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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

cinema

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Mack Sennett, #Mabel Normand, #Roscoe Arbuckle
Mabel's new Hero (Mack Sennett, 1913)

Mabel (Normand) va passer l’après-midi à la plage avec ses amies et leur présente à cette occasion son fiancé, l’imposant Fatty (Roscoe Arbuckle). Mais ce qui aurait dû être une après-midi agréable devient un calvaire après la rencontre de l’irrésistible (du moins le croit-il) Handsom Harry (Charles Inslee). Ce dernier va tout faire, par jalousie, pour séparer les amoureux, lâchant même un ballon (pas beaucoup dirigeable) dans l’air avec la jeune femme dedans.
Heureusement, Fatty va la sauver, avec l’aide (pas toujours très efficace) des Keystone Cops !

 

Nous sommes chez Mack Sennett, et comme d’habitude, tout va très vite : tout doit aller très vite. Et comme il a réuni deux des plus grandes vedettes de l’époque (1), le spectacle attendu est là et bien là. On retrouve la fraîcheur de Mabel, ainsi que sa force de caractère et dans le même temps, la carrure imposante d’Arbuckle qui ne l’empêche pas « tomber » les filles. Et cet embonpoint caractéristique est une source de gags : trop gros, il fait s’effondrer un guéridon sur lequel il comptait s’asseoir ; dans la séquence finale, il fait rebondir Mabel sur son ventre pour la remettre de face…

 

Bref, Arbuckle, s’il n’apparaît pas tout de suite sur l’écran, prend toute la place une fois qu’il s’est montré. Et le jeu tout en subtilité de Mabel Normand s’accorde parfaitement avec celui de cet immense acteur (au sens propre comme au figuré !).

Et bien sûr, cette intrigue maritime permet à Sennett de placer quelques jolies jeunes femmes, dont Mabel qui exhibe en ombres chinoises certaines de ses formes, pour le plus grand plaisir de ce voyeur de Handsome Harry.

 

Et évidemment, nous retrouvons les inévitables policiers, véritable marque de fabrique du studio Keystone : ils sont cinq, toujours excités et peu efficaces. Il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour faire atterrir Mabel. Et chaque occasion offerte les voit sur leur fondement. S’ils n’aidaient pas (un peu) Fatty à redescendre la belle, on pourrait même douter de leur utilité !

Quoi qu’il en soit, on s’amuse beaucoup de cette aventure improbable mais on se dit tout de même qu’un peu de calme n’aurait pas nui au film, mais il n’y a qu’une bobine (10 minutes) et il faut s tenir à ce métrage.

Dommage, surtout que Roscoe Arbuckle avait une délicatesse aussi grande que son ventre, c’est dire !

 

Signe des temps : le titre original a plus tard été changé en Fatty & the bathing Beauties (Fatty et les jolies baigneuses). Roscoe Arbuckle avait pris une plus grande place auprès du public que Mabel, et devenait de ce fait plus vendeur…

 

  1. Chaplin et Keaton ne sont pas encore connus.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Charles Chaplin, #Henry Lehrman
Pour gagner sa Vie (Making a Living - Henry Lehrman, 1914)

Pour gagner sa vie, et d’une certaine façon épouser la femme qu’il aime (Virginia Kirtley), une espèce de vagabond (Charles Chaplin) va s’essayer à devenir reporter. Et comme en amour (comme à la guerre, hélas), tous les coups sont permis, il va voler le travail d’un véritable journaliste (Henry Lehrman), créant au passage de nombreux incidents impliquant entre autres un couple marié et les inévitables policiers de la Keystone (1).

 

Il a un chapeau, une redingote, une canne et des moustaches. Chaplin arrive sur les écrans en ce début de février 1914. Mais nous sommes encore loin du personnage de vagabond qui va lui apporter le succès (mérité) : son costume est plutôt clair et il est en outre affublé d’un monocle qui est plus une gêne qu’autre chose.

En effet, ce monocle lui donne un rictus assez désagréable qu’il abandonne immédiatement quand il l’enlève, permettant l’apparition de ce sourire (communicatif) que nous connaissons bien.

De plus, ses moustaches tombantes, de types cow-boy ajoutent à l’aspect artificiel engendré par le monocle.

 

Et ne négligeons pas l’intérêt le plus important de ce court film : il s’agit du premier Chaplin. Certes, il n’est qu’acteur (2), mais on voit pointer ce qui va faire le succès de ce personnage, une fois qu’il aura trouvé ses véritables attributs : outre le sourire, ce drôle de vagabond (3) n’a aucune véritable morale et fera tout pour arriver à ses fins.

Mais ce n’est pas encore lui qui dirige, c’est alors Henry Lehrman, un gagman-réalisateur de la Keystone qui, en plus de réaliser, apparaît dans ses films. Mais ce n’est pas un réalisateur très original ni innovateur, et outre un travelling arrière (à deux reprises), ce sont essentiellement des plans d’ensembles (4) qui s’enchaînent, avec les gags habituels de la compagnie de Sennett.

On notera tout de même la présence d’un acteur qui suivra longtemps Chaplin dans les années qui vont suivre : Chester Conklin (un policier).

 

Patience, encore quelques mois avant que Chaplin franchisse le pas et surtout mette au point ce personnage reconnaissable entre tous… Pour l’allure, il la trouvera dès le film suivant (Kid auto Races in Venice qui sort cinq jours plus tard), et pour la réalisation, il faudra attendre le 20 avril de cette même année pour en voir le résultat (Twenty Minutes of Love), quelques jours après son vingt-cinquième anniversaire.

 

  1. C’est normal, c’est la compagnie de Mack Sennett, producteur du film.
  2. Ce qui n’est déjà pas mal, reconnaissons-le !
  3. « a bum » (un clochard, un bon à rien…) l’appelle son adversaire.
  4. Pas toujours bien cadrés d’ailleurs, mais n’est-ce pas dû à la copie visionnée ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Jean-Pierre Mocky
La grande Frousse (Jean-Pierre Mocky, 1964)

Aussi appelé La Cité de l’indicible peur (tiré du roman éponyme de Jean Ray), le film raconte les aventures singulières de l’inspecteur Triquet (Bourvil), as malgré lui de la police judiciaire française. Envoyé en province pour mettre la main sur un faux-monnayeur – Mickey dit « Le Bénédictin » (Joe Davray) – Triquet va résoudre moult enquêtes plus ou moins délicates par hasard et même à sa plus grande tristesse.

 

Tourné à la suite du Drôle de Paroissien, Mocky reprend une grande partie de ses interprètes pour une nouvelle comédie un tantinet foutraque, où la partie policière n’est qu’un prétexte pour s’amuser des travers d’une petite ville tranquille. Et comme toujours chez Mocky, les personnages sont beaucoup plus intéressants que l’intrigue.

A tout seigneur, tout honneur, Triquet est un archétype : policier (mal)chanceux qui est toujours au mauvais endroit au mauvais moment –  à son avis – il apparaît à tous comme un policier d’exception : « un homme » comme le qualifie le docteur Clabert (Victor Francen), praticien et alcoolique notoire, pour qui chaque mort est « naturelle » (1). Triquet est un policier hors norme et ses collègues parisiens ne s’y trompent pas : cantonné à des tâches subalternes et inutiles, c’est contraints qu’ils s’adressent à lui pour une démarche officielle. Sa parenté avec le chef de police (Fred Pasquali) est aussi un atout pour son maintien dans cette institution.

 

Et encore une fois, c’est le microcosme dans lequel évolue ce farfelu qui retient toute notre attention : du boucher (René-Louis Lafforgue, qui interprète aussi la chanson du film vantant les exploits de Triquet) au maire toujours souriant (Raymond Rouleau), en passant par la secrétaire de mairie Livina (Véronique Norday, qui deviendra bientôt madame Mocky), sans oublier le jardinier (Jacques Dufilho) ou encore le névrosé Franqui (Francis Blanche), tous s’amusent dans ce grand n’importe quoi. Avec en prime Jean-Claude Rémoleux, sous un imperméable transparent : sa présence n’a d’égale que sa diction. Et comme le disait Mocky lui-même, ce n’était pas un acteur. Et il n’était pas le seul, si on en juge les intonations de certains interprètes, à commencer par Joe Davray, qui était très certainement un meilleur cascadeur.

 

Deuxième des quatre films tourné avec Bourvil, il ne possède pas la même force corrosive des deux films qui l’entourent – Un drôle de Paroissien et La grande Lessive – voire la même rigueur (3), mais heureusement, l’interprétation sauve le tout, avec en prime des têtes connues dans de (tout) petits rôles, la musique allègre de Gérard Calvi, et des dialogues savoureux de Raymond Queneau (excusez du peu).

Bien entendu, ce n’est pas avec ce film qu’il faut entrer dans l’univers de Mocky.

 

Après si on a du mal avec son cinéma, il vaut mieux passer son chemin…

 

PS : Echec commercial, il fut « redécouvert » en 1972 en utilisant un nouveau titre (celui du roman), profitant encore des retombées de la disparition de Bourvil deux ans plus tôt.

 

  1. Le film sort un mois (environ) après la mort de l’écrivain.
  2. Mourir après avoir pris une balle dans le cœur est tout « naturel » : on en réchappe rarement…
  3. Peut-on parler de « rigueur » chez Mocky ? Oui. Quand même…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Jodie Foster, #Mel Gibson
Le Complexe du castor (The Beaver - Jodie Foster, 2011)

C’est un homme – Walter Black (Mel Gibson) – qui va mal. Très mal.

Il passe son temps à dormir, et quand il ne dort pas, il n’est pas à ce qu’il fait.

Il a une famille presque idéale, mais depuis qu’il est comme ça, rien ne va plus à la maison.

Walter est malade. Il a une maladie qui ne se voit pas : la dépression.

Alors il quitte sa famille, tirant un trait sur ce passé qui ne reviendra plus. Il se sépare du superflu, ou presque : il  va juste garder un castor – peluche et marionnette à la fois – qui va devenir un autre lui-même, véritable interlocuteur quand on a à lui parler.

Mais peut-on accepter de s’adresser à un tel interlocuteur quand celui qui le manipule a de telles responsabilités ?

 

La dépression est donc une maladie qui ne se voit pas. Même si ses symptômes semblent visibles, on a du mal à voir qu’une personne va mal. C’est une maladie lente et insidieuse, qui s’installe sans prévenir et s’en va de la même façon. C’est un état terrible pour celui ou celle qui en souffre, et surtout une grande incompréhension pour l’entourage. Sans parler de ceux qui ne savent pas ce que c’est et qui sont les plus difficiles à supporter pour le malade. Vous enverrez autour de vous, de ces donneurs de leçon qui vous diront que la personne malade ferait mieux de revenir travailler, de sortir de son environnement et toute cette sorte de choses.

 

En tournant ce film courageux, Jodie Foster semble transgresser un tabou tant ce thème est peu abordé au cinéma comme en littérature. Et Mel Gibson est un acteur-vecteur magnifique pour décrire ce qui est indicible.

Au début de sa nouvelle vie, on s’amuse à voir cette marionnette prendre la place de Walter, même si ce dernier ne cache pas qu’il parle : il ne s’agit pas d’un rôle de ventriloque. En utilisant ce castor – qui n’a d’ailleurs pas de nom – c’est une façon pour Walter de ne pas perdre pied dans la réalité, mais c’est aussi sa façon de la fuir : ces deux aspects contradictoires résumant bien l’état d’esprit du malade. Walter n’est plus encharge socialement, mais il reste tout de même celui qui manipule cette singulière marionnette. Et ses idées ne sont pas encore dépassées : le produit qu’il fait lancer (c’est le castor qui décide, ne l’oubliez pas) connaît un succès phénoménal !

 

La démarche de Walter permet que, de prime abord, ce castor soit plutôt bien accepté, mais progressivement il va s’imposer à Walter et son entourage jusqu’à devenir indispensable, voire tyrannique. Il est clair que l’état de Walter se détériore, et ce malgré la présence de ce vecteur de bien être qu’est le castor. Mais cela ne suffit pas et tout autour de lui aussi, les choses s’enveniment : son fils aîné – Porter (Anton Yelchin) – se détache de plus en plus de lui et la présence de la marionnette accentue la rupture. Et l’objectif de ce dernier – être le plus différent possible de son père – le voit prendre le même chemin, tout comme Walter l’avait fait avec son propre père.

 

Heureusement il y a les autres, ceux que la dépression ne touche pas, enfin pas directement, semble-t-il. Meredith (Jodie Foster) bien sûr, ou Henry (Riley Thomas Stewart), trop jeune pour bien comprendre ce qui arrive à son père. Mais c’est surtout la seule qui n’a rien de commun (d’un point de vue biologique) avec cette famille en plein désarroi qui va véritablement dénouer cette intrigue complexe : Norah (Jennifer Laurence). Elle aussi possède ses blessures, que Porter va mettre au jour, et de cette façon lui permettre d’avancer et de grandir. Elle a perdu son frère comme lui a perdu son père et cette rencontre (amoureuse) ne pourra être que profitable à tous : elle s’assumera comme lui assumera son père qui sortira (certainement pas indemne) de cette période nocive.

 

Un film indispensable pour commencer à essayer de comprendre ce qu’est cette maladie tellement méconnue mais que tous les ignorants croient connaître : la dépression.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Francis Ford Coppola
Twixt (Francis Ford Coppola, 2011)

Il y a toujours une raison. Toujours une raison pourquoi un jeune écrivain talentueux plein de promesses devient un écrivaillon de seconde zone alcoolique, faisant la tournée des petits patelins pour promouvoir un énième roman de sorcellerie. Et Hall Baltimore (Val Kilmer) en a une de raison.

Cette raison, c’est sa fille Vicky (Fiona Medaris), disparue dans un accident de bateau.

Quand Hall débarque à Swann Valley et qu’il rencontre le shérif LaGrange (Bruce Dern), ce dernier lui parle de deux éléments qui vont peut-être pouvoir relancer sa carrière : l’assassinat de plusieurs enfants cinquante ans plus tôt, ainsi qu’une jeune fille retrouvée avec un pieu dans le cœur comme un vulgaire vampire.

D’ailleurs, LaGrange lui propose une association pour en tirer un livre. Hall accepte.

 

On pourrait appeler ça un film Canada Dry : ça ressemble à du Stephen King, mais ce n’est pas du Stephen King. Et d’ailleurs, Coppola s’en joue à travers LaGrange qui compare Baltimore à un sous-produit du maître de l’épouvante. Et on peut confirmer que Coppola n’est pas King, même s’il en est un autre. Son final est un tantinet extrême et la dernière réplique, si elle provoque le sourire ne rattrape pas ce qu’on pourrait appeler une « faute de goût. » Oui, une faute de goût parce que tout ce sang qui dégouline dans un bouquet final aurait tendance à faire oublier les très beaux effets visuels précédents.

 

En effet, Baltimore, alcoolique, donc, a tendance à s’endormir (quand il ne prend pas une cabane à chauve-souris sur le crâne). Et dans ses rêves, l’hôtel qui a accueilli les meurtres d’enfants est ouvert et on rencontre un auteur d’histoires extraordinaires (1) qui tel Diogène se déplace avec une lanterne et accompagne l’autre écrivain dans son parcours onirique.

Parce que la grande différence avec le monde de King, c’est que tout ça, c’est du rêve (2). L’ambiance un brin mortifère ne va se dérouler qu’une fois Baltimore endormi, mêlant les époques et les faits divers, la jeune Virginia (Elle Fanning, toujours aussi formidable) étant le fil rouge de tout cela.

 

C’est d’ailleurs son apparition qui fait basculer le film dans le fantastique, avec un travail sur les images qui, à lui seul, vaut le déplacement. Le travail de Mihai Malaimare Jr. Est magnifique, donnant aux images un faux aspect en noir et blanc toujours trahi par quelques teintes en couleurs (3) qui vont aussi contribuer à teinter l’intrigue.

De plus, l’éclairage blanc qui se reflète sur les différents personnages ressurgis du passé accentue l’aspect irréel du rêve de Baltimore sans en affecter l’effet, créant l’atmosphère d’épouvante nécessaire recherchée.

 

Bref, Coppola retourne à ses premières amours (Dementia 13, 1963), avec son expérience accumulée en près de 50 ans de carrière, donnant un effet plus saisissant à son film, tournant avec autrement pus de moyens, mais sans toutefois arriver au sommet du genre que fut son Dracula vingt ans plus tôt.

Dommage.

 

  1. Oui, c’est Edgar Poe (Ben Chaplin).
  2. Vraiment ?
  3. Etant daltonien, je ne parlerai pas de cette teinte qui m’apparaît entre le vert et l’orange mais doit plus appartenir au rouge du fait du contexte…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Clint Eastwood
Gran Torino (Clint Eastwood, 2008)

Walter «  Walt » Kowalski (Clint Eastwood) est un vieil homme qui vient de perdre sa femme. Seul, il l’est d’autant plus que son quartier est de plus en plus fréquenté par les Hmongs, une peuplade d’Asie. Et ça, pour Walt, c’est assez insupportable : jeune, il a participé à la Guerre de Corée, avec les souvenirs qu’il en a gardés et qui le hantent depuis.

Mais quand une bande de jeunes voyous commencent à embêter ses voisins, il ne réfléchit pas longtemps et passe à l’action.

Dès lors, ce sera à la vie et à la mort entre ses nouveaux amis et lui : à leur vie et à sa mort.

 

La première vision qu’on a de Walter n’est certainement pas à son avantage. Et comme le remarque sa belle-fille Karen (Geraldine Hughes), il aurait pu faire un effort pour la mort de sa femme. Mais comme beaucoup de personnages de Clint Eastwood, Walt est un homme entier. Il ne fait pas toujours dans la discrétion ni la subtilité, mais reste malgré tout un personnage encore une fois très attachant. Mais ce n’était pas gagné.
On retrouve quelques ingrédients « déjà vus » et qui reviennent fréquemment chez ses personnages : Walt est raciste et réactionnaire et vit dans le passé. Il y a une part de Tom Highway (Heartbreak Ridge) dans cet homme qui ne vit que par le conflit qu’il a enduré près de soixante ans plus tôt ; mais aussi il annonce Earl Stone (The Mule) dans sa vie solitaire. On se demande même comment pouvait bien se passer la vie pour cette épouse qu’il vient d’enterrer aux côtés d’un tel personnage.

 

Et encore une fois, avec la famille, ce n’est pas vraiment ça. Et la réplique qui résume le mieux sa vie, il la prononce alors qu’il a été invité par sa voisine Sue (Abney Her) à manger chez elle : « j’ai plus de choses en commun avec ces niakoués (1) qu’avec ma propre famille de gâtés. »

Et bien, sûr, encore une fois, il va essayer de rattraper ce qu’il a fait ou ce qu’il n’a pas fait. Parce que, vous deviez vous en douter, la rédemption est là ! L’emménagement de ces Hmongs près de chez lui est de prime abord – et surtout pour lui – une mauvaise chose : il habite ici depuis toujours, dans un quartier catholique dominé par des Américains d’origine polonaise. Mais la vie a fait que tous ceux qu’il a connus ont déménagé ou sont morts et que son quartier a perdu de sa valeur, devenant un lieu d’accueil pour des gens moins fortunés : la maison habitée par les Lor est en piteux état et les appareils ménagers sont en fin de vie.

Et du fait de son passé (auquel il se réfère à tout bout de champ), cet emménagement est tout de même une bonne chose : il va pouvoir, à travers ses nouveaux voisins, se racheter.


Et ce rachat prend deux aspects : dans un premier temps, il va apprendre à connaître ses voisins et à les apprécier, ce qui amènera la réplique susmentionnée. Mais cela ne s’arrêtera pas là : c’est aussi pour eux qu’il va entreprendre la véritable démarche de rédemption, mettant ses affaires en ordre avant la confrontation finale avec le gang. Parce qu’il ne fait aucun doute qu’il ne reviendra pas de cette confrontation inévitable.

Et cette dernière rencontre a un côté duel final de western, quand le héros s’en va nettoyer la ville de ses desperados : seul devant les voyous, il prend la dernière cigarette avant l’explication finale.

Et si l’issue n’a rien à voir avec la trilogie de l’Homme sans nom, Eastwood nous gratifie tout de même du héros qui s’en va vers le soleil couchant (ou presque). Sauf que ce n’est pas celui qui était attendu. Et il n’est pas à cheval.

Il conduit une Ford Gran Torino 1972.

 

  1. « I got more in common with these gooks than I do my own spoilt family. » J’avais annoncé qu’il était raciste.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Espionnage, #William C. de Mille
The secret Game (William C. de Mille, 1917)

La grande différence entre William C. de Mille et son frère Cecil B., outre le prénom et l’orthographe du patronyme, c’est avant tout le milieu dans lequel évoluent les personnages de leurs films. D’un côté Cecil B. se complaît dans les milieux grands bourgeois voire aristocratiques, pendant que William C. reste à un niveau plus accessible pour les spectateurs, des gens tout à fait normaux dans des vies tout à fait ordinaires.

Encore que…

Si leurs vies étaient si ordinaires, on n’en ferait pas des films !

 

C’est le cas de Kitty Little (Florence Vidor, la femme de) qui travaille sous les ordres du major Northfield (Jack Holt), dans une agence de renseignements (1). Mais ne vous y trompez pas, c’est une espionne allemande dont le frère se bat sur le front. Elle est sous les ordres du bon docteur Smith (Charles Ogle) dont le vrai nom est Schmidt. Mais un personnage étranger veille sur cette agence : Nara-Nara (Sessue Hayakawa), en mission pour l’Empire du Soleil Levant qui doit aider les Etats-Unis en transportant les unités vers l’Ouest (l’Est pour nous Européens).

Mais devant la tournure prise par les événements, la motivation de Kitty s’étiole, tandis que le docteur redouble de ferveur, menaçant la jeune femme qu’il sent flancher.

 

Bien sûr, c’est un film de propagande, mais beaucoup plus subtil que celui dont j’ai parlé récemment (Mères françaises), et surtout avec des interprètes de haute volée. ON retrouve bien sûr quelques habitués de Cecil B. - Raymond Hatton (Mr./Mrs. Harris), Jack Holt donc ou encore Mayme Kelso (Mrs. Loring) – mais c’est avant tout la présence de l’immense Sessue Hayakawa qui donne toute la dimension au film. Encore une fois, il est phénoménal dans un rôle sur mesure de Japonais honorable, sabre de samouraï inclus. Bien sûr, on pense à The Cheat (2) quand on le voit apparaître, mais son personnage ici n’a pas la dimension maléfique ni sadique de Hishuru Tori. C’est même Nara-Nara le véritable personnage principal de cette histoire, beaucoup plus consistant que Northfield qui n’aura la fille que pour une seule raison : il est américain.

 

En effet, les positions sociales sont bien claires en 1917 : il n’est pas question de mélanger les ethnies. Et Hayakawa aura beau avoir la prestance, la distinction et le prestige (la classe, quoi), il n’aura jamais la fille. Et il suffit pour s’en convaincre de voir sa réaction (à elle) quand Smith/Schmidt lui demande d’être gentille avec cet honorable étranger pour s’en convaincre : là encore, c’est par devoir qu’elle va s’y prêter.

Et William C. grâce à Marion Fairfax (au scénario) va contourner cette impossibilité en le tournant à l’avantage de ce personnage fascinant (pour moi en tout cas : j’en suis fasciné) par une résolution de l’intrigue un tantinet convenue mais qui laisse la morale (de l’époque) sauve et joue aussi un (petit) peu sur la sempiternelle rédemption.

Cette rédemption sera soulignée par quelques surimpressions pertinentes possibles aussi grâce au savoir faire d’un caméraman d’exception : le talentueux Charles Rosher (excusez du peu).

 

Bref, une intrigue presque ordinaire, avec des gens presque ordinaires et surtout un Sessue Hayakawa extraordinaire.

 

  1. Les Etats-Unis sont entrés en guerre comme le souligne la première séquence qui voit des enfants défiler.
  2. De Cecil B. Tiens, tiens… On notera aussi la réminiscence de ce film dans la séquence qui voit Nara-Nara prêter serment.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Clint Eastwood
The Mule (Clint Eastwood, 2018)

Earl Stone (Clint Eastwood) est un pépiniériste qui cultive les lys. Malheureusement pour lui, internet va ruiner son affaire et il doit tout vendre. Sans beaucoup de sous, il accepte de convoyer des marchandises pour des types louches. Bien sûr, c’est de la drogue. Mais ça paye bien. Il peut alors racheter son affaire. Sa famille – enfin ce qu’elle est devenue voit d’un œil noir cet homme qui lui a toujours privilégié son travail.

A bientôt quatre-vingt-dix ans, il serait peut-être temps qu’il s’y consacre, non ?

Difficile, parce qu’on ne quitte pas ce genre d’organisation d’un claquement. Et en plus, le DEA (1) et l’agent Bates (Brad Cooper qui retrouve Eastwood quatre ans après American Sniper) sont à la poursuite d’un véhicule qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celui d’Earl. Et pour cause…

 

Après la parenthèse un tantinet reality show du 15 h 17 pour Paris, Eastwood revient en cette fin d’année 2018 avec du matériel beaucoup plus sérieux : interprétant le premier rôle, il jouer de son âge (il a 88 ans quand le film sort) et compose un homme porté sur l’horticulture, bien loin des durs qu’il a pu interpréter. De plus, Earl n’est pas un violent, même s’il a fait la guerre de Corée. Mais il n’est pas non plus un naïf ni un froussard : ce passé guerrier lui permet de conserver un aspect serein face à ces trafiquants à la gâchette sensible et surtout au doigt nerveux.


Et encore une fois, Earl est un personnage solitaire, comme beaucoup chez le vieux réalisateur. Il y a une parenté flagrante avec Walt Kowalski de Gran Torino, l’utilisation de la violence en moins. Lui aussi a fait la Corée, et lui aussi, âgé, se retrouve seul devant ce qui ressemble tout de même à une vie gâchée. Gâchée par une passion dévorante. Saine mais envahissante au point de se couper de ceux qui furent sa famille.

Mais est-ce seulement sa passion qui les a séparés ou est-ce que le vieux Earl n’a pas une grande part d’égoïsme en lui ? Parce que quoi qu’il arrive dans cette histoire, Earl n’en fait qu’à sa tête. Et comme en plus, c’est un jouisseur, alors n’importe quoi peut arriver. C’était un problème pour sa famille mais la séparation est inévitable, voire salutaire pour eux : qu’il soit là ou non, rien ne va      changer. Alors autant faire sans lui.

Mais c’est aussi pour ses nouveaux employeurs : il la joue sans cesse à l’inspiration, devenant imprévisible et donc – la base nécessaire pour des trafiquants - incontrôlable.

 

Parce que malgré tout cela, Earl est un type attachant. Et la seule qui a compris cela, c’est son ex-femme, Mary (Dianne Wiest). Mais pour cette vie un tantinet dissolue, il y a un prix à payer, et nous retrouvons l’une des bases du cinéma américain : la rédemption. Pour cette vie pas si modèle, il doit payer. Et il le fera.

Mais sera-ce vraiment au prix fort ? Les dernières images ont tendance à nous montrer que cette rédemption sera plutôt douce.

 

  1. Drug Enforcement Administration : organisme qui lutte contre le trafic de drogue.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Maurice Tourneur
Fille de Pirates (The wishing Ring: an Idyll of Old England - Maurice Tourneur, 1914)

J’ai eu beau chercher, me creuser les méninges, consulter des ouvrages d’étymologie, je n’ai pas trouvé. Pourquoi cette « Fille de pirates » alors que la seule jeune fille qui nous intéresse est fille de pasteur ?

Encore un coup du traducteur français ! Vu que nous sommes en 1914, ce doit être le père de celui du Grand Bill

Alors que le titre original se suffisait : « L’Anneau aux souhaits : une idylle de la vieille Angleterre ».

Il n’a pas dû voir le film…


Mais cet anneau n’intervient pas tout de suite. Maurice Tourneur installe ses personnages dans leur contexte et surtout dans leur personnalité : le comte Bateson (Alec B. Francis), personnage fréquemment terrassé par des crises de goutte, a un fils étudiant (Chester Barnett). Enfin plus bambocheur qu’étudiant, ce qui lui vaut la paille (pas si humide que ça) des cachots. Renvoyé de chez lui, il n’aura le droit de revenir que quand il aura amassé tout seul un peu d’argent.

Il est embauché par son parrain (Walter Morton) comme jardinier et fait la rencontre de la belle Sally (Vivian Martin), la fille du pasteur (Simeon Wiltsie), qui vient subtiliser les roses du jardin.

Cette dernière va essayer de rapprocher le père et le fils malgré leur différend.

 

Maurice Tourneur est donc aux Etats-Unis quand il tourne cette comédie. C’est un petit film plaisant à regarder, dans lequel la maîtrise du réalisateur se fait sentir, même s’il ne se hisse pas (encore) au niveau de ce qu’il fera ensuite. On sent que tout le monde s’amuse ici, Tourneur le premier, dan cette histoire fort convenue et très prévisible, où les coups de pied aux fesses ne manquent pas mais où oint aussi cet humour un peu plus subtil qui va se développer au fil des ans. La présentation des personnages par un quatuor de vierges (?) récurrent dans le film rappelle le théâtre (1) : on y découvre, une fois le rideau tiré, les personnages les plus importants : Sally, Bateson et son fils Giles. Mais cette présentation est à chaque fois perturbée par un petit détail qui casse l’effet sérieux (faussement) escompté.

 

Quant à l’anneau, tout est fait pour qu’il soit magique et ce, sans utiliser un quelconque trucage : elle souhaite être embrassée par celui qu’elle aime, il le fait à son insu ; elle aimerait de nouveaux habits pour un événement mondain, il court les lui acheter. Si ce n’est pas de la magie (pour elle) tout ça !

Bref, cet anneau est plus anecdotique qu’autre chose, un moyen pour les tsiganes qui se sont installés là de récolter un peu d’argent. La vision de ces gens est d’ailleurs un tantinet équivoque : sans être rejetés, ils ne sont pas montrés sous leur meilleur jour, les femmes étant continuellement allongées sur le sol, dans une propreté franchement douteuse.

 

Par contre, c’est – encore une fois – le formidable Alec B. Francis qui tire son épingle du jeu. Un tantinet ronchon, il est surtout un tyran domestique avec son personnel, et sa crise de goutte peut poser des questions : a-t-il vraiment mal ou le feint-il afin de jouir pleinement d’une certaine oisiveté. Et surtout, avec les visites de la jeune Sally qui est aux petits soins pour lui, cette crise a tendance à se prolonger : l’introduction de l’élément tragique (que je vous laisse découvrir) va révéler des choses et surtout amener l’issue heureuse du film.

Mais qui aurait pu en douter ?

 

  1. Le film est adapté d’une pièce de théâtre d’Owen Davis (sa première au cinéma)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #J. Searle Dawley
Blanche Neige (Snow-White - J. Searle Dawley, 1916)

Tout le monde est là :

Blanche-Neige (Marguerite Clark) bien sûr, mais aussi la méchante reine Brangomar (Dorothy Cumming), le prince Florimond (Creighton Hale), le chasseur Berthold (Lionel Braham), et évidemment les sept nains (Blick, Click, Flick, Plick, Snick, Whick & Quee).

Certes, l’intrigue originale des frères Grimm est un tantinet chamboulée, mais beaucoup moins que plus tard, si vous voyez ce que je veux dire. Mais le merveilleux est là, et c’est tout ce qu’on attendait d’un tel film.

 

On peut sans trop se tromper dire qu’il s’agit d’un des premiers films américains pour enfants (1), pour deux raisons :

  • le film est sorti un 25 décembre : c’est un beau cadeau de noël ;
  • L’intrigue est introduite par le Père Noël (rien que lui) qui installe des poupées sur une table – poupées représentant les différents personnages – pendant qu’une petite fille descend les escaliers et le surprend (2).

Vient alors le premier « trucage » du film : les poupées s’effacent pour laisser la place aux vrais personnages sur cette même table.

 

Ensuite, évidemment, ça déroule et J. Searl Dawley donne une version fort plaisante du conte des frères Grimm, avec quelques éléments comiques qui contrebalancent certains aspects qui le sont beaucoup moins : les courbettes du chambellan ou la coiffure inattendue de la sorcière (Alice Washburn). De plus, il donne une part relativement similaire à ses quatre protagonistes principaux. Si Blanche-Neige est l’héroïne, elle n’a pas une place beaucoup plus prépondérante que la reine ou encore Berthold. Ce dernier ne se contente pas d’abandonner la jeune fille dans la forêt, il a des enfants qui servent d’otages à la reine pour lui faire exécuter ses noirs desseins (autre élément tragique).

Quant aux (véritables) nains, leur rôle est déjà plus important que dans l’histoire originale et on trouve un élément qui resservira plus tard : la toilette. De plus, ils ont déjà un nom, même s’il ne correspond pas spécialement à leur caractère.

 

Un siècle plus tard, bien sûr, ce film paraît mineur, et surtout un brin suranné, mais il ne faut pas s’y tromper : ce film a marqué le jeune Walter (15 ans) quand il l’a vu la première fois. Et ce n’est pas un hasard si c’est cette histoire que ce dernier  a choisie d’adapter au cinéma pour le premier long métrage qu’il produira : Snow White and the Seven Dwarfs (David Hand, 1937).

Oui, c’est bien Disney.

 

Alors précipitez-vous sur ce qui est l’une des toutes premières adaptations de ce classique pour enfants en attendant le sort qui lui est réservé dans une nouvelle adaptation par ces mêmes studios, l’année prochaine (3)…

 

  1. Je me garderai bien de dire qu’il s’agit du premier, je préfère laisser ce soin aux spécialistes.
  2. Ce n’est pas bien : les enfants sages doivent dormir quand Il passe !
  3. Ah, cette (nouvelle) frénésie qui consiste à adapter les dessins animés en vrai

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