier jour.

Puis, vient l’exécution attendue. Sans pour autant excuser Mesrine pour « l’ensemble de son œuvre », Richet a tout de même tendance à privilégier l’aspect peine de mort étatique. En effet, alors que la fois précédente, nous en étions restés à la bâche qui se soulève et les mitrailleurs qui apparaissent, cette fois-ci, nous avons droit à la mise à mort brute voire brutale. Et ce qui fait pencher la balance du côté de la peine capitale (sans jugement), c’est le coup de grâce accompli par un policier qui ouvre la portière de Mesrine et lui tire dans la tête.

Là encore, nous sommes au cinéma. Par contre, nous avons tout de même droit à la version Broussard qui annonce qu’on a procédé à une sommation avant de l’abattre. Soit j’ai mal entendu, soit il n’y en a pas…

 

Un dernier mot enfin sur un regret exprimé plus tôt sur ce site (janvier 2022).

Quarante ans avant le film de Richet sortait un autre film de gangsters, sur un autre « ennemi public n° 1 » : La Bande à Bonnot de Philippe Fourastié. Au contraire de son aîné, Richet brosse avec beaucoup de justesse, de profondeur et surtout de pertinence cette époque et ce(s) personnage(s).

 

Magnifique.

 

PS : Un regret toutefois. On ne répond pas à ma question à propos du film précédent. La séquence qui voit Guido-Depardieu & Paul-Lellouche se faire tuer est superflue. C’est juste une sortie de scène, qui n’a plus rien à voir avec le personnage central. Un petit mot de Mesrine aurait peut-être été le bienvenu…

 

  1. "The show must go on", que voulez-vous (comme disent les British) !
2 novembre 1979, Porte de Clignancourt.

2 novembre 1979, Porte de Clignancourt.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Drame, #Gangsters, #Biopic, #Jean-François Richet, #Gilles Lellouche
L'Instinct de mort (Jean-François Richet, 2008)

2 novembre 1979.

Un homme et sa femme préparent leurs affaires et s’en vont en voiture. Malheureusement, il y a de la circulation et ils sont bloqués derrière un camion. La bâche du camion est levée : ce sont des policiers armés de mitraillettes.

Cet homme, c’est Jacques Mesrine (Vincent Cassel), et sa compagne, c’est Sylvia Jeanjacquot (Ludivine Sagnier).

C’est ce jour-là qu’il est abattu par la police.

Mais ce n’est pas le sujet de ce film : nous remontons vingt ans auparavant, en Algérie, quand le même Mesrine a devancé l’appel : torture, & exécution sont les maîtres mots de cette période. Libéré, il revient à Paris et commence une activité de truand avec son ami Paul (Gilles Lellouche) sous les ordre de Guido (Gérard Depardieu).

Cette activité criminelle l’emmènera en plus de la prison, au Canada où, là encore le travail honnête ne sera pas privilégié…

 

Jean-François Richet nous replonge dans la période Mesrine avec beaucoup de savoir faire. Mais il évite le piège – facile – de faire passer ce dernier pour un héros. Un homme libre, oui, mais pas un héros. Nous allons le suivre pendant (environ) treize années, d’un côté et de l’autre de l’Atlantique. Mais même si on se déplace beaucoup, ce n’est en rien un road-movie. C’est un film de gangsters plutôt réaliste, où les différentes péripéties ne peuvent pas vraiment être considérées comme des exploits. A part, bien sûr, l’évasion –spectaculaire – de l’USC (Unité Spéciale de Correction) de Saint-Vincent-de-Paul, près de Laval (au Québec !).

D’ailleurs, cette évasion permettra à la société canadienne de se rendre compte du (très) mauvais traitement infligé aux détenus, entraînant sa fermeture. Comme quoi, Mesrine aura tout de même été utile à la société…

 

Mais c’est son parcours – pas spécialement atypique – qui nous intéresse, inspiré de l’autobiographie qu’il avait fait paraître deux ans avant sa mort. C’est brutal, comme le fut la vie de cet homme qu’on peut qualifier d’ambigu. Ambigu pour l’admiration qu’ont encore beaucoup de gens pour lui, et la condamnation de son « exécution » (1) par l’Etat français. Parce que ne nous leurrons pas : Mesrine était un gangster extrêmement dangereux qui n’hésitait pas à tuer s’il le fallait.

Il n’empêche : Richet mène son film avec beaucoup de maîtrise et surtout Vincent Cassel interprète un Mesrine plus vrai que nature, n’épargnant pas les aspects plus sombres de sa personnalité, ceux qu’on a tendance à oublier quand on vante ce personnage.

Et encore une fois, Cécile de France nous montre toute l’étendue de son talent en interprétant Jeanne, complice d’alors du grand truand.

 

Et ce qui frappe le plus, c’est la très belle reconstitution de cette période : bien sûr, on revoit certaines voitures inévitables, mais c’est tout le reste qui est intéressant, les cigarettes fumées à longueur de journée – même à l’hôpital – ou encore la bière en bouteille de 25 cl qui émaille le film… Surtout, il y a certains plans où  Vincent Cassel ressemble fortement à son modèle original. Certes, le maquillage est là, mais il y a quelque chose en plus : des attitudes, des regards qui nous replongent dans cette période troublée où on imaginait croiser « l’ennemi public n° 1 » (2), n’importe où, même au bout de sa propre rue…

 

Et si l’histoire n’est pas finie quand le film l’est, une question reste en suspend pour le spectateur : pourquoi avoir fait exécuter Guido & Paul (une séquence insérée dans l’année 1969, sans aucune influence sur ce qu’on voit après) ?

Réponse dans la suite ?

 

NB : Normalement, on ne prononce pas le S dans Mesrine…

 

  1. C’est ainsi qu’on en parle encore dans certains milieux…
  2. C’est d’ailleurs le titre de la deuxième partie…

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Publié le par Djayesse
Le petit Monde deDon Camillo (Don Camillo - Julien Duviviers, 1952)

« Tes mains sont faites pour bénir, pas pour frapper.

- Les mains sont faites pour bénir…Mais les pieds ? »

 

C’est comme ça que Peppone (Gino Cervi) recevra un coup de pied dans le fondement de la part de Don Camillo (Fernandel), curé de Brescello (Emilie).

Il faut dire qu’entre Don Camillo, curé de la ville et Peppone, maire d’icelle, ce n’est pas spécialement l’entente cordiale. Certes, la guerre – et surtout la résistance – les a réunis, mais maintenant qu’elle est finie et que le Duce a été éliminé, chacun est retourné dans son camp.

Celui de la « réaction » pour Camillo, celui du Parti pour Peppone, élu pour le PCI (nous sommes en 1946).

Mais les communistes le sont surtout par opportunisme : chacun a été baptisé et tout le reste...

 

Au commencement était le livre de Giovannino Guareschi, sorti 4 ans plus tôt, reflétant malgré tout une réalité : l’opposition entre l’Eglise et l’Etat, et surtout les communistes représentés par Peppone. Mais cette opposition de fait n’empêche pas un certain respect réciproques, essentiellement né de l’expérience commune de la Guerre.

Quoi qu’il en soit, c’est une forme de Guerre Froide qui nous est proposée par Julien Duvivier, corroborant sa vison pessimiste du monde : aucun côté n’est meilleur que l’autre. Et réciproquement !

 

On s’amuse franchement des mesquineries qui opposent ces deux hommes qui, malgré tout, s’apprécient grandement. Parce que tout n’est que mesquinerie : rien de bien grave, en somme, même si Camillo commence le film après avoir reçu – physiquement – une volée de bois vert dont Peppone est à l’origine (1) ! Parce que, homme d’église ou pas, Camillo n’est pas mieux que son adversaire, oubliant (très) régulièrement l’habit dont il est paré, au grand dam de son évêque (Charles Vissières) qui propose pourtant à Peppone de le faire remplacer. Refus de l’intéressé : qui pourrait lui tenir tête ?

 

Parce que cette opposition, en plus de nourrir l’intrigue, est une condition indispensable de la cohabitation entre les deux hommes. Certes, Camillo n’a pas toujours les attributs (spirituels) de l’homme d’église, démolissant à chaque occasion certains de ses opposants (des communistes, essentiellement). Mais Peppone l’explique très bien à ce même évêque : on ne peut pas frapper un curé « demi-portion » comme le propose l’éminence comme Camillo. Et si ce même évêque s’étonne de la volonté de frapper un homme de Dieu, c’est avant tout par méconnaissance de son personnel.

Camillo, est avant tout un bagarreur et ne rechigne pas à empoigner un fusil (mitrailleur ou non) l’occasion.

Bref, il est homme avant d’être « de Dieu ».

 

Et c’est pour cela que l’intrigue – tout comme le roman initial – fonctionne : ce curé un tantinet vindicatif est humain, avec sa force (physique) et ses faiblesses (spirituelles) : entre nous, on se demande bien quelles sont ses véritables faiblesses tant il mène son monde comme il l’entend, et Peppone le premier.

Mais il n’en demeure pas moins un personnage positif, malgré ses débordements, n’hésitant pas à redresser certains torts quand le besoin s’en fait sentir, passant, auprès des riches propriétaires terriens (2), pour un curé bolchevik :un comble !

 

Bref, un petit monde pittoresque et truculent, servi par des interprètes bien choisis – l’un des rôles-clés de Fernandel – mais que Camillo devra tout de même quitter : s’il peut se permettre d’assommer une quinzaine de personnes quand l’évêque (de Parme ?) n’est pas là, mais quand ce dernier est présent, il est inconcevable d’en assommer douze !

 

A suivre, donc…

 

  1. D’où le dialogue initial de l’article.
  2. Il s’agit avant tout d’un monde très rural.

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Publié le par Djayesse
La Mesías (Javier Ambrosi & Javier Calvo, 2023)

Enric (Bruno Núñez, Biel Rossell Pelfort puis Casamajor) est cadreur pour le cinéma. Irene est couturière. Noël approche et un groupe de chanteuses fait le buzz sur Youtube : les Stella Maris. Ce sont six jeunes filles qui chantent l’espoir chrétien d’un monde meilleur, sauvé.

L’une des filles, Aina (Sara Martinez puis Cristina Rueda) écrit la musique des chansons sur des paroles de Montserrat Baró (Ana Rujas, Lola Dueñas puis Carmen Machi), leur mère. Cette mère qui prétend parler avec Dieu depuis une vingtaine d’années…

Ces six jeunes filles sont les (demi-) sœurs d’Enric & Irene : elles sont recluses chez Montserrat et Pep (Albert Pia) leurs parents, depuis leur naissance, nourries de paroles divines et autres bondieuseries…

 

Etonnant. Inquiétant. Flippant.

Tels sont quelques qualificatifs qu’on peut donner à cette série espagnole récente, diffusée voilà quelques temps sur Arte (1).

On s’amuse, au début, des chansons un tantinet neu-neu des filles au début. Mais au fur et à mesure que l’intrigue avance, et que nous voyons ce que tous ces enfants ont vécu, le rire laisse la place à l’horreur. Cette « Messie »n’est rien d’autre <u’une gourou de secte. Une secte chrétienne (pléonasme ?), peut-être, mais une secte malgré tout, avec ses dérives et surtout les faiblesses de ses membres.

 

Parce que si Irene est véritablement le personnage fort de la série, Enric, malgré le fait qu’il soit un homme et donc réputé plus fort (2) ne l’aide pas : il est le faible entre les deux enfants originels. A chaque fois, sa mère le ramène dans son giron, ce qui n’est pas possible pour cette fille indocile qu’est Irene. C’est d’ailleurs (presque) incroyable que ce grand échalas se fasse avoir à chaque fois par cette mère on ne peut plus abusive.

Et le fait d’avoir donné le rôle de la mère à trois actrices – à trois moments de sa vie – est une très bonne idée. Non seulement, cela évite le surplus de maquillage ou l’utilisation de l’IA, mais surtout, cela nous montre une femme à différents stades de sa vie, tout en restant inébranlablement la même comme le confirment ses entretiens avec son fils.

 

Mais c’est surtout la vie dans cette famille singulière – et particulière – qui nous fait réagir. Il y a une dose incroyable de fanatisme chez ces gens qui vont au-delà de ce que demande la religion, créant – malgré eux ? – une nouvelle branche fanatique. Et les différentes actrices qui interprètent Montserrat sont à chaque fois à la hauteur de l’enjeu (3) : des femmes avant tout perdues, mais qui savent – à chaque fois – garder les pieds sur terre et devenir maîtresses de leur destin.

De plus, le fait qu’elle s’appelle Montserrat n’est certainement pas anodin : Montserrat est un lieu mystique, sujet à des disparitions inquiétantes, dans la culture populaire tout du moins (Dan Brown, Giacometti & Ravenne…)

 

Quoi qu’il en soit, on suit avec beaucoup d’intérêt cette histoire quasi mystique où le véritable personnage malfaisant est celui qui doit amener le salut : la mère.

Et malgré tout, une question subsiste une fois la série terminée : comment peut-on se construire, comme Enric & Irene, après une expérience aussi traumatisante ?

 

  1. Quelle chaîne !
  2. Préjugé ? Oui.
  3. Personnellement, j’ai une préférence pour Lola Dueñas…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #George Miller, #Mad Max
Furiosa : une Saga Mad Max (Furiosa: A Mad Max Saga - George Miller, 2024)

Et de 5 !

George Miller poursuit sa saga, avec une histoire qui se situe avant le film précédent, centré sur le personnage de Furiosa (Anya Taylor-Joy) qui était précédemment interprété par Charlize Theron.

La petite Furiosa (Alyla Browne), qui vit dans une oasis de verdure australienne, est enlevée par les hommes du Dementus (Chris « Thor » Hemsworth). Elle va alors grandir dans un monde brutal où l’essence est toujours l’enjeu principal, même si ça ne nourrit pas son homme !

Commençant sa carrière en se faisant passer pour un garçon, elle grimpe les échelons jusqu’à devenir Praetorian grâce à sa rencontre avec Jack (Tom Burke), dans la Citadelle déjà dirigée par Immortan Joe (Lachy Hulme).

 

Oui, encore une fois, c’est violent, mais le titre ne laisse aucune équivoque : Mad Max est mentionné. On retrouve des bikers enragés, les véhicules hybrides (1). Mais bien sûr, l’intérêt est ailleurs. Surtout pour ceux qui ont déjà expérimenté la série. On y retrouve de nombreux éléments qui émaillent les films précédents, ainsi que des personnages qui en rappellent d’autres : Praetorian Jack n’est pas spécialement éloigné, dans son allure aussi, de Max Rochatansky, le personnage initial de cette série.

Mais ce qui marque surtout, encore une fois, ce sont les gueules ! Entre les hommes de la Citadelle à la peau blanche et le crâne rasé, les différents motards aux râteliers pas toujours bien entretenus et les yeux marron de Chris Hemsworth, nous sommes servis. Les seules belles personnes sont celles qui vont entourer Furiosa. Et encore, surtout au début.

 

Sans oublier certains noms qui jalonnent cette histoire : du Dementus (le fou) au People Eater (« Mangeur de gens » / John Howard) en passant par Immortan Joe (Lachy Hulmes a remplacé le regretté Hugh « Toecutter » Keays-Byrne décédé en 2020), c’est toute une galerie d’épithètes qui ne font pas spécialement rêver mais plutôt cauchemarder…

On peut aussi se demander – pas longtemps – l’origine du deuxième fils d’Immortan Joe Scrotus (Josh Helman). J’aurai bien suggéré de changer le dernier s par un m… Ce qui ne l’avantage pas vraiment… De toute façon, il est trop laid pour avoir un nom agréable. D’ailleurs, personne n’en a vraiment un.

 

Et puis il y a le reste. Les paysages grandioses de l’Australie qu’on retrouve avec beaucoup de plaisir, ce désert central déjà entrevu chez Peter Weir par exemple (Gallipoli), et que Miller met à nouveau en scène, devenant un élément indispensable dans cette intrigue post-apocalyptique. Et puis les autres références, qui sortent plus ou moins de la série initiale : le personnage christique de Mary Jo Bassa (Charlee Fraser), mère de Furiosa, qui se sacrifie pour elle est la survie végétale, crucifiée, comme il se doit par Dementus, dont la sonorité latine rappelle ceux qui ont crucifié le Christ ; et l’un des hommes de ce même Dementus qui fait s’entrechoquer des billes d’acier comme le capitaine Queeg sur le Caine…

 

Bref, un film foisonnant et très riche, superbement tourné et dirigé par un réalisateur qui « n’avait pas encore tout dit » sur Mad Max.

 

Alors, Furiosa : chapitre final ?

 

  1. En fait ils le sont : non pas pour leur consommation, mais pour leur reconstruction.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #James Hawes, #Anthony Hopkins
Une Vie (One Life - James Hawes, 2023)

669.

C’est le nombre total d’enfants qui ont été sauvés par Nicholas Winton (Anthony Hopkins & Johnny Flynn) entre les accords de Munich et l’invasion de la Pologne : entre le 30 septembre 1938 et le 1er septembre suivant.

Tout commence quand Winton (1909-2015) part s’occuper des réfugiés tchèques qui ont fui les Sudètes. Si le sort des réfugiés est terrible, lui est plutôt sensible aux sorts des enfants qui n’ont plus tous leurs parents.

Rentré en Angleterre, avec l’aide de sa mère (Helena Bonham Carter), il va remuer le Foreign Office pour faire venir un maximum d’enfants réfugiés. Neuf convois de chemin de fer seront organisés : les huit premiers arriveront, le dernier sera annulé au tout dernier moment, condamnant les enfants – et les autres réfugiés à une mort atroce.

En 1987, la BBC organise une émission spéciale de That’s Life (1) pour lui rendre hommage : il y retrouvera une des enfants qu’il a sauvée. D’autres viendront…

 

MAGNIFIQUE.

James Hawes revient à son tour sur la période de plomb – les années 1930 en Europe – et met en valeur un de ces anonymes qui ont sauvé des vies, par simple esprit solidaire, sans contrepartie. C’est un véritable travail de titan qui sera effectué par Winton et les autres, au nez et à la barbe des nazis, même s’il regrette de ne pas avoir pu en sauver plus (le dernier convoi comportait 250 enfants).

Mais ce qui marque le plus, c’est très certainement la gratuité de ce geste immense : Winton était un altruiste comme il le raconte à son ami Martin Blake (Jonathan Pryce & Ziggy Heath).

Ce sont donc onze mois qui défilent du fait de l’ampleur de la tâche, qui n’est pas facilitée par l’administration. Seul Leadbetter (Michael Gould) va les aider, un peu à l’encontre de sa hiérarchie.

 

Et Anthony Hopkins porte avec brio ce film, tout en subtilité comme il sait le faire, bien loin des divers méchants que nous lui connaissons. Et son personnage, malgré l’immense geste qu’il a pu faire, reste un homme simple et foncièrement bon. Mais cette histoire est avant tout pour lui une façon de finir ce qu’il a commencé cinquante ans plus tôt : sans cesse dans l’action, il n’a jamais pris le temps de véritablement réaliser la portée de son geste. Alors quand il retrouve l’une de ses « préférées » – Vera Diamantova (Frantiska Polakova puis Henrietta Garden) – parce qu’elle aimait, tout comme lui le ski et la natation, le passé lui revient en pleine figure, et s’il arrive – presque – à se contenir, quand il rentre chez lui, « le chagrin lâche la bonde. »

Sur quoi pleure-t-il ? Très certainement ceux qu’il a laissés là-bas, malgré lui.

 

Pour un premier film, James Hawes fait très fort, racontant et dirigeant avec conviction cette histoire incroyable et oubliée (pas de tous, heureusement). Si certains ont surnommé Winton le « Schindler britannique », nous ne sommes tout de même pas dans le cas de l’Allemand. En effet, à aucun moment, Winton ne risque sa vie – était-ce le cas de Schindler ? – surtout qu’il est rentré au pays. Mais son action reste tout de même tout aussi remarquable. Et on sent un peu l’influence du film de Spielberg sur Hawes. Mais qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit nullement d’un hommage ou d’une quelconque imitation du film du maître.

Hawes reste continuellement sur l’aspect ordinaire de son héros. S’il est reconnu par la société anglaise, c’est parce qu’il a profité de l’absence de sa femme pour faire du rangement : il a réussi à détruire une grande partie de ses affaires qui encombraient sa maison – ça en représente des choses, un vie ! – mais il ne peut se résigner à détruire cet exploit – qui pour lui n’en est pas un : c’est un autre témoignage de guerre, un peu différent des autres.

 

Et pourtant, c’est tout sauf un témoignage ordinaire. Parce que Nicholas Winton n’était pas un personnage ordinaire, comme le montre ce film : et l’hommage se termine sur de véritables images de Winton. Quand il a un âge avancé bien sûr, mais on n’oubliera pas la dernière, certainement la plus emblématique : le jeune Winton qui regarde l’objectif d’une caméra, un enfant dans les bras.

C’est très fugace, mais peut-être la plus belle.

 

  1. Emission un tantinet démagogique, en tout cas très populaire à l’époque.
Nicholas Winton (1909-2015)

Nicholas Winton (1909-2015)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #George Sluizer
L'Homme qui voulait savoir (Spoorloos - George Sluizer, 1988)

Magistral.

Pas étonnant que Kubrick ait aimé. George Sluizer déroule doucement et progressivement l’écheveau de son intrigue (il a aussi signé le scénario), prenant le temps de mettre en condition son personnage principal – Rex Hofman (Gene Bervoets) – et surtout les spectateurs, jusqu’à l’impensable.

 

Mais reprenons.

Nous sommes en juillet 1984, et Hinault & Fignon s’affrontent sur les pentes du Tour pour le maillot jaune. C’est le moment qu’ont choisi Rex et sa fiancée Saskia (Johanna ter Steege) pour venir passer des vacances dans les Cévennes, à Vieux-Bois, près d’Anduze (30). Ils ont même amené les vélos et le matériel de ping-pong.

Mais dans une aire d’autoroute proche de l’arrivée, Saskia disparaît complètement. Jamais Rex ne croit à une fugue : elle a très certainement été enlevée.

Trois ans après, la bataille pour le maillot jaune fait toujours rage, même si Hinault a pris sa retraite.

Toujours est-il que Rex est toujours à la recherche de Saskia. Ou plutôt : il voudrait savoir ce qu’il lui est arrivé.

Entre alors en scène Raymond Lemorne (Bernard-Pierre Donnadieu), professeur de physique-chimie, père de famille et bon mari. Il était là quand Saskia a été enlevée : c’est lui qui est l’auteur du rapt.

 

Bien sûr, le personnage de Donnadieu est glaçant. Encore une fois, il interprète un méchant, mais cette fois-ci de la pire espèce : un tueur sociopathe (il se définit ainsi) sans remord ni encore moins de regret. En face de lui, Rex est totalement impuissant. Qu’il le veuille ou non, il court à sa perte, malgré qu’il en soit conscient. Mais les arguments de Lemorne ont la force d’un venin qui s’insinue et contre lequel il n’y a aucun antidote.

Non seulement Rex veut savoir, mais en plus, sans contrepartie : seule la vérité l’intéresse.

Et Le morne en joue, ayant absolument tout prévu, même un éventuel refus, tout en sachant que le besoin de vérité est le plus fort : la dernière tergiversation dans l’aire d’autoroute où tout a commencé en est une illustration parfaite.

 

Mais ce qui marque le plus, c’est le modus operandi : Rex veut savoir la Vérité, il ne va pas être déçu, Lemorne va tout lui révéler. Nous assistons alors aux développements de la stratégie du tueur, comment il part en chasse, autour de chez lui, de préférence des femmes seules. Et c’est pile quand les deux jeunes gens arrivent que son stratagème fonctionne : ils étaient au mauvais endroit, au mauvais moment. Mais Sluizer se régale et nous lance tout de même sur quelques fausses pistes : la panne d’essence qui voit Rex revenir avec un jerrican plein mais une voiture vide… Saskia était sortie du tunnel, un tantinet angoissée par la solitude.

Même lors de l’enlèvement de la jeune femme, Lemorne doit s’y reprendre à deux fois, pour une histoire de monnaie…

 

Et Lemorne expose tout cela à sa (future ?) victime : il veut que Rex ressente tout ce qu’a vécu Saskia, qu’il s’en imprègne… Jusqu’au bout. Et le tout dans un état de calme apparent, lui qui a tendance à faire de la tension.

C’est ce calme qui impressionne le plus. Lemorne est un être d’une incroyable dangerosité et surtout un tueur de la pire espèce. Non seulement il n’éprouve aucune pitié envers ses victimes, mais en plus il mène une vie des plus rangées, profitant seulement des vacances pour chasser « le gibier le plus dangereux » comme disait Schoedsack…

Ca en devient presque inconcevable de le voir plonger pour sauver une petite fille de la noyade !

 

Bref, un thriller immanquable où Bernard-Pierre Donnadieu démontre une fois de plus - s’il est besoin – qu’il était un immense acteur.

Et Lemorne donne encore une fois raison à Fritz Lang : un tueur névrosé – névro-, socio- ou psycho-pathe – ça ne se reconnaît pas dans la foule.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Lon Chaney
Monsieur Wu (Mr. Wu - William Nigh, 1927)

Il y a deux monsieur Wu : le père (Lon Chaney), mandarin réputé et respecté, et son fils (Lon Chaney), autre mandarin qui succède à son père après avoir bénéficié d’une éducation mixte auprès de Mr. Muir (Claude King).

Le fils s’est marié à la fille d’un autre mandarin (Toshia Mori) mais elle est morte prématurément, lui laissant une fille, elle aussi belle comme le jour : Nang Ping (Renée Adorée).

Comme le veut la tradition, Nang Ping doit bientôt épouser son futur mari (qu’elle ne connaît pas). Mais Nang Ping, par hasard, fait la connaissance de Basil Gregory (Ralph Forbes). Ils tombent amoureux et se promettent un avenir commun.

Mais ça, ce n’est pas possible : Mr. Wu veille et doit empêcher qu’une telle chose se fasse.

 

Nous sommes en 1927, et même William Nigh nous le rappelle : son film est d’une facture technique très honorable, avec en prime « l’homme aux 1000 visages », Lon Chaney. Cinq ans après le phénoménal Shadows, il nous revient dans un rôle d’Asiatique emblématique : Mr. Wu. S’il a des ressemblances avec Yen Sin – je parle du fils – c’est surtout le père qu’on retient, dans une courte séquence qui le voit pronostiquer sa disparition. C’est un très vieux mandarin qu’il interprète, grimé à l’occasion, avec moustache tombante et barbe fine sans oublier les inévitables ongles démesurés. Encore une fois : phénoménal.

 

Parce que nous sommes dans un de ces films exotiques qui n’est pas sans rappeler Mme Butterfly sur certains aspects, mais dans une Chine éternelle et un tantinet stéréotypée. Encore une fois, nous retrouvons un thème sociétal cher aux Américains : la rencontre entre l’Est et l’Ouest. Et encore une fois, cette rencontre conduit à une tragédie, empêchant un quelconque rapprochement.

C’est à nouveau le décalage culturel entre ces deux mondes qui explique cet échec. Les deux enfants – Nang Ping & Basil – qui pourtant représentent l’avenir des deux familles sont les victimes des préjugés et autres conventions.

D’un côté la tradition oblige Wu à marier sa fille à un inconnu (de bonne famille, cela va de soi), empêchant le bonheur des deux jeunes gens ; de l’autre, les préjugés – avec racisme – du père de Basil (Holmes Herbert) ainsi que les réflexions de sa mère (Louise Dresser) nous font comprendre ainsi qu’à Nang Ping qu’elle ne doit pas se faire d’illusion.

Bref, même si l’amour ne connaît pas de frontière, la situation le rappelle à la raison : les deux amoureux ne finiront pas ensemble. (1)

 

Si nous sommes dans une Chine d’opérette, on ne peut tout de même pas nier le soin mis dans les décors et les costumes, et ceux de Mr. Wu, surtout : jusque dans le blanc qu’il porte pour marquer le deuil. Rien n’est laissé au hasard, jusqu’au jardin (japonais ?) qui voit s’aimer les deux jeunes gens. Certes, Renée Adorée a les yeux beaucoup trop clairs pour être pleinement chinoise, mais son jeu pallie cette difficulté. Anna May Wong (Loo Song, sa demoiselle de compagnie) aurait été certainement plus crédible, mais n’aurait peut-être pas transmis les mêmes émotions.

Quant à Chaney, il est encore une fois impeccable, troquant temporairement son regard mauvais – ça ne dure pas, rassurez-vous – contre un bienveillant, jusqu’au point de non retour. Là, il redevient tel que nous le connaissons, avec toujours cette méchanceté dans le regard qui a fait son succès.

Bien sûr, lui non plus n’est pas asiatique, mais encore une fois, le maquillage est performant, et il est un Mr. Wu plus chinois que l’original.

 

Alors on savoure…

 

  1. N’oublions pas que les mariages mixtes ne sont pas très bien vus pour une grande majorité de la population américaine de l’époque… Et pas seulement dans le Sud.
Lon Chaney & Claude King

Lon Chaney & Claude King

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