De la Toussaint 1954, au 19 mars 1962, ce sont presque huit années de guerre qui se sont déroulées loin de Paris, dans un territoire alors français : l’Algérie. Jamais, les autorités françaises n’ont parlé de guerre – civile ou non – mais plutôt d’« événements » : une « guerre qui n’ose pas dire son nom ».
Ici, nous nous focalisons sur Alger, et surtout la Bataille qui eut lieu en 1957, amenant l’intervention de l’armée française dans la capitale algérienne. Avec, évidemment, les résultats attendus…
Impressionnant.
Gillo Pontecorvo (avec Yacef Saâdi) nous propose ici une sorte de témoignage sur la décolonisation douloureuse de l’Algérie. Et si aucun élément d’archives n’a été utilisé dans le film, le résultat reste absolument bluffant. En effet, nous avons ici une représentation très réaliste de ce que fut ce conflit qui a entraîné beaucoup (trop) de morts, avec en prime l’attitude fortement contestable (euphémisme) de la France qui n’était pas prête – alors – à lâcher ses bouts d’empire.
Bien entendu, c’est essentiellement le point de vue des insurgés qui est utilisé tout au long du film. Mais cela n’en est pas pour autant un point de vue manichéen : il n’y a pas les méchants Français et les gentils Algériens. Personne n’est tout bon ou tout mauvais, ce sont les circonstances qui définissent les différents protagonistes.
En effet, du point de vue algérien, ce sont de nombreux attentats ponctuels qui sont privilégiés dans la lutte contre « l’occupant » français : bombes, exécutions sommaires dans les rues… C’est une résistance qui en rappelle une autre qui eut lieu quelques années plus tôt, contre un autre occupant. Et le colonel Matthieu (Jean « Sullivan » Martin) évoque cette époque antérieure en réaction contre ceux qui traitent de nazis les militaires français.
Il faut dire que ces mêmes militaires ne font pas spécialement dans la dentelle : entre les interrogatoires poussés (la torture) et la répression à balles réelles, la différence avec ces mêmes nazis devient de plus en plus ténue.
Et ce même colonel Matthieu – dont le nom rappelle un général français de l’époque qui a supervisé ces mêmes événements – est une bonne illustration de l’absence de manichéisme de l’intrigue : Matthieu semble un homme intègre et de parole, même s’il justifie en même temps la torture.
Bref, c’est un film plutôt militant qui donne une vision approchée de ce que fut ce conflit et en particulier la bataille titulaire. Et Pontecorvo confronte les deux points de vue : d’un côté les Algériens et leur souhait – légitime – d’accéder à l’indépendance ; de l’autre les « pieds-noirs » qui sont installés depuis cent trente ans et qui ne voient pas pourquoi les choses changeraient.
Cet aspect militant vient aussi du fait que le film a pour base les souvenirs de Saâdi, emprisonné quelques mois après la bataille et jusqu’à la fin de la guerre. Cela explique aussi la constante proximité de la caméra de Marcello Gatti, au cœur de l’action, quel que soit le point de vue choisi.
De plus, les différents interprètes (sauf Jean Martin) furent choisis pour leur ressemblance avec les véritables protagonistes de ce conflit algérois, donnant encore plus de force au côté documentaire du film.
Bien entendu, en France, ce film ne laissa pas indifférents ceux qui avaient participé à ces événements et certaines projections furent émaillées d’incidents assez graves, certains n’hésitant à utiliser la violence – après les menaces – pour en empêcher la projection :
La France a toujours eu du mal avec son passé peu glorieux.
Il faudra attendre 2004 avant que la télévision française se décide (enfin) à le diffuser.
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