Afrique du Nord, 1942.
Ernie Pyle (Burgess « Mickey » Meredith), correspondant de guerre, est attaché à la compagnie C du 18ème régiment d’infanterie américaine, dirigée par le lieutenant (sui deviendra capitaine) Bill Walker (Robert Mitchum).
Puis, il retrouvera cette unité en Italie, pendant la campagne de libération, et se retrouvera bloqué au pied d’un monastère, arrosé par la pluie, et surtout les bombes.
Quand le film est présenté, Ernie Pyle – le véritable journaliste – est mort depuis déjà deux mois sur l’île d’Okinawa. Mais si ce film pourrait lui être dédié, c’est avant tout aux hommes de troupes qu’il rend hommage : ces anonymes sans grade, qui se sont battus pour éliminer les dictatures européennes. Et si l’intrigue se situe en Italie, ce sont bel et bien les Allemands les véritables ennemis : les soldats américains sont venus libérer les Italiens.
Et comme c’est William Wellman qui est aux commandes, c’est un récit dont le réalisme se rapproche fortement de l’authenticité, sans démonstration spectaculaire ni grandiloquence : ces soldats sont avant tout des hommes avec leur force et surtout leurs faiblesses.
La preuve ? A chaque fois qu’il y a engagement, nous assistons au départ et au retour des soldats. Entre les deux ? Nous ne voyons absolument rien. Seules les réactions des survivants qui reviennent nous informent de ce qu’il s’est passé, sans explication ni détail plus ou moins sordide. Et cette absence de scène de combat se justifie aussi par le point de vue adopté par le scénario, celui de Pyle : correspondant de guerre, il est laissé en arrière jusqu’au retour plus ou moins victorieux.
Et ce qu’on peut retenir du film, ce sont les regards de ces morts en sursis, persuadés que de toute façon, ils ne rentreront pas chez eux. Et ils ont raison : la liste des morts de cette compagnie s’allonge à mesure que le film avance. Mais chaque mort ne prend qu’une infime place dans la vie de ces hommes : le combat continue, il n’y a pas de temps prévu pour pleurer le dernier tombé.
Mais malgré tout, Wellman laisse de la place au quotidien de ces hommes : le fait que Pyle reste en arrière en est la première cause, bien sûr, mais il y a aussi cette volonté de coller à ses personnages qui anime Wellman, comme on a pu le voir déjà dans d’autres films de guerre (Wings, avant ou C’est la Guerre, après).
Chaque moment est un élément de vie : quand le capitaine Walker et le sergent Warnicki (Freddie Steele) délogent des tireurs allemands dans une église, le sergent en profite pour réciter une prière, prenant conscience du lieu dans lequel ils viennent de tuer des hommes.
Un autre personnage tient une place importante dans la vie de ces hommes : le chien. C’est Henderson (William Self) qui l’a adopté, mais comme il est le premier à mourir, un autre va prendre le relais. Et il en sera ainsi jusqu’à la fin, quand la compagnie repart.
Et puis il y a le mariage du soldat Robert « Wingless » Murphy (John R. Reilly), avec l’infirmière Elizabeth (Dorothy Coonan Wellman, la femme de) : nous sommes en guerre mais les formes sont respectées, jusqu’à la nuit de noce qui a lieu dans une ambulance modifiée pour l’occasion. Nous avons même droit à Murphy portant sa femme avant d’entrer dans leur nid d’amour…
Le tout sous le regard des autres hommes : il n’y a pas d’envie ou de jalousie, juste un air un tantinet hagard, comme si la vie réelle loin des champs de bataille, se rappelait à eux et les happait. On retrouve ce même regard dans La grande Illusion de Renoir quand l’un des soldats aux traits fins va enfiler une robe : un grand silence éloquent s’installe.
Autre grand moment de regards : la séquence de la radio. Les messages sont terminés et le technicien capte de la musique. Du jazz, mais il est émis par Radio Berlin et nous avons droit alors à une belle émission de propagande nazie avec une voix féminine sensuelle qui ne laisse pas de marbre les soldats. Là encore, Wellman s’attarde sur les visages pendant que la femme leur rappelle des souvenirs de la maison, de leurs femmes, etc.
Il y a une force dans ce film qui tient aussi à l’authenticité des différentes péripéties racontées : à l’origine, les livres de Pyle, qui a conseillé Wellman avant de partir mourir une fois le film terminé.
Le reste, c’est la justesse de l’interprétation, avec en particulier un jeune acteur (27 ans) qui va faire parler de lui – Robert Mitchum –, et bien entendu le savoir faire de Wellman !
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