Les Kadam, Papa (Om Puri), Hassan (Manish Dayal) ses deux frères et ses deux sœurs ont dû quitter précipitamment l’Inde suite à une élection mal perdue. La mère (Juhi Chawal) est morte et tous les six ont émigré au Royaume-Uni, pour ouvrir un restaurant, comme à Mumbaï. Mais les légumes n’ont pas d’âme, alors ils essaient le continent. De nouvelles saveurs, de nouvelles expérience : une panne de freins et ils s’arrêtent à Saint-Antonin-Noble-Var. C’est là, avec l’aide de Marguerite (Charlotte Le Bon) qu’ils vont ouvrir leur établissement. Pile en face du Saule Pleureur, restaurant étoilé dirigé de main de maîtresse au palais délicat et sûr, par Madame Mallory (Helen Mirren).
Ce n’est donc pas la fin des ennuis pour les Kadam…
Savoureux, tout simplement. Encore un film qui fond dans la bouche, et pas dans la main (heureusement pour les accoudoirs !). C’est une véritable gourmandise que ce long métrage de Lasse Hallström, et il est difficile de faire la fine bouche quand Helen Mirren est présente… Même Papa Kadam tombe sous le charme de Mme Mallory ! Hassan, c’est plutôt Marguerite : question de génération…
Quoi qu’il en soit, c’est presque un conte de fées pour Hassan qui passe d’une situation incertaine – surtout sans les freins ! – à l’un des restaurants parisiens les plus courus, dont le credo de son directeur Paul (Vincent Elbaz) tient en un seul mot : innovation.
Conte de fée parce que c’est un coup du destin qui met en relation Hassan et sa bonne fée (Marguerite). On n’échappe pas aux opposants inévitables – les méchants – qui allient la jalousie au racisme pour tenter de chasser cette famille indienne. C’est d’ailleurs cet attentat xénophobe qui va installer définitivement les voyageurs et amener le sacre de Hassan.
Et bien entendu, tout se termine bien à la fin, même si les deux jeunes gens ne se marient pas. De toute façon, nous sommes au XXIème siècle, que diable !
Et Hallström, avec l’aide de son prolifique scénariste Steven Knight, relance sans cesse l’intrigue, amenant son héros toujours plus haut, jusqu’à atteindre le sommet : la consécration parisienne. Mais tel le paysan dans le conte de Pouchkine (1), Hassan ne peut renoncer à ses racines, comme le montre Hallström dans une séquence nocturne qui voit Hassan tremper son bout de nan dans un mets préparé par la femme d’un employé subalterne, indien lui aussi.
Encore une fois, l’émotion est là qui ne nous quitte pas tout au long du film, alternant la comédie et des pointes de tragédie, jusqu’au final : attendu certes, mais frustrant s’il n’était pas là !
Tout au long du film, véritable ballade (et balade) culinaire, nous rencontrons des individus plus ou moins attachants – Jean-Pierre (Clément Sibony), l’autre chef, appartient définitivement à la deuxième catégorie – avec en prime Michel Blanc, maire du village et déception de son épouse (Shuna Lemoine) qui préfèrerait le voir manger un peu moins…
Mais la primeur revient tout de même à Om Puri (2) et Helen Mirren qui s’entendent à merveille pour faire basculer cette histoire dans une sorte de merveilleux réaliste, à travers une histoire d’amour platonique mais intense.
Bref, on en reprendrait volontiers !
- Du Pêcheur et du petit poisson (1833)
- C’est son avant-dernier film : il est mort quelques semaines avant la sortie de son dernier, en 2017.
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