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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Cédric Jimenez
Novembre (Cédric Jimenez, 2022)

 

Vendredi 13 novembre 2015.

Une journée ordinaire se termine. Et pour certains, c’est même la fête : l’équipe de France de football joue au Stade de France, et les Eagles of Death Metal au Bataclan.

C’est au SDF que tout commence : trois terroristes se font exploser pendant que le match se poursuit.

Après, ce sera un commando qui va tuer des gens en terrasse de cafés, et un dernier pour les spectateurs du Bataclan.

Au total, 130 morts et 413 blessés. Il s’agit de l’une des rares fois où l’actualité m’a fait pleurer. Que voulez-vous, je suis sensible…

Le président (François Hollande) s’exprime, pendant qu’en coulisse la police anti-terroriste s’affaire, dirigée par Fred (Jean Dujardin) et Héloïse (Sandrine Kiberlain).

 

Encore une fois, Cédric Jimenez exploite un sujet d’actualité qui, 10 ans après, n’est pas près d’être oublié. Il faut dire que cette année 2015 a été marquée par les attentats islamistes : commencée le 7 janvier avec l’assassinat des membres de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher (je n’oublie pas Ahmed Merabet & Clarissa Jean-Philippe), elle se termine par une tuerie de masse.

Mais là où Jimenez est habile, c’est de ne rien montrer véritablement de l’horreur : seuls quelques victimes hospitalisées sont (à peine) montrées : juste de quoi donner quelques éléments pour l’intrigue.

 

Parce que nous sommes au cinéma, ne l’oublions pas. Dès l’ouverture, d’ailleurs, nous sommes prévenus : c’est une fiction. Inspirée de faits réels, certes, mais ce n’est pas la vérité. D’ailleurs, cela ne nous intéresse pas.

Par contre, ce qui est vrai, c’est qu’à nouveau Jimenez rend hommage aux forces de l’ordre qui ont opéré pendant les cinq jours qui ont suivi, découpant son film avec l’intertitre « NOVEMBRE », suivi du numéro du jour.

Et si Fred& Héloïse sont identifiés comme « héros » du film, c’est avant tout le travail des gens de l’ombre qui est ici exposé : infiltrés, anonymes…

On découvre progressivement le filet tendu par cette brigade dans les milieux islamistes.

 

Mais ces héros de l’ombre restent tout de même humains. Ils doutent et surtout se trompent. C’est le cas ici d’Inès (Anaïs Demoustier, formidable elle aussi) qui fait fi de la procédure pour privilégier l’initiative personnelle, avec le risque d’annuler toute l’action. Et cette précipitation va aussi se retourner contre elle quand un témoin spontané va se présenter : la méfiance engendrée par sa première « intuition » n’est pas étrangère au temps perdu à prendre au sérieux la jeune femme (Lyna Khoudri).

 

Au final, on a un film, encore une fois très bien ficelé où les différents protagonistes ne sont pas des personnes extra-ordinaires mais bel et bien des humains, avec leurs forces, mais aussi, heureusement (?), leurs faiblesses.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Christopher Cain
Young Guns (Christopher Cain, 1988)

Ils sont six.

Ils sont jeunes.

Ils sont (presque tous) beaux.

Et ils savent manier le revolver.

Mais ces drôles de pistolets ont un autre point commun : John Tunstall (Terence Stamp).

John Tunstall (1953-1878) les a sortis de leur situation – misérable – et leur a proposé à tous de travailler sur son exploitation. En plus, il les a éduqués et leur propose donc une chose qu’ils pensaient ne jamais avoir : un avenir.

Malheureusement, Tunstall est seul face au « cartel » dirigé par Lawrence G. Murphy (Jack Palance) : ce dernier fait abattre Tunstall, déclenchant alors la guerre de Lincoln qui verra le cartel tenter d’éliminer cette bandes de jeunes pistoleros qui ne rêvent que de venger leur bienfaiteur.

 

Comme toujours, c’est alors qu’on croit le western agonisant qu’il revient en force (1). D’autant plus que Christopher Cain reprend l’un des personnages les plus mythiques du genre : William H. Bonney, plus connu sous le pseudonyme de Billy the Kid (Emilio Estevez). Mais Cain – nous sommes au cinéma, ne l’oubliez pas – reprend, avec l’aide de John Fusco (au scénario), cette histoire déjà bien adaptée au cinéma, les personnages – dont l’inévitable Pat Garrett (Patrick Wayne, le fils de) – et les lieux de cette histoire véridique, la modifiant juste assez pour en faire une nouvelle légende de l’Ouest.

Et encore une fois, le spectateur se range (presque toujours) du côté de Billy, malgré certaines fêlures apparentes qui se développent. Parce que, qu’on le veuille ou non, Billy the Kid est un psychopathe notoire, et pour lui, tuer est une activité comme une autre, surtout qu’elle a une base sinon légale, tout du moins légitime. A ses côtés, Cain nous montre une bande de jeunes garçons perdus, et encore plus avec l’assassinat de leur mentor.

 

Et ces jeunes gens ne sont pas tous du calibre du Kid. De l’autre côté, nous trouvons Richard « Dick » Brewer (Charlie Sheen, le frère d’Emilio !) et Doc (Kiefer « Jack Bauer » Sutherland), plus raisonnables et modérés. Et au milieu, Charlie Bowdre (Casey Siemaszko) et « Dirty Steve » Stephens (Dermot Mulroney).

Si vous avez bien compté, nous en sommes à cinq. En effet, il reste Chavez (Lou Diamond « Ritchie Valens » Philips), métis indo-mexicain, dont la culture et les motivations sont autres. Son statut de métis est d’ailleurs (un peu) exploité, surtout dans ses rapports avec Stephens (un tantinet raciste), rappelant l’instabilité et surtout la méfiance vis-à-vis de ces personnes qu’on avait tendance à considérer comme « impures » (2).

Pourtant, même si Billy est le personnage central de l’intrigue, Chavez en est l’élément indispensable : c’est lui qui, à  chaque fois, va permettre à ces « jeunes gâchettes » (1), de s’en sortir, toujours de façon spectaculaire.

 

Bref, Cain dirige avec bonheur – et maîtrise – sa « bande de jeunes », et revisite à son tour cette histoire archiconnue. Et comme nous sommes au cinéma, il prend des libertés avec la vérité historique pour en faire une réalité spectaculaire.

Et comme nous sommes dans un vrai western, nous avons droit au duel final entre le héros (Billy) et son pendant méchant (Murphy).

Par contre, comme le western s’est modernisé, les règles ont évolué et ce duel est un petit peu différent.

Je ne vous donnerai pas l’issue de ce duel, mais sachez que Murphy est mort d’un cancer à Santa Fe. Quant à Billy, c’est toujours le 14 juillet 1881 qu’il a été tué. Mais ceci est une autre (véridique) histoire…

 

  1. Né avec lui, c’est avec le cinéma qu’il mourra. PAS AVANT !
  2. On retrouve cette même notion dans la saga Harry Potter.
  3. Traduction possible du titre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #François Truffaut
La Mariée était en noir (François Truffaut, 1968)

Julie Kohler (Jeanne Moreau) se déplace. Un jour à Cannes, un autre à Biviers, ou encore dans les Alpes, à Paris…

En fait, elle traque des hommes. Cinq hommes qui lui ont volé sa vie : alors qu’elle sortait de l’église Saint-Lambert de Vaugirard, un coup de feu retentit et David (Serge Rousseau), son mari, s’écroule, mort. Ces cinq hommes, un tantinet éméchés sont responsables de cette balle perdue.

Maintenant qu’elle les a trouvés, elle les élimine, froidement, obstinément.

 

Voici certainement l’un des meilleurs films de Truffaut. Il faut dire que déjà, il ne joue pas dedans… Toujours est-il qu’encouragé par son livre sorti l’année précédente, il se met à tourner à la façon de son maître cette histoire de vengeance dans le courant de 1967. Et il reprend Jeanne Moreau, l’une des égéries de cette « nouvelle vague », cinq ans après Jules et Jim pour interpréter cette tueuse envoûtante. Envoûtante certes, mais surtout froide. Un peu trop d’ailleurs ce qui se ressent sur son jeu : univoque et uniforme. On dirait (presque) qu’elle imite la diction du réalisateur !

 

Pourtant, tout le reste est impeccable, et comme chez Hitch, ce n’est pas la recherche du coupable qui nous intéresse – d’un côté, c’est elle, de l’autre ce sont eux - ni spécialement ses motivations qui arrivent lors du troisième meurtre – Morane (Michael Lonsdale) étouffé dans le cagibi sous l’escalier – mais bien son modus operandi, et surtout si elle arrivera au bout de son œuvre ! Parce que là, Truffaut glisse une difficulté imprévue dans son parcours : Delvaux (Daniel Boulanger), comme tout bon ferrailleur qui se respecte est un truand notoire arrêté par la police juste avant sa rencontre – fatale – avec Julie.

 

Quoi qu’il en soit, ça fonctionne plutôt bien pour elle – elle tue sans remords ni regret – et pour nous – la fascination mortifère est bien là. Mais il manque tout de même quelque chose. Il n’y a que très peu de suspense. En tout cas, beaucoup moins que chez Hitch, et surtout, la tension indispensable n’est pas assez élevée.

Et je pense que c’est là que le bât blesse : le jeu froid et invariable de Jeanne Moreau freine l’intrigue et peut lasser le spectateur – j’en connais !

 

Pour ma part, j’aurais aimé qu’il s’appesantisse plus sur ces cinq hommes qui deviennent meurtriers – et complices parce qu’un seul presse la détente – par accident : que ce soit après leur fuite (1) ou au moment de mourir. Le seul qui a la possibilité de s’exprimer – et qui nous explique donc la raison des voyages de Julie – c’est encore une fois Morane, véritable personnage pivot du film. Et celui qui aurait véritablement mérité un développement plus conséquent, c’est Fergus (Charles Denner) : si Morane exprime des regrets – tardifs – sincères, Fergus a été rongé par cette épreuve au point de ne pas reconnaître cette femme dont il a – involontairement – brisé la vie.

Tant pis.

 

Au final, c’est film de très bonne facture, mais malgré tout, un Canada Dry : ça ressemble à du Hitchcock, ça a la couleur du Hitchcock, mais c’est du Truffaut (2)…

 

  1. Qui est d’ailleurs très bien rendue.
  2. Comme disait mon ami le professeur  Allen John : « un Truffal, des Truffaut. »

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #W.W. Young
Alice au Pays des Merveilles (Alice in Wonderland - W.W. Young, 1915)

Alice (Viola Savoy), est une (grande) petite fille. Elle va se promener avec sa grande sœur et s’endort quand elles font une pause. Arrive alors un lapin blanc (Herbert Rice) qui l’encourage à l’accompagner au Pays des Merveilles.

Une fois au fond de son gîte, elle va vivre une aventure extraordinaire, avec des animaux, un chat qui sourit, un chapelier fou (William Tilden), une chenille et bien sûr la Reine de Cœur qui n’a qu’un seul mot d’ordre : « Qu’on lui coupe la tête ! ».

 

W.W. Young n’était pas un cinéaste mais un psychologue pour enfants, et son film, s’il ne s’illustre pas par ses prouesses techniques, n’en demeure pas moins une belle adaptation du formidable roman de Lewis Carroll. Certes, Viola Savoy a presque 10 ans de plus que son personnage (15 ans), mais cela importe peu : le rêve attendu est là.

Comme Young n’est pas cinéaste, les plans s’enchaînent avec un montage qui n’est pas toujours précis, mais surtout, ce sont toujours des plans d’ensemble qui nous sont proposés (1).

 

Qu’importe, parce qu’avant tout, Young veut un film pour les enfants, son public de prédilection. Et son adaptation du roman va suivre (à peu près) les différentes péripéties ainsi que les illustrations originales de Sir John Tenniel (2), utilisant des costumes – supervisés par Charles R. Macauley qui a aussi beaucoup travaillé sur les décors… Sans oublier la production ! Et le résultat est très beau (en ce qui le concerne).

Malheureusement pour nous, si les images sont quasiment toutes en très bon état (le film a été restauré en 2015), il en manque !

Les transformations d’Alice et des éléments de la suite (À travers le Miroir), ont été irrémédiablement perdus. Alors il ne reste pas beaucoup de trucages : une surimpression quand Alice quitte sa sœur pour retrouver le lapin blanc, et les différentes apparitions/disparitions du chat de Cheshire.

On regrette vraiment la perte de ces séquences (annoncées par certains intertitres), et surtout Humpty Dumpty qui est sur l’affiche originale mais se fait bougrement désirer !

 

La seule liberté prise par Young par rapport à l’intrigue originale, c’est le contexte qui précède l’endormissement d’Alice.

En effet, sa maman (Lotta Savoy, la mère de Viola, je suppose) a préparé des tartes (3), nous faisons la connaissance de Dinah (son chat, qui n’est d’ailleurs pas nommé), et en chemin, les deux sœurs rencontrent un lapin blanc.

Et là, c’est Young en tant que spécialiste qui s’adresse au public (4) : ces différents éléments vont être des éléments déclencheurs du rêve « merveilleux » d’Alice.

 

Malgré les séquences manquantes, il nous reste une adaptation très propre et très fidèle : ça arrive aussi au cinéma.

 

Comme quoi, tout est possible !

 

  1. Nous sommes bien loin de Griffith !
  2. Jack Davis (1922-2016) sur un scénario d’Harvey Kurtzman (1924-1993) a lui aussi illustré une autre adaptation… Pour Mad !
  3. Celles qu’on va retrouver dans l’épisode avec la Reine de Cœur.
  4. Rassurez-vous, on ne le voit pas !
Sir John Tenniel (1820-1914)

Sir John Tenniel (1820-1914)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fanstatique, #Drame, #David Cronenberg
The dead Zone (David Cronenberg, 1983)

Quand Stephen King, maître incontesté de l’épouvante, rencontre David Cronenberg, on peut s’attendre à une rencontre au sommet : c’est le cas.

 

Castle Rock, New Hampshire.

John Smith (Christopher Walken), professeur de littérature, est victime d’un accident de la route, dû à un routier somnolent. Quand il sort du coma, cinq ans se sont écoulés. Il n’a plus de boulot, et Sarah (Brooke Adams), sa fiancée, a refait sa vie : elle est mariée et a un enfant.

S’il a (presque) tout perdu, il a quand même gagné quelque chose : en touchant quelqu’un, il peut voir en cette personne. Son passé – le docteur Weizak (Herbert Lom) – son présent – l’infirmière – et son futur – Chris (Simon Craig). Mais si le passé et le présent ne sont plus contrôlables, le futur, quant à lui, l’est : c’est ça, la « dead zone »  du titre.

 

Le rencontre annoncée était donc inévitable. Et malgré une mésentente sur le scénario – celui de King, qui a travaillé dessus à un moment, était trop violent – le résultat est plus que probant. Il faut dire que les univers de ces deux maîtres sont très compatibles. Et le résultat est là. Il faut dire que la présence de Christopher Walken est l’un des atouts du film : son sourire, qu’on avait véritablement découvert dans Voyage au bout de l’Enfer, est tour à tour une défense comme un début d’attaque.

Et là encore, un bon premier rôle n’est rien s’il n’y a personne pour le soutenir : tous d’Herbert Lom à Martin Sheen (Stillson, le politicien aux méthodes syndicales éprouvées) sont à la hauteur de l’événement. Avec en prime quelques rôles plus effacés – Sonny (Géza Kovacs), pour ne citer que lui – indispensables à l’intrigue.

Bref, Cronenberg a à sa disposition des interprètes de (haute) qualité qui lui permettent de « dérouler ».

 

Le titre français est très trompeur, parce que si les prémonitions de John, pour la plupart, sont des situations en rapport avec la mort, cette dead zone se traduirait plutôt par angle mort, comme celui des voitures auquel vous devez faire attention quand vous déboîtez ! D’ailleurs, John utilise aussi l’expression « blind spot » (= endroit aveugle) qui s’y applique tout autant.

Et ce terme (original) est très bien choisi parce que, à l’instar de cet angle mort, John n’a aucun contrôle dessus. Mais ici, il prend de plus en plus de place, comme prévu par Weizak, avec les effets néfastes que je vous laisse découvrir si ce n’est pas encore le cas.

Et le choix de l’adjectif dead (mort) n’est pas non plus anodin en ce qui concerne l’intrigue, puisque la mort est toujours au rendez-vous, plus ou moins manqué.

 

Et on sent que Cronenberg a pris du plaisir à réaliser ce film. On y retrouve la dimension un tantinet fantastique inhérente à nombre de ses films, qui se marie parfaitement avec l’univers de King. Certes, le personnage principal n’est pas écrivain mais il enseigne tout de même la littérature. D’ailleurs, l’utilisation récurrente du Corbeau de Poe est là encore très pertinente.

N’ayant pas lu la nouvelle originale, je ne m’étendrai pas sur son adaptation, mais je ferai tout de même un rapprochement avec un roman postérieur du même King : 22/11/63.

A nouveau, il est question d’abattre un homme politique, mais pas n’importe qui : celui qui fut tué à cette même date à Dallas, JFK.

Ici, Stillson n’a pas la même envergure puisqu’il n’est que candidat au sénat, mais Smith va tout de même tenter d’influencer son futur, qui s’annonce franchement noir !

Je ne vous dirai pas s’il y arrive ou non, même si vous pouvez en avoir une idée aisément. Et Martin Sheen est le méchant idéal dans ce genre d’histoire : sa façon de traiter avec la presse est un exemple magnifique de sa méthode d’arriver au pouvoir (« démocratiquement »), rappelant certaines pressions syndicales comme on en trouve chez Kazan, par exemple.

Et cet aspect social est accentué par le port systématique du casque (à son effigie) et sa tenue de chantier lors de ses sorties publiques.

Et l’analogie entre les deux histoires ne s’arrête pas là. Par contre, moi si, autrement je vais vous révéler toute l’intrigue…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Ken Loach
The Old Oak (Ken Loach, 2023)

Murton, Durham County, England.

2016.

Un bus amène des réfugiés syriens dans cette « banlieue » éloignée (de Newcastle ou Sunderland ?). Tout de suite, une animosité point, qui ne quittera pas le « village » dont la principale activité était la mine, tombée en désuétude voire abandonnée à partir de 1984. Et pas seulement à cause des accidents.

T.J. Ballantyne (Dave Turner), qui tient le dernier pub – the old Oak – de la ville a vu ces changements, a servi les mineurs qui sont ensuite devenus des chômeurs. Mais lui accueille ces « migrants » (comme on dit), mettant même à leur disposition – ainsi qu’à la communauté – son arrière-salle qui n’a pas servi depuis une vingtaine d’années, quand l’activité syndicale était encore une réalité et l’espoir toujours dans les yeux des travailleurs menacés.

Aujourd’hui, l’espoir a disparu et ces étrangers sont mal perçus par ceux qui, malgré eux, sont dans la même situation : pauvreté, faim et désespoir.

Mais malgré tout, il reste un tout petit peu d’espoir dans l’œil d’une nouvelle arrivante, Yara (Ebla Mari), qui arrive avec sa famille – sans son père en prison – et son appareil photo. C’est avec cet œil qu’elle veut encore voir l’espoir.

 

Est-ce le dernier film de Ken Loach ? (1) J’espère que non, mais faute de savoir, il faut le voir – et le vivre –comme si c’était le dernier. Et – encore une fois, c’est une apothéose. On y retrouve tout ce qui a constitué son cinéma, l’aspect social des relations humaines, mâtiné d’une nouvelle dose d’actualité héritée de la mondialisation : les réfugiés. Et Loach, en plus de montrer certaines similitudes entre ces nouveaux arrivants et les « Anglais de souche » (2) : la misère essentiellement entre ceux qui ont tout perdu à cause de la guerre, et les autres à cause du capitalisme débridé (merci Thatcher et les autres !). Et il semble le seul à le voir !

Tout comme il est le seul – au début en tout cas – à voir cette similitude dans le combat pour la vie qu’il va ranimer avec Yara : il faut survivre et pour cela, il faut être ensemble et, comme le dit l’un des slogans des luttes passées, « manger ensemble » !

 

Parce que manger est la préoccupation première de tous. La réouverture de son arrière-salle en cantine devient alors le véritable espoir de cette banlieue lointaine qui l’est encore plus depuis que l’Etat s’en est retiré. Certes, nous sommes au nord-est de l’Angleterre, mais la situation ainsi que l’architecture des maisons rappelle des situations similaires dans le Nord de la France, ces Hauts-de-France que l’Etat français a peu à peu abandonné, diminuant progressivement les services publics comme peau de chagrin. Alors cette histoire de solidarité devient universelle, et Loach, malgré tout veut croire à cet espoir essaimé par Yara et TJ.

Et cet espoir va un tantinet à l’encontre de la tendance communautariste qui s’implante un peu partout dans l’Angleterre : c’est parce qu’on se tourne vers les autres, qu’on partage et qu’on est TOUS ensemble que les choses peuvent changer.

 

Mais la route est longue et semée d’embûche pour y arriver – si jamais on y arrive. La première difficulté est bien sûr la xénophobie qui s’exprime par un racisme plus ou moins ordinaire : « je ne suis pas raciste mais… » est là encore proféré, et s’il n’est pas question « étrangers qui viennent nous enlever le pain de la bouche » (3), c’est avant tout parce qu’il n’y a pas de pain !

Et cette situation de misère (cachée) est très bien exposée lors du premier repas servi dans cette cantine névralgique : le jeune Max (Alex White) prend son repas dehors, à l’abri des regards, parce qu’on a sa fierté, tout de même.

Et TJ exprime magnifiquement son geste : ce n’est pas de la charité, mais de la solidarité ! Ce que ses « amis » (4) du pub ne comprennent pas, regardant ces étrangers par le petit bout de la lorgnette et ne voyant en eux que des terroristes musulmans.

Et puis il y a les images. Loach a choisi des teintes grises qui donnent à son film une impression constante de noir et blanc, contredite sporadiquement par les pantalons en jean (5) ou encore les rares carrés d’herbe encore présents dans cet environnement urbain. Ces teintes colorées sont de (trop) rares bouffées d’oxygène dans cet univers de désespoir. C’est avant tout dans les couleurs qu’il faut donc trouver l’espoir qui manque à tous ces gens.

Et Loach va utiliser cela avec beaucoup de maîtrise réservant la plupart du temps les séquences colorées pour ces étrangers : à l’instar de l’œil de Yara, ils sont l’espoir pour cette communauté qu’ils viennent intégrer.

 

  1. A chaque fois, c’est ce qu’il annonce. Il a maintenant 88 ans, ça se pourrait bien.
  2. L’un d’eux, raciste notable violent, se prénomme Rocco (Neil Leiper)…
  3. Autre antienne nauséabonde fréquente dans certains pubs anglais et cafés français…
  4. « Clients » devient une acception plus juste alors, pour ces gens-là…
  5. Textile ouvrier s’il en est !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gangsters, #Guy Ritchie
Arnaques, Crimes et botanique (Lock, Stock and two smoking barrels - Guy Ritchie, 1998)

500.000 livres sterling.

4 copains.

3 cartes de poker.

2 fusils de collection.

1 collecteur de fonds.

 

Eddy (Nick Moran) est un petit arnaqueur, mais avant tout un prodige du poker à trois cartes. Sauf quand un adversaire triche. C’est le cas de Hatchet Harry (P.H. Moriarty – avec un nom pareil, le rôle du méchant est assuré !) qui non seulement lui prend les 100.000 livres qu’il a amenées mais en plus lui prête les 500.000 annoncées. Qu’il va devoir rembourser, sinon…

Avec Tom (Jason Flemyng), Soap (Dexter Fletcher) & Bacon (Jason « Turkish » Statham) il va monter un coup pour pouvoir rembourser ce terrible créancier (1).

Les fusils ? Ce sont ceux que convoite ce même Harry, et pour lequel deux petits malfrats (Victor McGuire & Jake Abrahams) vont cambrioler une grande propriété.

 

Guy Ritchie fait ses premières armes en long métrage, et il faut avouer que c’est parfaitement réussi. C’est très bien fait, l’intrigue est très bien ficelée, les interprètes au niveau de l’enjeu, et en plus, c’est drôle. Bref, vingt-six ans après, on se rend compte que Ritchie faisait déjà du Ritchie (2) !

Déjà, les gangsters ont des noms pittoresques ; déjà le plus redoutable (Harry) possède une lame dans son surnom (3) ; déjà Alan « Bricktop » Ford est là : c’est lui qui nous narre cette aventure improbable. Et surtout, nous découvrons deux autres figures qui seront-elles aussi dans son prochain film : outre Jason Statham, c’est Vinnie « Bullet-tooth » Jones (Chris), dont ce sont les premiers rôles importants. Chris, c’est le collecteur de fonds, l’instrument du Destin.

Et déjà, les gangsters, pour la plus grande partie d’entre eux, sont des minables.

 

Bref, il s’agirait presque d’une répétition de Snatch, mais en beaucoup plus simple. Avec aussi un résultat aussi calamiteux et meurtrier. Mais tellement jouissif !

Ayant déjà parlé ici du film suivant, je risque de me répéter. Tant pis.

Encore une fois, il y a une histoire d’amitié entre petits gangsters anglais. Et du gibier trop gros pour ces mêmes jeunes gens ! Certes Harry n’a pas la méchanceté intrinsèque de Bricktop, mais il n’en demeure pas moins un très rude adversaire. D’ailleurs, à part les quatre et les deux voleurs de fusils, ce sont tous ce qu’on pourrait appeler des pointures du milieu londonien. Des gens dont on n’aimerait pas faire la connaissance, même à un gala de charité !

Et c’est bien sûr le décalage entre le caïd et les autres qui fait tout le sel du film. Déjà (encore une fois) ce sont les minables qui font pencher la balance du mauvais côté (pour Harry & C°) mais avec tout de même une fin un tantinet scorsesienne, puisque ces quatre amis ne vont pas beaucoup évoluer : le seul changement qui va arriver (inévitablement), c’est le déménagement d’Eddy, puisque sa maison est un petit peu encombrée… De cadavres ! [NB : malgré son penchant appuyé pour l’alcool, ces cadavres ne sont pas des bouteilles vides !]

 

Et la botanique ? On la trouve chez une autre bande de copains jardiniers. Enfin pas des jardiniers courants : ils cultivent des plants de ganja qu’ils revendent à prix d’or. Leur rôle dans tout ça ?

Allez voir…

 

Un régal !

 

  1. Il ne s’appelle pas « The Hatchet » (« la Hache ») pour rien…
  2. Evidemment, à l’époque, on ne le savait pas encore !
  3. Le prochain sera Boris « The Blade » Yurinov (Rade Serbedzija).

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Rowland V. Lee
Le Comte de Monte Cristo (The Count of Monte Cristo - Rowland V. Lee, 1934)

Et de 15 !

Oui, c’est déjà la quinzième adaptation du roman de Dumas, cette « histoire immortelle » (comme annoncée dans le générique de début) de vengeance et d’amour, d’emprisonnement et de mort…

 

Edmond Dantès est interprété par Robert Donat et est toujours arrêté sur ordre du procureur Villefort (Louis Calhern), épaulé par deux jaloux dangereux : Danglars, qui n’a pas été nommé par Morrel (Walter Walker) qui lui a préféré le même Dantès ; et Mondego (Sidney Blackmer) qui aime la belle Mercedes (Elissa Landi) qui lui préfère (là encore !) le bel Edmond.

S’ensuivent bien sûr les seize ans au Château d’If, la rencontre de l’abbé Faria (O.P. Heggie), la mort de ce dernier et l’évasion qui s’ensuit.

Tout est donc prêt pour la vengeance, deuxième partie du film.

 

Rowland V. Lee, voilà maintenant quatre-vingt-dix ans (!) nous propose lui aussi une adaptation qui tient ses promesses, même si le terme adaptation est on ne peut plus pertinent ! En effet, exit Caderousse, la maison du scandale et le fils caché de Villefort. Pour le reste, Danglars est toujours aussi méprisable et sa fin n’a rien à envier à l’originale, tout comme le sort réservé à Villefort.

Lee, qui a participé à l’adaptation avec Philip Dunn & Dan Totheroh (le frère de Roland), s’en tire vraiment très bien et ce malgré une fin de film qui explique le choix de Josée Dayan dans sa version avec Depardieu (1) : nous avons donc droit à la happy end de rigueur (pour l’époque et le lieu) où Mercedes et Dantès peuvent enfin s’aimer.

 

Certes, Nous n’avons pas le sommet que représente le souper offert par Dantès à ses bourreaux avec la révélation qui va avec, mais la machination de ce dernier se défend et nous assistons à un final assez réjouissant qui se situe, encore une fois, au tribunal. Mais puisque le fils (maudit) de Villefort a été écarté de l’intrigue, c’est Dantès soi-même qui est jugé pour son évasion. Et Lee nous offre une séquence qui a tendance à nous faire sourire : la barre du témoin est sur roulette et Villefort, avant Dantès, s’en sert pour bien faire admirer au public et aux jurés la face (hideuse, cela va de soi) d’un être misérable et nuisible, espion bonapartiste de surcroît.

Donc le basculement final qui voit Villefort fustigé à son tour sur cette singulière « charrette d’infamie » est là encore une très belle trouvaille.

 

Comme Matthieu Laporte et Alexandre de la Patellière, Lee adapte avec intelligence le roman (immortel), privilégiant certains éléments, en enlevant d’autres pour arriver à une intrigue bien ficelée et logique, sauf en ce qui concerne la fameuse happy end (2). Mais que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir.

Le principal est là, et le duel à l’épée tient ses promesses. Et la mort de Mondego (inévitable) n’est pas suggérée mais bel et bien montrée, sous les yeux de la populace venue l’insulter.

Et puis Donat campe un Dantès très crédible, même (surtout ?) avec tous ses poils autour de la tête.

 

Bref, une bonne adaptation.

 

  1. Je me demandais où elle l’avait trouvée !
  2. Dantès ne peut plus se mettre avec Mercedes, après tout ce qui vient de se passer.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Mary Harron
American Psycho (Mary Harron, 2000)

Patrick Bateman (Christian Bale), 27 ans, vie saine est l’un des directeurs d’une grande firme. Tout va très bien pour lui… Le jour. La nuit, c’est autre chose : son visage n’a plus aucune humanité et les êtres vivants qu’il croise une espérance de vie très limitée.

Il tue sans discernement, hommes femmes et animaux. Sans discernement ni remords, ni regret.

Un psychopathe de la pire espèce.

Et comme tous les psychopathes, un désir plus ou moins conscient de se faire arrêter.

Alors quand il tue son collègue Paul Allen (Jared Leto) et qu’un enquêteur (Willem Dafoe) vient l’interroger…

 

Attention ! Eléments de résolution d’intrigue…

 

Terrible.

Christian Bale incarne ici avec beaucoup de maîtrise un phénoménal méchant. Personnage lisse le jour, complexe la nuit, il confirme l’idée qu’un psychopathe peut être n’importe qui, et ne ressemble à personne. Aucune distinction spéciale. Et le jeu très sobre de Bale accentue cet état de fait.

Et le fait qu’il soit le narrateur de cette histoire épouvantable ajoute beaucoup à son personnage. C’est sa réalité que nous suivons. Mais il n’y a nulle forfanterie dans son discours : les choses arrivent, un point c’est tout.

Malgré tout, son anormalité perce sous ses dehors proprets : son agressivité – naturelle – ressort, même si elle n’est que sporadique, voire illusion. En effet, les premiers « décrochages » de Bateman semblent irréels : menace de mort directe dès qu’une contrariété point.

 

Et la fin qui nous est proposée est dans la lignée de cette irréalité éventuelle. Nous sommes au point d’intersection de La Barbe bleue et Massacre à la tronçonneuse : d’un côté la découverte des corps des femmes assassinées par Bateman, ensachées et pendues dans ce qu’on pourrait appeler alors un cabinet ; de l’autre un Bateman nu qui lui court après, brandissant une tronçonneuse vrombissante.

Un véritable cauchemar à la puissance deux !

 

Et c’est là qu’est le talent de Mary Harron. Ressuscitant les années Reagan (ce dernier fait un caméo d’archives : il a alors 88 ans quand le film sort) et ses yuppies toujours à l’affût de la dernière tendance et du dernier gadget – les cartes de visite en sont un très bon exemple. Bateman brasse tellement d’argent qu’il est de plus en plus déconnecté d’une réalité qui lui est même étrangère, voire répugnante (les pauvres), que cela exacerbe ses besoins les plus inavoués – et en même temps inavouables : il tue parce que.

Mais tue-t-il vraiment ?

En effet, si nous assistons à l’exécution de Paul Allen – avec une hache étincelante – on peut tout de même se demander si tout ne relève pas de l’autosuggestion. Après le cauchemar au carré (voir plus haut), tout ce passe comme si rien ne s’était passé : Allen n’est plus là, mais tout le reste non plus. Pire, l’un des protagonistes soutient mordicus avoir déjeuné avec lui peu de temps auparavant (après sa disparition).

 

Alors que croire ? Qui croire ? Celui qui raconte – Bateman – ou celle qui nous raconte (Mary Harron, associée à Guinevere Turner pour le scénario) ? Les deux ?

Quant à son agenda, il ne nous éclaire pas tellement plus, sinon que Bateman aime dessiner…

Bref, nous ne sommes pas plus avancés et pour une fois, il n’y aura pas de rédemption. De toute façon, un personnage aussi inhumain peut-il (doit-il ?) être sauvé ?

Enfermé, certainement !

 

Brillant !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Victor Sjöström, #Lillian Gish
La Lettre écarlate (The scarlett Letter - Victor Sjöström, 1926)

Cette « lettre écarlate », c’est un A. Celui de l’adultère. Et c’est Hester Prynne (Lillian Gish) qui le porte, en souvenir de sa faute.

Mais reprenons.

Boston, 1645.

La colonie anglaise se développe progressivement, appliquant à la lettre le règlement puritain, pour le bien de ses habitants. Enfin surtout pour leur bien spirituel. Parce que question physique, c’est autre chose : chaque élément de la vie quotidienne peut devenir un affront à Dieu, comme de laisser chanter un canari le jour du Seigneur.

C’est ce qu’a fait Hester, jeune « puritaine » un tantinet naïve et insouciante. Dénoncée, elle finira au pilori assis (voir photo), avant d’être libérée par le jeune pasteur, Arthur Dimmesdale (Lars Hanson), par ailleurs très apprécié de ses coreligionnaires.

Très vite, la jeune femme obsède le jeune homme, jusqu’à l’irréparable qui lui vaut de porter la lettre susdite, devenant alors la cible de l’opprobre public.

En effet, Hester a déjà été mariée (contre son gré) à Roger Prynne (Henry B. Walthall), qui a disparu.

Mais n’est pas mort…

 

Premier des deux films qu’il a tournés avec le duo Gish-Hanson, cette Lettre écarlate est un film extraordinaire. De par sa qualité technique tout d’abord, mais aussi dans la direction des différents interprètes, confirmant le bon choix de la MGM qui fit venir ce réalisateur (1).

Ce film possède un équilibre formidable à tout point de vue, que ce soit dans l’intrigue, le rythme, ou le ton, on ne se lasse pas de le voir (et le voir, et le voir…). De plus, le duo vedette est magnifiquement apparié, donnant à cette même intrigue une force incontestable. Lillian Gish et Lars Hanson confirment une fois de plus leur immense talent, et surtout, Sjöström (2), par l’intermédiaire d’Hendrik Sartov, filme la belle Lilian admirablement.

Il faut dire que Sartov connaît l’actrice depuis un moment et n’en est pas à sa première production avec elle. Ni avec un second rôle notable ici, Karl Dane. Ce grand acteur (pas seulement pour sa taille) interprète ici le personnage comique de cette intrigue qui ne l’est absolument pas, Giles.

 

Certes, Giles n’apporte pas grand-chose à l’intrigue, même s’il intervient à de nombreuses reprises, mais il permet quelques pauses qui permettent au spectateur de souffler dans une histoire bien noire. Mais qu’il le veuille ou non, Giles est l’instrument – involontaire – du destin : c’est lui qui va mettre en présence les deux « maris » d’Hester.

Mais il est aussi un autre instrument : celui de la Justice, en quelque sorte, puisque c’est lui qui va châtier la seule personne qui ait de véritables penchants mauvais, Mistress Hibbins (Marcelle Corday).

 

En effet, cette femme est la cause de toute cette tragédie : c’Estelle qui commet la faute originelle : elle dénonce – malgré les protestations du même Giles – Hester au pasteur (et donc au Conseil), les faisant se rencontrer et –malheureusement pour eux – s’aimer.

Parce que ce film est avant tout une histoire d’amour impossible – surtout en 1645 ! – entre deux personnes pourtant faites l’un pour l’autre mais que seule la mort peut réunir. Et en plus, ce n’est pas le cas ici !

 

Donc, pas de happy end cette fois-ci. Qu’importe, les images et surtout Lillian Gish suffisent. Encore une fois, elle irradie l’écran, apparaissant dans un rôle un brin différent. En effet, Hester n’est pas une héroïne issue du monde de Griffith : c’est avant tout une femme, et certainement pas innocente. Mais la grande différence, c’est le fait qu’elle soit une femme et plus une jeune fille. Et sa part d’insouciance, qui pouvait nous faire croire qu’elle avait un rôle habituel, s’efface rapidement au profit de cette femme qui prend ses responsabilités et surtout endosse seule la faute.

Et de toute façon, c’est une tragédie, alors exit Griffith !

 

Au final, c’est un film absolument magnifique et qui, près de 100 ans après, a gardé toute sa force et sa beauté.

Le seul regret que nous pouvons avoir, c’est qu’il ne s’agit pas de la version complète. Il y manque encore un petit peu moins de vingt minutes. Et vingt minutes de Lillian Gish en plus, c’est un trésor inestimable.

Alors je me console en me disant que la première fois que j’ai vu ce film – merci Patrick Brion ! – c’était une version encore plus courte…

 

  1. Malheureusement, les deux films sortis depuis He who gets slapped (1924) sont perdus, nous privant de deux occasions d’admirer son travail…
  2. Que les Américains appelaient alors Seastrom.

 

 

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