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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Suspense, #Henry Hathaway
A vingt-trois Pas du mystère (23 Paces to Baker Street - Henry Hathaway, 1956)

Phillip Hannon (Van Johnson) vit dans un appartement londonien, au bord de la Tamise. Un jour qu’il va au pub, il surprend une conversation entre deux personnes. Il y est question d’une Mary et d’une entreprise criminelle.

Intrigué, il rentre chez lui et prévient la police. Bien entendu elle ne le croit pas : Hannon est un dramaturge célèbre et on attribue ce complot à son imagination fertile.

Et surtout, si on ne le prend pas vraiment au sérieux, c’est parce qu’il est aveugle…

 

Hitchcock a fait un émule !

En effet, l’intrigue, par certains aspects rappelle Fenêtre sur Cour sorti deux ans plus tôt : un personnage handicapé soupçonne une entreprise criminelle. Mais alors que John Michael Hayes (James Stewart) avait les jambes (provisoirement) paralysées et observait, Hannon se déplace mais ne voit rien. Ici aussi, il est aidé par une belle jeune femme, Jean Lennox (Vera Miles). Quant au final, il oppose encore une fois notre héros handicapé et le méchant dans son appartement.

Bref, une intrigue hitchcockienne à souhait, filmé avec beaucoup de maîtrise par Hathaway, servi par un trio à la hauteur de l’enjeu.

 

Van Johnson interprète cet aveugle qui joue au détective avec beaucoup de crédibilité, tout en s’en amusant : la séquence qui donne son titre au film voit un homme perdu dans le brouillard à cause de ses lunettes (épaisses), et c’est lui, aveugle, qui indique le chemin ! Mais la plupart du temps, il se comporte comme un véritable aveugle, même si nous ne nous en rendons pas tout de suite compte : à l’instar de la tenancière du pub (Estelle Winwood), nous découvrons fortuitement sa cécité. En effet, c’est une fois la conversation surprise et ses protagonistes partis que nous comprenons qu’il n’a pu qu’entendre ces deux personnes.

A ses côtés, Vera Miles est impeccable en femme amoureuse d’un homme qui devait l’épouser mais n’a pas pu suite à un accident qui lui a coûté la vue (en 1941). Elle ne se contente pas d’accompagner cet homme, mais participe à cette enquête singulière, devenant momentanément ses yeux. Sa prestation avant la séquence d’affrontement entre Hannon et le chef du complot est pleine de force et de conviction. Elle est aussi un autre lien avec Hitchcock, après avoir joué dans Revenge l’année passée, elle sera à nouveau à l’affiche à la fin de l’année dans Le faux Coupable (décembre 1956).

Mais c’est Cecil Parker (Bob Matthews, majordome de Hannon) qui remporte mes suffrages. Il représente magnifiquement l’archétype du majordome british, flegmatique à souhait tout en étant très attachant. On sent d’ailleurs des liens forts entre Hannon et Matthews. Son rôle d’ange gardien de Phillip couplé à celui d’être ses yeux le rendent indispensable à l’intrigue, De plus, Cecil Parker a lui aussi tourné avec Hitchcock (The Lady vanishes, 1938).

 

Quant aux méchants, ils sont trois aux pratiques radicales (un cadavre à l’arrivée, une femme tuée à coups de couteau), mais manquent tout de même d’épaisseur. Il faut dire que la cécité de Hannon prend le pas sur le reste de l’intrigue, laissant moins de place aux autres protagonistes.

La séquence (presque) finale qui voit Hannon attaqué par une personne qui lui veut du mal est magnifiquement rendue, jouant sur la lumière et surtout son absence, permettant à Hannon d’avoir une chance de s’en sortir face à un adversaire voyant : tous les deux sont dans le noir, sans oublier l’utilisation des bandes magnétiques pour susciter le trouble dans l’esprit de son agresseur.

 

Un dernier mot à propos du titre : si le traducteur a préféré parler de mystère, le titre original fait référence à la rue Baker (Baker Street) dont le locataire du 221B n’est autre que le célèbre Sherlock Holmes. C’est donc cette rue que recherche l’homme aux lunettes épaisses que Hannon conduit. Cette référence est tout sauf anodine : à l’instar du célèbre détective, c’est de chez lui Hannon résout cette énigme, et c’est chez lui qu’a lieu l’affrontement final qui voit, bien entendu, le Bien triompher du Mal.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Lewis Gilbert
Coulez le Bismarck ! (Sink the Bismarck! - Lewis Gilbert, 1960)

14 janvier 1939 : Lancement, à Hambourg, du cuirassé Bismarck, devant un public nombreux et enthousiaste dont le chancelier du Reich.

27 mai 1941 : coulage du Bismarck par la Royal Navy dans le Détroit du Danemark.

Entre les deux et après quelques ajustements, c’est un phénoménal cuirassé qui va sillonner – brièvement – les mers du Nord de l’Europe. Rapide et puissant, il est un bâtiment redoutable. Il ne reste qu’une seule solution pour l’Amirauté : couler le Bismarck !

 

C’est (enfin ?) au tour des Anglais de produire un film à grand spectacle, dans la lignée de ceux que Hollywood a produit pendant la décennie. C’est donc un épisode dramatique – mais tout de même glorieux – qui est confié à Lewis Gilbert, qui n’a pas encore rencontré la route du héros d’Ian Fleming.

Certes, seuls des plans de coupe du cuirassé nous sont confiés, ce qui se comprend : il n’y a que très peu d’images d’archives et le reconstruire aurait été beaucoup trop onéreux. Quoiqu’il en soit, Gilbert mène son film d’une main de maître, équilibrant les séquences navales et d’intérieur (QG), entretenant malgré tout le suspense : nous savons de toute façon que, à l’instar du Titanic, il sera coulé à la fin.

 

Bien entendu, l’intérêt n’est pas dans le coulage, mais dans la façon s’y arriver : les espoirs et désespoirs de la Marine anglaise pendant quelques jours. Surtout que le film s’ouvre sur l’arrivée d’un nouveau directeur des opérations, le capitaine Shepard (Kenneth More). Et son arrivée procède d’un très mauvais timing : sa vision stricte de la vie militaire – même dans un endroit protégé de la guerre – contraste avec la bienveillance de son prédécesseur. Malheureusement pour les gens sous ses ordres, c’est moment que choisissent les Allemands pour envoyer leur navire vedette en opération. Si Shepard n’est pas un officier facile, la présence d’un tel gibier dans les données guerrières ne facilitent certainement pas la vie au QG.

 

Bien entendu, Shepard a ses raisons pour entretenir une telle distance entre lui et ses subordonnées. Et la guerre en est responsable : sa femme est morte pendant un bombardement, le laissant presque seul : il lui reste son fils Tom (John Stride), mais pour combien de temps : ce dernier est embarqué sur un autre bâtiment qui va devoir rejoindre le conflit…

Et si Gilbert maîtrise les scènes navales, il réussit pleinement à reconstituer l’effervescence dans le quartier général de la Navy : les bulletins d’informations qui arrivent plus ou moins régulièrement, les périodes d’euphorie (on a repéré le navire) et de découragement (le HMS Hood est coulé en un tournemain), et les relations entre toutes ces personnes : le service avant tout, certes, mais jusqu’à quel point ?

 

Si Dexter (Robert « Tailor » Desmond) semble un tantinet abuser en demandant une absence pour retrouver sa fiancée, que dire de celui qui reste en poste malgré la fièvre et la maladie ?

Et ces deux exemples sont là pour nous rappeler que ceux qui mènent cette guerre loin du front sont aussi des êtres humains avec leur force (comme Shepard) et surtout leurs faiblesses.

Mais nous, spectateurs, nous doutons que la rigidité de Shepard a des origines précises, très certainement terribles. Et quand l’annonce de la disparition de son fils survient, le vernis qui le protégeait se craquelle : lui aussi a ses faiblesses, et  malgré toute sa volonté de fer, il lui arrive de céder au désespoir.

Ce moment du film est l’acmé du film : comme toute bonne comédie (1), nous assistons à une montée en puissance des éléments néfastes (et funestes) qui vont atteindre un point culminant avant que l’intrigue se résolve progressivement vers une fin heureuse inévitable.

Heureuse pour la Navy, certainement, mais pas pour ses ennemis. Certes, nous n’allons pas pleurer l’amiral allemand Günther Lütjens (Karel Stepanek), nazi convaincu et militaire orgueilleux au point de ne pas imaginer un seul instant que la victoire pourrait lui échapper. Ce personnage aurait tendance à nous rappeler l’exemple du Titanic déjà cité : pour lui, le Bismarck est indestructible.

Indestructible.

On a déjà vu ça…

 

  1. Dans le sens original, c'est-à-dire une histoire qui se termine bien (sans pour autant être drôle)
Coulez le Bismarck ! (Sink the Bismarck! - Lewis Gilbert, 1960)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Drame, #Norman Jewison, #Denzel Washington
A soldier's Story (Norman Jewison, 1984)

Nous sommes en Louisiane, en 1944, dans une base américaine où les soldats attendent impatiemment d’aller au front, et surtout le bataillon de soldats noirs, emmenés par le sergent Waters (Adolph Caesar), histoire d’aller botter les fesses d’Hitler.

Un soir, ce sergent rentre ivre à la base. Enfin essaie de rentrer, parce qu’il n’y arrivera pas : il est abattu sur le chemin. Comme nous sommes en Louisiane, pas besoin de chercher bien loin le(s) coupable(s) : le Klan, des gradés racistes (pléonasme dans cette intrigue) ?

Le capitaine Davenport (Howard E. Collins) est envoyé par Washington pour enquêter : et ce qui semblait évident ne l’est plus…

Certes, Waters n’était pas obligatoirement un formidable soldat, mais il ne méritait pas pour autant de mourir.

 

C’est encore une fois un film singulier que nous propose Norman Jewison, traitant du racisme dans l’armée américaine, mais pas seulement le racisme des Blancs contre les Noirs : Waters, sergent noir, détestait les hommes sous ses ordres, tous noirs. Alors évidemment, ça ouvre le champ des possibilités, question meurtrier.

Et Jewison, à coup de flash-back, va nous faire entrer dans le quotidien de ce bataillon particulier, héritage incontournable de la ségrégation sudiste.

Avec surtout un élément primordial dans cette enquête : le capitaine Davenport est un officier noir, une anomalie dans ce milieu, et en plus tout se passe dans le Sud !

Et encore une fois, Jewison s’en sort avec brio, mais pouvait-il en être autrement ?

 

Certes, l’intrigue est riche en péripéties, mais cela ne suffit pas. Jewison nous présente très progressivement ce personnage qui se fait tuer dès l’ouverture. Et plus nous avançons dans cette intrigue, plus ce « soldat » du titre est ambigu : il n’est pas vraiment ce qu’on peut appeler une « pauvre victime ». Il porte en lui des qualités qui vont devenir des défauts et nous révéler un autre personnage : une espèce de salaud désabusé.

En effet, les hommes de son bataillon ne sont pas tels qu’ils le voudraient, mais tels que la société le veut : inoffensifs et futiles. Et parmi eux, c’est C.J. Memphis (Larry Riley) qui est le souffre-douleur de cet homme mauvais : C.J. est musicien, joueur incroyable de base-ball et peu enclin aux armes. Tout pour irriter ce sergent.

 

Et si ce film fonctionne très bien, c’est avant tout grâce à la reconstitution de cette époque : les guerres mondiales ont toujours amené des changements dans la société, et celle-ci n’échappe pas à la règle. Et ce changement se présente tout d’abord sous la forme de ce gradé inimaginable : un Noir avec un grade supérieur à celui de sergent ! Personne n’a jamais vu ça, comme le souligne un soldat en plein exercice, quand il arrive.

Mais ces galons ne sont pas pour autant une protection : on sent la prudence de Davenport, face à l’attitude des autres officiers, tous blancs. De même le lieutenant Byrd (Wings Hauser) est réticent à obéir à cet homme qu’il méprise parce que noir. Et cette méfiance se ressent jusqu’en haut de la hiérarchie avec le colonel Nivens (Trey Wilson) qui souhaite que tout soit réglé rapidement, et si possible sans vague.

Seul le capitaine Taylor (Dennis Lipscomb) sort du lot : s’il est méfiant envers Davenport, ce n’est du fait de sa couleur, mais plutôt par rapport à ce que pourrait révéler son enquête. Il y a même une forme d’amitié qui se noue entre ces deux hommes, comme le montre la dernière séquence. Mais cela ne nous étonne pas beaucoup : lors du match de base-ball entre les Noirs et les Blancs, il est le seul à se réjouir de la victoire des premiers : debout en tribu ne, il se rassoit quand il constate que tous ses voisins le regardent avec mépris.

 

Et Taylor est celui qui va entériner le changement annoncé : il sait que d’autres officiers noirs vont arriver, et ça ne le gêne pas outre mesure. De toute façon, ce changement est en marche : les soldats noirs s’en vont vers le front…

Où ils pourront se faire tuer comme les Blancs !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Mel Stuart
Willy Wonka au Pays enchanté (Willy Wonka and the chocolate Factory - Mel Stuart, 1971)

Voilà vingt ans que la chocolaterie de Willy Wonka (Gene Wilder) est fermée. Fermée par peur des espions qui veulent s’emparer des secrets du génial chocolatier.

Mais ce dernier vient d’offrir la possibilité à cinq enfants de venir dans son usine. Pour cela, rien de plus simple : trouver le ticket d’or qui se cache dans une tablette.

Plus que tout, Charlie Bucket (Peter Ostrum) aimerait en trouver un. Mais les quatre premiers sont vite trouvés et Charlie désespère, jusqu’au moment où il le trouve !

Le voilà, avec Papi Joe (Jack Albertson), en ce premier octobre, devant la grille de la chocolaterie.

La visite – et donc le voyage – peut commencer !

 

Première des adaptations du livre de Roald Dahl (paru en 1964), c’est peut-être la plus réussie, même si celle de Tim Burton est attachante. Il faut dire que la présence de Gene Wilder est la clé  de la réussite de ce film. Même s’il n’a pas l’âge requis pour interpréter de rôle principal, ce n’est pas grave : nous sommes au cinéma et tout reste possible.

Et encore plus les inventions phénoménales de Wonka !

D’autant plus que les moyens techniques à disposition sont beaucoup moins élaborés que pour Burton : ce sont des effets spéciaux à l’ancienne, et ils n’en demeurent pas moins très bien léchés. A aucun moment, on ne se demande « mais, comment ont-ils fait ? » : on savoure les instants et c’est tout.

 

Bien entendu, tous les ingrédients du livre sont là et on se délecte des disparitions successives des différents enfants, tous plus invivables les uns que les autres. Avec bien entendu, la palme pour Verruca Salt (Julie Dawn Cole), ce monstre d’égoïsme et d’insolence, dont le père (Roy « Planchet » Kinnear) n’est pas peu responsable… Et que dire de la gourmandise d’Augustus Gloop (Michael Bollner), de l’orgueil de Violet Bearegarde (Denise Nickerson) ou de l’intoxication télévisuelle de Mike Teevee (Paris Themmen) ? Rien, ils subissent le même sort que leur congénère. Par contre, rien que leur nom nous indique déjà ce qui va les perdre…

Alors bien sûr, Charlie et sa vie quotidienne on ne peut misérable ne peut qu’attirer la sympathie des spectateurs : le taudis qui lui sert de maison avec le grand lit où dorment les quatre grands-parents suffit. Et le fait qu’on le suive lui et pas un autre enfant nous fait deviner très rapidement l’heureux issue. Parce que c’est avant tout la chocolaterie qui nous intéresse : qu’y fait-on ? Et comment ?

 

Et Mel Stuart mène son film magistralement, s’adressant avant tout aux enfants, mais aussi, d’une façon plus déguisée, aux parents : ces quatre enfants terribles qui nous sont présentés ont des parents qui ne semblent vraiment pas à la hauteur. De plus, il entrecoupe les différentes séquences de chansons pertinentes (1) avec en point d’orgue, à chaque élimination d’enfants, la chanson des Oompa Loompa (des acteurs nains), comme dans le roman originel.

 

Bref, c’est une belle réussite qui ne s’éloigne pas beaucoup du roman original, ce qui est tout de même un plus.

Je sais, nous sommes au cinéma, et tout est permis.

Même de rester fidèle au produit d’origine !

 

  1. Ecrites par Leslie Bricusse & Anthony Newley

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Edward Berger
Conclave (Edward Berger, 2024)

Le Pape est mort : Vive le Pape !

Enfin, non. Ce n’est pas aussi simple que ça. D’abord, comme disait Coluche, il faut rassembler les cardinaux, et ils sont aux quatre coins. Ensuite, nous assistons à un vote à plusieurs scrutins jusqu’à désignation du successeur du défunt sur le trône de Saint Pierre (celui avec les clés).

Cette fois-ci, le choix est ouvert, avec en vedette le cardinal Tedesco (Sergipe Castellito) chantre d’un conservatisme ultra réactionnaire.

Et si le salut venait du camerlingue, le cardinal Lawrence (Ralph Fiennes) ?

 

Quelques jours dans la chapelle Sixtine, avec une ribambelle de cardinaux à la calotte rouge, sans pour autant connaître les différentes positions des uns et des autre : c’est ce que nous propose Edward Berger. Notre attention est portée sure le résultat de cette élection (on ne peut plus) irrégulière, avec les différents enjeux politiques et bien sûr spirituels que cela implique.

Et Ralph Fiennes porte avec beaucoup de talent la responsabilité du scrutin, ainsi que celle du film : il est un personnage primordial même si inadapté à la situation : il n’a pas, à aucun moment, la prétention de remplacer le pape sortant.

Pourtant, en tant que spectateur, nous savons – rapidement – que « s’il n’en restait qu’un, [ce] serait celui-là ! »

 

Et Edward Berger nous entraîne dans les arcanes d’une élection papale, avec ses intrigues séculières qui n’ont pas spécialement de lien spirituel : comme chez les autres politiciens, la fin justifie les moyens ! Parce que, comme le rappelle Lawrence à l’heureux élu, la fonction est l’une des plus prestigieuse au monde.

Et ce qui peut nos réjouir (1), c’est le résultat du vote : non seulement le réactionnaire en chef est écarté, mais en plus le malhonnête, (John Lithgow, encore une fois du côté obscur) aussi.

 

C’est donc un jeu de trône auquel nous assistons, même si le résultat n’est pas obligatoirement intéressant : nous savons que la place sera occupée. Mais ce sont toutes les transactions auxquelles nous n’avons pas accès d’habitude qui font tout l’intérêt du film.

Et surtout c’est la performance de Ralph « Voldemort » Fiennes qui retient notre attention. Son jeu est tout en subtilité, et sans minimiser la position de son personnage.

On va le suivre avec beaucoup d’intérêt dans cette quête papale qui l’implique malgré lui.

 

Bref, ce conclave nous tient en haleine et si son résultat n’est pas obligatoirement révolutionnaire, il bénéficie tout de même d’un basculement final étonnant mais réjouissant.

Mais rassurons-nous (?), pas de quoi déstabiliser l’institution…

Malgré l’incertitude du scrutin, la morale reste sauve.

 

Tant mieux ?

 

  1. Ce n’est qu’une fiction…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Gerry Marshall, #Ron Howard
Happy Days (Gerry Marshall, 1974-1984)

1974 commence (nous sommes le 15 janvier), et une nouvelle série télévisée démarre (encore ?). Et non seulement elle est de qualité, mais en plus elle va perdurer dix ans !

Richie Cunningham (Ron Howard), Potsie (Anson Williams), Ralph (Don Most) et Fonzie (Henry “The Fonz” Winkler) nous sont proposés. Nous sommes dans les années 1950 (puis 1960), dans un décor qui n’est pas sans rappeler celui d’American Graffiti, sorti un peu moins de six mois plus tôt, avec – déjà – Ron Howard !

Le milk-bar n’est pas encore le lieu central de la série, mais il s’y passe déjà beaucoup de choses. C’est là que les protagonistes principaux se retrouvent et lancent les principaux éléments de l’intrigue.

 

Pour le premier épisode, Richie a rendez-vous avec la belle Mary Lou (Kathy O’Dare). Bien entendu, il n’est pas un tombeur et manque cruellement de pratique. Heureusement, son ami Potsie est là pour le conseiller, bien qu’il n’ait pas tellement plus d’expérience dans ce domaine…

 

La musique d’époque est là, tout comme les codes vestimentaires, et l’incontournable voix d’Elvis qui, si elle ne chante pas Good rockin’ tonight, nous propose tout de même Hound Dog, ce qui nous donne une indication temporelle : la chanson est sortie le 13 juillet 1956 !

Donc, Gerry Marshall, créateur de la série, recrée avec bonheur cette période d’après-guerre à travers les yeux des adolescents, ceux qui étaient nés pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Bien évidemment, c’est avant tout la comédie qui est mise en avant, même si ce que vit Richie ne l’est pas spécialement, au moins pour lui.

 

Et dans ce premier épisode, Marshall commence à positionner ses personnages. Les Cunningham sont le fil rouge et si nous ne faisons qu’apercevoir Marion (Marion Ross), la mère où les autres enfants – Joanie (Erin Moran) et Chuck  (Gavan O’Herlihy) – le père, Howard (Tom Bosley) nous apparaît déjà comme un pilier de la série.

Et bien entendu, nous trouvons déjà celui qui donnera toute son envergure : Arthur « Fonzie » Fonzarelli (Henry Winkler).

Il est déjà considéré comme le supérieur de cette bande de jeunes gens. Au contraire de Richie, il n’est plus à l’école et a un regard détaché sur la vie. Mais certainement pas sur son apparence : il nous fait déjà le coup du peigne devant la glace qui sera repris plus tard dans le générique.

 

A propos de générique, c’est Rock around the Clock qui ouvre ce premier épisode, et la chanson Happy Days que nous connaissons (presque) tous, n’est présente que pour la fin, alors que la caméra s’éloigne de Richie et Potsie, révélant l’insouciance d’alors : tous ces jeunes gens qui s’amusent.

 

Bref, de vrais jours heureux…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Chuck Russell
The Mask (Chuck Russell, 1994)

1994 : grande année pour Jim Carrey.

En effet, trois films (1) où il est en haut de l’affiche sortent et il passe dès lors au premier plan, enchaînant les succès.

Et ce Mask, c’est du sur mesure, ou presque !

A l’instar de son interprète, le Mask possède une dentition remarquable et une souplesse incroyable. Bref, Jim Carrey est son personnage, et nous en profitons !

 

Stanley Ipkiss (Carrey, donc) est employé de banque, un tantinet trop gentil, naïf et idéaliste. Et ce ne sont pas des qualités très prisées à Edge City. Mais un soir, alors qu’il croyait sauver une forme qui se noyait, il trouve un masque viking en bois. Une fois essayé, Stanley se métamorphose : il est un homme au visage vert et imberbe, aux manière très éloignées de ce qu’il est : « the Mask ».

Seulement voilà, à l’instar de Mr. Hyde pour Jekyll, cet avatar échappe à tous contrôles et rapidement, Stanley est recherché par la police : même s’il portait un masque, c’est bel et bien lui qui a dévalisé la banque où il travaille…

Mais s’il n’y avait que ça…

 

Bien entendu, Jim Carrey est absolument époustouflant. Certes, les effets spéciaux sont omniprésents et accentuent les différentes mimiques de l’acteur. Mais force est de constater qu’il s’en tire à merveille, interprétant ce véritable hommage à Tex Avery. Doublement parce que Stanley est avant tout un grand fan du maître du cartoon, mais aussi parce que son personnage se comporte comme l’une de ses créatures, et en particulier le loup. Nous avons d’ailleurs droit à la séquence où le Mask regarde la belle Tina (Cameron Diaz) chanter, telle le petit Chaperon rouge (Red hot riding Hood, 1943) ou encore Cendrillon (Swing shift Cinderella, 1945). Le tout avec les effets sonores adéquats.

C’est du grand n’importe quoi dès que le visage vert apparaît, et c’est tant mieux ! Avec en point d’orgue les policiers venus l’arrêter, entraînés dans une chorégraphie impromptue. Impromptue mais savoureuse !

 

C’est une centaine de minutes de plaisir où l’on découvre une jeune actrice (elle a encore 21 ans quand le film est présenté) qui fera parler d’elle : Cameron Diaz.

Bien entendu, le méchant (condition sine qua non de réussite du film), Dorian (Peter Greene), est à la hauteur de l’événement, et encore plus quand il récupère le masque et l’enfile. Il est aussi répugnant que sa voix est désagréable : tout ce qu’il faut pour s’attirer les inimitiés.

Bien entendu, comme nous sommes dans une comédie, tout se terminera bien, ce dont nous ne doutons à aucun moment, l’intérêt étant de voir comment on y parvient !

Et la palme du meilleur second rôle échoit bien sûr à Max, qui interprète Milo, le chien de Stanley, qui va lui aussi enfiler le masque…

 

Bref, si ce n’est déjà fait, précipitez-vous sur ce film fichtrement bien ficelé, où les effets spéciaux numériques sont encore balbutiants mais tout de même très efficaces, et surtout bien réalisés et n’empiètent pas sur l’intérêt de l’intrigue, ce qui n’est pas toujours le cas… Surtout dans les années qui ont suivi !

 

 

  1. Les deux autres : Ace Ventura : Pet Detective et Dumb & Dumber.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Gangsters, #Robert Siodmak
Les Tueurs (The Killers - Robert Siodmak, 1946)

Ils sont deux, Max (William Conrad) et Al (Charles McGraw). Ils sont venus tuer un homme : Pete Lung, plus connu (par les services de police) sous le nom de Ole Henderson (Burt Lancaster), dit « Le Suédois ».

Pourquoi deux tueurs à gage ont-ils descendu un pompiste d’une petite ville ? C’est ce que va chercher à expliquer Jim Reardon (Edmond O’Brien) qui travaille pour une compagnie d’assurance : Lung/Henderson a légué son assurance-vie à une obscure femme de ménage d’un non moins obscure hôtel d’Atlantic City.

Qui était donc cet homme « sans histoire », mort un soir dans sa chambre, exécuté par deux étrangers de la grande ville ?

 

Oui, nous le savons (presque) tous : il s’agit du premier film avec Burt Lancaster au premier plan. Ainsi que les débuts – remarqués (1) – d’Ava Gardner (Kitty Collins). Mais cela ne suffit pas à faire un chef-d’œuvre. Parce que Robert Siodmak signe là encore un film inoubliable doté d’une grande maîtrise technique (1).

A partir d’une petite anomalie, un homme qui désigne une femme qu’il n’a croisée qu’une fois pour bénéficier de son « héritage », Siodmak nous entraîne dans les bas-fonds vers une histoire sordide où finalement, peu en réchappent.

Bien sûr, l’utilisation du flash-back est primordiale, et d’une certaine façon, la quête de Reardon fait penser à celle du journaliste dans Citizen Kane.

C’est une sorte de négatif de cette recherche : Kane était un personnage important dont la dernière parole faisait référence à un détail (insignifiant ?) de sa vie, alors qu’ici c’est la vie d’un personnage somme toute insignifiant qui nous emmène vers un épisode conséquent : le braquage d’un bureau de paie, avec 250.000 dollars à la clé (une somme pour 1946 !).

 

Nous allons donc suivre cette quête qui va nous raconter le destin d’un petit bandit (Henderson), tombé dans la truande parce qu’il ne pouvait plus boxer, à travers ceux qui l’ont (le mieux ?) connu. Et Siodmak use sans abuser du flash-back, appuyé par un montage impeccable (merci Arthur Hilton), condition sine qua non à la maîtrise du procédé.

Et si la nouvelle d’Hemingway – à l’origine du scénario – n’a plus grand-chose à voir avec le film (à moins que ce ne soit le contraire…), tant pis (pour Ernest), parce que le film n’en est que plus exceptionnel.

Et la première intervention de Lancaster est elle aussi dans cette lignée.

C’est bien lui que ces hommes sont venus tuer, et il y a chez Henderson une fatalité chrétienne qui s’exprime : il a fait quelque chose de mal, il doit donc payer pour ça.

 

Et Siodmak souligne la fatalité (volontaire) qui caractérise son personnage : quand Nick Adams (Phil « Uncle Owen » Brown vient le prévenir que sa vie est en danger, il est déjà allongé sur ce qui va être son lit de mort (2) et, à l’instar des cadavres, son visage est déjà recouvert (par une ombre, autre symbole mortuaire). C’est donc un mort en sursis que les deux tueurs abattent, et son agonie est vue à travers sa main qui relâche son étreinte autour du montant du lit.

Peut-on y voir une autre main dans cette fin sordide, celle de la fatalité qui s’abat inexorablement sur Henderson ? Pourquoi pas…

 

Par contre, la première apparition d’Ava Gardner est totalement différente. Elle est mise en valeur par la lumière qui l’entoure et sa voix chaude qui chante. De plus, sa tenue vestimentaire a de quoi faire tourner toutes les têtes, et surtout celle de Henderson. Elle possède une aura qui fait oublier toutes les autres femmes.

C’est une femme fatale dans toute sa splendeur, et ce terme n’est pas usurpé, surtout quand on connaît la résolution de l’intrigue (3).

Mais là encore, son rôle ne se résume pas à celui d’un objet de décoration : elle est la véritable main du Destin (de la fatalité, si vous préférez !). En effet, c’est elle qui va précipiter les événements et amener Jim Reardon sur la piste de Ole Henderson. Bien entendu, alors que nous avons (presque) tous éléments dès les témoignages de son collègue (Nick Adams) et de sa bénéficiaire, Mary Ellen « Queenie » Daugherty (Queenie Smith) : nous apercevons alors « Big Jim » Colfax (Albert Dekker), truand notoire d’un autre calibre qu’Henderson et entendons parler d’une femme qui vient de partir.

 

Et Siodmak use d’une grande habileté pour nous tenir en haleine malgré cela jusqu’à la révélation finale, un tantinet inattendue : un basculement indispensable pour faire entrer ce film parmi les très grands.

 

  1. Pouvait-il en être autrement ?
  2. Oui, il meurt dans son lit !
  3. Déjà que le Suédois est mort…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Guerre, #Roberto Benigni
La Vie est belle (La Vita e bella - Roberto Benigni, 1997)

Guido (Roberto Benigni) est serveur dans un grand restaurant. A plusieurs reprises, il tombe sur la belle Nora (Nicoletta Braschi), et donc, ils finissent ensemble. Ils on même un petit garçon, Giosué (Giorgio Cantarini).

Mais ils sont rattrapés par leur époque : Guido est juif et donc arrêté, avec son fils, et envoyé en camp de concentration. Dora décide alors de les suivre.

Mais comment faire comprendre à un enfant de cinq ans qu’il vient d’intégrer l’antichambre de l’enfer ?

C’est ce que Guido va réussir, et avec maestria.

 

Peut-on faire rire avec la Shoah ? En tout cas, on peut au moins sourire en voyant tous les stratagèmes que met en place Guido pour assouplir le séjour de son fils. Ce séjour se résume à un grand prix dont la récompense suprême est un (véritable) char d’assaut. Par contre, les règles sont strictes dont la primordiale reste : ne pas être repéré. C’est un véritable festival de faux-semblants (aujourd’hui, on dirait « fake news ») auquel se livre Guido pour adoucir le séjour – malheureusement – forcé de son fils. Et dans ce cas-là, tous les prétextes sont bons : interprète auprès des nazis ou serveur polyglotte font partie des artifices de Guido pour sauvegarder son enfant.

Bref, nous avons un personnage prêt à tout pour celui qu’il aime.

 

Et ce film en deux parties – avant et pendant le camp – est une belle leçon de vie, même si certains grincheux n’y ont vu q’une forme de négationnisme. En effet, le véritable résultat de camps de concentration est, comme qui dirait, entraperçu : lors d’un retour de réception – Guido comme serveur, Giosué comme invité malgré lui – le père se perd et découvre un charnier. Qui plus est, une fumée (brume) enveloppe cette vision qui pourrait, pour ces gens-là déjà cités, passer pour un rêve, voire une fantasmagorie. Mais nous, spectateurs avertis, savons qu’il ‘en est rien. Ces corps enchevêtrés sont bien le résultat de la solution finale préconisée fin 1942. Mais le film ne fait pas parti de ceux qui dénoncent le nazisme, me^me si Guido et Giosué ne se retrouvent pas en camp pour leur plaisir.

 

Benigni a voulu avant tout réaliser un film qui réunit comédie et (noire) tragédie. Et Guido, malgré son destin tragique (1), est un  personnage on ne peut plus positif, sinon optimiste. Il faut dire que la présence de cet enfant dans le camp aide à cela. Mais dans la première partie, qui le voir (plus ou moins) courtiser la jeune Dora donne le ton de cette comédie. Déjà à ce moment, il n’est pas à sa place : comment un simple serveur – à l’esprit éveillé – peut-il prétendre à une jeune fonctionnaire de (Déjà à ce moment, il n’est pas à sa place : comment un simple serveur – à l’esprit éveillé certes – peut-il prétendre à une jeune fonctionnaire de (très) bonne famille ?

 

Et même si les circonstances les réunissent plus ou moins malgré elle, on a du mal à croire à cette idylle : comment cette jeune femme de la haute société  peut-elle épouser un serveur juif ? Parce que ce dernier qualificatif est le véritable point de rupture de l’intrigue : la judaïté de Guido entraîne le développement tragique inévitable.

Et Benigni enfonce le clou pour dénoncer cet état de fait abject : son oncle (Giustino Durano), alors qu’il se prépare à la douche fatale, a un dernier élan d’humanité envers une jeune femme aryenne qui trébuche. Oui, ces gens qu’on élimine pour des prétextes raciaux sont avant tout des humains, soucieux du bien-être des autres.

 

Alors oui, ce film ne montre pas la terrible réalité des camps, mais dès le début, nous sommes prévenus : le narrateur, c’est Giosué, du haut de cinq ans. Comment peut-il concevoir l’effroyable machine à tuer qu’était le nazisme ?

Il ne peut pas.

Donc, le temps d’un film, plaçons-nous de son point de vue et savourons ce formidable film pour ce qu’il est : du cinéma. Du grand cinéma, certes, mais avant tout du cinéma.

 

  1. Oui, il meurt à la fin !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Emile Ardolino
Sister Act (Emile Ardolino, 1992)

D’un côté, Whoopi Goldberg (Deloris van Cartier, alias sœur Mary Clarence) : délurée, moderne, vivante.

De l’autre, Maggie Smith (Mère supérieure du couvent de Sainte Katherine) : strict, conservatrice, rigide.

Au milieu, Bill Nunn (Eddie Souther) un policier qui n’a pas trouvé mieux, pour la protéger de Vince (Harvey Keitel) que de placer Deloris chez les nonnes : le dernier endroit où  Vince irait la chercher.

Pourquoi ? Elle a été témoin d’un meurtre, et sa relation – très intime – avec Vince ne la protège plus.

Seulement, un couvent, pour une meneuse de revue comme Deloris, ce n’est pas obligatoirement très approprié…

 

Oui, Whoopi Goldberg tient le film à bout de bras : c’est du sur mesure, et on sent qu’elle s’amuse. Mais elle n’est pas la seule. Les autres membres de la « congrégation » aussi, sans oublier, bien entendu, le spectateur.

Il faut dire que cette histoire – improbable, cela va de soi – a tout pour réjouir. On y oppose deux mondes très différents, menées par les deux femmes précédemment citées, et qui, évidemment, arrivent à un compromis : la congrégation va profiter de l’apport un tantinet moderne que Deloris va lui apporter, et en même temps – comme on dit ailleurs – cette dernière va changer son regard sur le monde. Bien sûr, il  n’est pas question de conversion, Deloris ne va pas entrer dans les ordres. Mais elle va tout de même profiter de ce passage ô combien spirituel.

De là à parler de rédemption… On n’en est tout de même pas loin.

 

En effet, Deloris est une chanteuse – moyenne – qui se produit dans des casinos de Reno (là où les mariages se font et se défont en un tournemain) et traîne avec un truand notoire (Vince, donc) marié qui plus est, et surtout très porté sur la religion : il ne quittera jamais sa femme !

Heureusement (1), l’exécution d’Ernie (Max Grodénchik) va la libérer de l’emprise du gangster. La libérer pour une forme douce de prison : non seulement les règles sont strictes et vont à l’encontre de la vie régulière de Deloris, mais en outre sa chambre s’appelle une « cellule ». Bref, elle a choisi une drôle de liberté !

Mais comme nous sommes dans une comédie, pas de quoi s’affoler.

 

Et encore une fois, c’est de la musique que viendra le salut : celui de Deloris, ainsi que celui du couvent promis à la disparition. Certes, Deloris est chanteuse, mais entre chanter des variétoches et diriger un chœur de nonnes, il y a un (sacré, évidemment) pas à franchir. Pas qu’elle franchit avec les limites qui vont avec, pour notre plus grand plaisir.

Il faut dire que l’énergie et l’entrain de la (encore) jeune femme est de l’ordre de la foi qui ferait déplacer des montagnes.

Et avoir mis en face d’elle Maggie Smith est une très bonne idée : la rectitude de la mère supérieure annonce celle de Minerva McGonagall moins de dix ans plus tard.

C’est un véritable choc de titans où aucune des deux ne sortira victorieuse ou, d’une certaine façon toutes les deux seront gagnantes et accèderont à l’inévitable rédemption sus mentionnée…

 

Bref, une comédie enlevée qui fait du bien : du cinéma, quoi !

 

  1. Pour elle, évidemment, parce que pour l’autre…

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