C’est le 4 juillet à Seattle. Tout le monde fête l’Indépendance, et surtout le sénateur Carroll (William Joyce), lui-même très indépendant. Mais pendant la petite sauterie en haut du Space Needle, ce dernier est abattu, semble-t-il par un tireur isolé. Telle est la conclusion de la commission d’enquête : « il n’y a eu aucun complot. »
Mais dans les années qui suivent, six personnes trouvent la mort, dont Lee Carter (Paula Prentiss), journaliste qui a alerté un confrère (et ex), Joseph « Joe » Frady (Warren Beatty).
Il se met alors à enquêter en solo, découvrant l’existence de Parallax, une entreprise privée qui a tendance à engager des gens violents et agressifs…. Des tueurs, quoi.
Plus qu’à l’assassinat de John Kennedy, c’est à celle de son frère Robert que l’on pense, arrivée six ans avant la sortie du film. Quant aux circonstances, Alan J. Pakula développe – avec brio – la thèse du complot, concluant son film de la même manière qu’il l’a commencé, avec cette commission inamovible qui rend ses conclusions similaires : un tireur isolé ; pas de complot.
Ce sont donc ces conclusions qu’il va battre en brèche, suivant pas à pas l’enquête de Frady, sans pour autant se référer au FBI et à la CIA : Parallax est une société autonome, libérée des contingences d’état. Mais le terme « parallax » n’est pas anodin. En effet, la vision de parallaxe (le titre original) fait référence à une variation de points de vue d’une même chose entraînant deux interprétations différentes.
Et du point de vue de la commission, l’enquête se tient, tout comme celle de Frady, du nôtre.
Si Alan Pakula n’a pas une immense filmographie, il n’en demeure pas moins que ces films ont (presque) tous eu un impact sur les spectateurs. Et ce film n’échappe pas à la règle : tout comme le suivant qui le mettra sur la piste des plombiers de Nixon, il s’agit ici de l’enquête d’un journaliste, de deuxième zone certes, mais qui a un flair dont il ne doit pas rougir. Mais alors que Bob Woodward et Carl Bernstein ont tendance à « rester dans les clous », Frady est moins contrôlable et sait se battre, comme il le montre au shérif Wicker (Kelly Thordsen).
En outre, il y a dans ce film un suspense qui monte en intensité, à mesure que Frady avance dans son enquête, jusqu’à la résolution finale inévitable et (presque) prévisible.
Pakula fait de l’enquête de Frady une sorte d’errance qui réduit son héros à la solitude, dans un univers qui devient de plus en plus inquiétant. Il faut dire que le personnage de Jack Younger (Walter McGinn) illustre pleinement cette inquiétude qui grandit : il ne paye pas de mine mais il est très informé et sait entrer sans clé…
Et cette inquiétude – voire la fin inéluctable – est annoncée dès la séquence d’ouverture qui voit la mort du sénateur : des plans séparés de différents protagonistes dont ceux qu’on retrouvera plus tard, dans des attitudes inexplicables sur le moment mais qui prennent tout leur sens à mesure que l’intrigue se déroule.
C’est absolument brillant et les différents interprètes sont en parfaite adéquation avec les exigences du metteur en scène.
Henri Verneuil se souviendra de ce film quand, cinq ans plus tard, il réalisera I… comme Icare, reprenant un assassinat qui rappelle celui de Kennedy (John F.) et une fin similaire à celle de Pakula…
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