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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Guerre, #King Vidor
La grande Parade (The big Parade - King Vidor, 1925)

La grande Parade, c'est avant tout le défilé des soldats partant au front.

Mais c'est un autre défilé : celui des blessés qui en reviennent.

Mais avant, c'est une histoire de soldats. Une histoire d'amour, aussi. Nous sommes en 17, c'est l'enrôlement aux Etats-Unis pour aller combattre les (méchants) Allemands en Europe.

Et tout le monde y va : Slim, l'ouvrier du bâtiment ; Bull, qui tient un bar : Jim, fils de bonne famille (riche).

C'est ça, la démocratie : tous égaux (surtout devant la mort).

Alors Jim, Slim et Bull vont faire leurs classes et lier une amitié forte. Mais la grand Parade ne vient pas. Ils sont cantonnés près d'une ferme où Jim tombe amoureux de Mélisande. Et ça tombe bien, c'est réciproque, malgré les assauts de Slim et Bull.

Cette vie de garnison est assez insouciante mais quand l'appel de la guerre se fait, le film prend toute sa saveur.

Les adieux de Jim et Mélisande sont - bien entendu - déchirants, mais il y a plus que deux amants qui se quittent. Il y a toute la détresse d'une femme qui craint de ne plus voir son amant. Il y a la peur du soldat de ne pas revenir. Et puis il y a la chaussure. Pied droit. Cette scène est on ne peut plus prémonitoire. Elle contribue à l'absurdité de la guerre. Même si elle prend tout son sens quand Jim rentre chez lui après le conflit.

Quoi de plus absurde, de plus dérisoire que de laisser à celle qu'on aime une chaussure ?

Quoi ? Les premières scènes de guerre que vivent les trois amis. Les soldats avancent, baïonnette au canon, vers la première ligne allemande. Elle se rend. Ils avancent. Et là, alors qu'ils n'ont toujours pas tiré un seul coup de feu, les soldats tombent régulièrement.

Quoi d'autre ? Jim qui se retrouve dans un trou d'obus avec un soldat allemand qui vient de blesser mortellement et à qui il offre une cigarette.

La guerre les a rattrapés.Une mission simple va devenir un assaut frénétique. Slim doit faire taire un obusier. Ca tourne mal. Jim et Bull veulent le sauver, mais n'y parviennent pas. Jim est blessé.

A partir de là, l'assaut est donné et on assiste à un carnage dans les lignes allemandes par les soldats américains.

Jim reviendra chez lui avec une jambe en moins, la gauche. Sa fiancée ne l'aime plus, mais ça tombe bien, lui, il aime Mélisande.

Il s'agit du quatrième grand film sur la Grande Guerre réalisé par les Américains. Après le docu-fiction Cœurs du Monde (Hearts of the World, D. W. Griffith 1918) et Charlots Soldats (Shoulder Arms, 1918) où Chaplin s'amuse de la guerre, tous les deux des films de propagande ; après Les quatre Cavaliers de l'Apocalypse (Four Horsemen of the Apocalypse, R. Ingram, 1921) où la guerre concluait l'histoire, c'est au tour de Vidor de donner sa version du conflit.

Même s'il n'a pas fréquenté le Front, Vidor réussit à capter l'horreur et l'absurdité du conflit. On retrouvera la même façon de filmer le conflit dans Les Croix de bois de Raymond Bernard (1932), mais de l'autre côté de l'Atlantique, avec des acteurs qui auront eux-mêmes vécu la Guerre.

Vidor vient de commencer la liste des grands films de guerre. Pensez, en moins de dix ans : Les Ailes (Wings, 1926) ; La Patrouille de l'aube (The dawn Patrol, 1930), A l'Ouest rien de nouveau (All quiet on the Western Front,1930), L'Adieu aux armes (A Farewell to arms, 1932)...

Et je ne parle pas de Kubrick et Les Sentiers de la Gloire... Ah, tiens, si.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #King Vidor, #Comédie dramatique

Un film socialiste aux Etats unis, ça étonne toujours. Surtout dans les années 30.

Mais en temps de crise, on se tourne vers toute solution. En Europe, c'est le fascisme et le nazisme.

Vidor, lui, propose une expérience qui, si elle n'est pas exactement socialiste, y ressemble beaucoup.

Il s'agit d'un film d'actualité. A cette époque, les fermiers américains meurent de la crise, de la sècheresse, du Dust Bowl... C'est un pays exsangue qui compte sur Roosevelt et le New Deal pour se sortir de cette situation désespérée.

Alors que certains paysans fuient leur ferme (expropriée) vers la Californie, d'autres se regroupent en communauté pour faire face ensemble.

C'est cette histoire que raconte Vidor, celle de Mary & John Sims (Karen Morley & Tom Keene), qui récupèrent un bout de terre et vont le faire fructifier avec l'aide des autres fermiers errants qui sont légion sur les routes à cette période.

Et cette communauté exploite non seulement la terre, mais aussi les compétences de chacun pour vivre dignement.

Si ce film peut passer pour socialiste, il est avant tout un film américain.

La référence de ces nouveaux pionniers est John Smith, le Pionnier originel des Etats Unis, celui de Pocahontas. Et ça tombe bien, puisque que John Sims, ça sonne un peu pareil [aucune coïncidence].

C'est autour d'un feu de camp qu'ils décident de s'organiser en communauté, mais leur régime n'est pas le socialisme, rapidement balayé après avoir été suggéré.

Tous ces gens viennent d'horizons différents, l'un est citadin au chômage (Sims), l'autre est paysan du Minnesota (Larsen - incontournable John Qualen), tel autre est menuisier, tel autre maçon, et même violoniste ou vendeur de cigare. Deux personnages se distinguent par leur origine : Larsen, immigré suédois et Cohen, le repasseur de pantalon juif.

Tous ces gens sont partie prenante du Melting Pot. Ce creuset de l'Amérique qui fait d'individus disparates un seul et même peuple.

Et puis il y a les méchants.

Le Shérif, qui doit vendre la propriété au plus offrant mais qui finalement doit la céder à la communauté à un prix dérisoire.

Louie Fuente (Addison Richards), gros bras du village qui n'est autre qu'un truand en cavale mais dont le sacrifice va permettre la survie de la communauté.

La Femme fatale (Barbara Pepper), celle par qui le scandale arrive, d'habitude. Elle est blonde, arrogante, elle fume, et écoute du Jazz, cette musique qui a explosé sur les ondes et dans les salles de concert pendant la même période. Parce que c'est une oisive. Elle est belle, elle le sait et fait tout pour attirer Sims dans sa toile. Elle finit presque par y arriver.

Mais quand la menace de la sécheresse est trop forte et qu'une possibilité de sauver la communauté se présente, Sims retourne vers les siens et les lance dans ce qui est la scène mythique du film : le creusement d'un canal d'irrigation.

Parce que c'est cette scène qu'on retient du film. C'est aussi la scène pénultième (j'adore ce mot). On y voit tous ces hommes au bord du désespoir se raccrocher au plan de Sims et œuvrer à faire venir l'eau dans leur champ.

Alors c'est une suite de pioches et de pelles qui s'abattent régulièrement, méthodiquement sur le sol et créent ce canal synonyme de survie.

Cette scène fut tournée au son d'un métronome et d'une grosse caisse*. Et la régularité du mouvement lui donne une plus grande force.

Inutile de dire que ce film, de par ses valeurs humaines universelles et un tantinet communistes fut un échec commercial. Il n'empêche qu'il reçut le second prix du film de Moscou, et qu'il aurait pu rafler la mise s'il ne fût pas américain, et donc capitaliste*.

* cf. La grande Parade (Lattès, 1981), pour tout autre renseignement complémentaire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Marcel Carné, #Fantastique

« Qui bat… Qui bat… » répète le diable en frappant la statue des amants réunis dont le cœur bat à l'unisson.

D'aucuns y ont vu une allégorie de la Résistance dont le cœur continuait de battre malgré l'Occupation. Pourquoi pas.

Pour ma part, je n'y vois que le triomphe de l'amour sur un diable qui enrage.

Tout est réuni pour faire un grand film : Marcel Carné réalise ; Prévert met en parole ; Kosma en musique ; Trauner décore ; Hubert filme ; Arletty, Ledoux, Herrand et Berry jouent.

Mais voilà, ça ne marche pas. Enfin, ça ne marche pas comme ça aurait dû. Mais c'est Carné, alors on regarde. Situé entre Le Jour se lève et Les Enfants du Paradis, il n'atteint pas le niveau de l'un ou de l'autre. Le maître peut parfois avoir un coup de moins bien (Hitchcock a tourné L'Etau, je rappelle).

C'est lent. Beaucoup trop lent. Les acteurs sont lents, l'action est lente, la diction est lente. Le duel entre Ledoux et Herrand est mou et peu crédible. Même Arletty est empesée. Elle n'a rien à voir avec la Clara du Jour se lève ni avec la Garance insouciante des Enfants du paradis. Elle semble éteinte.

Et puis, il y a Berry, le cabot le plus formidable du cinéma français. Alors que sa grandiloquence a parfois tendance à alourdir un film, ici, c'est le seul qui apporte de la vie. Il est vivant, il est vif. Alors que tous sont monochromes, il débarque - véritable deus (!) ex machina - avec son habit orné de fioritures. Alors que tous sont proches de la déclamation, il réveille le spectateur par ses répliques affutées.

Alors ça s'emballe, ça virevolte. Il est partout à la fois et se réjouit des malheurs des autres protagonistes. Il est paradoxalement le seul être vivant du film, alors qu'il est le messager de la mort : « la mort, c’est moi. » aime-t-il à préciser en souriant. Mais il a fallu attendre la deuxième moitié du film pour le rencontrer.

Dommage.

Il reste quand même de très belles images et les superbes décors de Trauner.

Alors ne boudons pas - complètement - notre plaisir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Star Wars, #George Lucas

Le vrai premier épisode. Une histoire qui se suffit à elle-même.

Une histoire spatiale avec bricolage judicieux comme en trouvait dans les années 70 et avant.

Alors oui, on peut reprocher la surenchère sonore pendant les scènes dans l'espace. Mais entre nous, si vous regardez les combats sans le son, ça a moins de gueule.

Et pourtant... Quel film ! Alors d'où vient ce succès ?

Le Western

Nous sommes dans un monde sans foi ni loi, un peu comme l'Ouest du Pecos. L'Empire est le Mal. L'Empereur - Arlésienne du film - est le chef d'une bande de méchants. Et son bras droit, c'est Darth Vader (quelle bêtise de l'avoir appelé Dark Vador...).

Vader est un bel archétype de méchant : imposant, habillé de noir, maîtrisant une force télékinésique et maniant le sabre-laser.

Les transactions se déroulent dans des bars louches (saloons) où tout se règle définitivement à coup de flingues.

On trouve des duels, des fusillades au pistolet-laser, des poursuites en vaisseaux...

Le Manichéisme

Deux camps s'affrontent autour de la Force. Il y a ceux qui sont du bon côté : Luke, Obi-Wan, Leia, Han. Ils sont habillés de blanc (sauf Han, qui est un peu trafiquant, quand même)

Et puis il y a les autres, ceux du côté obscur : Darth Vader, L'Empereur, les cadres de l'Etoile Noire. Ils sont habillés de noir, détruisent les planètes comme si c'étaient des fourmis, torturent, ne respectent pas leur parole, sont trop confiants. Bref, tout pour être haïs. En plus, Vader porte un masque ce qui le rend encore plus antipathique.

Mais vous me direz que les Storm Troopers sont en blanc. Et moi je dis : d'accord, mais ils nbe sont pas importants. Ils meurent dans l'indifférence, tirent comme des manches et ont l'intelligence du poulpe. Il faut voir comment Obi-Wan se débarrasse d'eux en arrivant à Mos Eisley.

Le Mysticisme

Vader étant un ancien Jedi, il est fait référence à une ancienne religion dont il était l'un des dépositaires. Obi-Wan vit en ermite comme le faisait beaucoup les moines au Moyen Age.

Obi-Wan explique à Luke les principes de sa "religion". Et la Force est une chose instinctive, non rationnelle. Il faut s'abandonner à la Force comme à un dieu.

Mais cette Force est autrement plus attirante et réelle qu'un dieu puisqu'on voit ses effets à différents moments du film.

Une fin heureuse

Heureusement ! Il fallait que le Bien l'emporte. Et de quelle façon ! La Force remplit son rôle, Luke est un as, Han est courageux, et surtout, Chewbacca est plein de poils. Non. Ca c'est autre chose.

Quoi qu'il en soit, une fois le film terminé, rien ne nous annonce qu'il y aura une suite. Les bons ont triomphé, les héros sont célébrés, Vader a été propulsé à l'autre bout de l'univers (j'exagère un peu, je sais). Parce qu'il ne faut pas oublier la base d'une éventuelle série :quand on tient un méchant crédible, ne jamais le faire disparaître. On ne sait jamais.

P. S. : les similitudes avec ce film ne manquent pas dans l'épisode 7...

P. P. S. : vous pouvez compléter cet avis en allant lire ce que mon ami le Professeur Allen John en dit : http://http://allenjohn.over-blog.com/2015/12/star-wars-george-lucas-1977.html

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Alfred Hitchcock, #Espionnage

Pourquoi « 17 » ?

 

John Jones débarque en Europe à la toute veille de la guerre. Il est venu chercher une histoire.

Non seulement, il va la trouver, mais il va en trouver d'autres.

Il rencontre la femme de sa vie - la belle Laraine Day - qui n'est autre que la fille de son ennemi (mais il ne le sait pas à ce moment-là). En effet, un complot a été ourdi en vue de la déclaration de guerre imminente.

Il rencontre aussi Scott Ffolliott - impeccable George Sanders, comme d'habitude - qui est l'archétype du Britannique flegmatique.

Il rencontre aussi Hitchcock, mais il ne sait pas que c'est lui et de toute façon, ça ne sert à rien dans l'histoire.

 

Nous sommes dans un film de pré-propagande. En effet, Hitchcock nous fait vivre les derniers instants de la paix en Europe alors qu'il tourne à Hollywood et que les Etats Unis ne vont pas entrer en guerre avant au moins un an après la sortie du film à Londres.

Tout comme John Ford dans Les Hommes de la mer (The long Voyage Home, 1940), Hitchcock appelle à la résistance. Ce qui est bien normal, étant citoyen britannique. C'est à travers l'intervention finale de Joel Mc Crea sur l'antenne de la BBC qu'il annonce que l'Amérique n'éteindra pas la flamme de l'espoir, au contraire. Cette scène est la deuxième scène catastrophe puisqu'elle nous fait entrevoir ce qu'était la vie des Anglais pendant le Blitz.

 

L'autre scène catastrophe est l'amerrissage du clipper qui doit les ramener aux Etats Unis. Là, Hitchcock nous montre avec brio sa direction d'acteurs dans un moment critique. L'eau est omniprésente et nous avons bel et bien l'impression d'être au milieu de l'océan avec les protagonistes. J'ai rarement vu un aussi bel effet de surimpression dans le cinéma de cette époque, les raccords étant magnifiques. Un grand moment de catastrophe.

Mais il s'agit aussi d'un film de chapeaux. Dès son embarquement pour Londres, ses neveux et nièces oublient de lui rendre son melon après avoir joué. Puis, il perd son deuxième dans le taxi qui l'emmène au déjeuner-réception. Un coup de vent en emporte un troisième. Un jeune écolier anglais perd sa casquette en se penchant par-dessus le parapet de la cathédrale. Et quand il doit fuir l'Hôtel Europe, il n'oublie pas de demander au garçon d'étage de lui en ramener un nouveau.

 

Il était inconcevable que le Maître ait tourné sans une note d'humour.

Alors pourquoi 17 ? Je n'en sais toujours rien.

J'attends d'éventuelles explications...

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Marion Gering, #Prison
Pénitencier de Femmes (Ladies of the big House - Marion Gering, 1931)

Un film de femmes.

Un monde de femmes.

Un réalisateur.

Kathleen Storm est vendeuse chez une fleuriste. Elle rencontre Standish Mc Neill qui revient du désert. C'est l'amour naissant.

Le problème, c'est Kid Athens. Il est amoureux de Kathleen. Alors quand l'occasion se présente, il fait accuser de meurtre - à sa place - les deux tourtereaux.

Les voilà tous les deux condamnés : à la prison pour elle, à mort pour lui.

Mais nous sommes dans une société corrompue et les efforts de Kathleen et Standish ne sont pas récompensés de la sentence est maintenue malgré l'appel intenté.

Le film va nous montrer les efforts de Kathleen pour faire éclater la vérité.

Mais c'est la vie du pénitencier qui prend le plus de place. On y voit les conditions de vie (aseptisées, malgré tout) des femmes.

On peut considérer ce film comme le pendant de celui de Hawks Le Code criminel (The criminal Code, 1931) qui sortit un an avant quasiment jour pour jour.

Marion Gering - soviétique qui a débarqué aux Etats Unis dans un cadre commercial - a été repéré par la Paramount en 1931 après avoir dirigé une troupe théâtrale à Chicago.

Ce film est le premier de sept films dont Sylvia Sidney fut la vedette. Et quelle actrice. très convaincante, elle porte le film de bout en bout. C'est une femme américaine des années 30. Tout comme les rôles joués par Bette Davis, elle s'assume et ne se laisse pas faire.

Elle tient tête à Kid Athens malgré sa peur, et sait réfréner les ardeurs de McNeil lors de leur première rencontre. Mais surtout, elle sait s'imposer en prison malgré l'hostilité des autres détenues, et en particulier Susie Thompson.

Susie a été délaissée par Kid Athens quand il a rencontré Kathleen. Alors elle lui en veut.

Il y a aussi Ivory, une forte détenue noire qui prend Kathleen sous son aile, et s'occupe de la musique. On voit aussi la Comtesse, qui a un maintien et un parlé décalé par rapport aux autres filles. Et puis Maria. Elle est mexicaine et attend un enfant, mais elle ne veut pas qu'il naisse en prison. C'est avec elle que Kathleen va tenter de s'évader. Enfin, il y a Millie, la balance (Hilda Vaughn, admirable).

Et Gering nous montre quelques aspects de la vie pénitentiaire : l'atelier de couture où travaille Susie ; le labeur épuisant dans des conditions rudes : il s'agit d'un atelier de blanchisserie, un véritable sweat shop. On y voit les détenues en récréation dans une salle commune : certaines jouent au carte, d'autres écoutent Ivory au piano, Maria prie. Et puis la séance de cinéma accompagnée par les musiciennes d'Ivory. Et bien entendu : l'évasion. Un temps fort du film qui ne prend toute sa dimension que dans les conséquences qu'elle amènera : L'enfant de Maria ne naîtra pas en prison, et Kathleen se sauvera.

Le parallèle avec le film de Hawks ne s'arrête pas au thème pénitentiaire : le directeur de la prison joue un rôle central dans le destin de Kathleen et Standish, aidé par les révélations de Susie !

Bien entendu, le propos du film selon lequel une partie de la Justice est corrompue et des magistrats sont achetés par des truands a aussi aidé à l'établissement du Code Hays quelques années plus tard.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Monty Python, #Comédie, #Terry Jones, #Terry Gilliam
Sacré Graal (Monty Python and the Holy Grail - Terry(s) Jones & Gilliam, 1975)

ATTENTION FILM CULTISSIME !

(N'ayons pas peur des mots)

Si la légende arthurienne a su inspirer les écrivains et les cinéastes, il faut porter au pinacle ce film. Rarement on a adapté cette histoire avec une telle réussite.

Un heure et demie de bonheur. Et tout y est : Excalibur, les épreuves, l'assaut d'un château, la vie paysanne au Moyen Age, le Châtel aux Pucelles, les ménestrels, l'enchanteur, le chevalier noir et bien entendu la recherche du Graal.

Mais quelle quête !

Oubliez tout ce que vous connaissez et plongez-vous à corps perdu dans ce récit enluminé mêlant film et dessins animés.

On apprécie l'astuce de Sir Bedevere, la bravoure de Sir Lancelot, la chasteté de Sir Galahad, la lâcheté de Sir Robin, et bien entendu le savoir encyclopédique du roi Arthur en ce qui concerne les hirondelles.

Mais avant tout, ce film est bourré d'humour. De l'humour anglais, tout d'abord, et du nonsense, partout.

Avec même une mise en abîme quand l'historien célèbre contemporain (Jean Brian Jatapatique ?) se fait tuer par des chevaliers en armure.

Nous trouvons donc :

Un générique avec sous-titres vivants, des noix de coco comme montures, un chevalier noir qui garde le passage, une sorcière, un paysan anarcho-syndicaliste, un château français, un collecteur de morts, la scène 24, le château Anthrax, un géant à trois têtes, Tim, une vache qui vole (qui chie ?) un invité inattendu au mariage, des chevaliers bien exigeants, une grenade et un lapin.

Sacré Graal est avant tout l'aboutissement d'une collaboration de six garçons employés par la BBC et qui ont révolutionné l'humour à la télévision. On ne pouvait espérer mieux comme premier vrai film. Même après plusieurs visionnages, le rire est garanti. Sauf si, évidemment, on est imperméable à l'humour anglais.

Rarement un film a été aussi drôle. Dans la lignée des émissions de la BBC, ils réussissent à enchaîner les sketches en restant dans le domaine de la légende arthurienne, le tout avec un budget plutôt réduit même si le financement fut aussi assuré par Pink Floyd et Led Zeppelin (s'il vous plaît). .

Alors oubliez Richard Thorpe et John Boorman et savourez ce grand mo(nu)ment de l'humour.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sam Peckinpah, #Western

L'Ouest américain. La frontière n'existe plus. La Loi a triomphé. La Civilisation est en marche.

Ce film pourrait faire suite à L'Homme qui tua Liberty Valance. En effet, nous sommes en présence d'un pays en évolution. Petit à petit, ceux qui freinaient son évolution disparaissent : ils sont tués (Liberty Valance) ou essaient vainement de se maintenir.

Etcomme c'est un western, alors nous attendons une lutte entre le Bien et le Mal. Avec des bons et des méchants, comme autrefois. Mais la tendance est au sabordage. Le Western vit ses dernières heures. Ca a commencé quand les maîtres ont décidé qu'un bon Indien n'était pas obligatoirement un Indien mort. Et Sergio Leone est arrivé. Un petit Italien allait donner aux Américains une leçon de Far-West aux "natives".

 

Mais les Américains se sont ressaisis, et Peckinpah nous a donné une grande leçon. Ici, il y a des bons et des méchants, comme d'habitude, mais nous suivons les « méchants ».

Et quels méchants : Pike Bishop (William Holden), Dutch Engstrom (Ernest Borgnine), Freddie Sikes (Edmond O'Brien), les frères Gorch, etc...

En face, il y a les « bons » derrière la Loi. Et comme ce n'est pas suffisant, ils utilisent un atout : Deke Thornton (Robert Ryan), ancien « méchant » de la bande de Pike.

Mais Pike et ses hommes sont sur la pente descendante. Ils vieillissent et ne sont plus en accord avec le monde qui les entourent (il faut voir la scène où ils découvrent une automobile).

 

Le dernier coup américain se solde par un massacre. Ils ont perdu leurs réflexes d'antan, leur technique s'est émoussée. Ils n'ont plus leur place dans ce pays.

Alors ils vont traverser le Rio Grande. Mais là encore, le destin veille, et le compte à rebours fatal a commencé.

Au-delà du destin de ces desperados, Sam Peckinpah continue la mutation du Western. Comme il n'y a plus d'Indiens à tuer, les cow-boys s'entretuent. Mais pour combien de temps ?

Alors Peckinpah n'a aucune concession pour ces (ses ?) personnages : la violence s'étale. Mais en quoi cette violence est-elle exagérée ? En rien.

 

En effet, longtemps, le Code (Hays !) a permis que des truands de Western meurent d'une balle en pleine poitrine qui laissait leur chemise immaculée. Il était temps que le réalisme prenne le pouvoir dans ce domaine. Alors, évidemment, les scènes explosent de violence et le sang gicle.

Finalement, ce qui reste du film, c'est la fin des illusions. Nos "héros" sont indésirables dans leur pays mais ne peuvent pas s'intégrer ailleurs La vie les a rattrapés. Ils ont vieilli et vont s'en apercevoir. Mais ce sera radical, définitif.

Nous sommes dans un de ces films sur le temps qui passe et broie les êtres. Et Peckinpah, en plus d'avoir réuni un casting prestigieux, réussit son film. Et de quel manière.

 

Certains pourront s'offusquer du déploiement de violence inhérent au film. Mais pouvez-vous imaginer un tel assaut sans violence ? Et surtout, une violence propre ?

Peckinpah règle son compte au Western : le romantisme est terminé. Il n'y a plus de « brigand bien aimé ». Les héros sont fatigués et surtout ne sont plus des héros. Ils ne sont rien d'autre que des criminels, n'en déplaise leurs motivations.

Ce film fait partie de cette mouvance où les réalisateurs ont voulu montrer que même les héros vieillissent. Qu'ils ne sont qu'humains et sont appelés à disparaître, que ce soit par la mort ou par l'évolution du monde autour d'eux. [Voir à ce propos La Rose et la Flèche de Richard Lester]

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jacques Becker, #Drame
Goupi Mains-rouges (Jacques Becker, 1943)

D'abord, il y a Goupi-L'Empereur, 106 ans, et une envie récurrente de vin rouge avec un biscuit.

Ensuite, il y a Goupi-La Loi, son fils.

Plus bas, on trouve Goupi-Mes Sous, Goupi-Dicton et Goupi Mains-rouges, les fils de La Loi.

Encore en-dessous : Goupi-Tonkin, Goupi-Muguet et Goupi-Monsieur.

J'oubliais les femmes : Goupi-Tisane qui dirige tout ça et Goupi-Cancan la femme de Mes Sous.

A côté : Marie des Goupi et Jean son fils.

Tout ce beau monde vit à 619 kilomètres de Paris, d'où arrive Monsieur.

Alors vont se tramer une histoire de magot caché par Goupi-Besace, le père de l'Empereur, et une histoire de mort violente, celle de Tisane. Mais chez les Goupi, on est fier. On règle ses histoires en familles. Pas besoin de gendarmes. Surtout quand il s'agit d'Eusèbe (Marcel Pérès, habitué des rôles de bornés). Mais Goupi-Mains rouges, c'est la description d'un monde clos, où on vit ensemble, on règle ses affaires ensemble, on se marie ensemble.

Pas étonnant que certains disjonctent à un moment.

Chacun a son surnom et sa façon d'être. Même si l'entente n'est pas toujours bonne, on se sert les coudes. Goupi-Mes Sous essaie de diriger son monde : ce n'est qu'un tyran domestique. L'Empereur bichonne son buste de Napoléon, mais malgré tout, il est né bien après sa mort.

Goupi-Monsieur habite à Paris, passe pour un directeur fortuné, il n'est qu'un vendeur de cravates. Goupi-Dicton se laisse mener par Mes Sous, et Mains Rouges vit à part, loin de ces braves gens.

Et puis il reste Tonkin. Amoureux transi - encore une fois pour Le Vigan - et nostalgique des colonies, il passe son temps à boire et attendre que Muguet lui dise oui. INOUBLIABLE.

Dans ce film tout le monde n'est pas ce qu'il prétend être, sauf peut-être Mains rouges. C'est d'ailleurs lui qui résout tout.

Une mention spéciale pour les femmes, parce qu'il faut vivre avec cette bande de paysans.

Un film français tourné sous l'Occupation, bien dans la lignée de ce qui se faisait avant-guerre. Une chronique paysanne agréable où les personnages hauts en couleur jouent juste.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Christian-Jaque
L'Assassinat du Père Noël (Christian-Jaque, 1941)

Goebbels voulait du cinéma français des films légers, vides, et si possible, stupides.

Ca n'a pas bien réussi. Par contre, ce film, lui, est réussi. Deux acteurs se partagent la vedette, chacun dans leur genre : Harry Baur et Robert Le Vigan.

Harry Baur est un magnifique père Noël à l'ancienne. Il fait la tournée des maisons pour prendre commande, et en profite pour boire un verre à l'occasion. Ce qu'il boit de moins fort, c'est du champagne. pour le reste... résultat, il ne tient plus debout et s'endort. Et c'est là que tout commence.

 

Parce qu'il y a un voleur, dans ce petit village de Savoie. Il y a aussi M. le Baron - inquiétant - qui revient de voyage, sa servante (inquiète, donc), le maire moustachu, le pharmacien de deuxième classe, les deux vieux joueurs de belote indécrottables, Catherine la rêveuse, la Mère Michel qui cherche son chat (évidemment), et les enfants. Parce que malgré tout, le Père Noël est là pour eux. Les enfants interviennent aussi souvent dans le film et font avancer l'action. Et la musique du film reprend des thèmes de chansons enfantines. Il y a aussi les gendarmes, mais ils sont un peu empêchés par la neige, alors on ne les voit qu'à la fin. Et tout le monde vit dans cette bourgade savoyarde sous la neige.

 

Et puis il y a Robert Le Vigan. La Vigue. Un acteur terrible. Il est ici un instituteur libre penseur qui ne rate pas une messe de minuit. Surtout pour y envoyer ses élèves saborder la fin de la cérémonie. Il avait une diction et une présence particulières qui ne se faisaient jamais oublier. Quel dommage qu'un tel acteur fût un collaborateur notoire.

 

Le tout dans une version blu-ray restaurée qui procure 1h44 de bonheur.

Du cinéma français comme on en faisait avant (et pendant) la guerre.

On appréciera en outre le gendarme, un jeunot de 25 ans : Bernard Blier.

 

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