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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Presse, #Richard Brooks
Bas les Masques (Deadline-U.S.A. - Richard Brooks, 1952)

Mauvaise nouvelle pour Ed Hutcheson (Humphrey Bogart) : The Day, son journal va être vendu à un tabloïd qui veut éliminer un concurrent (de qualité). Et c’est à ce moment qu’on apprend l’assassinat d’une jeune femme par les hommes de main de Thomas Rienzi (Martin Gabel), le caïd local.

Ce sera donc un baroud d’honneur pour Ed et son équipe, avec bien entendu, des dommages collatéraux…

 

C’est du sur mesure pour Bogart. Il est un patron de presse (rédac’ chef) sûr de lui, sérieux et engagé. Pare que ce film, c’est – encore une fois – un plaidoyer pour la liberté de la presse, sujet récurrent du cinéma américain. Et surtout, cette liberté menacée par différents ennemis extérieurs : entre le gangster et le concurrent qui veut carrément éliminer le journal, la partie est serrée et surtout perdue d’avance. Mais pas sur tout.

Il faut dire que Hutcheson est un dur à cuire, rompu à ce genre d’exercice et qui y prend du plaisir. Mais il n’en demeure pas moins humain et a ses propres faiblesses.

En effet, sa vie privée n’est pas des plus reluisantes : divorcé de Nora (Kim Hunter), il ne supporte pas cet échec et revient régulièrement vers elle, qui l’accueille malgré tout.

 

Parce qu’il n’est rien d’autre qu’un missionnaire de la presse. En effet, on sent que cette histoire d’amour malheureuse ne relève pas d’une quelconque inimitié. Il s’agit avant tout d’un choix : Hutcheson a choisi la presse avant tout, Nora passant alors au second plan. Marié à Nora, il avait la presse comme maîtresse et c’est avec cette dernière qu’il est parti.

Et le film nous montre à quel point cette relation extra conjugale est forte, laissant peu de place pour une autre personne.

Et quelle maîtresse ! Plus que la presse elle-même, c’est sa liberté qui lui tient le plus à cœur : son ultime combat sera victorieux au point de faire oublier qu’il était le dernier ! Et de quel manière ! (1)

 

Quoi qu’il en soit, Richard Brooks réussit ici un magnifique film de presse où Bogart est dans son élément, en première ligne dans un combat mémorable. Mais s’il est ainsi, c’est aussi pare que les autres interprètes sont au diapason. Ethel Barrymore (Margaret Garrison), bien sûr, actrice phénoménale qui s’accorde magnifiquement avec Bogart. Ou encore Kim Hunter en femme encore amoureuse mais résignée. Et aussi l’incontournable Ed Begley (Frank Allen) en bras droit de Hutcheson. Jusqu’à Martin Gabel qu’on a plaisir à détester. Bref, une belle distribution (2) dirigée de main de maître.

 

Et un film qui, plus de soixante-dix ans après sa sortie reste d’une incroyable actualité. La liberté de la presse est toujours menacée – voire en certains endroit interdite – et surtout les moyens d’affaiblir les concurrents on ne peut plus développés, relayés par l’utilisation de l’image – télévision & Internet – et même l’intelligence artificielle qui permet à n’importe qui de dissimuler voire transformer la réalité et surtout la vérité. Le rachat de titres qui ont ensuite disparu est une pratique courante dans tous les pays. Quant à l’indépendance chère à Hutcheson – ultime pied de nez du film – on ne peut qu’en douter quand on voit les ressources (illimitées) de certains patrons de groupe d’information (3).

 

  1. Non, je ne vous le dirai pas.
  2. En cherchant bien, on peut même apercevoir un jeune débutant (21 ans quand sort le film) : James Dean. Si, si, cherchez bien !
  3. Est-il vraiment besoin de donner des noms ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Guerre, #Jean-Max Causse, #Roger Taverne
Le Franc-Tireur (Jean-Max Causse & Roger Taverne, 1972-2002)

Juillet 1944.

Après une résistance acharnée, les Allemands décident d’éliminer le foyer de résistance du Vercors. Il y aura plus de 630 morts du côté des résistants.

Parmi les combattants du massif, on retrouve le jeune Michel Perrat (Philippe Léotard), arrivé dans ce conflit à la suite du décès – violent – de sa grand-mère. Il faut dire que ce jeune homme s’était réfugié chez elle pour fuir le conflit, pensant trouver un refuge – une planque – pour terminer la guerre.

Mais la réalité le rejoint, et il doit fuir, rejoignant un groupe de partisans, devenant, malgré lui, l’un ‘entre eux.

 

On se demande bien pourquoi ce film fut interdit de sortie pendant près de trente ans. En effet, ce n’est que le 16 janvier 2002 qu’il put enfin sortir sur les écrans, mais dans seulement 6 salles (il y avait seulement 6 copies disponibles). Et d’une certaine façon, on peut considérer ce film comme le pendant résistant de Lacombe Lucien : tout comme le jeune homme qui entre en collaboration, Michel Perrat se retrouve du côté des résistants sans l’avoir demandé. Et c’est là la grande différence avec le jeune Lucien : à aucun moment il n’a choisi quelque camp que ce soit. Mais puisque le destin l’a fait pour lui, il va suivre son chemin.

 

Bien entendu, c’est avant tout le tapage – on dirait aujourd’hui le buzz – autour du film qui en fait une production à part dans le cinéma français. Alors que l’année précédente, Max Ophüls fustigeait une certaine forme – voire une forme certaine – de collaboration, il semblait légitime à Jean-Max Causse et Roger Taverne de présenter un anti-héros singulier : Michel Perrat devient malgré lui résistant et se retrouve en plein cœur d’un conflit pour lequel il est étranger. Bien entendu, un tel personnage dans un lieu aussi symbolique ne convient aux associations d’anciens combattants et surtout d’anciens résistants encore en vie : il n’est pas question de présenter un personnage aussi tiède dans une phase aussi importante. A aucun moment, Perrat ne montre une quelconque motivation quant à ce conflit. Alors que ses compagnons – d’occasion – d’armes sont convaincus de leur action, à aucun moment il n’émet une quelconque opinion en faveur de leur action. Il est là parce qu’il est là.

 

Et même une fois dans ce groupe e maquisards, il n’a toujours pas une attitude volontaire. Quand il doit veiller sur les autres (tour de garde), il préfère coucher avec la jeune femme (Estella Blain) qui les a rejoints : sa négligence permettra aux Allemands de cerner leur repaire, éliminant alors de nombreux partisans encore restant ?

Jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un, lui, Michel Perrat, résistant occasionnel.

Mais jusqu’à quand ? En effet – et Causse et Taverne sont habiles sur cette fin – Perrat est seul, encore vivant quand le film se termine, plutôt abruptement : on ne sait pas ce qu’il advient de ce drôle de résistant, le narrateur (non identifié) nous annonce qu’il ne fait partie d’aucun recensement quant aux victimes et rescapés de l’assaut : il était là sans être là.

 

Normal, nous sommes au cinéma...

Comme annoncé plus haut, cette « normalité ne fut pas du goût de tous : un personnage aussi peu engagé dans un conflit aussi brûlant, et encore plus dans un massif aussi symbolique ne convient pas à la version officielle, surtout dans une période où on essayait de gommer ces attitudes qui, sans être totalement anti-française, n’en étaient pas moins peu glorieuses…

Et au final, nous avons une chronique bien singulière d’un fait de résistance, bien moins des canons officiels du cinéma (Le Jour le plus long, Paris brûle-t-il ?…).

 

A voir, donc !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Drame historique, #Xavier Giannoli
Les Rayons et les ombres (Xavier Giannoli, 2026)

Le 28 janvier 1950, à presque 29 ans, Corinne Luchaire (Nastya Golubeva) meurt de la tuberculose. Pour les spectateurs d’aujourd’hui, Luchaire n’est pas obligatoirement un nom très connu. Mais à l’époque, il rappelait une période bien sombre de l’Histoire de France : La Collaboration.

En effet, Corinne Luchaire était la fille de Jean Luchaire (Jean Dujardin), patron de presse et à ce titre chantre de la Collaboration franco-allemande, fusillé à Châtillon le 22 février 1946.

Mais reprenons.

 

La petite Corinne (Meherio Patoux), du haut de ses neuf ans, (nous sommes donc en 1930) voit avec admiration son père animer le cercle franco-allemand pour la paix, avec son homologue d’outre-Rhin, Otto Abetz (August Diehl). Tous les deux ont moins de trente ans et rêvent d’une paix éternelle entre leurs deux pays. Trois ans plus tard, malgré l’accession au pouvoir d’Hitler, ils ont toujours ce même rêve, basé sur la conciliation.

Mais quand les Allemands envahissent Paris, cette utopie pacifiste s’est envolée, laissant la place à un certain pragmatisme : il faut collaborer avec les vainqueurs. Certains refusent, ‘autres se réjouissent. Et Luchaire ? Il s’en accommode, par amitié pour Abetz qui est maintenant ambassadeur à Paris, puis par intérêt, l’argent étant un élément qui ne reste pas longtemps entre les doigts de Luchaire.

 

Magistral.

Evacuons tout de suite les motifs de fâcherie : non, ce biopic n’est pas la véritable histoire de Jean Luchaire et sa fille Corinne : NOUS SOMMES AU CINÉMA ! Alors la vérité est (forcément) tronquée, distordue (etc.). Oui, Abetz a été jugé en 1949 et il est donc impossible que Corinne cite son procès un an avant qu’il se passe. Mais il s’agit ici avant tout d’un film, et non d’un témoignage.

Par contre, si l’intrigue se joue de la « vérité historique », il faut convenir – aisément – que la reconstitution de la France de l’époque est absolument bluffante. Chaque lieu utilisé nous retransmet pleinement fidèlement le décor de cette époque troublée, jusqu’au square où Corinne emmène jouer sa fille (Amra Guthleben). C’est un véritable saut temporel qui nous est proposé, soutenu par les coiffures, vêtements et autres véhicules idoines. Et nous y sautons à pieds joints, tant le produit est remarquable.

 

Il faut dire que Xavier Giannoli dirige de main de maître ses interprètes. Bien entendu, Jean Dujardin est encore une fois à la hauteur de l’enjeu, campant un Luchaire très convaincant : miné par la tuberculose – et donc condamné à plus ou moins brève échéance – il ne s’arrête pas pour autant de jouir de la vie, fumant (comme un pompier), buvant et toute cette sorte de choses…

Mais la – très – bonne découverte, c’est la jeune Nastya Golubeva, qui nous offre une performance de haut niveau dans un rôle impliquant une mise en abyme : En plus d’être la fille de son père, Corinne Luchaire fut une jeune actrice prometteuse, saluée par la critique, dont la carrière s’arrêta à la révélation de la maladie qui devait l’emporter. Nasty Golubeva exprime magnifiquement l’errance – est-ce autre chose ? – ce cette (très) jeune femme qui choisit (malgré elle ?) la facilité de la collaboration, ignorant tout le reste, jouissant démesurément pendant que d’autres meurent de faim ou sont envoyés par wagons à bestiaux à la mort.

 

Parce que c’est ça qu’on reproche à Corinne : s’être affichée du côté des vainqueurs temporaires, devenant une image, le faire-valoir d’un système inique, voire ignoble.

Et Xavier Giannoli va construire son film en montrant la progression de l’implication de son duo dans la Collaboration : comment, au nom de l’amitié puis du pragmatisme un homme de gauche, véritable référence intellectuelle a pu s’abaisser jusqu’à soutenir un système qu’il aurait dû combattre. Et en entraînant sa fille dans cette descente progressive aux enfers.

Parce que chute il y a, amorcée par les retournements militaires (Stalingrad, Afrique du Nord) puis le Débarquement, et qui les oblige – comme toute la fine fleur de la Collaboration – à fuir vers l’Est. Et cette décadence s’accompagne de la progression de la maladie, signe prémonitoire de la fin. Prémonition d’autant plus évidente à propos de Jean dont les impacts de balles correspondent aux taches tuberculeuses de ses radios…

 

Et puis il y a l’époque. Si le maréchal n’est pas interprété, son portrait est bien présent, tout comme sa devise ou encore la francisque. Et Giannoli émaille son film de ces détails rappelant l’Occupation, les isolants pour leur donner une force individuelle qui ancre encore plus ses « héros » dans leur époque. Sans oublier quelques figures associées à la période

Et puisque errance il y a, elle est surtout mâtinée d’insouciance, que ce soit pour la fille comme pour le père. Mais il y aura un prix à payer pour tout cela, cette idée apparaissant furtivement avant de s’imposer inéluctablement.

 

Et c’est un véritable couperet qui tombe une fois que la « fête » est finie, exposée clairement et presque brutalement par maître Lindon (Philippe Torreton) : certes Luchaire a rendu des « petits services », mais c’est avant tout sa complicité intellectuelle qui lui est reprochée. En effet, quand l’occasion se présente nous ne le voyons pas prendre position dans son journal (éditorial), il n’en demeure pas moins que son quotidien soutient sans restriction la politique vichyste. Les articles antisémites paraissent et Luchaire, s’il ne les a pas signés, les autorise, devenant de fait complice.

Et de la même façon, si Corinne n’a véritablement rien fait de bien répréhensible, son attitude complaisante et surtout son refus de voir la réalité lui seront reprochées, la condamnant )à l’indignité nationale. Pendant 10 ans.

 

Malheureusement (pour elle), elle n’ira pas jusqu’au bout de cette peine.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Catastrophe, #Henry King
La Conquête de Barbara Worth (The Winning of Barbara WorthHenry King, 1926)

Barbara Worth (Vilma Bánky) est une fille du désert. Après la mort de ses parents, elle est recueillie par Jefferson Worth qui est en expédition pour transformer le désert en nouvel Eden. Ce dernier l’adopte.

Quinze ans plus tard, le Colorado a été maîtrisé et une nouvelle vallée fertile se profile à l’horizon. James Greenfield (E.J. Ratcliffe) est le maître de la nouvelle ville et il compte en tirer un maximum de profit. Mais le Colorado ne l’entend pas de cette oreille et menace de déborder. Greenfield ne veut pas en entendre parler et se débarrasse de Worth et son équipe, qui retourne d’où ils venaient. D’une manière générale, il se débarrasse de tous ceux qui ne voient pas un avenir aussi radieux que lui. C’est donc le cas de son fils adoptif Willard Holmes (Ronald Colman), qui prévoit une crue exceptionnelle.

Bien entendu, la crue aura lieu.

 

Un an avant Wings, voici les véritables début de Gary Cooper : Harold Goodwin, qui devait interpréter Abe Lee, étant indisponible (cf. Tarzan & le Lion d’or), c’est donc un jeune cascadeur qui prend sa place. Et c’est la révélation : Cooper ne quittera l’écran que forcé par le cancer, une trentaine d’années plus tard (1961). IL faut dire qu’il a tout pour lui : grand,  subtile et des yeux incroyablement bleus, même dans un format en noir et blanc.

Mais n’oublions pas qu’il s’agit avant tout d’un film avec le couple gagnant du moment : Ronald Colman et Vilma Bánky. Et face à Colman, Cooper ne fait pas (encore) le poids. Il faut dire Colman possède les attributs du jeune premier de l’époque : un regard de velours et une moustache fine qui n’est pas encore l’apanage des méchants.

 

Alors on se concentre sur Willard et Barbara, et on retrouve une histoire d’amour somme toute très convenue. Très convenue parce que l’intérêt du film est ailleurs : la conquête des éléments, et en particulier le fleuve Colorado. Et comme King nous l’avait montré trois ans plus tôt – avec déjà Ronald Colman – il s’y connaît en film catastrophe. Après les laves du Vésuve, voici la crue du siècle (1908, semble-t-il) qui vit le Colorado sortir de son lit. Et cet épisode, s’il est relativement court au vu du film, est tout de même son sommet, avec effets spéciaux époustouflants (pour l’époque, mais aussi pour maintenant), avec déferlement spectaculaire d’eaux tumul-tueuses. C’est absolument impressionnant de voir ces eaux engloutir une ville (champignon) mais surtout submerger même les humains qui tentent d’y échapper.

 

Bref, Henry King est pleinement dans son élément et nous propose une adaptation léchée du best-seller de Harold Bell Wright. De plus, il s’agit d’une version teintée qui épouse les différents lieux et moments de l’intrigue : le désert, le soir…

Et puis c’est un western. Pas avec duel au soleil et héros qui part dans le soleil couchant. Non, un western où il est question d’aller toujours plus à l’Ouest et de maîtriser la nature pour faire triompher l’homme américain (1). Mais si nous n’avons pas le duel final, nous avons tout de même les espaces infinis et un échange de coups de revolver : l’honneur est sauf. De même, la présence de la ville-champignon (Kingston) et de Barba permettent à King de mettre zen place une petite communauté qui, si elle n’atteint pas le niveau de chez Ford, n’en demeure pas moins intéressante.

De même on retrouve un duo comique mais inévitable : Texas Joe (Clyde Cook) et Pat Mooney (Erwin Connelly). Ces deux-là sont aussi dissemblables qu’inséparables, sans cesse à se quereller mais sont aussi un soutien solide pour Worth et son équipe. Ils permettent en outre quelques pauses indispensables dans la narration.

 

Et puis il y a les méchants. Greenfield, bien entendu, qui n’est pas sans annoncer un président : tout comme lui, les mauvaises nouvelles – celles qui ne l’arrangent pas, s’entend – sont bannies et ceux qui les annoncent avec elles. Mais comme nous sommes dans un film américain, il expiera et gagnera son salut (rédemption, quand tu nous tiens…). L’autre – véritable – méchant, c’est McDonald (Ed Brady). Il a tout d’abord une belle allure de faux jeton et va tout faire pour nuire à Worth et son équipe. Sans oublier une certaine concupiscence envers Barbara qui l’amènera à toutes les extrémités (Rassurez-vous, il n’arrivera pas à ses fins !).

 

Bref, Henry King signe ici un magnifique western, servi par une distribution impeccable, renouant – avec brio – avec le genre catastrophe. De plus, la maîtrise technique permet quelques séquences spectaculaires et de très beaux plans. Tout pour plaire, donc.

A (re)voir !

 

  1. N’oublions pas que les Etats-Unis sont la Nouvelle Terre Promise, avec tous les sous-entendus religieux que cela implique.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Robert Aldrich, #Joan Crawford
Feuilles d'Automne (Autumn Leaves - Robert Aldrich, 1956)

Millicent « Milly » Wetherby (Joan Crawford) est une vieille fille. Dactylo à son compte, elle a passé la fin de sa jeunesse à s’occuper de son père (Selmer Jackson) malade, délaissant ses (nombreux) soupirants.

Un soir qu’elle est de sortie, elle fait la connaissance de Burt Hanson (Cliff «  Uncle Ben » Robertson), plus jeune qu’elle (de beaucoup ?). Ils s’éprennent l’un de l’autre. Ils se marient.

Tout pourrait être parfait si des (petites) incohérences n’apparaissaient dans le discours de Burt. Alors quand Virginia (Vera Miles) se présente chez Milly, la vie de cette dernière bascule : elle vient de divorcer de Burt après quatre ans de mariage.

Qui est donc cet homme qui se prétend de Racine (Wisconsin) mais qui vient de Chicago et qui n’est jamais allé à Tokyo ?

 

Décidément, Robert Aldrich était un cinéaste étonnant. A partir d’une intrigue somme toute banale, il réussit un formidable tour de force : la rendre intéressante. Mais il faut dire qu’il est soutenu pour cela par une distribution impeccable, et surtout l’incroyable Joan Crawford, dans un rôle difficile à la mesure de son talent (immense).
Déjà cinquantenaire (elle était née en 1904), elle campe cette femme (très) mûre avec beaucoup de subtilité, voire une certaine indécision juvénile. En effet, son personnage ne fréquente plus personne depuis bien longtemps et l’irruption de ce jeune homme la ramène à ses premières amours, ses premiers émois quand on s’intéressait à elle. Jusqu’à sa façon d’embrasser ce jeune éphèbe, elle est redevenue une jeune fille.

Et Aldrich, par l’intermédiaire des prises de vue de Charles Lang (son chef-op’) nous présente l’actrice comme cette jeune fille, soulignant alors sa beauté persistante malgré l’action du temps.

 

Les Feuilles d’Automne – la musique de Joseph Kosma, arrangée par Hans J. Salter baigne le film – c’est aussi une nouvelle incursion de la psychanalyse dans le cinéma. En effet, cet amour passionné pour une femme (beaucoup) plus âgée cache une réalité plus profonde et plus redoutable : Burt est malade. Et cette femme plus âgée que lui va, malgré elle, devenir, en plus d’être sa femme, une mère de substitution. Le tout avec une violence inconsciente de plus en plus développée jusqu’à l’accident qui va amener la prise de conscience.

Mais, et c’est là – à mon avis – la faiblesse du film, il existe un élément qui n’est pas vraiment développé et qui aurait dû être beaucoup plus traité : la différence d’âge.

 

En effet, à aucun moment cet aspect de la relation entre Milly et Burt n’est envisagé d’un regard extérieur (1). Pourtant, Milly a de nombreuses occasions d’être observée avec ce mari (trop ?) jeune : entre ses voisins et ses visites au supermarché du coin, on aurait pu croire qu’elle aurait pu être un sujet de conversation voire de mini scandale.

Et Aldrich traite ce sujet de la même manière que la situation inverse : un homme mûr – Hanson Sr. (Lorne Greene) – et une jeune femme – Virginia. En effet, on a plus l’habitude – surtout au cinéma – de voir un homme avec une femme (beaucoup) plus jeune que lui.

D’où le peu de développement de ce sujet pourtant primordial dans cette intrigue.

 

Quoi qu’il en soit, on retrouve avec beaucoup de plaisir Joan Crawford, qui assume pleinement son âge, dans un rôle qui ne repose pas que sur sa force de caractère – même si elle en possède, bien entendu – mais aussi sur une fragilité subtile, et aussi sur son magnifique regard.

 

  1. Il y avait presque vingt ans d’écart entre Joan Crawford et Cliff Robertson.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Herbert Brenon, #Lon Chaney
Ris donc, Paillasse (Laugh, clown, laugh - Herbert Brenon, 1928)

Quatre ans après le phénoménal He who gets slapped, Lon Chaney remet son habit de clown pour une histoire différente certes, mais tout aussi tragique.

Il est Tito Beppi, le clown Flik qui tourne avec son compère Flok, Simon (Bernard Siegel).

Leur spectacle ? Ridi, pagliacci, ou en français Ris, Paillasse !

Et comme dans l’œuvre de Faurto Martini, nous avons un clown qui ne rit pas (normal, ce sont les autres qui doivent rire).

Il ne rit pas parce qu’il est amoureux de la belle et jeune Simonetta (Loretta Young, qui porte excellemment son nom ici) qu’il avait recueillie alors qu’elle était abandonnée. Mais Simonetta aime le comte Luigi Ravelli (Nils Asther) : il est jeune, beau et riche.

 

Décidément, Lon Chaney était cantonné aux amours impossibles. Il faut dire que la jeune Simonetta n’est vraiment pas de son âge : en plus Loretta Young avait 33 ans de moins que lui ! Mais bien entendu, dès le début, nous envisageons une fin tragique et le plus intéressant va résider dans la façon dont elle va s’annoncer. Et encore une fois, nous ne sommes pas déçu. Chaney est encore une fois incroyable et son maquillage toujours aussi impeccable. Bref, Brenon dirige le maître avec beaucoup de pertinence et nous assistons une nouvelle fois à un tour de force de cet immense acteur.

Encore une fois, je rappelle que Chaney seul ne peut assurer le succès et surtout la qualité du film : il faut que ses partenaires soient à la hauteur des enjeux. Et C’est là qu’intervient Loretta Young. C’est son véritable premier rôle et elle s’en sort avec beaucoup de brio, et ce malgré son jeune âge : elle a 14 ans quand commence le tournage et tout juste quinze quand il s’achève. Et elle tient le premier rôle féminin avec grâce et subtilité, donnant à cette histoire d’amour malheureux (entre le clown et Simonetta) ce qu’il fallait pour la rendre crédible aux spectateurs.

 

Bien entendu, Bernard Griesel, en comparse Chaney est lui aussi un rouage essentiel de cette intrigue, très certainement le personnage le plus conscient de tous : il est l’oiseau de mauvais augure (mais réaliste) qui annonce les malheurs à venir. Et même dans la séquence finale, il ne cède que par lassitude à son complice, pressentant déjà l’issue fatale.

En effet, et ce n’est pas vraiment une découverte pour les spectateurs, Flik ne se relèvera pas de sa dernière glissade, surtout qu’elle s’intitule le « Défi de la Mort ».

Et cette fin (presque) annoncée nous ramène à Sjöström et son He who gets slapped. A l’instar de Paul Beaumont, Flik va s’effacer devant l’amour et la jeunesse, donnant au passage sa vie pour que cette dernière triomphe.

Le défi de la mort final n’est rien d’autre qu’un suicide déguisé : que va-t-il rester à Tito une fois que Simonetta aura épousé le comte ? Même Simon ne peut pas rivaliser et va s’effacer, annonçant le final du numéro qui sera aussi celui de sa vie.

 

Chaney, avec ce film, s’approche hélas de sa fin (il mourra cinq films et deux ans plus tard), pendant que le cinéma muet est en train de mourir. Et Brenon joue sur cela en faisant dire (silencieusement pour nous, bien entendu) des dialogues à ses acteurs qui coïncident parfaitement avec les intertitres : il n’y a pas à dire, il va falloir que cela sorte !

Quoi qu’il en soit, on savoure avec gourmandise cette nouvelle performance de l’Homme aux mille visages, trop vieux décidément pour espérer jouer les jeunes premiers.

Qu’importe, il est encore là, et cela suffit au bonheur du spectateur (au mien en tout cas !).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Simon Curtis
Downton Abbey III : Le grand Final (Downton Abbey: The grand Finale - Simon Curtis, 2025)

C’est bien connu : jamais deux sans trois.

Mais ce troisième volet cinématographique marque la fin de la série, commencée quinze ans plus tôt sur les ondes de la BBC.

Et comme l’indique le titre, nous avons droit à un véritable « grand final ».

Nous retrouvons tout notre petit monde ou presque – même certains disparus (dans la série) font une courte apparition – pour ce qui annonce une nouvelle ère.

Il est temps pour Lord Grantham (Hugh Bonneville) de passer le flambeau à sa fille Mary (Michelle Dockery) et de se retirer. Et il n’est pas le seul à tirer sa révérence : Carson (Jim Carter), l’impeccable majordome et Mrs Patmore (Lesley Nicol) prennent une retraite amplement méritée.

Mais si ce n’était que cela, il n’y aurait pas beaucoup de film… Heureusement (pour l'intrigue), Mary est la cible d’un scandale : elle vient de divorcer !

C’est inacceptable pour le pays qui a eu tout de même pour roi un certain Henry VIII…

 

On ferme.

Et on ferme avec la manière. Nous retrouvons une dernière fois cette grande famille (les Grantham et leur domesticité) environ deux ans après les avoir quittés : le cinéma venait de se mettre à parler, et ici c’est la crise de 1929 qui nous indique la période.

Mais les Grantham-Crowley (etc.) tiennent toujours bon, et leur train de vie n’a pas beaucoup évolué, même si la crise se fait sentir.

Certes, l’intrigue ressemble plus à une chronique qu’à une série d’événements palpitants. Mais retrouver l’atmosphère de la série est un plaisir qui ne se dispute pas.

On retrouve, par petites touches ce qui fit le sel de ce lieu haut en couleur : le rigorisme de Carson, incapable de lâcher la rampe, la pugnacité de Lady Isobel (Penelope Wilton), les yeux magnifiques de lady Grantham (Elizabeth McGovern)…

Bref, un dernier retour inoubliable.

 

Et surtout émouvant. Le titre ne laisse aucune équivoque : il s’agit bien de clore cette saga qui avait commencé au lendemain du naufrage du Titanic. Et ce n’est d’ailleurs pas innocent si Noel Coward (Arty Fouschan) l’évoque : la boucle est bouclée.

Nous entrons dans une nouvelle ère où les choses – et les mentalités – évoluent, comme le confirme l’événement local : la foire  annuelle.

Cette fête est le meilleur indicateur de cette évolution et de l’avenir qui s’ouvre aux différents protagonistes : Lady Mary – la divorcée ! – y fait ses véritables débuts de nouvelle châtelaine, garante de la continuité, tandis que Carson et la cuisinière Daisy (Sophie McShera) intègrent le comité d’organisation. Ces deux personnes y amènent ce qu’on appelle du sang frais (même si Carson n’est plus de la première jeunesse), portant un œil différent à l’événement, plus proche des participants. Il faut le reconnaître, les quelques aristocrates qui le composaient n’étaient très représentatifs de la population locale, numériquement parlant…

 

Bien entendu, la grande absente est quand même là : Lady Violet (Maggie Smith) est morte à la fin du dernier film mais son portrait trône dans le hall d’entrée, ce qui fait qu’on ne peut jamais l’oublier. Et en plus, Dame Maggie Smith a eu la mauvaise idée de mourir depuis, alors le film lui est – superbement – dédié.

Bref, un grand final qui tient toutes ses promesses. Et quand le film se termine, on se dit aussi qu’ils vont un (tout) petit peu nous manquer…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Justice, #John Ford
Le Sergent noir (Sergeant Rutledge - John Ford, 1960)

Ce sergent noir, c’est Braxton Rutledge (Woody Strode), un soldat de la cavalerie des Etats-Unis d’Amérique.

Il est accusé du viol et du meurtre de la jeune Lucy Dabney (Toby Michaels) ainsi que de son père (meurtre seulement). Circonstance aggravante : on l’a vu fuir le fort après les coups de feu. Si le juge, le colonel Fosgate (Willis Bouchey) est impartial et attend des débats que la vérité sorte, le procureur Shattuck (Carleton Young) est persuadé de la culpabilité de Rutledge : viol et meurtre d’une femme blanche par un homme noir sont les seuls ingrédients qui motivent ses interventions.

Heureusement, Rutledge est défendu par Tom Cantrell (Jeffrey Hunter), convaincu lui, de son innocence.

 

Encore une fois, John Ford tue quelques Indiens, mais on pourrait presque dire que c’est pour la bonne cause : ce n’est pas par hasard que son personnage titulaire est noir. Quand le film sort, la bataille pour les Droits Civiques fait rage aux Etats-Unis, et Ford a choisi son camp, celui de Rutledge. Dès lors, le procureur devient l’autre méchant du film, après le véritable coupable (1) des faits. Chacune de ses interventions sont bien sûr orientées mais surtout marquées d’un racisme latent qui va s’exprimer pendant la plaidoirie. On ne peut décemment pas soutenir ses différents arguments.

De son côté, Cantrell gagne très rapidement la sympathie du spectateur, tout comme la belle Mary Beecher (Constance Towers) : Rutledge n’est pas la brute violente que voudrait le procureur. Et d’une manière générale, leur attitude à tous les deux envers les soldats noirs est exemplaire, ce qui se confirme lors de la dernière séquence.

 

Et bien sûr, comme nous sommes chez John Ford, le contexte a une grande importance. Certes, on n’y danse pas, mais on sent tout de même une communauté soudée où les Noirs sont acceptés, même si c’est parfois du bout des lèvres…

On y retrouve tous les détails amusants qui émaillent les films fordiens : le whisky, bien entendu, mais aussi la truculence habituelle qui s’exprime dans la bonne humeur, même à un procès de court martiale : les recommandations du juge au public vont pleinement dans ce sens.

Bien entendu, même si le propos est grave, cela n’empêche pas les saillies comiques habituelles, détendant une atmosphère tout de même bien lourde.

Et encore une fois, on retrouve l’un des éléments les plus caractéristiques du réalisateur, la femme forte. Ici, c’est bien de Mary Beecher qu’il s’agit. Si elle sait tricoter – ce qu’elle fait quand elle rencontre Cantrell – elle sait aussi jouer du revolver ! Et surtout, elle ne se laisse pas dicter sa conduite par ce même Cantrell, même si elle demeure très attachée à lui.

 

Et Ford nous emmène à nouveau dans un de ses lieux privilégiés : Monument Valley. Son régiment de soldats noirs maintient la paix (à coup de fusil, bien entendu) avec les Indiens dans ce lieu grandiose, caractéristique au western. Et comme l’intrigue se situe en Arizona, le lieu devient on ne peut plus pertinent.

Et pourtant, ce n’était pas gagné : l’intrigue principale se situe dans un prétoire !

Mais le cinéma permet tout, et surtout d’en sortir (du prétoire) pour illustrer les différents témoignages, en baissant la lumière d’abord, puis en changeant totalement de plan et d’éclairage.

Le tout bien entendu avec quelques rares habitués : si Ward Bond n’apparaît pas, c’est peut-être parce qu’il ne peut plus (il mourra six mois après la sortie du film), par contre Jack Pennick (le sergent du tribunal) est fidèle au poste et a même quelques répliques.

 

Et Ford nous gratifie même d’un twist final, concernant le coupable, amenant le tribunal – et même le procureur – à la vérité concernant les actes criminels incriminés.

Bref, Patrick Brion aura beau penser que ce n’est pas un de ses meilleurs westerns, le fait est que ce Sergent noir se regarde avec beaucoup de plaisir et met réellement en avant celui qui sera Draba (Spartacus) quelques mois plus tard : Woody Strode.

 

  1. Vous imaginez bien que Rutledge n’est pas coupable.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Sport, #Mark Robson
Plus dure sera la Chute (The harder they fall - Mark Robson, 1956)

Toro Moreno (Mike Lane) vient d’arriver à New York avec son ami Luìs Agrandi (Carlos Montalbán) où il est accueilli par Nick Benko (Rod Steiger). La raison de son voyage ? Son physique. C’est un véritable colosse que Benko veut engager sur le ring, et Agrandi est son entraîneur. Mais il a besoin d’un manager, et c’est pourquoi on fait appel à Eddie Willis (Humphrey Bogart), journaliste sportif en perte de vitesse.

L’objectif : l’amener au championnat du monde. Et pour cela, tout est permis, surtout arranger les combats…

Et Moreno ira combattre le tenant du titre mondial. Mais s’il est un incroyable colosse, il n’a absolument rien d’un boxeur. Alors évidemment, la chute risque d’être très dure, et surtout douloureuse.

 

Quand le film sort, le couperet est déjà tombe : Bogart souffre d’un cancer qui va l’emporter quelques mois plus tard (le 14 janvier 1957). C’est malheureusement son dernier film et on en savoure d’autant plus cette dernière prestation, toujours aussi impeccable, dans la lignée de ses personnages positifs antérieurs.

Ce qui n’est pas gagné quand commence cette entreprise : Willis est entré dan la combine pour l’argent. Mais il se rend vite compte que si l’argent est le moteur de ses partenaires, cela l’éloigne d’une qualité indispensable : l’humanité.

Alors évidemment, la chute va être tout aussi dure pour lui que pour son champion. Avec tout de même un élément indispensable (et inévitable) que nous attendons (presque) tous d’un film américain : la rédemption.

Parce que Willis va gagner son salut (1), et avec un certain panache (2).

 

Et la force de ce magnifique film de Mark Robson, c’est de nous montrer l’autre versant de ce sport où ceux qui prennent les coups ne sont pas ceux qui empochent le plus. Et Rod Steiger interprète superbement ce mafioso intéressé par la boxe (3). Benko est un type ignoble et Steiger lui donne une épaisseur intéressante, mettant encore plus en valeur le jeu – sobre – de Bogart. Et le duo fonctionne très bien.

Et si les magouilles ont la part belle, n’oublions pas tout de même le véritable thème du film, la boxe

Robson, par l’intermédiaire de son chef-op’ (Burnett Guffey), nous emmène sur le ring, usant même de gros plans subjectifs, afin de nous faire vivre pleinement la violence ludique. Et nous avons presque droit à un ballet quand Moreno va de victoires en victoires, chacun de ses coups de poings étant soutenu par un accord musical.

 

Le combat final entre Moreno et Buddy Brannen (Max Baer, véritable champion de la discipline en 1934-35) annonce, dans sa violence et sa crudité celui de Jake LaMotta contre Sugar Ray Robinson chez Scorsese (Raging Bull), mais Moreno n’est pas LaMotta, et c’est logiquement qu’il s’écroulera.

Et l’autre force de ce film, c’est de s’être entouré de véritables champions du « noble art ». Parce que même si nous savons que c’est avant tout du cinéma, on y trouve tout de même une véritable authenticité : dans l’intrigue et sur le ring.

Résultat : un film puissant, porté par une distribution à la hauteur de l’enjeu.

Du cinéma, quoi.

 

  1. Rassurez-vous, je ne vous dirai pas comment !
  2. Et un panache certain !
  3. D’après un véritable gangster qui a produit des matches de boxe, Frank Carbo (1904-1976).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Jack Smight
Harper (Jack Smight, 1966)

Lew Harper est un détective privé cool. Normal il est interprété par Paul Newman.

Basé à Los Angeles, il a tendance à dormir dans son bureau (avec un caleçon et un marcel), surtout depuis que sa femme Susan (Janet Leigh) demande le divorce, ce qui n’est pas encore gagné.

Il est engagé pour retrouver un homme important, Ralph Sampson, mari de la (encore) belle Elaine (Lauren Bacall) et père de la jeune (et jolie) Miranda (Pamela Tiffin).

Alors qu’Elaine penche pour une aventure extraconjugale, il semble toutefois qu’il s’agit d’un enlèvement.

Harper se lance alors dans la traque de cet homme invisible, recevant au passage quelques coups, comme tout bon privé qui se respecte.

 

Bien entendu, c’est un nouveau privé qui nous est proposé, loin de l’image proposée par Bogart (Le Faucon maltais ou Le grand Sommeil) une vingtaine d’années plus tôt. S’il conserve le même flair et la même propension à ingurgiter de l’alcool, ses pratiques diffèrent tout de même. Il suffit de voir la séquence d’ouverture pour s’en convaincre.

Donc, il dort dans son bureau. Non seulement il a besoin de glace pour chasser sa gueule de bois, mais en plus il doit utiliser le philtre à café (et surtout le marc !) de la veille, son stock étant désespérément vide !

Mais une fois cette introduction un tantinet risible, Harper va véritablement entrer dans le vif du sujet et se lancer à la poursuite de l’absent.

 

Et cette poursuite va nous présenter de drôles de personnages, ainsi qu’une série de personnalités pour les interpréter : outre Lauren Bacall et Janet Leigh, on retrouve Shelley Winters (Fay Eastabrook), Julie « Abra » Harris (Betty Fraley) ou encore Robert Wagner (Allan Taggert) pour ne citer qu’eux.

Et si Newman est aussi bien mis en valeur, c’est aussi parce que cette distribution est adéquate. On ne peut que saluer la performance de Shelley Winters dans ce rôle presque sur mesure : Fay Eastabrook est une ancienne gloire du cinéma (on peut voir la photo officielle de l’actrice, jeune, à plusieurs reprises) qui, comme l’indique son introduction, a pris du poids !

Et malgré cette transformation inévitable, Winters est absolument impeccable dans ce rôle plutôt ingrat. De la même façon, Lauren Bacall n’est plus la jeune Vivien Sternwood mais conserve tout de même le charme qui contribua à son succès. Et son « Regard » (1), même s’il a pris un peu de dureté n’en demeure pas moins toujours aussi superbe.

Quant à Julie Harris, son personnage possède toute l’ambiguïté nécessaire pour retenir l’attention, bien loin des frêles jeunes filles qu’elle a pu interpréter quand elle était plus jeune : Betty est une chanteuse de cabaret (plutôt mal famé) qui semble elle aussi très cool mais qui, une fois cernée, devient redoutable et surtout dangereuse. Mais passer après les deux premières stars est difficile, ce qui peut expliquer son rôle un peu en retrait bien que très pertinent.

Côté masculin, Robert Wagner est le jeune premier idéal, une sorte de gendre rêvé que Taggert est loin d’incarner. S’il semble avec Miranda (au début), on comprend rapidement que son intérêt va plus loin que la jeune fille et que l’argent du papa semble une bonne motivation pour traîner dans ce milieu.

Autre personnage masculin intéressant, Claude (Strother Martin). C’est un religieux comme on en trouvait beaucoup à la fin des années 1960 : un tantinet gourou, le mot amour à la bouche, il nous apparaît comme légèrement déconnecté de la réalité. Ce qui n’est – là encore – pas du tout le cas !

 

Bref, c’est un casting de choix pour un film qui va définitivement asseoir le mythe Newman : l’acteur cool !

Parce que Harper n’est pas du genre dur à cuire comme Phillip Marlowe ou Sam Spade. Il nous rappelle plus Nestor Burma dont la propension à prendre des coups de matraque à chaque coin de rue (ou de couloir).

Et lui aussi, comme ses illustres prédécesseurs du genre, possède ce même pouvoir de déduction qui amène malgré tout la solution, même si elle ne convient pas tout le monde (autrement, ce serait trop facile !).

 

Dernier élément marquant de ce film : la musique (de Johnny Mandel). C’est surtout les différentes situations où elle est utilisée pour ce qu’elle est : non pas un accompagnement mais un élément de vie, pour danser. Et ce sont essentiellement les jeunes gens qui dansent, comme on peut les voir à la même époque dans d’autres films, et pas seulement américains (2). Ce sont des danseurs et danseuses individuels qui se contorsionnent avec la musique et on peut presque penser que Harper se moque d’eux quand il danse avec Fay Eastabrook…

Et c’est cette musique qui, à la fin, va implanter le film dans son époque, celle de la fin des années 1960, juste avant le changement de 1968.

 

  1. Elle fut surnommée « Le Regard » (the Look).
  2. Rappelez-vous la fin de Ne nous fâchons pas

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