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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Les Forçats de la gloire (Story of GI Joe - William Wellman, 1945)

Afrique du Nord, 1942.

Ernie Pyle (Burgess « Mickey » Meredith), correspondant de guerre, est attaché à la compagnie C du 18ème régiment d’infanterie américaine, dirigée par le lieutenant (sui deviendra capitaine) Bill Walker (Robert Mitchum).

Puis, il retrouvera cette unité en Italie, pendant la campagne de libération, et se retrouvera bloqué au pied d’un monastère, arrosé par la pluie, et surtout les bombes.

 

Quand le film est présenté, Ernie Pyle – le véritable journaliste – est mort depuis déjà deux mois sur l’île d’Okinawa. Mais si ce film pourrait lui être dédié, c’est avant tout aux hommes de troupes qu’il rend hommage : ces anonymes sans grade, qui se sont battus pour éliminer les dictatures européennes. Et si l’intrigue se situe en Italie, ce sont bel et bien les Allemands les véritables ennemis : les soldats américains sont venus libérer les Italiens.

Et comme c’est William Wellman qui est aux commandes, c’est un récit dont le réalisme se rapproche fortement de l’authenticité, sans démonstration spectaculaire ni grandiloquence : ces soldats sont avant tout des hommes avec leur force et surtout leurs faiblesses.

 

La preuve ? A chaque fois qu’il y a engagement, nous assistons au départ et au retour des soldats. Entre les deux ? Nous ne voyons absolument rien. Seules les réactions des survivants qui reviennent nous informent de ce qu’il s’est passé, sans explication ni détail plus ou moins sordide. Et cette absence de scène de combat se justifie aussi par le point de vue adopté par le scénario, celui de Pyle : correspondant de guerre, il est laissé en arrière jusqu’au retour plus ou moins victorieux.

Et ce qu’on peut retenir du film, ce sont les regards de ces morts en sursis, persuadés que de toute façon, ils ne rentreront pas chez eux. Et ils ont raison : la liste des morts de cette compagnie s’allonge à mesure que le film avance. Mais chaque mort ne prend qu’une infime place dans la vie de ces hommes : le combat continue, il n’y a pas de temps prévu pour pleurer le dernier tombé.

 

Mais malgré tout, Wellman laisse de la place au quotidien de ces hommes : le fait que Pyle reste en arrière en est la première cause, bien sûr, mais il y a aussi cette volonté de coller à ses personnages qui anime Wellman, comme on a pu le voir déjà dans d’autres films de guerre (Wings, avant ou C’est la Guerre, après).

Chaque moment est un élément de vie : quand le capitaine Walker et le sergent Warnicki (Freddie Steele) délogent des tireurs allemands dans une église, le sergent en profite pour réciter une prière, prenant conscience du lieu dans lequel ils viennent de tuer des hommes.

Un autre personnage tient une place importante dans la vie de ces hommes : le chien. C’est Henderson (William Self) qui l’a adopté, mais comme il est le premier à mourir, un autre va prendre le relais. Et il en sera ainsi jusqu’à la fin, quand la compagnie repart.

 

Et puis il y a le mariage du soldat Robert « Wingless » Murphy (John R. Reilly), avec l’infirmière Elizabeth (Dorothy Coonan Wellman, la femme de) : nous sommes en guerre mais les formes sont respectées, jusqu’à la nuit de noce qui a lieu dans une ambulance modifiée pour l’occasion. Nous avons même droit à Murphy portant sa femme avant d’entrer dans leur nid d’amour…

Le tout sous le regard des autres hommes : il n’y a pas d’envie ou de jalousie, juste un air un tantinet hagard, comme si la vie réelle loin des champs de bataille, se rappelait à eux et les happait. On retrouve ce même regard dans La grande Illusion de Renoir quand l’un des soldats aux traits fins va enfiler une robe : un grand silence éloquent s’installe.

Autre grand moment de regards : la séquence de la radio. Les messages sont terminés et le technicien capte de la musique. Du jazz, mais il est émis par Radio Berlin et nous avons droit alors à une belle émission de propagande nazie avec une voix féminine sensuelle qui ne laisse pas de marbre les soldats. Là encore, Wellman s’attarde sur les visages pendant que la femme leur rappelle des souvenirs de la maison, de leurs femmes, etc.

 

Il y a une force dans ce film qui tient aussi à l’authenticité des différentes péripéties racontées : à l’origine, les livres de Pyle, qui a conseillé Wellman avant de partir mourir une fois le film terminé.

Le reste, c’est la justesse de l’interprétation, avec en particulier un jeune acteur (27 ans) qui va faire parler de lui – Robert Mitchum –, et bien entendu le savoir faire de Wellman !

Ernest Taylor Pyle (1900-1945)

Ernest Taylor Pyle (1900-1945)

Les Forçats de la gloire (Story of GI Joe - William Wellman, 1945)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Justice, #Drame, #Stanley Kramer
Jugement à Nuremberg (Judgment at Nuremberg (Stanley Kramer, 1961)

1948 (avant le 24 juin), Nuremberg (Bavière).

Un dernier procès s’ouvre dans le Palais de Justice de cette ville qui symbolise alors l’essor du nazisme. Le juge Haywood (Spencer Tracy) préside le tribunal qui doit juger quatre accusés tous membres de l’appareil judiciaire nazi : Emil Hahn (Werner « Klink » Kemperer), Friedrich Hofstetter (Martin Brandt), Werner Lampe (Torben Meyer) et surtout Ernst Janning (Burt Lancaster), juriste émérite s’il en est.

Tous sont accusés de crime contre l’humanité dans l’exercice de leur métier. Face à eux, le colonel Ted Lawson (Richard Widmark), un procureur qui a libéré des camps de concentration. Pour les défendre, un jeune avocat admirateur de Janning, Hans Rolfe (Maximilian Schell).

 

Il s’agit du premier film de fiction traitant de cet épisode. Loin du procès spectaculaire des grands chefs deux ans plus tôt, celui-ci se démarque par l’aspect ordinaire des différents accusés : aucun n’a pris de décision nationale, mais tous ont précipité des êtres humains à la mort ou la mutilation (stérilisation), du fait de leur différence. Parce qu’ils étaient juifs, parce qu’ils étaient diminués intellectuellement… Et presque tous ne regrettent leur geste. Presque parce seul Janning émet une forme de regret, au grand dam de son avocat.

Et le sentiment de (non)culpabilité s’exprime pleinement lors de leur déclaration finale (avant le verdict) : Hahn ne regrette rien, Hofstetter déclare avoir obéi aux ordres, Lampe ne sait quoi dire, et Janning confirme sa confession.

Et ce film, c’est avant tout la fin de l’entente fragile qui régnait pendant la durée des procès : à un moment, nous apprenons que le blocus de Berlin (24 juin 1948 – 12 mai 1949) a commencé, et nous découvrons même une carte d’état –major détaillant le ravitaillement de l’ex-capitale.

 

Mais la raison d’être de ce film, c’est surtout le fait que la plupart des criminels – et en particulier ceux qui ont véritablement participé au Procès des Magistrats. C’est une sorte de piqûre de rappel quant aux Années de Chien (1), et la culpabilité du peuple allemand durant cette période.

Et l’idée d’aller tourner sur place accentue l’aspect authentique de l’intrigue (2), renforçant l’importance d’un tel procès : la promenade de Haywood là où se déroula la grande célébration du nazisme (1935), avec en fond sonore la voix d’Hitler nous (re)plonge presque physiquement dans la période : une voix agressive qui monte et annonce le cataclysme.

 

Et si le film fonctionne bien, c’est aussi – et surtout ? – grâce à son interprétation. Spencer Tracy est – comme d’habitude – impeccable et campe magnifiquement cet homme qui doit juger ses pairs tout en subissant les pressions extérieures liées à la crise de Berlin. Son allocution est pleine de force, sans pour autant être exaltée.

Si Burt Lancaster est le second dans la distribution, son rôle est la plupart du temps mutique : seule sa déclaration le met véritablement en évidence, le reste du temps, son regard bleu (en noir et blanc) reste froid : Janning sait qu’il a mal agi.

Par contre, c’est Maximilian Schell qui tire – magnifiquement – son épingle du jeu, à tel point que c’est lui qui va rafler l’Oscar (mérité) ! Hans Rolfe, par contre, est un avocat exalté et ses diatribes possèdent une force, voire une violence qui ne laisse pas de marbre. De plus, ses différentes interventions ont la constante tendance à progresser en intensité, jusqu’à rappeler l’agressivité verbale du même Hitler.

Alors face à lui, Richard Widmark est presque submergé par ce déferlement vocal, et seules les images des camps vont permettre à son personnage de garder la main dans l’accusation.

Quant aux seconds rôles notoires, on appréciera à leur juste valeur les prestations, magnifiques elles aussi, de Monty (Rudolph Petersen) en homme diminué intellectuellement et donc physiquement, tout comme Judy « Dorothy » Garland (Irene Hoffman) dont c’est le grand retour sur les écrans.

Du beau monde pour un film fort : une distribution à la hauteur de l’enjeu !

 

Et dire qu’il faudra attendre encore plus de 60 ans avant que de nouveaux films (russe en 2023, puis américain en 2025) sur ce sujet sortent sur grand écran !

 

  1. Hundejahre (1933-1945)
  2. Dont Montgomery « Monty » Clift est un des coscénaristes avec Abby Mann.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Drame
Les Assassins sont parmi nous (Die Mörder sind unter uns - Wolfgang Staudte, 1946)

Merci à Karsten Forbrig (Centre culturel Franco-Allemand de Nantes) qui a permis une projection de ce film dans de très bonnes conditions.

 

Le 15 novembre 1946, à l’Admiralpalast, dans la zone soviétique de Berlin, a lieu la première de ce film qui symbolise le renouveau du cinéma allemand, et surtout EST-allemand, puisque la DEFA vient de remplacer la UFA qui elle, n’a pas survécu à la guerre.

 

[NB : De véritables éléments de résolution de l’intrigue se sont glissés dans les lignes qui suivent. Lisez à vos risques et périls, si vous n’avez pas (encore) vu le film]

 

Nous sommes en 1945, au lendemain de la capitulation, et le train ramène à Berlin ceux qui ont dû la quitter, volontairement ou non. Parmi les nouveaux arrivés, une jeune femme, Suzanne Wallner (Hildegarde Knef), qui a passé deux ans dans un camp de concentration.

La ville qu’elle retrouve n’a plus rien à voir avec celle qu’elle a quittée : des ruines plus ou moins stables ont remplacé maisons et immeubles de la capitale du Reich.

Arrivée dans son quartier, elle rencontre celui qui occupe son appartement, le docteur Hans Mertens (Ernst Wilhelm Borchert), chirurgien alcoolique sans feu ni lieu, marqué dans sa chair par les années de guerre.

Progressivement, la cohabitation entre ces deux solitaires s’organise, pendant que Berlin panse ses plaies.

 

Dès l’ouverture, Wolfgang Staudte donne le ton : alors que Mertens déambule dans la ville en ruines, nous entendons un piano qui égrène quelque mélodie jazzy, genre interdit il y a peu en Allemagne. Puis, c’est l’arrivée du train en gare de Berlin, à l’instar de celui de Walther Ruttman près de vingt ans plus tôt (Berlin, Symphonie d’une grande ville, 1927). Mais ce nouveau train n’apporte plus des promesses de réjouissance : les passagers sont partout – sur les marchepieds, les toits des wagons – et viennent se reconstruire avec la ville.

Dès lors, Staudte multipliera les plans de la ville détruite, filmés au kilomètre à la lumière naturelle, donnant une impression de désolation permanente au film.

Nous avons même droit à un pan de mur qui s’écroule, libérant une poussière qui n’est pas sans rappeler la fumée sulfureuse de l’enfer, ce plan étant soutenu par une musique volontairement dramatique qui accentue l’effet produit.

 

Mais l’errance initiale ne peut pas perdurer. En effet, le spectateur va vite s’ennuyer si l’intrigue se réduit à cela, et surtout, ce film est là pour relancer une production cinématographique avec en prime une certaine perspective de propagande : c’est bel et bien l’armée d’occupation (soviétique) qui dirige le propos : il faut un message pour le spectateur. Et celui-ci est double : nous allons nous relever et surtout retrouver les assassins du titre.

Qui sont-ils ? A l’instar de Ferdinand Brückner (Arno Paulsen), ce sont ceux qui, pendant les Années de Chien  (« Hundejahre »), ont eu une conduite des plus criminelles, tuant ou faisant tuer nombre d’innocents, au nom de l’idéologie nazie.

Brückner est donc de ceux-là, lui qui a fait exécuter des innocents (« 36 hommes, 54 femmes et 31 enfants ») pour un coup de feu isolé. Parce que Brückner, une fois sa guerre terminée, est retournée dans ses foyers et a repris son activité professionnelle, dirigeant son entreprise en bon père de famille pour ses ouvriers.

 

C’est un flashback qui nous révèle l’horreur – ordinaire – de la période, enveloppé d’une sorte de nimbe, qui ramène Mertens à ces événements, infirmant le récit du même Brückner plus tôt. Nous comprenons alors l’errance de Mertens et surtout ses raison de s’enfoncer toujours plus loin dans la déchéance et l’alcool : il n’est alors que médecin  auxiliaire de l’armée et n’a pas, pour cette raison, de sang sur les mains. De plus, sa répulsion pour le crime qui se joue le dédouane complètement du régime déchu.

Mais est-il vraiment innocent ? On pourrait en douter si la SMAD (Sowjetische Militäradministration in Deutschland – administration militaire soviétique en Allemagne) n’avait imposé une autre fin à Staudte. En effet, la séquence finale voit l’affrontement entre Mertens et Brückner dans un couloir, le premier menaçant le second avec le pistolet qui aurait pu le tuer plus tôt. Staudte voulait que Mertens élimine ce salaud, devenant à son tour un criminel, un assassin.

Mais la SMAD a préféré jouer la carte légale, promettant aux criminels (cachés) d’être traqués et présentés devant un tribunal avant d’aller en prison (ou plus) : le dernier plan que nous avons de Brückner, clamant une prétendue innocence le voit positionné derrière des barreaux.

 

De plus, le fait d’avoir privilégié cette voie légale donne à Susanne un rôle moins décoratif. En effet, alors qu’elle est censée sortir d’un camp de concentration (Ravensbrück ?) après deux ans (environ) d’internement, Susanne nous apparaît superbe : aucune marque de privation – inévitable après un tel séjour – ainsi qu’une certaine aisance financière. De plus, l’exploitation du film (affiches, essentiellement) joue sur son visage et son (très beau) regard, remisant Mertens au second plan quand il est présent.

Parce que Mertens demeure le personnage principal de l’intrigue. C’est donc un homme qui se reconstruit et qui va, d’une certaine façon, gagner son salut et renaître, alors qu’il ne songe qu’à une chose : tuer cet assassin qui évolue parmi nous.

Deux temps sont nécessaires à sa renaissance, et à chaque fois quand il est sur le point de passer à l’acte qui ferait de lui un autre assassin :

  • La mère (Elly Brugmer) de la fillette malade à la recherche d’un docteur pour sauver son enfant : Mertens va retrouver ses sensations et surtout son art en sauvant l’enfant à l’aide d’une trachéotomie. Sauver l’enfant c’est déjà se sauver lui-même.
  • L’intervention finale de Susanne dans le couloir de l’usine de Brückner : son intervention sauve définitivement Mertens qui va pouvoir reprendre une vie normale, et pleinement se reconstruire.

 

Cette dernière séquence est très certainement l’une des plus emblématique du film, essentiellement dans son rendu visuel. A plusieurs reprises, Staudte et ses chefs-opérateurs (Friedl Behn-Grund & Eugen Klagemann) jouent sur l’ombre et la lumière, à l’instar du cinéma de Weimar : silhouettes sur les murs, au plafond ou au sol… Il y a une véritable recherche d’effets dans ces différents plans : l’ombre Mertens à l’entrée de l’appartement ; celles des têtes des voisins « comme il faut » qui dispensent leur venin contre les deux jeunes gens, aux formes angulaires qui s’interpénètrent…

Et le final qui voit l’ombre de Mertens grandir sur le mur derrière Brückner pendant que celle de ce dernier rapetisse à mesure qu’il s’en approche. Ce jeu de domination des ombres est malgré tout très fidèle à ce que voulait Staudte : si Mertens ne tue pas Brückner parce que la SMAD ne le voulait pas, son ombre anéantit toutefois celle de ce misérable criminel de guerre. Certes, il survit à la fin, mais pour combien de temps ? Le final, en surimpression, ne laisse aucun doute au spectateur quant à son sort : il paiera pour ce qu’il a fait.

 

PS : je ne suis pas le seul à avoir trouvé un faux air de ressemblance entre Brückner et un ex-éleveur de poulets reconverti dans le crime contre l’humanité…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aventure, #Richard Fleischer
20.000 Lieues sous les mers (20,000 Leagues under the sea - Richard Fleischer, 1954)

Avec une pensée pour l’Affaire Louis Trio et son capitaine au fond des mers…

 

Nous sommes entre Peter Pan (1953) et la Belle et le clochard (1955) et les studios Disney se lancent (enfin ?) dans les prises de vue réelles. Et pour un début, c’est une sacrée réussite !

Il faut dire que ce roman de Jules Verne se prête très bien à l’adaptation, puisque c’en est déjà la troisième.

 

1868. Un monstre terrorise les mers : des navires coulent après avoir été percutés par un ONNI (Objet Nageant Non Identifié) possédant deux immenses yeux jaunes.

Le professeur Aronnax (Paul Lukas) et son assistant Conseil (Peter « M » Lorre) sont bloqués à San Francisco et se voient proposer un périple dans les mers du Sud afin de découvrir ce qu’il en est de ce monstre. Parmi l’équipage de la frégate, on retrouve un harponneur chevronné, Ned Land (Kirk Douglas).

La rencontre avec le Monstre a lieu et les trois personnages sont secourus, après le naufrage de leur embarcation, par un personnage étrange, le capitaine Nemo (James Mason). Ce dernier commande un engin amphibie bien singulier : le Nautilus.

 

La première fois que j’ai vu ce film, ce devait être au milieu des années 1970, je devais avoir six ou sept ans. Ce fut un véritable choc. En effet, alors qu’on annonçait – dès l’ouverture – le nom de Walt Disney, ce n’était pas un dessin animé ! Mais surtout, c’est cette histoire incroyable de capitaine misanthrope qui a retenu mon attention, et pour une bonne raison : il meurt à la fin ! Je n’avais jamais vu de mort au cinéma (1), aussi fus-je très affecté par cette dernière séquence qui le voit rendre l’âme.

L’autre élément impressionnant de ce film, c’est l’attaque par le calamar géant, et une cinquantaine d’années après la première vision, j’avoue que cet épisode est toujours aussi spectaculaire : les tentacules, le recours à l’électricité et surtout la gueule de l’animal contribuent à faire de cette séquence un sommet du film.

 

Et puis avec le temps qui passe, le personnage de Nemo n’a plus la même aura. Cinquante ans après, les mentalités ont changé et pour ma part, Nemo n’apparaît plus comme un fou misanthrope, mais plutôt comme un homme de principe : rien de ce qu’il fait n’est anodin ni insensé. On en arrive même – c’est mon cas – à apprécier cet homme qui a fait la guerre à la guerre. Et encore plus en ce moment où on nous rebat les oreilles avec son imminence.

Difficile alors pour Aronnax de rivaliser avec un personnage si complexe.

Ce sont d’ailleurs les deux autres rescapés qui tirent leur épingle du jeu : Ned et Conseil.

 

Ned parce qu’il est la jeunesse, le courage et la force : c’est lui qui sauve le Nautilus de l’attaque du calamar. C’est aussi lui, avec l’aide de Conseil, qui va précipiter la fin de Nemo. Et sa relation avec Conseil, prudente au début, devient une véritable complicité. Il faut dire que Peter Lorre donne toute son envergure à son personnage : certes, il possède un esprit cartésien commun à Aronnax, mais il éprouve une véritable attirance pour le harponneur, un homme qui a vécu pendant que lui étudiait.

Et leur relation constitue aussi un élément comique salutaire dans ce monde clos du Nautilus, et son environnement bien sérieux.

Et n’oublions pas l’universalité voulue par Disney : il fallait que le film s’adresse à tous, petits et grands. Et si Ned nous est présenté entouré de deux jeunes femmes qui ne sont pas obligatoirement très vertueuses, la bagarre qui se déclenche va empêcher ce dernier de se livrer à certaines turpitudes réservées aux adultes (surtout en 1954 !).

De plus, nous retrouvons quelques éléments disneyens : la présence d’un animal attachant (le phoque Esmeralda) qu’on nourrit avec des cigares, et l’indispensable chanson !

C’est Kirk Douglas qui l’interprète, un chant de marins, et il a même appris à jouer de la guitare pour l’occasion.

 

Mais pour moi, le meilleur personnage, c’est le Nautilus. Certes, il n’est pas comme a pu le décrire Jules Verne, mais qu’importe, nous sommes avant tout au cinéma et il fallait que ce monstre soit spectaculaire et crédible. Et mon sentiment lors de la première vision reste la même : c’est un bâtiment terrible, même s’il m’apparaît aujourd’hui bien petit extérieurement par rapport aux différentes pièces qu’il renferme. Bien entendu, la salle de l’orgue est absolument magnifique, et Toccata et Fugue en ré mineur dans un tel décor, c’est tout de même quelque chose !

 

Bref, soixante et onze ans après sa sortie, le film n’a rien perdu de sa force et de ses prouesses visuelles. Les studios Disney ont cassé leur tirelire (2) mais le jeu en valait vraiment la chandelle.

 

  1. Chez Disney, c’est plutôt rare.
  2. Le film a coûté 5 millions de dollars, un record pour l’époque !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Policier, #Rian Johnson
Glass Onion : Une Histoire à couteaux tirés (Glass Onion - Rian Johnson, 2022)

Benoit Blanc (Daniel « Bond » Craig) est de retour !

En plein COVID (nous sommes en 2020), il reçoit une invitation d’un génie de la technologie pour un week-end murder-party. Est-ce une provocation, ou plutôt une erreur ?

Quoi qu’il en soit, il n’est pas le seul invité à cet événement : Miles Bron (Edward Norton) a invité ses amis de toujours pour s’amuser autour de son soi-disant meurtre.

Mais Blanc est là et le jeu se termine alors qu’il vient à peine de commencer.

Vraiment ?

Alors pourquoi Duke (David « Drax » Bautista) meurt-il étouffé après avoir bu dans le verre du même Miles ? Et qui a tiré sur Andi Brand (Janelle Monáe ) ?

Finalement, Blanc a bien fait de venir, même si l’enquête n’est pas aussi simple qu’il y paraît…

 

On prend le même réalisateur (Rian Johnson), le même acteur principal (Daniel Craig, donc), et la même inspiration, le monde clos cher à Agatha Christie) et on recommence. Mais nous savons tous qu’une suite n’est pas toujours une bonne idée – à part L’Empire contre-attaque, bien sûr, ou Le Parrain (etc.) – mais rassurez-vous, ici, ça l’est !

Encore une fois, cet univers de riches personnes à l’écart du monde tient toutes ses promesses.

Bien entendu, on se souvient du célèbre Dix petits Trucs (on ne sait plus quoi dire ces derniers temps…) remplacé par Ils étaient dix (1939), avec ces gens isolés sur une île qui ont tous un point commun. Et en plus, le premier mort, à l’instar d’Anthony Marston, arrive après avoir bu !

 

Mais surtout, nous retrouvons ce drôle de détective au nom exotique (« Blanc » n’a rien d’anglo-saxon) et aux manières bizarres. Benoit Blanc est inclassable. Certes, comme dans le premier opus, il y a de Poirot chez lui, mais ça ne suffit pas. Parce que si Poirot a une très grande estime personnelle, Blanc n’a pas ce même orgueil. Et surtout, il possède un ressort comique bienvenu dans une intrigue plutôt malsaine : des amis qui se retrouvent pour enquêter sur la (fausse) mort de l’un d’entre eux…

Par contre, tout comme chez Agatha, une fois le processus lancé, il ne sera plus possible de faire marche arrière.

 

Et c’est là qu réside le talent de Rian Johnson.

En effet, il nous propose, comme c’est toujours le cas dans ce genre de film, différents points de vue qui se complètent et nous permettent de nous faire notre propre idée. Enfin de nous faire l’idée que souhaite ce même Johnson. Et le travail de Steve Yedlin – et son équipe – est primordial pour la réussite du film : nous avons droit à des points de vue différents, voire seulement élargis, amenant un élément supplémentaire (ou plus) pour étayer la démonstration.

Et évidemment, nous avons droit au final en (presque) huis clos avec discours du professionnel (Blanc) quant à ce qu’il s’est réellement passé.

Presque ? Oui, parce que nous avons droit à un véritable final en apothéose, avec effets visuels époustouflants.

 

Du grand spectacle !

 

Un troisième opus vient de sortir. A suivre, donc !

 

PS : A l’instar de Poirot, Blanc ne vit pas seul. On peut voir Phillip (Hugh Grant), son colocataire (est-il plus que cela ?) quand Benoit est coincé chez lui, COVID oblige…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Gangsters, #Martin Scorsese, #Robert de Niro
The Irishman (Martin Scorsese, 2019)

Frank « Irishman » Sheeran (Robert de Niro) est un vieil homme, dans une maison de retraite. Il va bientôt mourir et revient sur certaines années de sa vie, à la fin des années 1950 et jusqu’aux années 1970.

Frank était livreur de viande, amis suite à une combine, il se retrouve dans le syndicalisme, et en particulier celui du crime, après sa rencontre officielle avec Russell Bufalino (Joe Pesci).

Nous suivons donc son parcours qui commence avant l’élection de Kennedy et se termine après le Watergate, des années importantes dans l’histoire des Etats-Unis.

Bien sûr, en tant que chauffeur routier, il fréquent l’incontournable Jimmy Hoffa (Al Pacino), jusqu’à devenir un de ses proches. Jusqu’à la disparition de celui-ci, le 30 juillet 1975.

 

Quelle affiche ! Les trois plus grands truands du cinéma de notre époque !

Si De Niro et Pesci sont des habitués des films de Scorsese, c’est la première fois qu’Al Pacino se mêle à leur microcosme. Mais son expérience auprès de Coppola ou De Palma joue en sa faveur : il s’adapte parfaitement dans cette histoire trouble où les genres ont tendance à se mélanger.

Oui, Hoffa était un syndicaliste important qui a beaucoup fait pour sa branche, mais à quel prix ?

C’est ce que nous raconte ici Scorsese, avec sa façon coutumière de nous montrer que ses personnages auront beau s’élever – et même très haut – ils n’en finiront pas moins tragiquement, au mieux au niveau où on les a découverts.

 

C’est le cas de Sheeran, qui finit seul dans un hospice, où ses filles ne viennent plus le voir, et en particulier Peggy (Lucy Gallina puis Anna « Rogue » Paquin). Il faut dire que sa vie n’a pas été des plus glorieuses, ni un véritable modèle d’honnêteté.

Quant aux autres, et Scorsese prend un peu le contre-pied de ses habitudes, ils vont tous disparaître les uns après les autres, de manière plus ou moins naturelle (plutôt moins, d’ailleurs) : il annonce, dès la présentation d’une de ces personnalités, la fin tragique inévitable, le plus souvent à coup d’arme à feu.

Et le premier dont nous apprenons le destin violent n’est autre qu’une (très) vieille connaissance de Scorsese (et De Niro) puisque c’est rien de moins qu’Harvey Keitel, qui n’avait pas tourné avec le réalisateur de puis 1988 (il faisait Judas, si vous voyez de quel film je veux parler…).

 

Bref, nous sommes en très bonne compagnie et Scorsese déroule, tout en redistribuant un peu les rôles. En effet, nous sommes habitués à Joe Pesci en petit excité ultraviolent et ici, il est un parrain local tout en nuances, calme et fermeté. Et De Niro se retrouve à faire directement le sale boulot, chose qui ne lui était pas arrivée depuis bien longtemps.

Parce que cet Irlandais (cf. titre) est avant tout un homme de main de la mafia de la côte est (essentiellement à Philadelphie), assassinant sans beaucoup d’état d’âme les gêneurs, dont Hoffa. Parce que Hoffa était devenu gênant, après un (court) séjour en prison : il voulait reprendre en main son syndicat, alors que le tout le monde était passé à autre chose.

 

Au-delà de cette intrigue criminelle terrible, c’est aussi la fin d’une époque qui nous est montrée ici, qui d’ailleurs coïncide avec le temps de la narration de Casino : tout a changé depuis, et ceux qui ont fait cette époque ont tous – brutalement pour la plupart – disparu.

Mais c’est aussi une forme d’adieu au genre, avec cette réunion prestigieuse d’anciens combattants : ses interprètes fétiches, et Pacino sont vieux, et il va être de plus en plus difficile de réunir un casting aussi prestigieux, malheureusement.

Mais heureusement pour nous, ce n’est pas encore fini : Scorsese nous l’a prouvé quatre ans plus tard avec son magnifique Killers of the flower Moon… Et un autre film à venir en 2026 !

Frank Sheeran (1920-2003) & Jimmy Hoffa (1913-1975)

Frank Sheeran (1920-2003) & Jimmy Hoffa (1913-1975)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Suspense, #Henry Hathaway
A vingt-trois Pas du mystère (23 Paces to Baker Street - Henry Hathaway, 1956)

Phillip Hannon (Van Johnson) vit dans un appartement londonien, au bord de la Tamise. Un jour qu’il va au pub, il surprend une conversation entre deux personnes. Il y est question d’une Mary et d’une entreprise criminelle.

Intrigué, il rentre chez lui et prévient la police. Bien entendu elle ne le croit pas : Hannon est un dramaturge célèbre et on attribue ce complot à son imagination fertile.

Et surtout, si on ne le prend pas vraiment au sérieux, c’est parce qu’il est aveugle…

 

Hitchcock a fait un émule !

En effet, l’intrigue, par certains aspects rappelle Fenêtre sur Cour sorti deux ans plus tôt : un personnage handicapé soupçonne une entreprise criminelle. Mais alors que John Michael Hayes (James Stewart) avait les jambes (provisoirement) paralysées et observait, Hannon se déplace mais ne voit rien. Ici aussi, il est aidé par une belle jeune femme, Jean Lennox (Vera Miles). Quant au final, il oppose encore une fois notre héros handicapé et le méchant dans son appartement.

Bref, une intrigue hitchcockienne à souhait, filmé avec beaucoup de maîtrise par Hathaway, servi par un trio à la hauteur de l’enjeu.

 

Van Johnson interprète cet aveugle qui joue au détective avec beaucoup de crédibilité, tout en s’en amusant : la séquence qui donne son titre au film voit un homme perdu dans le brouillard à cause de ses lunettes (épaisses), et c’est lui, aveugle, qui indique le chemin ! Mais la plupart du temps, il se comporte comme un véritable aveugle, même si nous ne nous en rendons pas tout de suite compte : à l’instar de la tenancière du pub (Estelle Winwood), nous découvrons fortuitement sa cécité. En effet, c’est une fois la conversation surprise et ses protagonistes partis que nous comprenons qu’il n’a pu qu’entendre ces deux personnes.

A ses côtés, Vera Miles est impeccable en femme amoureuse d’un homme qui devait l’épouser mais n’a pas pu suite à un accident qui lui a coûté la vue (en 1941). Elle ne se contente pas d’accompagner cet homme, mais participe à cette enquête singulière, devenant momentanément ses yeux. Sa prestation avant la séquence d’affrontement entre Hannon et le chef du complot est pleine de force et de conviction. Elle est aussi un autre lien avec Hitchcock, après avoir joué dans Revenge l’année passée, elle sera à nouveau à l’affiche à la fin de l’année dans Le faux Coupable (décembre 1956).

Mais c’est Cecil Parker (Bob Matthews, majordome de Hannon) qui remporte mes suffrages. Il représente magnifiquement l’archétype du majordome british, flegmatique à souhait tout en étant très attachant. On sent d’ailleurs des liens forts entre Hannon et Matthews. Son rôle d’ange gardien de Phillip couplé à celui d’être ses yeux le rendent indispensable à l’intrigue, De plus, Cecil Parker a lui aussi tourné avec Hitchcock (The Lady vanishes, 1938).

 

Quant aux méchants, ils sont trois aux pratiques radicales (un cadavre à l’arrivée, une femme tuée à coups de couteau), mais manquent tout de même d’épaisseur. Il faut dire que la cécité de Hannon prend le pas sur le reste de l’intrigue, laissant moins de place aux autres protagonistes.

La séquence (presque) finale qui voit Hannon attaqué par une personne qui lui veut du mal est magnifiquement rendue, jouant sur la lumière et surtout son absence, permettant à Hannon d’avoir une chance de s’en sortir face à un adversaire voyant : tous les deux sont dans le noir, sans oublier l’utilisation des bandes magnétiques pour susciter le trouble dans l’esprit de son agresseur.

 

Un dernier mot à propos du titre : si le traducteur a préféré parler de mystère, le titre original fait référence à la rue Baker (Baker Street) dont le locataire du 221B n’est autre que le célèbre Sherlock Holmes. C’est donc cette rue que recherche l’homme aux lunettes épaisses que Hannon conduit. Cette référence est tout sauf anodine : à l’instar du célèbre détective, c’est de chez lui Hannon résout cette énigme, et c’est chez lui qu’a lieu l’affrontement final qui voit, bien entendu, le Bien triompher du Mal.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Lewis Gilbert
Coulez le Bismarck ! (Sink the Bismarck! - Lewis Gilbert, 1960)

14 janvier 1939 : Lancement, à Hambourg, du cuirassé Bismarck, devant un public nombreux et enthousiaste dont le chancelier du Reich.

27 mai 1941 : coulage du Bismarck par la Royal Navy dans le Détroit du Danemark.

Entre les deux et après quelques ajustements, c’est un phénoménal cuirassé qui va sillonner – brièvement – les mers du Nord de l’Europe. Rapide et puissant, il est un bâtiment redoutable. Il ne reste qu’une seule solution pour l’Amirauté : couler le Bismarck !

 

C’est (enfin ?) au tour des Anglais de produire un film à grand spectacle, dans la lignée de ceux que Hollywood a produit pendant la décennie. C’est donc un épisode dramatique – mais tout de même glorieux – qui est confié à Lewis Gilbert, qui n’a pas encore rencontré la route du héros d’Ian Fleming.

Certes, seuls des plans de coupe du cuirassé nous sont confiés, ce qui se comprend : il n’y a que très peu d’images d’archives et le reconstruire aurait été beaucoup trop onéreux. Quoiqu’il en soit, Gilbert mène son film d’une main de maître, équilibrant les séquences navales et d’intérieur (QG), entretenant malgré tout le suspense : nous savons de toute façon que, à l’instar du Titanic, il sera coulé à la fin.

 

Bien entendu, l’intérêt n’est pas dans le coulage, mais dans la façon s’y arriver : les espoirs et désespoirs de la Marine anglaise pendant quelques jours. Surtout que le film s’ouvre sur l’arrivée d’un nouveau directeur des opérations, le capitaine Shepard (Kenneth More). Et son arrivée procède d’un très mauvais timing : sa vision stricte de la vie militaire – même dans un endroit protégé de la guerre – contraste avec la bienveillance de son prédécesseur. Malheureusement pour les gens sous ses ordres, c’est moment que choisissent les Allemands pour envoyer leur navire vedette en opération. Si Shepard n’est pas un officier facile, la présence d’un tel gibier dans les données guerrières ne facilitent certainement pas la vie au QG.

 

Bien entendu, Shepard a ses raisons pour entretenir une telle distance entre lui et ses subordonnées. Et la guerre en est responsable : sa femme est morte pendant un bombardement, le laissant presque seul : il lui reste son fils Tom (John Stride), mais pour combien de temps : ce dernier est embarqué sur un autre bâtiment qui va devoir rejoindre le conflit…

Et si Gilbert maîtrise les scènes navales, il réussit pleinement à reconstituer l’effervescence dans le quartier général de la Navy : les bulletins d’informations qui arrivent plus ou moins régulièrement, les périodes d’euphorie (on a repéré le navire) et de découragement (le HMS Hood est coulé en un tournemain), et les relations entre toutes ces personnes : le service avant tout, certes, mais jusqu’à quel point ?

 

Si Dexter (Robert « Tailor » Desmond) semble un tantinet abuser en demandant une absence pour retrouver sa fiancée, que dire de celui qui reste en poste malgré la fièvre et la maladie ?

Et ces deux exemples sont là pour nous rappeler que ceux qui mènent cette guerre loin du front sont aussi des êtres humains avec leur force (comme Shepard) et surtout leurs faiblesses.

Mais nous, spectateurs, nous doutons que la rigidité de Shepard a des origines précises, très certainement terribles. Et quand l’annonce de la disparition de son fils survient, le vernis qui le protégeait se craquelle : lui aussi a ses faiblesses, et  malgré toute sa volonté de fer, il lui arrive de céder au désespoir.

Ce moment du film est l’acmé du film : comme toute bonne comédie (1), nous assistons à une montée en puissance des éléments néfastes (et funestes) qui vont atteindre un point culminant avant que l’intrigue se résolve progressivement vers une fin heureuse inévitable.

Heureuse pour la Navy, certainement, mais pas pour ses ennemis. Certes, nous n’allons pas pleurer l’amiral allemand Günther Lütjens (Karel Stepanek), nazi convaincu et militaire orgueilleux au point de ne pas imaginer un seul instant que la victoire pourrait lui échapper. Ce personnage aurait tendance à nous rappeler l’exemple du Titanic déjà cité : pour lui, le Bismarck est indestructible.

Indestructible.

On a déjà vu ça…

 

  1. Dans le sens original, c'est-à-dire une histoire qui se termine bien (sans pour autant être drôle)
Coulez le Bismarck ! (Sink the Bismarck! - Lewis Gilbert, 1960)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Drame, #Norman Jewison, #Denzel Washington
A soldier's Story (Norman Jewison, 1984)

Nous sommes en Louisiane, en 1944, dans une base américaine où les soldats attendent impatiemment d’aller au front, et surtout le bataillon de soldats noirs, emmenés par le sergent Waters (Adolph Caesar), histoire d’aller botter les fesses d’Hitler.

Un soir, ce sergent rentre ivre à la base. Enfin essaie de rentrer, parce qu’il n’y arrivera pas : il est abattu sur le chemin. Comme nous sommes en Louisiane, pas besoin de chercher bien loin le(s) coupable(s) : le Klan, des gradés racistes (pléonasme dans cette intrigue) ?

Le capitaine Davenport (Howard E. Collins) est envoyé par Washington pour enquêter : et ce qui semblait évident ne l’est plus…

Certes, Waters n’était pas obligatoirement un formidable soldat, mais il ne méritait pas pour autant de mourir.

 

C’est encore une fois un film singulier que nous propose Norman Jewison, traitant du racisme dans l’armée américaine, mais pas seulement le racisme des Blancs contre les Noirs : Waters, sergent noir, détestait les hommes sous ses ordres, tous noirs. Alors évidemment, ça ouvre le champ des possibilités, question meurtrier.

Et Jewison, à coup de flash-back, va nous faire entrer dans le quotidien de ce bataillon particulier, héritage incontournable de la ségrégation sudiste.

Avec surtout un élément primordial dans cette enquête : le capitaine Davenport est un officier noir, une anomalie dans ce milieu, et en plus tout se passe dans le Sud !

Et encore une fois, Jewison s’en sort avec brio, mais pouvait-il en être autrement ?

 

Certes, l’intrigue est riche en péripéties, mais cela ne suffit pas. Jewison nous présente très progressivement ce personnage qui se fait tuer dès l’ouverture. Et plus nous avançons dans cette intrigue, plus ce « soldat » du titre est ambigu : il n’est pas vraiment ce qu’on peut appeler une « pauvre victime ». Il porte en lui des qualités qui vont devenir des défauts et nous révéler un autre personnage : une espèce de salaud désabusé.

En effet, les hommes de son bataillon ne sont pas tels qu’ils le voudraient, mais tels que la société le veut : inoffensifs et futiles. Et parmi eux, c’est C.J. Memphis (Larry Riley) qui est le souffre-douleur de cet homme mauvais : C.J. est musicien, joueur incroyable de base-ball et peu enclin aux armes. Tout pour irriter ce sergent.

 

Et si ce film fonctionne très bien, c’est avant tout grâce à la reconstitution de cette époque : les guerres mondiales ont toujours amené des changements dans la société, et celle-ci n’échappe pas à la règle. Et ce changement se présente tout d’abord sous la forme de ce gradé inimaginable : un Noir avec un grade supérieur à celui de sergent ! Personne n’a jamais vu ça, comme le souligne un soldat en plein exercice, quand il arrive.

Mais ces galons ne sont pas pour autant une protection : on sent la prudence de Davenport, face à l’attitude des autres officiers, tous blancs. De même le lieutenant Byrd (Wings Hauser) est réticent à obéir à cet homme qu’il méprise parce que noir. Et cette méfiance se ressent jusqu’en haut de la hiérarchie avec le colonel Nivens (Trey Wilson) qui souhaite que tout soit réglé rapidement, et si possible sans vague.

Seul le capitaine Taylor (Dennis Lipscomb) sort du lot : s’il est méfiant envers Davenport, ce n’est du fait de sa couleur, mais plutôt par rapport à ce que pourrait révéler son enquête. Il y a même une forme d’amitié qui se noue entre ces deux hommes, comme le montre la dernière séquence. Mais cela ne nous étonne pas beaucoup : lors du match de base-ball entre les Noirs et les Blancs, il est le seul à se réjouir de la victoire des premiers : debout en tribu ne, il se rassoit quand il constate que tous ses voisins le regardent avec mépris.

 

Et Taylor est celui qui va entériner le changement annoncé : il sait que d’autres officiers noirs vont arriver, et ça ne le gêne pas outre mesure. De toute façon, ce changement est en marche : les soldats noirs s’en vont vers le front…

Où ils pourront se faire tuer comme les Blancs !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Mel Stuart
Willy Wonka au Pays enchanté (Willy Wonka and the chocolate Factory - Mel Stuart, 1971)

Voilà vingt ans que la chocolaterie de Willy Wonka (Gene Wilder) est fermée. Fermée par peur des espions qui veulent s’emparer des secrets du génial chocolatier.

Mais ce dernier vient d’offrir la possibilité à cinq enfants de venir dans son usine. Pour cela, rien de plus simple : trouver le ticket d’or qui se cache dans une tablette.

Plus que tout, Charlie Bucket (Peter Ostrum) aimerait en trouver un. Mais les quatre premiers sont vite trouvés et Charlie désespère, jusqu’au moment où il le trouve !

Le voilà, avec Papi Joe (Jack Albertson), en ce premier octobre, devant la grille de la chocolaterie.

La visite – et donc le voyage – peut commencer !

 

Première des adaptations du livre de Roald Dahl (paru en 1964), c’est peut-être la plus réussie, même si celle de Tim Burton est attachante. Il faut dire que la présence de Gene Wilder est la clé  de la réussite de ce film. Même s’il n’a pas l’âge requis pour interpréter de rôle principal, ce n’est pas grave : nous sommes au cinéma et tout reste possible.

Et encore plus les inventions phénoménales de Wonka !

D’autant plus que les moyens techniques à disposition sont beaucoup moins élaborés que pour Burton : ce sont des effets spéciaux à l’ancienne, et ils n’en demeurent pas moins très bien léchés. A aucun moment, on ne se demande « mais, comment ont-ils fait ? » : on savoure les instants et c’est tout.

 

Bien entendu, tous les ingrédients du livre sont là et on se délecte des disparitions successives des différents enfants, tous plus invivables les uns que les autres. Avec bien entendu, la palme pour Verruca Salt (Julie Dawn Cole), ce monstre d’égoïsme et d’insolence, dont le père (Roy « Planchet » Kinnear) n’est pas peu responsable… Et que dire de la gourmandise d’Augustus Gloop (Michael Bollner), de l’orgueil de Violet Bearegarde (Denise Nickerson) ou de l’intoxication télévisuelle de Mike Teevee (Paris Themmen) ? Rien, ils subissent le même sort que leur congénère. Par contre, rien que leur nom nous indique déjà ce qui va les perdre…

Alors bien sûr, Charlie et sa vie quotidienne on ne peut misérable ne peut qu’attirer la sympathie des spectateurs : le taudis qui lui sert de maison avec le grand lit où dorment les quatre grands-parents suffit. Et le fait qu’on le suive lui et pas un autre enfant nous fait deviner très rapidement l’heureux issue. Parce que c’est avant tout la chocolaterie qui nous intéresse : qu’y fait-on ? Et comment ?

 

Et Mel Stuart mène son film magistralement, s’adressant avant tout aux enfants, mais aussi, d’une façon plus déguisée, aux parents : ces quatre enfants terribles qui nous sont présentés ont des parents qui ne semblent vraiment pas à la hauteur. De plus, il entrecoupe les différentes séquences de chansons pertinentes (1) avec en point d’orgue, à chaque élimination d’enfants, la chanson des Oompa Loompa (des acteurs nains), comme dans le roman originel.

 

Bref, c’est une belle réussite qui ne s’éloigne pas beaucoup du roman original, ce qui est tout de même un plus.

Je sais, nous sommes au cinéma, et tout est permis.

Même de rester fidèle au produit d’origine !

 

  1. Ecrites par Leslie Bricusse & Anthony Newley

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