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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #George Miller, #Mad Max
Furiosa : une Saga Mad Max (Furiosa: A Mad Max Saga - George Miller, 2024)

Et de 5 !

George Miller poursuit sa saga, avec une histoire qui se situe avant le film précédent, centré sur le personnage de Furiosa (Anya Taylor-Joy) qui était précédemment interprété par Charlize Theron.

La petite Furiosa (Alyla Browne), qui vit dans une oasis de verdure australienne, est enlevée par les hommes du Dementus (Chris « Thor » Hemsworth). Elle va alors grandir dans un monde brutal où l’essence est toujours l’enjeu principal, même si ça ne nourrit pas son homme !

Commençant sa carrière en se faisant passer pour un garçon, elle grimpe les échelons jusqu’à devenir Praetorian grâce à sa rencontre avec Jack (Tom Burke), dans la Citadelle déjà dirigée par Immortan Joe (Lachy Hulme).

 

Oui, encore une fois, c’est violent, mais le titre ne laisse aucune équivoque : Mad Max est mentionné. On retrouve des bikers enragés, les véhicules hybrides (1). Mais bien sûr, l’intérêt est ailleurs. Surtout pour ceux qui ont déjà expérimenté la série. On y retrouve de nombreux éléments qui émaillent les films précédents, ainsi que des personnages qui en rappellent d’autres : Praetorian Jack n’est pas spécialement éloigné, dans son allure aussi, de Max Rochatansky, le personnage initial de cette série.

Mais ce qui marque surtout, encore une fois, ce sont les gueules ! Entre les hommes de la Citadelle à la peau blanche et le crâne rasé, les différents motards aux râteliers pas toujours bien entretenus et les yeux marron de Chris Hemsworth, nous sommes servis. Les seules belles personnes sont celles qui vont entourer Furiosa. Et encore, surtout au début.

 

Sans oublier certains noms qui jalonnent cette histoire : du Dementus (le fou) au People Eater (« Mangeur de gens » / John Howard) en passant par Immortan Joe (Lachy Hulmes a remplacé le regretté Hugh « Toecutter » Keays-Byrne décédé en 2020), c’est toute une galerie d’épithètes qui ne font pas spécialement rêver mais plutôt cauchemarder…

On peut aussi se demander – pas longtemps – l’origine du deuxième fils d’Immortan Joe Scrotus (Josh Helman). J’aurai bien suggéré de changer le dernier s par un m… Ce qui ne l’avantage pas vraiment… De toute façon, il est trop laid pour avoir un nom agréable. D’ailleurs, personne n’en a vraiment un.

 

Et puis il y a le reste. Les paysages grandioses de l’Australie qu’on retrouve avec beaucoup de plaisir, ce désert central déjà entrevu chez Peter Weir par exemple (Gallipoli), et que Miller met à nouveau en scène, devenant un élément indispensable dans cette intrigue post-apocalyptique. Et puis les autres références, qui sortent plus ou moins de la série initiale : le personnage christique de Mary Jo Bassa (Charlee Fraser), mère de Furiosa, qui se sacrifie pour elle est la survie végétale, crucifiée, comme il se doit par Dementus, dont la sonorité latine rappelle ceux qui ont crucifié le Christ ; et l’un des hommes de ce même Dementus qui fait s’entrechoquer des billes d’acier comme le capitaine Queeg sur le Caine…

 

Bref, un film foisonnant et très riche, superbement tourné et dirigé par un réalisateur qui « n’avait pas encore tout dit » sur Mad Max.

 

Alors, Furiosa : chapitre final ?

 

  1. En fait ils le sont : non pas pour leur consommation, mais pour leur reconstruction.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #James Hawes, #Anthony Hopkins
Une Vie (One Life - James Hawes, 2023)

669.

C’est le nombre total d’enfants qui ont été sauvés par Nicholas Winton (Anthony Hopkins & Johnny Flynn) entre les accords de Munich et l’invasion de la Pologne : entre le 30 septembre 1938 et le 1er septembre suivant.

Tout commence quand Winton (1909-2015) part s’occuper des réfugiés tchèques qui ont fui les Sudètes. Si le sort des réfugiés est terrible, lui est plutôt sensible aux sorts des enfants qui n’ont plus tous leurs parents.

Rentré en Angleterre, avec l’aide de sa mère (Helena Bonham Carter), il va remuer le Foreign Office pour faire venir un maximum d’enfants réfugiés. Neuf convois de chemin de fer seront organisés : les huit premiers arriveront, le dernier sera annulé au tout dernier moment, condamnant les enfants – et les autres réfugiés à une mort atroce.

En 1987, la BBC organise une émission spéciale de That’s Life (1) pour lui rendre hommage : il y retrouvera une des enfants qu’il a sauvée. D’autres viendront…

 

MAGNIFIQUE.

James Hawes revient à son tour sur la période de plomb – les années 1930 en Europe – et met en valeur un de ces anonymes qui ont sauvé des vies, par simple esprit solidaire, sans contrepartie. C’est un véritable travail de titan qui sera effectué par Winton et les autres, au nez et à la barbe des nazis, même s’il regrette de ne pas avoir pu en sauver plus (le dernier convoi comportait 250 enfants).

Mais ce qui marque le plus, c’est très certainement la gratuité de ce geste immense : Winton était un altruiste comme il le raconte à son ami Martin Blake (Jonathan Pryce & Ziggy Heath).

Ce sont donc onze mois qui défilent du fait de l’ampleur de la tâche, qui n’est pas facilitée par l’administration. Seul Leadbetter (Michael Gould) va les aider, un peu à l’encontre de sa hiérarchie.

 

Et Anthony Hopkins porte avec brio ce film, tout en subtilité comme il sait le faire, bien loin des divers méchants que nous lui connaissons. Et son personnage, malgré l’immense geste qu’il a pu faire, reste un homme simple et foncièrement bon. Mais cette histoire est avant tout pour lui une façon de finir ce qu’il a commencé cinquante ans plus tôt : sans cesse dans l’action, il n’a jamais pris le temps de véritablement réaliser la portée de son geste. Alors quand il retrouve l’une de ses « préférées » – Vera Diamantova (Frantiska Polakova puis Henrietta Garden) – parce qu’elle aimait, tout comme lui le ski et la natation, le passé lui revient en pleine figure, et s’il arrive – presque – à se contenir, quand il rentre chez lui, « le chagrin lâche la bonde. »

Sur quoi pleure-t-il ? Très certainement ceux qu’il a laissés là-bas, malgré lui.

 

Pour un premier film, James Hawes fait très fort, racontant et dirigeant avec conviction cette histoire incroyable et oubliée (pas de tous, heureusement). Si certains ont surnommé Winton le « Schindler britannique », nous ne sommes tout de même pas dans le cas de l’Allemand. En effet, à aucun moment, Winton ne risque sa vie – était-ce le cas de Schindler ? – surtout qu’il est rentré au pays. Mais son action reste tout de même tout aussi remarquable. Et on sent un peu l’influence du film de Spielberg sur Hawes. Mais qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit nullement d’un hommage ou d’une quelconque imitation du film du maître.

Hawes reste continuellement sur l’aspect ordinaire de son héros. S’il est reconnu par la société anglaise, c’est parce qu’il a profité de l’absence de sa femme pour faire du rangement : il a réussi à détruire une grande partie de ses affaires qui encombraient sa maison – ça en représente des choses, un vie ! – mais il ne peut se résigner à détruire cet exploit – qui pour lui n’en est pas un : c’est un autre témoignage de guerre, un peu différent des autres.

 

Et pourtant, c’est tout sauf un témoignage ordinaire. Parce que Nicholas Winton n’était pas un personnage ordinaire, comme le montre ce film : et l’hommage se termine sur de véritables images de Winton. Quand il a un âge avancé bien sûr, mais on n’oubliera pas la dernière, certainement la plus emblématique : le jeune Winton qui regarde l’objectif d’une caméra, un enfant dans les bras.

C’est très fugace, mais peut-être la plus belle.

 

  1. Emission un tantinet démagogique, en tout cas très populaire à l’époque.
Nicholas Winton (1909-2015)

Nicholas Winton (1909-2015)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #George Sluizer
L'Homme qui voulait savoir (Spoorloos - George Sluizer, 1988)

Magistral.

Pas étonnant que Kubrick ait aimé. George Sluizer déroule doucement et progressivement l’écheveau de son intrigue (il a aussi signé le scénario), prenant le temps de mettre en condition son personnage principal – Rex Hofman (Gene Bervoets) – et surtout les spectateurs, jusqu’à l’impensable.

 

Mais reprenons.

Nous sommes en juillet 1984, et Hinault & Fignon s’affrontent sur les pentes du Tour pour le maillot jaune. C’est le moment qu’ont choisi Rex et sa fiancée Saskia (Johanna ter Steege) pour venir passer des vacances dans les Cévennes, à Vieux-Bois, près d’Anduze (30). Ils ont même amené les vélos et le matériel de ping-pong.

Mais dans une aire d’autoroute proche de l’arrivée, Saskia disparaît complètement. Jamais Rex ne croit à une fugue : elle a très certainement été enlevée.

Trois ans après, la bataille pour le maillot jaune fait toujours rage, même si Hinault a pris sa retraite.

Toujours est-il que Rex est toujours à la recherche de Saskia. Ou plutôt : il voudrait savoir ce qu’il lui est arrivé.

Entre alors en scène Raymond Lemorne (Bernard-Pierre Donnadieu), professeur de physique-chimie, père de famille et bon mari. Il était là quand Saskia a été enlevée : c’est lui qui est l’auteur du rapt.

 

Bien sûr, le personnage de Donnadieu est glaçant. Encore une fois, il interprète un méchant, mais cette fois-ci de la pire espèce : un tueur sociopathe (il se définit ainsi) sans remord ni encore moins de regret. En face de lui, Rex est totalement impuissant. Qu’il le veuille ou non, il court à sa perte, malgré qu’il en soit conscient. Mais les arguments de Lemorne ont la force d’un venin qui s’insinue et contre lequel il n’y a aucun antidote.

Non seulement Rex veut savoir, mais en plus, sans contrepartie : seule la vérité l’intéresse.

Et Le morne en joue, ayant absolument tout prévu, même un éventuel refus, tout en sachant que le besoin de vérité est le plus fort : la dernière tergiversation dans l’aire d’autoroute où tout a commencé en est une illustration parfaite.

 

Mais ce qui marque le plus, c’est le modus operandi : Rex veut savoir la Vérité, il ne va pas être déçu, Lemorne va tout lui révéler. Nous assistons alors aux développements de la stratégie du tueur, comment il part en chasse, autour de chez lui, de préférence des femmes seules. Et c’est pile quand les deux jeunes gens arrivent que son stratagème fonctionne : ils étaient au mauvais endroit, au mauvais moment. Mais Sluizer se régale et nous lance tout de même sur quelques fausses pistes : la panne d’essence qui voit Rex revenir avec un jerrican plein mais une voiture vide… Saskia était sortie du tunnel, un tantinet angoissée par la solitude.

Même lors de l’enlèvement de la jeune femme, Lemorne doit s’y reprendre à deux fois, pour une histoire de monnaie…

 

Et Lemorne expose tout cela à sa (future ?) victime : il veut que Rex ressente tout ce qu’a vécu Saskia, qu’il s’en imprègne… Jusqu’au bout. Et le tout dans un état de calme apparent, lui qui a tendance à faire de la tension.

C’est ce calme qui impressionne le plus. Lemorne est un être d’une incroyable dangerosité et surtout un tueur de la pire espèce. Non seulement il n’éprouve aucune pitié envers ses victimes, mais en plus il mène une vie des plus rangées, profitant seulement des vacances pour chasser « le gibier le plus dangereux » comme disait Schoedsack…

Ca en devient presque inconcevable de le voir plonger pour sauver une petite fille de la noyade !

 

Bref, un thriller immanquable où Bernard-Pierre Donnadieu démontre une fois de plus - s’il est besoin – qu’il était un immense acteur.

Et Lemorne donne encore une fois raison à Fritz Lang : un tueur névrosé – névro-, socio- ou psycho-pathe – ça ne se reconnaît pas dans la foule.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Lon Chaney
Monsieur Wu (Mr. Wu - William Nigh, 1927)

Il y a deux monsieur Wu : le père (Lon Chaney), mandarin réputé et respecté, et son fils (Lon Chaney), autre mandarin qui succède à son père après avoir bénéficié d’une éducation mixte auprès de Mr. Muir (Claude King).

Le fils s’est marié à la fille d’un autre mandarin (Toshia Mori) mais elle est morte prématurément, lui laissant une fille, elle aussi belle comme le jour : Nang Ping (Renée Adorée).

Comme le veut la tradition, Nang Ping doit bientôt épouser son futur mari (qu’elle ne connaît pas). Mais Nang Ping, par hasard, fait la connaissance de Basil Gregory (Ralph Forbes). Ils tombent amoureux et se promettent un avenir commun.

Mais ça, ce n’est pas possible : Mr. Wu veille et doit empêcher qu’une telle chose se fasse.

 

Nous sommes en 1927, et même William Nigh nous le rappelle : son film est d’une facture technique très honorable, avec en prime « l’homme aux 1000 visages », Lon Chaney. Cinq ans après le phénoménal Shadows, il nous revient dans un rôle d’Asiatique emblématique : Mr. Wu. S’il a des ressemblances avec Yen Sin – je parle du fils – c’est surtout le père qu’on retient, dans une courte séquence qui le voit pronostiquer sa disparition. C’est un très vieux mandarin qu’il interprète, grimé à l’occasion, avec moustache tombante et barbe fine sans oublier les inévitables ongles démesurés. Encore une fois : phénoménal.

 

Parce que nous sommes dans un de ces films exotiques qui n’est pas sans rappeler Mme Butterfly sur certains aspects, mais dans une Chine éternelle et un tantinet stéréotypée. Encore une fois, nous retrouvons un thème sociétal cher aux Américains : la rencontre entre l’Est et l’Ouest. Et encore une fois, cette rencontre conduit à une tragédie, empêchant un quelconque rapprochement.

C’est à nouveau le décalage culturel entre ces deux mondes qui explique cet échec. Les deux enfants – Nang Ping & Basil – qui pourtant représentent l’avenir des deux familles sont les victimes des préjugés et autres conventions.

D’un côté la tradition oblige Wu à marier sa fille à un inconnu (de bonne famille, cela va de soi), empêchant le bonheur des deux jeunes gens ; de l’autre, les préjugés – avec racisme – du père de Basil (Holmes Herbert) ainsi que les réflexions de sa mère (Louise Dresser) nous font comprendre ainsi qu’à Nang Ping qu’elle ne doit pas se faire d’illusion.

Bref, même si l’amour ne connaît pas de frontière, la situation le rappelle à la raison : les deux amoureux ne finiront pas ensemble. (1)

 

Si nous sommes dans une Chine d’opérette, on ne peut tout de même pas nier le soin mis dans les décors et les costumes, et ceux de Mr. Wu, surtout : jusque dans le blanc qu’il porte pour marquer le deuil. Rien n’est laissé au hasard, jusqu’au jardin (japonais ?) qui voit s’aimer les deux jeunes gens. Certes, Renée Adorée a les yeux beaucoup trop clairs pour être pleinement chinoise, mais son jeu pallie cette difficulté. Anna May Wong (Loo Song, sa demoiselle de compagnie) aurait été certainement plus crédible, mais n’aurait peut-être pas transmis les mêmes émotions.

Quant à Chaney, il est encore une fois impeccable, troquant temporairement son regard mauvais – ça ne dure pas, rassurez-vous – contre un bienveillant, jusqu’au point de non retour. Là, il redevient tel que nous le connaissons, avec toujours cette méchanceté dans le regard qui a fait son succès.

Bien sûr, lui non plus n’est pas asiatique, mais encore une fois, le maquillage est performant, et il est un Mr. Wu plus chinois que l’original.

 

Alors on savoure…

 

  1. N’oublions pas que les mariages mixtes ne sont pas très bien vus pour une grande majorité de la population américaine de l’époque… Et pas seulement dans le Sud.
Lon Chaney & Claude King

Lon Chaney & Claude King

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Comédie dramatique, #Malin-Sarah Gozin
Clan (Malin-Sarah Gozin, 2012)

La Couille – de klote – est mort. Enfin se disent certains, et surtout certaines.

Parce que Jean-Claude Delcorps (Dirk Roofthooft) était une véritable ordure. Toujours prêt à réaliser un (très) mauvais coup, parce qu’il a de l’ambition et doit se débarrasser de rivaux, ou tout simplement parce qu’il s’ennuie.

Jean-Claude était marié à Goedele Goethals (Inge Paulussen), femme (plus que) soumise qui réalise ses moindres désirs : elle ne dit rien parce qu’elle ne travaille pas et que lui seul fait bouillir la marmite.

Mais Goedele a aussi quatre sœurs, et toutes les cinq forment le Clan annoncé : Eva (Barbara Sarafian), Veerle (Kristine van Pellicom), Birgit (Ruth Becquart) & (Re)Bekka (Maaike Neuville).

Et ces quatre sœurs vont tout tenter pour se débarrasser de ce personnage ignoble.

Mais l’assurance rechigne à payer l’assurance-vie, et pour deux raisons :

  • Sa mort est trop arrangeante pour être un accident ;
  • Suite aux magouilles du père (suicidé), les assureurs ne peuvent pas payer.

 

Voilà une (mini)série comme je les aime : une bonne dose d’humour noir, quelques éléments immoraux et surtout un méchant incroyable. Et qui en plus fait ses coups en douce, détruisant la vie des gens qu’il n’aime pas (ça fait beaucoup). Il y a une dose d’hypocrisie rarement atteinte chez ce personnage abject. Et tout le monde subit sa méchanceté : de ses belles-sœurs au restaurant chinois, en passant par son « ami » Roger (Stefaan Degand), ou son collègue Frederic Lint (Gert Winckelmans) qui a le tort (pour lui) d’être homosexuel, et surtout préféré par le patron.

Bref, Jean-Claude La Couille est une saloperie crasse.

Alors pas étonnant que ses belles-sœurs n’ont qu’un envie : le tuer.

 

La série en 10 épisodes se concentre sur les 10 derniers mois de la vie du malsain, un mois (à peu près) par épisode, avec des allers-retours constants entre le présent (novembre 2012, après sa mort) et la période depuis février de cette même année (le début des plans assassins).

Et bien sûr, à chaque fois,un tout petit détail vient contrecarrer ce qui avait été brillamment (?) échafaudé. Avec en prime des victimes collatérales : chien, détective, voisin impotent…

Mais le pire, c’est que ça nous fait rire ! On se réjouit à l’avance de la mort terrible qui va lui arriver (empoisonnement, strangulation…) tout en se disant que de toute façon, comme il reste plusieurs épisodes, ça ne va pas être le cas tout de suite. Alors on se concentre sur le grain de sable qui se glisse dans l’engrenage… Et là encore, on n’est pas déçu.

 

Si les sœurs sont formidables, n’oublions pas non plus les deux assureurs qui font vivre cette intrigue, relançant (harcelant) chacune des sœurs jusque chez elle afin de préciser telle ou telle chose. Ce sont avec leurs questions incessantes que nous retournons dans le passé, et surtout que nous prenons toute la mesure de l’ignominie de Jean-Claude.

Dirk Roofthooft a d’ailleurs reçu un prix de la télévision belge pour sa prestation : il faut dire qu’il fallait de la ressource pour interpréter un tel personnage.

Et progressivement, l’intrigue se dénoue, amenant la mort inéluctable de J-C. Certes, elle était amplement méritée, mais moralement, ça reste franchement léger.

 

Alors à vos écrans, et savourez comme il se doit la chute – lamentable – de cet homme mesquin, veule et lâche. Certes, ses petites combines fonctionnent (un temps). Mais la roue tourne (1)…

 

  1. C’est le cas de le dire !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Musique, #Stephen Frears
High Fidelity (Stephen Frears, 2000)

Rien ne va plus pour Rob Gordon (John Cusack).

Sa petite amie, Laura (Iben Hjejle) vient de le quitter et son commerce –il tient un magasin de disques – ne marche pas très fort.

Il faut dire que ses deux employés, Dick (Todd Louiso) et Barry (Jack Black) ne sont pas non plus des lumières.

Mais que Laura le quitte, ça, c’est trop. Il fait alors le point sur sa vie et surtout ses échecs amoureux, essayant, pourquoi pas, de renouer…

Evidemment, ça ne marche pas.

Heureusement, il lui reste la musique.

Vraiment ?

 

Cusack, encore une fois, donne le meilleur de lui-même. Il faut dire que derrière la caméra, il y a Stephen Frears. Alors évidemment, le résultat est au niveau de nos espérances. On déguste avec gourmandise cette friandise américano-anglaise, accompagnée d’une bande-son à la hauteur elle aussi et avec, cerise sur le gâteau, l’intervention d’un des interprètes (je vous laisse découvrir qui). L’errance de Rob, mâtinée aux divagations de Barry et au calme imperturbable de Dick, fait de ce film un élément à part.

 

Il faut dire que le trio masculin qui essaie de gérer le magasin de disques est assez gratiné, et si Rob semble être le plus raisonnable des trois, il n’en demeure pas moins un paumé comme les deux autres. Mais ce qui fait la force du film, c’est avant tout le (faux) dialogue de Rob  avec le spectateur. A chaque moment de sa vie – ou presque – il ne peut s’empêcher de se tourner vers nous et nous parler. Et ce même s’il y a du monde autour de lui (bus, obsèques…). D’ailleurs, on se demande presque pourquoi personne n’intervient : certes, cela ressemble à une voix intérieure, mais ce monologue donne une dimension irréelle à l’histoire (tragique ?) de Rob.

 

Mais surtout : si Rob en est là, c’est bien de sa faute. Et rappeler ses malheurs amoureux précédents pour se justifier, voire se dédouaner est totalement dans le personnage. Sauf que Laura, il semble que ce soit la bonne. Il va donc traîner jusqu’au bout sa mélancolie, accentuée par ses deux acolytes vendeurs. Pas de quoi s’en sortir. Qu’importe, il essaie d’y croire (il est bien le seul), torturé par la vision de Laura dans les bras d’un autre (sinon, pourquoi serait-elle partie ? Vous le saurez si vous voyez le film). Cet autre, c’est Ian Raymond, qu’on appelle Ray parce que Ian, ce n’est pas terrible. Et Ray, c’est le trop rare Tim Robbins (j’adore !). Il est, malgré tout, le personnage qui stimule le plus Rob, ou plutôt son imagination. Imagination qui atteint son paroxysme quand Ray va voir Rob dans son magasin.

 

Et la musique ?

En plus d’être en vente à presque chaque séquence, elle baigne admirablement le film, répondant à l’intrigue d’abord, mais aussi créant un univers tout aussi irréel que les déboires amoureux de Rob. De plus, les avis – on ne peut plus tranchés – de Barry sont contrebalancés par la réserve constante de Dick, donnant au trio un équilibre qui se construit jusqu’à se solidifier : et quand une « bonne » musique nouvelle se présente à eux, ils ne parlent plus mais écoutent.

De vrais mélomanes.

 

Donc, n’hésitez pas !

 

PS : on notera la présence – encore une fois chez Frears – de Joan Cusack (Liz), la sœur de… Un régal elle aussi.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Comédie, #Gustave Kervern
Je ne me laisserai plus faire (Gustave Kervern, 2024)

Alain est mort. Moitié dépressif et complètement cancéreux, il laisse deux enfants, une ex-femme (Marie Gillain) et sa mère, Emilie (Yolande Moreau). C’est pour cette dernière que c’est le plus dur : il payait les frais de l’EHPAD où elle résidait.

Emilie décide donc de partir. Elle loue une voiture et s’en va… Réparer quelques torts qui lui ont été faits.

En chemin, elle retrouve une des employées de l’EHPAD, Lynda (Laure Calamy), qui va l’accompagner dans sa vengeance. Et même y prendre sa part.

 

On connaît Gustave Kervern pour Groland, d’ailleurs parmi les interprètes on retrouve un de ses complices dans le rôle du commissaire « Et alors ? », Francis « Kafka » Kuntz. Mais ici, ce n’est pas le même ton. C’est un magnifique road movie qui nous est offert, porté par un duo d’actrices absolument fabuleuses. D’un côté la « vieille » Yolande Moreau qui n’a plus rien à perdre, de l’autre la (plus) jeune Laure Calamy qui est dans une situation assez similaire (virée par son compagnon parce qu’Emilie lui a offert ses boucles d’oreilles.

Et la voiture est l’élément central dans leur univers.

Mais ce road movie ne concerne pas qu’elles : en effet, les deux policiers à leurs trousses (Anna Mouglalis & Raphaël Quenard) sont eux aussi partie prenante. Etsi les deux femmes vont évoluer, il en sera de même pour les deux autres.

 

Mais rassurez-vous, il ne s’agit pas de vengeances de sang. Ca pourrait presque s’apparenter à des petits tracas, des histoires de gosse. C’est d’ailleurs le cas avec Cédric (Philippe Duquesne) qui avait forcé Emilie à montrer ses seins quand elle était en sixième. Sa vengeance est d’ailleurs en rapport au préjudice subi initialement… Bref, Kervern restant Kervern, on a plus d’une fois l’occasion de rire de cette histoire singulière. Au passage, on retrouve quelques anciens compagnons de Yolande Moreau aux Deschiens : outre Duquesne, on reconnaît Olivier Broche (le concessionnaire qui l’a virée parce qu’elle était enceinte), ou encore Olivier Saladin tout en délicatesse avec elle, surtout qu’elle vient coucher avec lui…

 

Mais encore une fois, si le duo vedette est épatant, c’est aussi parce que le reste de la distribution est à la hauteur. On va trouver, outre ceux qui subissent la vengeance, quelques personnages assez gratinés, dont deux en particulier : Georges Leplanchu dit « Tony » (Jonathan Cohen) et la directrice de l’EHPAD (Alison Wheeler).

Le premier, outre le handicap de son patronyme est un abruti de haut vol, avec discours réac et bracelet à la cheville (qu’il a découpé, parce que ses mollets enflent avec le chauffage au sol…). Le genre de type qui se la joue mais n’impressionne personne : la gueulante du policier à son encontre en est un exemple parfait.

Quant à la seconde, elle est un véritable stéréotype de la tendance. Sa discussion on ne peut plus creuse avec Emilie qui s’en va est un véritable bijou de dialogue : aucune phrase ne se termine, et si Emilie en joue, elle, ne s’en rend pas compte.

Bref, c’est réjouissant !

 

Et Kervern déroule tranquillement son histoire, s’attardant avec bonheur sur ces deux femmes qui (re)découvrent la liberté et jouissent pleinement de la vie : c’est d’ailleurs la voiture qui permet cette liberté retrouvée qui les emmènera voir Sandro, (un Italien qui n’était pas joueur de football) pour une émotion incroyable exprimée par les regards émerveillés des deux femmes.

 

Ma-gn-fi-que.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Pirates, #Comédie, #Mel Damski
Barbe d'or et les Pirates (Yellowbeard - Mel Damski, 1983)

Barbe d’or (Graham Chapman) – je préfère Barbe Blonde – est un terrible pirate qui porte très bien son nom.

Bien après s’être emparé du trésor du roi d’Espagne, il est arrêté et jeté en prison pour vingt ans, la perpétuité d’alors. Et pendant vingt ans, malgré les sollicitations diverses, il n’a jamais indiqué où était enterré son trésor. Sauf que vingt ans après, il est encore en vie. On va donc le laisser s’échapper et le suivre pour qu’il retrouve son trésor.

Alors oui, Barbe d’or va tout faire pour le récupérer. Mais à ses trousses, on trouve Moon (Peter Boyle), son ancien second, le commandant Clement (Eric Idle), et même le jeune Dan (Martin Hewitt) qui, si on en croit sa mère (Madelyne Kahn) est le propre fils du pirate…

Bien entendu, tout ce petit monde va se retrouver sur l’île du trésor, dirigée depuis par les anciens soldats espagnols (Cheech & Chong) à qui Barbe d’or av ait subtilisé les richesses tant convoitées.

 

C’est un film absolument foutraque que nous propose Mel Damski, avant tout spécialiste des productions télévisuelles. Mais la folie de ce film n’a rien d’étonnant : au scénario, on trouve Graham Chapman, qui a invité ses amis (entre autres) à participer. Pas étonnant alors d’y rencontre John Cleese (L’aveugle Pew), Eric Idle donc, mais aussi Marty Feldman (Gilbert) dont c’est hélas le dernier film : quand il sortira, cela fera déjà six mois qu’il aura disparu.

Cette ambiance déjantée est renforcée par la présence de spécialistes de l’humour plus ou moins british : outre les noms cités ci-dessus,on notera la présence – double – de Kenneth Mars ou encore Peter Cook…

 

C’est joliment absurde et Graham Chapman s’en donne à cœur joie : du sur mesure. On retrouve dans sa prestation les excès pythonesques attendus, jonglant avec les différents genres d’humour, visuel, de mot et psychologique mais avec surtout une bonne dose de nonsense bienvenue. D’ailleurs, Spike Milligan lui aussi est de la partie, ainsi qu’un chanteur connu que je vous laisse découvrir…Donc, tous les ingrédients sont là pour faire une comédie débridée ainsi qu’un film de pirates. Et le générique d’ouverture rappelle les (super)productions hollywoodiennes du genre. Mais là s’arrête la comparaison : Damski n’est pas Curtiz (par exemple).

 

Quoi qu’il en soit, je ne peux que reconnaître la justesse de l’avis de John Cleese traitant le scénario comme l’un des pires du cinéma mondial. Quoi qu’il en soit, lui – et d’autres – a beaucoup apprécié y tourner et si le succès n’était pas au rendez-vous (1), on ne peut s’empêcher de s’amuser autant que les interprètes dans cette parodie outrancière. On rit même parfois, ce qui n’est déjà pas mal.

Alors n’hésitez pas (beaucoup) pour voir ce film : sa distribution et surtout le plaisir de revoir Graham Chapman entouré de quelques grands noms de l’humour, ça n’a pas de prix !

 

PS : pourquoi un titre français redondant ? Barbe d’or ou Barbe blonde, n’était-ce pas suffisant ?

 

  1. Absolument pas étonnant.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Drame, #Niccolò Ammaniti
Le Miracle (Il Miracolo - Niccolò Ammaniti, 2018)

 

Décidément, les ennuis s’accumulent autour de Fabrizio PietroMarchi (Guido Caprino), le Président du Conseil. Ca s’amoncelle, ou plutôt comme disait mon oncle Jean-René : « Ca s’accumoncelle. »

En effet, le pays (l’Italie, bien entendu) est à la croisée des chemins : va-t-il rester dans l’Europe ? Un referendum prochain (dans une semaine) doit répondre à cette question cruciale. Alors quand le général Votta (Sergio Albelli) requiert immédiatement sa présence, qu’il ne peut pas tout expliquer au téléphone, il s’inquiète.

Et il y a de quoi. Dans une piscine vide et abandonnée, on a trouvé une statue de ma Madone. Mais ce n’est pas tout. Elle a beau être en plastique, elle pleure, sans qu’on puisse expliquer pourquoi. Mais surtout, ce sont des larmes de sang !

Voilà déjà 600 litres qui ont été récupérés…

 

On n’est jamais mieux servi que par soi-même. C’est ce qu’a (peut-être) dû penser Niccolò Ammaniti, qui s’est entouré de quelques professionnels du genre pour créer ce Miracle télévisuel : création de l’histoire, co-scénario (avec  S. Bises, F. Manieri & F. Marciano) & co-réalisation (avec F. Munzi & L. Pellegrini), et un peu de production au début…

Le résultat : huit jours qui ébranlent l’Italie sur ses bases, mêlant politique, religion et un soupçon de truanderie.

Et en plus, c’est assez formidable !

Parce que Ammaniti a conçu la série comme un de ces romans qui mêlent plusieurs histoires semble-t-il disparates mais qui se rejoignent à un moment : le « cercle rouge » cher à Melville !

 

Pendant que Fabrizio désespère, Marcello (Tommaso Ragno) a une crise foi : prêtre, il abuse (lui aussi) des jeunes filles et s’adonne aux jeux d’argent. Mais Marcello a assisté le père Fabrizio quand ce dernier mourait, alors le Président fait appel à lui : c’est la Révélation, fini de vivre dans le pécher. Enfin presque.

De son côté, le fils ravi de Salvo (Alessio Praticò), Nicolino ramène la (très) jeune Beatrice, morte. Bien sûr, on pense que c’est le jeune garçon qui l’a tué.

Et puis il y a Sandra (Alba Rohrwacher) une chercheuse militaire dont la mère se meurt et qui se dit que le sang qui coule est peut-être vraiment miraculeux…

Bref, c’est assez compliqué, et en plus il faut ajouter les infidélités de Sole (Elena Lietti), la femme Fabrizio !

 

Mais il n’y a pas que les différents imbroglios (imbroglii ? c’est italien pourtant) de l’intrigue pour nous tenir en haleine. Le jeu des différents interprètes est à la hauteur de l’enjeu, et si la plupart sont des inconnus (pour moi), il est dommage qu’ils le restent. Tommaso Ragno est un prêtre indigne à souhait, et la façon dont Ammaniti (& C°) le présente rappelle ces courtes histoires qui basculent à la fin.

De même le jeu de la (très) jeune Sara Ciocca (Alma, la fille de Fabrizio), entre sincérité et fourberie, est d’une très grande justesse. Amenant un doute final sur son véritable rôle : maladresse ? Jalousie ?

Sans oublier Sergio Albelli, tenaillé entre le secret d’état et la volonté de révéler ce miracle peu extraordinaire. Parce que, le seul miracle qui compte, et c’est Marcello qui le dit, c’est celui de Lazare (1).

C’est d’ailleurs ce général qui aura le dernier mot, pendant le mariage de sa mère de 86 ans.

 

  1. Tous sauf Lazare est d’ailleurs le titre du second épisode.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fanstatique, #Wim Wenders
Les Ailes du désir (Der Himmel über Berlin - Wim Wenders, 1987)

« Le ciel au-dessus de Berlin ».

Telle est une traduction possible du titre original. Et dans ce ciel berlinois, il y a des anges. Bien sûr, ils ont des ailes, mais on ne les voit pas vraiment. Ils ont une armure aussi, mais ça, c’est une autre (partie de l’) histoire.

Ils vivent en noir et blanc, véritables esprits visibles seulement par les enfants : normal, ils y croient, eux.

Parmi eux, Damiel (Bruno Ganz), en qui s’opère un changement : il veut vivre. Echanger son immortalité contre une tasse de café, ou croquer une pomme, et pourquoi pas l’amour…

Parce que l’immortalité est grise, sans goût, sans couleur. Et surtout, elle est solitaire.

 

C’est beau. Et même très beau. Ces anges sont la mémoire de Berlin, comme le montre la première de rencontre de Damiel avec Cassiel (Otto Sander). Mais ils sont aussi un soutien pour les humains qu’ils voient vivre. Et mourir. Un soutien et un réconfort subit, comme le confirment les voix intérieures de ceux sur lesquels ils se penchent.

Et Wim Wenders illustre magnifiquement leur présence par des images tournées en noir et blanc. C’est à travers les yeux de ces êtres surnaturels que nous voyons cette ville et ses habitants, avec quelques incursions colorées quand la caméra s’en éloigne ou qu’ils ne sont plus là.

Et progressivement, la couleur va envahir le film, prenant la place du noir et blanc à mesure que l’intrigue se dénoue. Le noir et blanc devenant alors sporadique, avec un Cassiel seul. Désespérément seul.

 

Et puis il y a Peter Falk. Dans (presque) son propre rôle. Bien sûr, tous les gens autour de lui l’identifient à Columbo. Mais il n’en a cure : il est ici pour tourner un film. Et quel film : on y trouve des soldats allemands (SS ?), des réfugiés juifs, un jeune hitlérien… Le tout dans Berlin ! Et encore une fois, ce n’est pas gratuit : en plus des anges, les images conservent la mémoire de la ville. Outre ce film en tournage, Wenders insère des images d’actualités (anciennes) de Berlin ravagé en mai et juin 1945, sans occulter les morts, même (surtout ?) les enfants.

Et Peter Falk, sorte de guest star sur ce film n’en est pas moins un personnage capital. Il est l’instrument du Destin, celui qui va permettre à Damiel de se jeter à l’eau. Son passage d’un monde à l’autre est d’ailleurs magnifiquement montré : il se situe dans le no man’s land entre les deux parties de Berlin. Mais un no man’s land étonnant : blanc. Il a bien sûr ses soldats, mais comme les anges sont invisibles…

 

[NB : Des éléments de résolution de l’intrigue vont suivre. Soit vous passez votre chemin jusqu’à ce que vous ayez vu le film, soit vous continuez.]

 

Sauf pour les enfants (voir plus haut).

Et les enfants sont un autre élément primordial dans cette intrigue un tantinet fantastique. Dès les premiers  plans, Wenders nous les montre. Certains vont même jusqu’à leur parler. On pense tout de suite à ces (très) jeunes enfants qui « sourient aux anges ». Ce sont aussi eux qui vont accueillir (malgré eux) Damiel une fois qu’il a renoncé au ciel.

Certains ont vu dans Damiel une allégorie concernant Lucifer, l’Ange déchu. Mais s’il y a un Lucifer dans cette histoire, c’est bel et bien Peter Falk qui l’incarne.

 

Ancien ange, c’est lui qui encourage Damiel à franchir le pas, lui vantant les mérites de la vraie vie et ses sensations. Mais une fois le choix entériné, Damiel se rend compte qu’il n’aura rien de plus que ce qu’il vit. Les (fausses) promesses de révélation qu’il lui a fait miroiter vont rester lettre morte : pour deux raisons : Peter Falk doit tourner une scène, et de toute façon il lui dit qu’il doit faire sa propre expérience. Damiel est tombé dans son piège. Mais heureusement, sa vie est belle.

La raison pour laquelle j’identifie aisément Falk à Satan, c’est surtout parce qu’il va sortir le même baratin à Cassiel, qui ne va pas rentrer dans son jeu.

 

Cassiel est l’autre ange pertinent de cette histoire. Alors que nous voyons souvent Damiel sourire quand les choses se passent bien, ou qu’un enfant le regarde, Cassiel, lui, ne soutit jamais. De plus, il a hérité de personnages peu comiques. Entre Homère (Curt Bois) et le jeune homme en haut de l’immeuble, peu d’occasion de se réjouir.

Mais surtout, c’est sa solitude qui frappe. Alors que Damiel est prêt (et passe à l’acte) à vivre, lui ne tombe pas dans le piège satanique. Mais On sent que cette solitude – assumée – lui pèse, comme montré pendant le concert de Nick Cave (Nick Cave).

 

Je terminerai en disant que c’est l’immense Henri Alekan qui assure les images – pas le premier venu – et qu’il donne même son nom au cirque dans lequel évolue la belle (et regrettée) Marion (Solveig Dommartin).Son travail est absolument admirable, comme souligné dans la version (restaurée) que j’ai visionnée.

 

 

PS : on notera la présence de Laurent Petitgand dans le rôle du chef d’orchestre du cirque. C’est lui qui a composé la musique originale, très pertinente. Autre interprète inattendu : Chick « Facteur » Ortega, qui s’appelait alors Chico Rojo Ortega.

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