Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Gillo Pontecorvo
La Bataille d'Alger (La battaglia di Algeri - Gillo Pontecorvo, 1966)

De la Toussaint 1954, au 19 mars 1962, ce sont presque huit années de guerre qui se sont déroulées loin de Paris, dans un territoire alors français : l’Algérie. Jamais, les autorités françaises n’ont parlé de guerre – civile ou non – mais plutôt d’« événements » : une « guerre qui n’ose pas dire son nom ».

Ici, nous nous focalisons sur Alger, et surtout la Bataille qui eut lieu en 1957, amenant l’intervention de l’armée française dans la capitale algérienne. Avec, évidemment, les résultats attendus…

 

Impressionnant.

Gillo Pontecorvo (avec Yacef Saâdi) nous propose ici une sorte de témoignage sur la décolonisation douloureuse de l’Algérie. Et si aucun élément d’archives n’a été utilisé dans le film, le résultat reste absolument bluffant. En effet, nous avons ici une représentation très réaliste de ce que fut ce conflit qui a entraîné beaucoup (trop) de morts, avec en prime l’attitude fortement contestable (euphémisme) de la France qui n’était pas prête – alors – à lâcher ses bouts d’empire.

Bien entendu, c’est essentiellement le point de vue des insurgés qui est utilisé tout au long du film. Mais cela n’en est pas pour autant un point de vue manichéen : il n’y a pas les méchants Français et les gentils Algériens. Personne n’est tout bon ou tout mauvais, ce sont les circonstances qui définissent les différents protagonistes.

 

En effet, du point de vue algérien, ce sont de nombreux attentats ponctuels qui sont privilégiés dans la lutte contre « l’occupant » français : bombes, exécutions sommaires dans les rues… C’est une résistance qui en rappelle une autre qui eut lieu quelques années plus tôt, contre un autre occupant. Et le colonel Matthieu (Jean « Sullivan » Martin) évoque cette époque antérieure en réaction contre ceux qui traitent de nazis les militaires français.

Il faut dire que ces mêmes militaires ne font pas spécialement dans la dentelle : entre les interrogatoires poussés (la torture) et la répression à balles réelles, la différence avec ces mêmes nazis devient de plus en plus ténue.

Et ce même colonel Matthieu – dont le nom rappelle un général français de l’époque qui a supervisé ces mêmes événements – est une bonne illustration de l’absence de manichéisme de l’intrigue : Matthieu semble un homme intègre et de parole, même s’il justifie en même temps la torture.

 

Bref, c’est un film plutôt militant qui donne une vision approchée de ce que fut ce conflit et en particulier la bataille titulaire. Et Pontecorvo confronte les deux points de vue : d’un côté les Algériens et leur souhait – légitime – d’accéder à l’indépendance ; de l’autre les « pieds-noirs » qui sont installés depuis cent trente ans et qui ne voient pas pourquoi les choses changeraient.

Cet aspect militant vient aussi du fait que le film a pour base les souvenirs de Saâdi, emprisonné quelques mois après la bataille et jusqu’à la fin de la guerre. Cela explique aussi la constante proximité de la caméra de Marcello Gatti, au cœur de l’action, quel que soit le point de vue choisi.

De plus, les différents interprètes (sauf Jean Martin) furent choisis pour leur ressemblance avec les véritables protagonistes de ce conflit algérois, donnant encore plus de force au côté documentaire du film.

 

Bien entendu, en France, ce film ne laissa pas indifférents ceux qui avaient participé à ces événements et certaines projections furent émaillées d’incidents assez graves, certains n’hésitant à utiliser la violence – après les menaces – pour en empêcher la projection :

La France a toujours eu du mal avec son passé peu glorieux.

Il faudra attendre 2004 avant que la télévision française se décide (enfin) à le diffuser.

Ali « La Pointe » Ammar / Mohamed Larbi Ben M'hidi / Hassiba « Halima » Ben Bouali

Ali « La Pointe » Ammar / Mohamed Larbi Ben M'hidi / Hassiba « Halima » Ben Bouali

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Musical, #Otto Preminger
Carmen Jones (Otto Preminger, 1954)

On prend les mêmes (ou presque) et on recommence.

Tout d’abord, on traverse l’Atlantique pour les Etats-Unis. Ensuite, on choisit une distribution exclusivement afro-américaine et on bidouille un tantinet les paroles : le tour est joué. Voici une nouvelle Carmen qui n’a rien à envier à celle de Prosper Mérimée. Par contre celle de Bizet…
D’ailleurs, le film a été interdit pendant 27 ans en France, les héritiers n’acceptant pas spécialement cette nouvelle version.

Pourtant…

Carmen (Dorothy Dandridge) est toujours aussi belle, aussi indépendante et chant toujours aussi bien. Don José est devenu Joe (Harry Belafonte) et est toujours militaire. Quant à Escamillo, le « toréador », il se nomme Husky Miller (Joe Adams) et est maintenant boxeur.

Pour le reste, l’intrigue n’a pas changé : à la fin, Carmen meurt.

 

C’est un film particulier dans la carrière du cinéaste Otto Preminger. Certes, il a fait chanter ses interprètes (Marilyn Monroe dans La Rivière sans retour) mais un film (presque) complètement musical n’est pas dans ses habitudes. Malgré cela, ça fonctionne et on a plaisir à suivre le destin – malheureux – de la belle Carmen, même si on connaît l’issue fatale de l’intrigue.

Bien sûr, ce qui nous intéresse, c’est cette adaptation moderne d’une histoire, somme toute, intemporelle.

Et Preminger, adaptant en cela l’œuvre d’Oscar Hammerstein II, nous livre ici une version impeccable même si elle est un peu éloignée de l’œuvre originale de Bizet. Ayant grandi avec cette œuvre originale, je ne peux que le constater. Mais cela ne veut pas dire que je la désapprouve. Bien au contraire. Preminger donne une nouvelle jeunesse à cet opéra, reprenant tout de même les grands épisodes, et s’arrangeant avec le reste. Et si José devient Joe, rien de plus normal, par contre on sourit quand Escamillo devient Husky Miller, un à peu près phonétique très savoureux.

 

Bien évidemment, Dorothy Dandridge est une Carmen magnifique, et on peut s’étonner d’un certain laxisme quant à l’intrigue. EN effet, Joe et elle ne sont pas du tout mariés et ils vivent dans un appartement avec un seul lit ! De plus, il ne fait aucun doute quant à la relation charnelle qui a eu lieu entre Joe et elle après leur premier baiser. Certes, le code Hayes était en perte de vitesse, mais il était toujours effectif ! Quoi qu’il en soit, à nouveau ce code montrait ses limites face à une telle intrigue.

 

Et plus de 70 ans après le film – et 180 après la première publication de la nouvelle – on ne peut que remarquer l’incroyable actualité de cette œuvre. Parce que, au final, l’histoire de Carmen, c’est avant tout un féminicide assumé. Joe – don José – tue Carmen parce qu’il ne supporte pas qu’elle l’ait quitté pour un autre. Et quand nous nous penchons sur les faits divers décrivant les meurtres de femmes – malheureusement trop nombreux – on retrouve à chaque fois cette même motivation chez le meurtrier à savoir qu’il n’accepte pas que celle qu’il a aimée parte pour un autre.

Et qu’elle soit en musique, comme ici, ou sans accompagnement – le reste du temps – le résultat est le même : une femme est morte. Et on aura beau mettre en avant un manque de morale chez elle – vraiment ? – on ne peut justifier une telle fin.

 

Quoi qu’il en soit, Otto Preminger prend son temps pour filmer cette tragédie annoncée (des plans beaucoup plus longs que la norme hollywoodienne de l’époque), et nous offre une belle version, soutenue par une distribution qui, si elle ne chante pas en direct (sauf Pearl Bailey, qui interprète Frankie), est à la hauteur de l’événement.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Fritz Lang
La Femme au portrait (The Woman in the window - Fritz Lang, 1944)

Dans la vitrine d’une galerie, un portrait. Celui d’une jeune femme très belle. Et personne ne s’y trompe, pas même le petit professeur (assistant) de psychologie Richard Wanley (Edward G. Robinson).

Un soir qu’il sort de son club, alors qu’il admire une nouvelle fois le portrait, il fait la rencontre de la jeune femme, Alice Reed (Joan Bennett) qui y est représentée. Elle l’invite à venir chez elle consulter des esquisses. Il accepte.

Et là, sa vie bascule.

Se présente alors Frank Howard (Arthur Loft), qui a un peu plus que des vues sur la jeune femme. Ce dernier s’en prend à Wanley qui n’a d’autre solution que de le tuer. Mais que faire du cadavre ?

Et surtout, une fois débarrassé de ce fardeau encombrant, que dire à la police qui a retrouvé le corps ?

 

Fritz Lang s’amuse. Il s’amuse de ce petit professeur à la vie bien rangée qui rencontre la personne qu’il aurait dû ignorer. Certes, il est difficile de résister à une telle apparition, mais tout de même. Wanley est un bon père de famille (une femme et deux enfants) à qui il n’arrive plus rien depuis un bon moment. Tout d’u moins, c’est ce qu’il déclare à ses deux amis : le docteur Barkstane (Edmund Breon) et le procureur Lalor (Raymond Massey). Et ces deux amis sont très importants dans cette intrigue à première vue improbable : Lalor est celui qui supervise l’enquête autour du meurtre de Howard (qui s’appelle en vrai Mazard).

Et c’est là que Lang s’amuse, en plaçant Wanley au plus près de l’enquête, il accumule les clins d’œil au spectateur – qui connaît la vérité – en multipliant ce qui ressemble à des faux pas de la part du professeur.

 

Mais malgré tout, on retrouve un thème cher à Lang dans cette semi-comédie : la culpabilité. C’est d’ailleurs avec ce concept que s’ouvre le film, Wanley faisant une conférence à ce propos. C’est d’ailleurs amusant d’y penser quand on sait ce qu’il va lui arriver.

Et il faut avouer que malgré ses précautions, Wanley est bien maladroit : entre la coupure et la déchirure sur le même fil de fer barbelé, sans parler de l’empreinte des pneus de sa voiture, comment peut-il s’imaginer échapper au flair des policiers, et en particulier de l’inspecteur Jackson (Thomas E. Jackson), véritable limier.

De même, Lang va jouer sur la culpabilité d’Alice Reed, complice du professeur. Et c’est là qu’intervient un personnage formidable : Heidt. Et comme c’est Dan Duryea qui l’interprète, on se doute que ce personnage n’est pas vraiment du bon côté de la barrière : c’est un maître chanteur (habile) qui joue avec sa proie – Alice – avec beaucoup d’habileté. Et Dan Duryea est un interprète parfait pour ce personnage, alternant le charme et la force, pour arriver à son but : soutirer un maximum d’argent à sa victime.

 

Avec cette Femme au Portrait, Lang réussit un beau tour de force. Non seulement il réalise un très beau film noir, mais il l’émaille d’éléments un tantinet comiques, désamorçant d’une certaine façon l’aspect oppressant de l’intrigue (un homme est tué, ne l’oublions pas !). Et pour réussir, il s’appuie sur un trio gagnant :

- Edward G. Robinson est – ça n’a rien d’étonnant – impeccable. Il campe un quidam avec beaucoup de conviction, et à mesure que l’étau se resserre autour de lui, il nous donne l’impression de se rabougrir, de vieillir prématurément jusqu’au point de non retour.

- De son côté, Joan Bennett interprète avec beaucoup de justesse cette femme pas si claire que ça. Elle est une belle apparition, un rêve qui va vite tourner au cauchemar

- Quant à Dan Duryea, relisez ce qui précède. L’osmose est tellement complète qu’il les réutilisera dans son film suivant, où encore une fois, le personnage de Robinson va tuer quelqu’un…

 

Au final, un formidable film de Fritz Lang, mené de main de maître de bout en bout, et interprété par un trio convaincant.

On peut toutefois reprocher une chose : que l’affiche française ait placé un pistolet dans la main d’Alice pendant que Wanley se fait étrangler.

D’un autre côté, on peut imaginer la surprise des spectateurs quand Howard est tué…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Eran Riklis
Lire Lolita à Téhéran (Leggere Lolita a Teheran - Eran Riklis, 2024)

Depuis 1997, Azar Nafisi (Golshifteh Farahani) habite aux Etats-Unis. Elle a fui son pays, l’Iran, qu’elle avait retrouvé avec la révolution islamique de 1979.

Malheureusement, l’espoir suscité par cette révolution s’est rapidement éteint, surtout pour les femmes : port du hidjab obligatoire, moralité, invisibilisation des femmes…

C’est cette période qui va de son retour à son deuxième départ qui nous est raconté ici, à travers elle et aussi d’autres femmes avec qui elle partage une passion commune : la littérature occidentale. Avec, bien entendu, des personnages féminins emblématiques.

 

Superbe.

Une intrigue qui mêle subtilement la grande et la petite histoires, des images bien léchées, un rythme lent qui permet de s’approprier ces images… Vraiment, c’est un très beau film que nous propose Eran Riklis, soutenu par une distribution impeccable, dont une bonne partie d’interprètes partie prenante d’un tel sujet : beaucoup d’actrices et acteurs viennent d’Iran et sont, pour la plupart interdits là-bas pour avoir tourné avec l’ennemi.

Et on ressent dans le jeu de ces différentes personnes l’implication dans un tel sujet.

 

Parce que Eran Riklis montre, sans pour autant être spectaculaire, la lente déshumanisation des femmes au début de la « révolution », passant progressivement au statut de citoyenne de deuxième zone. Avec, comme le dit l’introduction, des signes avant coureur qui auraient (peut-être) pu – dû ? – être remarqués : l’arrivée à la douane de l’aéroport pose cette base dans le rapport entre Azar et le douanier.

Ensuite, c’est l’enchaînement inévitable qui amène le hidjab, avec au passage quelques victimes civiles, forcément injustes. Et c’est intéressant de voir que cette professeur maintient son cours – manifestement incorrect – dans cette société qui se radicalise, devenant alors une sorte de contre pouvoir illustré par la condition féminine.

Et les différents ouvrages cités ne sont pas anodins, comme elle l’explique auprès de ses élèves. Ces mêmes élèves qui vont accentuer la différenciation de genre déjà en place : les hommes – déjà séparés des femmes en classe (un côté pour chaque sexe) vont devenir les tenants de cette révolution et affirmer leur pouvoir ascendant sur les femmes.

Pas étonnant donc que des femmes, sous la direction d’Azar, continuent leur éducation « féministe » hors de l’université, voire clandestinement.

 

Il est clair que le film, comme nous prévient un intertitre d’ouverture, montre crûment la violence faite aux femmes, même s’il ne va pas jusqu’au bout de l’horreur, utilisant la suggestion, beaucoup plus forte (cris de femme). Et cette oppression faite aux femmes se ressent dans la façon de tourner, avec beaucoup de séquences d’intérieur et de plans rapprochés. Mais, heureusement, Riklis nous accorde quelques pauses qui aèrent salutairement son film, ramenant un soupçon d’optimisme dans le cœur des ces protagonistes.

On retiendra en particulier deux moments forts :

  • la séquence qui voit Azar et le Magicien (Shabbaz Noshir) assis sur un banc, se remémorer le Téhéran d’avant ; c’est absolument étranger à ce qu’est devenue la capitale qu’on en vient à douter qu’une telle période ait pu exister ;
  • l’autre, c’est quand les jeunes femmes appréhendent Jane Austen et tentent d’exécuter une danse codifiée tout en se parlant. Le résultat n’est pas concluant, mais elles en sortent en interprétant une de leur danse traditionnelle, chantant pour rythmer leurs pas. Là encore, nous sommes à des années-lumière de ce qu’il se passe hors les murs de l’appartement d’Azar.

 

Cette dernière séquence, combinée avec le thème général du film (la littérature anglo-saxonne) exprime très bien le contre pouvoir que peut représenter la culture. En lisant, en dansant, ces femmes sortent de leur condition – misérable – et vivent autrement. Pas étonnant qu’elles aient alors des idées que le régime considère comme « impures ».

Pas étonnant surtout, parce que dans toute dictature, on commence par attaquer la culture et l’interdire.

 

Alors lire Lolita, à Téhéran, c’est faire preuve de résistance face à un système inique.

 

 

Azar Nafisi

Azar Nafisi

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Blake Edwards, #Audrey Hepburn
Diamants sur Canapé (Breakfast at Tiffany's - Blake Edwards, 1961)

Paul « Fred » Varjak (George Peppard), écrivain, vient de s’installer dans un appartement de New York. Juste en dessous, il a pour voisine une jeune femme bien singulière : Holly Golightly (Audrey Hepburn. Tout de suite, ils s’entendent bien, mais la vie de Holly est beaucoup trop imprévisible pour Paul : comme le déclare son agent, O.J. Berman (Martin Balsam), « elle est bidon. » (1)

Si elle est vraiment Holly Golightly, pourquoi un homme – Doc (Buddy Ebsen) – déclare être son mari et surtout que son véritable prénom est Lulu-Mae ?

 

C’est une comédie très enlevée que nous propose ici Blake Edwards, et il faut l’avouer, Audrey Hepburn est absolument phénoménale. Tout d’abord parce qu’elle n’était pas – personnellement – comme Holly (c’est donc un véritable rôle de composition), mais surtout, le rôle était prévu pour Marilyn Monroe !

Quoi qu’il en soit, ce sont cent quinze minutes très réjouissantes auxquelles nous assistons, à suivre la vie fantasque de cette jeune femme qui débarque dans la vie de Paul comme un ouragan mais qui, heureusement, ne repart pas, même si elle a tout chamboulé.

Parce que ce n’est pas un scoop : ils finissent ensemble !

Et tout l’intérêt réside dans la réunion finale (et inévitable !).

 

Il est clair que la vie de Holly n’est pas des plus roses, mais heureusement, il y a la bijouterie Tiffany (5th Avenue, Manhattan) dont les collections l’emmènent ailleurs et surtout lui remontent le moral. Bien entendu, Paul aussi lui remonte le moral, mais ce n’est pas pareil…

Quoi qu’il en soit, Holly est un véritable raz-de-marée qui nous submerge dès sa première apparition, et il faut toute la force de caractère de Paul pour la dompter. Et aussi beaucoup de patience.

 

Et comme nous sommes chez Blake Edwards, la comédie est omniprésente. Outre le duo vedette, on découvre quelques personnages qu’on pourrait aisément qualifier de « gratinés » : de O.J. Berman et ses « Freddy Baby » à Paul, jusqu’à Mag Wildwood (Dorothy Whitney) et son mortel ennui (celui qu’elle partage aux autres), en passant par Sally Tomato (celui qu’elle partage aux autres), en passant par Sally Tomato (Alan Reed), sans oublier les nantis, ce sont des personnages plus ou moins improbables qui gravitent autour de la jeune femme : difficile alors pour Paul de s’imposer !

 

Bref, c’est une comédie incontournable : pour Audrey Hepburn, tout d’abord et son jeu plein de fraîcheur ; mais aussi pour tous ceux qui gravitent autour d’elle et qui lui permettent de s’exprimer pleinement et nous donner une très belle prestation.

 

Un film qui fait du bien.

 

NB : un (Petit ? Grand ?) bémol cependant. Le personnage de Yunioshi, photographe d’origine japonaise est interprété par Mickey Rooney. Non seulement, on pourrait se passer de ce personnage sans beaucoup altérer l’intrigue (sauf pour les clés…) mais surtout il campe un personnage caricatural à la limite du racisme. Certes, son maquillage est splendide, mais ça n’efface pas cette tache sur ce film. Un acteur d’origine japonaise aurait certainement atténué ce débordement. Edwards l’a regretté… Bien après !

 

PS : le nom de Holly, « Golightly » lui va comme un gant. En effet, la traduction littérale pourrait être « aller légèrement », ce qui est une expression qui lui sied. Et ça m’étonnerait que Truman Capote (l’auteur du roman éponyme adapté) ait choisi ce nom par hasard…

 

  1. "She’s a phoney."

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Michael Anderson
La Lame nue (The naked Edge - Michael Anderson, 1961)

Cette « lame nue », c’est celle qui nous est présentée pendant le générique. Elle appartient à ce qui ressemble à une dague mais pourrait bien être plutôt un coupe-papier. Mais c’est surtout la lame qui s’est enfoncée dans le ventre de Jason Roote (Martin Bodey), l’associé de George « Cliff » Radcliffe (Gary Cooper).

Un homme a été arrêté, Donald Heath (Ray MacAnally) et c’est le témoignage de Radcliffe qui amène sa condamnation.

Mais un homme fait chanter Radcliffe : en effet, il n’y avait que lui le soir de la mort de Roote. Et si ce n’était pas Heath le meurtrier ? Et d’où vient cette grosse somme d’argent qui a permis à ce même Radcliffe de monter une autre affaire ? En effet, l’homme qui a tué Roote a aussi emporté une sacoche remplie de billets, qu’on n’a pas retrouvés.

Martha (Deborah Kerr), la femme de Radcliffe, commence à se poser des questions…

 

Quand le film est présenté pour la première fois (le 28 juin 1961), cela fait déjà plus d’un mois que Gary Cooper a fait ses adieux définitifs, terrassé par le cancer (13 mai). Ce fut, bien entendu, un tournage très éprouvant pour lui, et malheureusement, le film fut un échec. Malheureusement parce que, même si l’immense Gary a joué dans des films plus prestigieux, ses adieux – involontaires – auraient tout de même mérité un meilleur accueil public.

Certes, Michael Anderson n’est peut-être qu’un réalisateur de seconde zone, mais il réussit ici à donner une certaine épaisseur à son film, jouant sur les zones d’ombre de ce meurtre.

 

Parce que Radcliffe a beau être interprété par l’un des acteurs les plus positifs d’Hollywood, le spectateur se demande constamment quel a été le véritable rôle de Radcliffe dans cette sombre intrigue. Et c’est à travers Martha – formidable Deborah Kerr (1) – que ce développe les doutes qui vont atteindre le spectateur. Il faut dire que l’intrigue aide beaucoup : à peine Heath condamné, Radcliffe parle d’une rentrée importante d’argent – on pense alors aux 60.000 livres dérobés à Roote – qui va lui apporter un niveau de vie plus élevé. Mais cette (injuste ?) condamnation fait aussi intervenir le maître chanteur qui va insinuer le poison du doute, Jeremy Clay (Eric Portman).

Ce doute va amener un face-à-face absolument splendide entre deux grandes stars : et je me répète, nous avons beau avoir du mal à imaginer Gary Cooper passer du côté obscur, nous sommes gagnés par ce même doute. La situation tourne trop facilement en sa faveur. Et c’est là qu’est tout le sel du film, démontrant une dernière fois (comme s’il était besoin de le faire…) l’immense talent de Gary Cooper qui réussit, dans son rôle, et surtout auprès des spectateurs, à relayer la suspicion à son encontre.

 

Et, à l’instar de la voix qui nous encourage à la fin du film, à ne rien révéler aux autres (futurs spectateurs ?), je ne vous dirai pas comment Anderson résout son intrigue…

Par contre, cette voix finale surfe – dirait-on aujourd’hui – sur l’effet Psychose qui demandait la même chose.

Malheureusement, cela n’a pas suffi à sauver le film. Dommage, parce qu’il méritait (et mérite encore) un détour...

 

  1. Pourrait-il en être autrement ?

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Alan J. Pakula
A Cause d'un assassinat (The parallax View - Alan J. Pakula, 1974)

C’est le 4 juillet à Seattle. Tout le monde fête l’Indépendance, et surtout le sénateur Carroll (William Joyce), lui-même très indépendant. Mais pendant la petite sauterie en haut du Space Needle, ce dernier est abattu, semble-t-il par un tireur isolé. Telle est la conclusion de la commission d’enquête : « il n’y a eu aucun complot. »

Mais dans les années qui suivent, six personnes trouvent la mort, dont Lee Carter (Paula Prentiss), journaliste qui a alerté un confrère (et ex), Joseph « Joe » Frady (Warren Beatty).

Il se met alors à enquêter en solo, découvrant l’existence de Parallax, une entreprise privée qui a tendance à engager des gens violents et agressifs…. Des tueurs, quoi.

 

Plus qu’à l’assassinat de John Kennedy, c’est à celle de son frère Robert que l’on pense, arrivée six ans avant la sortie du film.  Quant aux circonstances, Alan J. Pakula développe – avec brio – la thèse du complot, concluant son film de la même manière qu’il l’a commencé, avec cette commission inamovible qui rend ses conclusions similaires : un tireur isolé ; pas de complot.

Ce sont donc ces conclusions qu’il va battre en brèche, suivant pas à pas l’enquête de Frady, sans pour autant se référer au FBI et à la CIA : Parallax est une société autonome, libérée des contingences d’état. Mais le terme « parallax » n’est pas anodin. En effet, la vision de parallaxe (le titre original) fait référence à une variation de points de vue d’une même chose entraînant deux interprétations différentes.

Et du point de vue de la commission, l’enquête se tient, tout comme celle de Frady, du nôtre.

 

Si Alan Pakula n’a pas une immense filmographie, il n’en demeure pas moins que ces films ont (presque) tous eu un impact sur les spectateurs. Et ce film n’échappe pas à la règle : tout comme le suivant qui le mettra sur la piste des plombiers de Nixon, il s’agit ici de l’enquête d’un journaliste, de deuxième zone certes, mais qui a un flair dont il ne doit pas rougir. Mais alors que Bob Woodward et Carl Bernstein ont tendance à « rester dans les clous », Frady est moins contrôlable et sait se battre, comme il le montre au shérif  Wicker (Kelly Thordsen).

En outre, il y a dans ce film un suspense qui monte en intensité, à mesure que Frady avance dans son enquête, jusqu’à la résolution finale inévitable et (presque) prévisible.

 

Pakula fait de l’enquête de Frady une sorte d’errance qui réduit son héros à la solitude, dans un univers qui devient de plus en plus inquiétant. Il faut dire que le personnage de Jack Younger (Walter McGinn) illustre pleinement cette inquiétude qui grandit : il ne paye pas de mine mais il est très informé et sait entrer sans clé…

Et cette inquiétude – voire la fin inéluctable – est annoncée dès la séquence d’ouverture qui voit la mort du sénateur : des plans séparés de différents protagonistes dont ceux qu’on retrouvera plus tard, dans des attitudes inexplicables sur le moment mais qui prennent tout leur sens à mesure que l’intrigue se déroule.

C’est absolument brillant et les différents interprètes sont en parfaite adéquation avec les exigences du metteur en scène.

 

Henri Verneuil se souviendra de ce film quand, cinq ans plus tard, il réalisera I… comme Icare, reprenant un assassinat qui rappelle celui de Kennedy (John F.) et une fin similaire à celle de Pakula…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Zoltan Korda
Le Livre de la jungle (The jungle Book - Zoltan Korda, 1942)

Le petit Natthoo s’est perdu dans la jungle. Recueilli par des loups, il y grandit et revient vers les hommes douze ans plus tard. Il est devenu Mowgli (Sabu), la « petite grenouille ». Il est alors accueilli par Messua (Rosemary DeCamp) qui voit en lui l’enfant qu’elle a perdu.

Mais cette arrivée contrarie Buldeo (Joseph Calleia) qui voit en cet enfant un animal sauvage.

Mais quand Mowgli emmène Mahala (Patricia O’Rourke), la fille de Buldeo, dans la cité (perdue) des rois et surtout qu’elle en ramène une pièce d’or, son attitude change…

Jusqu’à ce qu’il soit en position de trouver le trésor dont est issu la pièce.

 

Vingt-cinq ans avant les studios Disney, Zoltan Korda (le frère de) adapte pour la première fois au cinéma le livre de Kipling. Et c’est une réussite, Korda réussissant à intégrer de véritables animaux dans cette intrigue de la jungle, et surtout sans chanson !

Certes, ces animaux n’ont pas de rôle de premier plan mais ils se révèlent tout de même indispensables à l’intrigue.

Cette intrigue qui s’appuie essentiellement au rapport de Mowgli avec les hommes (et les femmes !). Et le choix de Sabu pour interpréter le « petit d’homme » est des plus pertinents : même s’il n’y a jamais tourné, il est né en Inde, ce qui fait de lui le seul interprète authentique. Le maquillage fait beaucoup de choses, certes, mais les yeux clairs de Rosemary DeCamp écornent fortement ce même aspect authentique pour son rôle.

 

Toujours est-il que le jeune Sabu interprète à merveille ce jeune enfant sauvage – rien à voir avec Victor de l’Aveyron – qui n’est pas sans rappeler un autre produit de la jungle littéraire : Tarzan. (1) Tout comme lui, il commande aux animaux et surtout leur parle, et en plus il utilise des lianes pour se déplacer (2).

Et si Korda essaie de se maintenir dans un univers authentique ou tout du moins vraisemblable, il ne peut s’empêcher de faire parler certains animaux. Mais pas n’importe lesquels : seuls les deux serpents s’expriment en anglais. Et le plus connu des deux, Kaa, est « doublé » par l’immense Mel « Bugs Bunny » Blanc !

Doit-on voir dans le choix de ne faire parler que les reptiles apodes une réminiscence du paradis perdu ? En effet, c’est par le langage (la langue de vipère, cela va de soi) que le serpent persuade Eve de goûter au fruit défendu…

 

Quoi qu’il en soit, ces deux serpents ne sont pas – pour une fois – des opposants et ils vont aider Mowgli dans sa quête, chacun à sa façon : Kaa à propos de Shere Khan et le vieux cobra en le mettant en garde contre le lucre, véritable élément mortifère.

Et c’est ce deuxième élément qui perdure, à travers l’histoire de Buldeo, véritable méchant de ce film.

Certes, Shere Khan est le méchant le plus connu du livre de Kipling, mais ici, il est – brillamment – supplanté par Buldeo qui allie la méchanceté à la duplicité, mâtinée de superstition. Bref, un affreux qu’on a plaisir à détester.

 

Au final, une belle adaptation – en Technicolor, s’il vous plaît – où Korda s’appuie su la dimension authentique (même si le tournage a lieu aux Etats-Unis) de l’intrigue, avec juste ce qu’il faut de fantastique pour rêver et nous rappeler que tout ça, c’est avant une histoire. Une histoire, oui, mais avant tout une belle histoire !

Et en plus, parmi les différents interprètes, nous avons le plaisir de retrouver le prolifique Noble Johnson : vous savez celui qui fut – entre autres – le serviteur du comte Zaroff

 

  1. Pourquoi appelle-t-on Tarzan « Roi de la Jungle » alors qu’il évolue dans la savane ?
  2. Et aucune n’a la forme d’un trapèze…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Presse, #Richard Brooks
Bas les Masques (Deadline-U.S.A. - Richard Brooks, 1952)

Mauvaise nouvelle pour Ed Hutcheson (Humphrey Bogart) : The Day, son journal va être vendu à un tabloïd qui veut éliminer un concurrent (de qualité). Et c’est à ce moment qu’on apprend l’assassinat d’une jeune femme par les hommes de main de Thomas Rienzi (Martin Gabel), le caïd local.

Ce sera donc un baroud d’honneur pour Ed et son équipe, avec bien entendu, des dommages collatéraux…

 

C’est du sur mesure pour Bogart. Il est un patron de presse (rédac’ chef) sûr de lui, sérieux et engagé. Pare que ce film, c’est – encore une fois – un plaidoyer pour la liberté de la presse, sujet récurrent du cinéma américain. Et surtout, cette liberté menacée par différents ennemis extérieurs : entre le gangster et le concurrent qui veut carrément éliminer le journal, la partie est serrée et surtout perdue d’avance. Mais pas sur tout.

Il faut dire que Hutcheson est un dur à cuire, rompu à ce genre d’exercice et qui y prend du plaisir. Mais il n’en demeure pas moins humain et a ses propres faiblesses.

En effet, sa vie privée n’est pas des plus reluisantes : divorcé de Nora (Kim Hunter), il ne supporte pas cet échec et revient régulièrement vers elle, qui l’accueille malgré tout.

 

Parce qu’il n’est rien d’autre qu’un missionnaire de la presse. En effet, on sent que cette histoire d’amour malheureuse ne relève pas d’une quelconque inimitié. Il s’agit avant tout d’un choix : Hutcheson a choisi la presse avant tout, Nora passant alors au second plan. Marié à Nora, il avait la presse comme maîtresse et c’est avec cette dernière qu’il est parti.

Et le film nous montre à quel point cette relation extra conjugale est forte, laissant peu de place pour une autre personne.

Et quelle maîtresse ! Plus que la presse elle-même, c’est sa liberté qui lui tient le plus à cœur : son ultime combat sera victorieux au point de faire oublier qu’il était le dernier ! Et de quel manière ! (1)

 

Quoi qu’il en soit, Richard Brooks réussit ici un magnifique film de presse où Bogart est dans son élément, en première ligne dans un combat mémorable. Mais s’il est ainsi, c’est aussi pare que les autres interprètes sont au diapason. Ethel Barrymore (Margaret Garrison), bien sûr, actrice phénoménale qui s’accorde magnifiquement avec Bogart. Ou encore Kim Hunter en femme encore amoureuse mais résignée. Et aussi l’incontournable Ed Begley (Frank Allen) en bras droit de Hutcheson. Jusqu’à Martin Gabel qu’on a plaisir à détester. Bref, une belle distribution (2) dirigée de main de maître.

 

Et un film qui, plus de soixante-dix ans après sa sortie reste d’une incroyable actualité. La liberté de la presse est toujours menacée – voire en certains endroit interdite – et surtout les moyens d’affaiblir les concurrents on ne peut plus développés, relayés par l’utilisation de l’image – télévision & Internet – et même l’intelligence artificielle qui permet à n’importe qui de dissimuler voire transformer la réalité et surtout la vérité. Le rachat de titres qui ont ensuite disparu est une pratique courante dans tous les pays. Quant à l’indépendance chère à Hutcheson – ultime pied de nez du film – on ne peut qu’en douter quand on voit les ressources (illimitées) de certains patrons de groupe d’information (3).

 

  1. Non, je ne vous le dirai pas.
  2. En cherchant bien, on peut même apercevoir un jeune débutant (21 ans quand sort le film) : James Dean. Si, si, cherchez bien !
  3. Est-il vraiment besoin de donner des noms ?

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Guerre, #Jean-Max Causse, #Roger Taverne
Le Franc-Tireur (Jean-Max Causse & Roger Taverne, 1972-2002)

Juillet 1944.

Après une résistance acharnée, les Allemands décident d’éliminer le foyer de résistance du Vercors. Il y aura plus de 630 morts du côté des résistants.

Parmi les combattants du massif, on retrouve le jeune Michel Perrat (Philippe Léotard), arrivé dans ce conflit à la suite du décès – violent – de sa grand-mère. Il faut dire que ce jeune homme s’était réfugié chez elle pour fuir le conflit, pensant trouver un refuge – une planque – pour terminer la guerre.

Mais la réalité le rejoint, et il doit fuir, rejoignant un groupe de partisans, devenant, malgré lui, l’un ‘entre eux.

 

On se demande bien pourquoi ce film fut interdit de sortie pendant près de trente ans. En effet, ce n’est que le 16 janvier 2002 qu’il put enfin sortir sur les écrans, mais dans seulement 6 salles (il y avait seulement 6 copies disponibles). Et d’une certaine façon, on peut considérer ce film comme le pendant résistant de Lacombe Lucien : tout comme le jeune homme qui entre en collaboration, Michel Perrat se retrouve du côté des résistants sans l’avoir demandé. Et c’est là la grande différence avec le jeune Lucien : à aucun moment il n’a choisi quelque camp que ce soit. Mais puisque le destin l’a fait pour lui, il va suivre son chemin.

 

Bien entendu, c’est avant tout le tapage – on dirait aujourd’hui le buzz – autour du film qui en fait une production à part dans le cinéma français. Alors que l’année précédente, Max Ophüls fustigeait une certaine forme – voire une forme certaine – de collaboration, il semblait légitime à Jean-Max Causse et Roger Taverne de présenter un anti-héros singulier : Michel Perrat devient malgré lui résistant et se retrouve en plein cœur d’un conflit pour lequel il est étranger. Bien entendu, un tel personnage dans un lieu aussi symbolique ne convient aux associations d’anciens combattants et surtout d’anciens résistants encore en vie : il n’est pas question de présenter un personnage aussi tiède dans une phase aussi importante. A aucun moment, Perrat ne montre une quelconque motivation quant à ce conflit. Alors que ses compagnons – d’occasion – d’armes sont convaincus de leur action, à aucun moment il n’émet une quelconque opinion en faveur de leur action. Il est là parce qu’il est là.

 

Et même une fois dans ce groupe e maquisards, il n’a toujours pas une attitude volontaire. Quand il doit veiller sur les autres (tour de garde), il préfère coucher avec la jeune femme (Estella Blain) qui les a rejoints : sa négligence permettra aux Allemands de cerner leur repaire, éliminant alors de nombreux partisans encore restant ?

Jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un, lui, Michel Perrat, résistant occasionnel.

Mais jusqu’à quand ? En effet – et Causse et Taverne sont habiles sur cette fin – Perrat est seul, encore vivant quand le film se termine, plutôt abruptement : on ne sait pas ce qu’il advient de ce drôle de résistant, le narrateur (non identifié) nous annonce qu’il ne fait partie d’aucun recensement quant aux victimes et rescapés de l’assaut : il était là sans être là.

 

Normal, nous sommes au cinéma...

Comme annoncé plus haut, cette « normalité ne fut pas du goût de tous : un personnage aussi peu engagé dans un conflit aussi brûlant, et encore plus dans un massif aussi symbolique ne convient pas à la version officielle, surtout dans une période où on essayait de gommer ces attitudes qui, sans être totalement anti-française, n’en étaient pas moins peu glorieuses…

Et au final, nous avons une chronique bien singulière d’un fait de résistance, bien moins des canons officiels du cinéma (Le Jour le plus long, Paris brûle-t-il ?…).

 

A voir, donc !

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 200 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog