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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

cinema

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Jacques de Baroncelli
L'Ami Fritz (Jacques de Baroncelli, 1933)

Fritz Kobus (Lucien Dubosq), « l’ami Fritz » est un (encore) jeune Alsacien, bon vivant, un tantinet versé dans l’oisiveté (1), et surtout célibataire convaincu et acharné, président de l’Amicale d’iceux qui réunit les réfractaires au mariage de son village. Et ce malgré les tentatives répétées du rabbin Sichel (Charles Lamy) de le marier à quelque belle jeune femme.

Fêtant – avec un repas plantureux – l’arrivée des cigognes, il reçoit au nom des enfants de la commune quelques bouquets de fleurs. Parmi ces enfants, il en est une qui ne l’est plus beaucoup : la belle Suzel (Simone Bourday).
Visitant sa ferme, tenue par les parents de cette dernière, il remarque (enfin) la jeune fille, développant malgré lui un sentiment très nouveau et contraire à ses principes : il est amoureux.

 

Il s’agit ici d’une de ces comédies tournées entre les deux guerres mondiales, où l’insouciance est de mise, personnifiée par ce personnage truculent, où les différences ont toutes été gommées, et où l’entente générale est de mise : les Alsaciens décrits ici sont tous joviaux et bons vivants, s’entendant toujours et se réunissant devant un bon verre de vin (ou d’autre chose). La preuve : le rabbin Sichel est un des personnages majeurs de cette intrigue, pleinement accepté par cette communauté, malgré son judaïsme (2). C’est d’ailleurs cette dernière caractéristique qui donne tout son intérêt à ce film tourné à une époque où l’antisémitisme est en plein essor, dans la foulée aussi de l’accession au pouvoir d’un chancelier qui fait [fyrœr] (3) outre-Rhin.

 

Mais là s’arrête cet intérêt, tant le film est empesé, et ce malgré une plastique indéniable. Baroncelli a été plus inspiré dans sa direction d’acteurs. Mais sa grande erreur fut peut-être de choisir Lucien Dubosq, de la Comédie Française (4). C’est lui qui porte le film, et son élocution rappelle beaucoup trop celle de la scène, dénaturant son jeu : on n’évolue pas de la même façon devant une caméra que sur une scène de théâtre. Et c’est bien dommage parce que son jeu a tendance à contaminer ses partenaires, diminuant de fait la truculence de l’intrigue. On remarque le même jeu empesé des figurants en tenues traditionnelle qui effectuent les danses traditionnelles, sorte de cachet d’authenticité du film tourné sur place.

Seuls quelques interprètes s’en sortent et composent des personnages véritablement attachants : ce même rabbin Sichel et la servante Catherine (la plantureuse Madeleine Guitty).

 

Pour le reste, on notera le soin particulier pris pour les prises de vue et les différents mouvements de caméra (Baroncelli savait tout de même faire des films, ne l’oublions pas !), mais ça ne va pas plus loin.

Dommage.

 

  1. Il possède une ferme qui lui assure de confortables revenus.
  2. L’Alsace n’a pas toujours été une terre très accueillante pour les Juifs.
  3. Fureur ou/et Führer, comme vous voulez.
  4. Il en deviendra sociétaire quelques mois avant sa mort prématurée à 42 ans.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Nicholas Ray
La Fureur de vivre (Rebel without a Cause - Nicholas Ray, 1955)

Quand le film est présenté à New York, le 26 octobre 1955, James Dean est mort depuis presque un mois (30 septembre), tué dans un accident d’automobile. Cette mort va évidemment se rappeler au souvenir des spectateurs quand Jim Stark (James Dean, donc) et Buzz Gunderson (Corey Allen) s’élanceront vers la falaise, dans la très célèbre séquence de chickie-run qui verra la mort du même Buzz, incapable de sortir de la voiture.

Six mois après avoir été Trask, il est donc Stark (notez l’anagramme), le rôle qui le propulsera définitivement au firmament, faisant de lui un modèle pour de nombreuses générations de jeunes gens, tous se retrouvant dans ce personnage (encore une fois) tourmenté.

Mais reprenons.

 

Jim vient d’arriver à Los Angeles après de nombreux déménagements. Son père (Jim Backus) et sa mère (Ann Doran) espèrent que ce sera la dernière fois. Mais dès le premier jour d’école, il rencontre Buzz Gunderson avec qui il va se mesurer.

Mais il rencontre aussi deux autres jeunes gens : Judy  (Natalie Wood) et John « Plato » Crawford, aussi perdus et révoltés que lui.

Après la mort de Buzz, ils se retrouvent tous les trois dans une villa abandonnée ; seuls au monde. Libres. Heureux.

Mais pas longtemps.

 

Encore une fois, on peut se fâcher contre le(s) traducteur(s) : de « rebelle sans cause (1) » on passe à cette fureur de vivre. Or je ne suis pas beaucoup convaincu que ces différents personnages tiennent furieusement à la vie. Mais une chose est sûre : le titre français est tout de même beaucoup plus accrocheur.

Parce que ce qui semble plus attirer ces jeunes personnes, c’est plutôt la destruction, et bien sûr, la mort.

Et le trio vedette nous est présenté ainsi :

  • Jim (celui qu’on voit le premier) est ivre sur la voie publique, réconfortant un singe mécanique à cymbales ;
  • Plato a été arrêté pour avoir tué des chiots à coups de pistolet (celui dans le tiroir de la chambre de sa mère) ;
  • Judy est là pour vagabondage après avoir quitté sa maison, portant un grand manteau rouge (2).

Mais c’est surtout avec le rencontre (confrontation) de Buzz que l’intrigue se précise : il y aura un duel entre ces deux garçons. Le duel commence au couteau mais se termine au bord de la falaise (pour l’un)  et en bas (pour l’autre). Et cette course (ô combien stupide) est précédée par un court échange entre ces deux « ennemis » qui au final ne le sont pas : à l’écart des autres, ils échangent amicalement, et Buzz reconnaît même que Jim est sympathique. Mais sa dernière intervention scelle définitivement le destin mortifère de leur relation : alors que Jim lui demande pour faire ce défi stupide, il lui répond qu’il faut bien faire quelque chose.

Et mourir semble donc une de ces choses à faire.

Cette dernière assertion est surtout confirmée par l’attitude de Judy après la mort de Buzz, son petit ami jusqu’alors. Pas une seule fois elle ne pleure la disparition du jeune garçon, ni ne semble regretter sa disparition. Au contraire, elle part avec celui qui survit, espérant une nouvelle fois un peu de bonheur dans cette vie compliquée.

 

Et c’est justement cette vie compliquée qui fait tout le sel du film. Et les trois interprètes (entre autres) jouent avec justesse cette adolescence en constante opposition au monde des adultes, ne comprenant plus les changements qui se sont opérés : sur eux tout d’abord qui ont grandi et ont vu des modifications morphologiques importantes, et aussi sur l’attitude des adultes – leurs parents – par rapport à eux. Jim se rend compte et dénonce l’ascendant de sa mère sur son père, pendant que Judy regrette que son père (William Hopper) ne lui fasse plus un baiser quand il rentre. Quant à Plato, la seule adulte qui vit avec lui est une servante (Marietta Canty).

 

Et Nicholas Ray réussit surtout à brosser un tableau de l’adolescence qui, si elle se situe ici au cœur des années 1950, reste universelle. De tout temps (surtout depuis le XXème siècle) les adolescents ont eu du mal à se situer dans la société, regardant sans cesse vers le haut – devenir « grands », le monde des adultes – et vers le bas – l’enfance, l’innocence et l’absence de responsabilités. Et la séquence qui voit le trio investir la maison abandonnée en est une très belle illustration : arrivés là Jim & Judy se prêtent à imiter les adultes qui visitent une maison en vue de l’habiter, sous la conduite de Plato, agent immobilier, avant de jouer comme seuls savent jouer des enfants autour de la piscine (vide). Pour ensuite se retrouver tous les trois autour d’un divan, composant alors leur famille idéale, celle qu’on se choisit : Judy & Jim les parents, et Plato leur enfant.

Bien sûr, le jeu des trois interprètes est d’une très grande justesse, avec une mention spéciale pour James Dean qui, lui, a déjà passé la vingtaine quand les deux autres sont de l’âge de leur personnage.

 

Un mot (3) encore sur les différents aspects techniques du film : le jeu des éclairages est d’une grande importance, ainsi que certains cadrages qui accompagnent avec beaucoup de justesse (encore une fois) l’intrigue : à certains moments de déséquilibre, la caméra se penche, accentuant le moment tragique (évidemment) qui arrive.

Je terminerai enfin par la prémonition du film, celle qu’on recherche toujours un peu dans cette tragédie annoncée. Après la séance au planétarium, Plato, impressionné demande à Jim si la fin du monde aura lieu la nuit. Il répond alors qu’elle se déroulera à l’aube.

Et quand Plato est emmené par les ambulanciers après avoir été abattu par un policier, l’aube se lève : c’est sa fin du monde.

 

  1. Motif, motivation.
  2. D’où une confusion des policiers, personnages peu enclins à l’imagination…
  3. Rapide, rassurez-vous.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Scott Hicks
Shine (Scott Hicks, 1996)

David Helfgott (Alex Rafalowicz, Noah Taylor puis Geoffrey Rush) est un pianiste de génie. Enfant, il présentait la Polonaise de Chopin à un concours. Adulescent, c’est le concerto pour piano n° 3 de Rachmaninov qu’il présente au prestigieux Royal College of Music, ce qui lui vaut le premier prix (mérité).

Mais cette ascension fulgurante a un pendant : David est un être inadapté, rendu malade par une relation compliquée avec son père (Armin Mueller-Stahl), musicien frustré lui-même par un père autoritaire.

Libéré après de nombreuses années en institution psychiatrique, il échoue dans un bar où trône un piano. Une nouvelle vie s’ouvre à lui.

 

Un an avant le superbe Good Will Hunting, le cinéma australien nous gratifie déjà d’un biopic tout aussi spectaculaire, où à nouveau quelqu’un de basse extraction atteint un sommet dans son domaine. Mais alors que Will Hunting ne devait son choix de réussite qu’à lui-même (arrêter les sorties du samedi soir…), pour David, c’est plus complexe.

Certes, il est malade, mais il l’est à cause d’un autre plus malade que lui encore, son père. Et Armin Mueller-Stahl est encore une fois époustouflant dans ce rôle sans cesse situé entre le Bien et le Mal : c’est par amour qu’il a cette attitude autocratique et castratrice. Et question amour, il est exclusif, reportant tout son capital sur ce fils qu’il aurait voulu être, vivant à travers lui les occasions manquées du fait de son propre père. Et comme ce père est mort dans les camps (ils sont originaires de Pologne), il n’a pas pu s’expliquer « d’homme à homme » avec lui.

 

Si Armin Mueller-Stahl est époustouflant, que dire de Geoffrey Rush ? Phénoménal, bien sûr, mais éblouissant serait un terme qui rappellerait le titre (1), voire extraordinaire. Son interprétation de David, torturé par ces années de conflit larvé (puis ouvert) avec son père, est formidable de justesse. Son flot ininterrompu de paroles plus ou moins oiseuses cache – mal – un immense besoin d’amour : rejeté par son père pour être allé à Londres étudier, il n’a de cesse de se rapprocher des autres, de les toucher (plus ou moins délicatement), de trouver cet amour qu’il a perdu avec son exil.


Et puis il y a la musique. Et là, David se métamorphose. S’il est penché sur son clavier, comme s’il était en train de lire le nom de chaque touche, c’est avant tout pour être au plus près de sa musique, se rapprochant au plus près de cet instrument volumineux qu’il est difficile de prendre dans ses bras. Et son toucher semble léger au spectateur, comme s’il ne faisait qu’effleurer les touches, leur donnant la couleur aérienne qu’il veut : à chaque performance il s’envole et ressent tout ce qu’il y a à ressentir, laissant son corps se débrouiller avec les aspects techniques de l’exécution.

 

La musique des sphères, enfin audible.

 

  1. To shine : briller.
  2. La performance lors du concours du Royal College of Music en est une très belle illustration.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #John Huston, #Lillian Gish, #Audrey Hepburn
Le Vent de la plaine (The Unforgive, - John Huston, 1960)

Audrey Hepburn (Rachel Zachary), Burt Lancaster (Ben Zachary), Lillian Gish (Mattilda Zachary)… Que du beau monde ! Ajoutez à cela l’un des soldats les plus décorés de la seconde guerre mondiale – Audie Murphy (Cash Zachary) – et vous avez ce qui ressemble à un western dans la mouvance de La Flèche brisée, où les Indiens ne sont pas les vrais méchants de l’histoire.

Enfin ça, c’est l’optique du réalisateur quand commence le tournage.

A la fin, ce qui aurait pu être un plaidoyer contre le racisme (anti-indien) se résume à un banal film d’action. Et ce n’est pas moi qui le dis, c’est Huston lui-même.

 

Les Zachary sont éleveurs de bétail. Le père Will a été tué par des Indiens, quelques années plus tôt. Parmi eux vit la belle Rachel, dont les origines sont incertaines puisque le même Will l’a ramenée d’une expédition punitive contre les Kiowas. Est-ce vrai ce que raconte ce vieux fou de Kelsey (Joseph « Dr. No » Wiseman), qu’elle appartenait à la tribu indienne avant d’être ramenée par Will ?

Cette perspective, dans cette contrée reculée des Etats-Unis, divise, et quand les Kiowas viennent réclamer la jeune femme, les choses s’enveniment.

 

Il y a une parenté évidente avec le formidable The Searchers tourné quelques années plus tôt, et c’est tout à fait normal puisque le roman original dont est tiré le scénario a été écrit par le même auteur que pour le film de John Ford. Mais là s’arrête la comparaison, le propos déviant inévitablement sur le conflit manichéen entre Indiens et cow-boys, au grand dam de Huston : la production ne voulait pas d’un western plus moderne

Et comme de bonnes intentions ne suffisent pas à faire un bon film…

Attention : je ne dis pas que ce film est un navet, mais on était en droit d’attendre un résultat plus dans la mouvance un tantinet repentante du cinéma américain envers les Indiens. Surtout qu’il y avait tous les ingrédients pour y arriver.

 

Et on sent que Huston a dû composer pour arriver à ce résultat mitigé. La première partie du film expose lentement mais avec précision la situation, jouant sur le rôle de Kelsey, sorte d’être à moitié chimérique, insaisissable et presque volatile, et surtout dangereux pour celle qui connaît la vérité, Mattilda. Mais tant que Kelsey reste insaisissable, les choses suivent leur cours, avec juste ce qu’il faut d’optimisme et d’humour. Mais nous savons bien que les allégations de ce même Kelsey vont porter leurs fruits et que cette sorte de béatitude (innocence ?) ne va pas durer. C’est quand le fils Rawlins (Albert Salmi) est tué après avoir obtenu la main de Rachel que le film, au rythme fort calme, va s’emballer et surtout que la violence va s’installer.

 

Bien sûr, la violence est inévitable dans un western, mais ici, elle prend une dimension particulière parce que chose peu commune dans ces films à cette époque, les deux femmes principales (Mattilda et Rachel) vont y participer, tuant de sang froid les Indiens venus les attaquer. Même Ben, qui jusque là apparaissait comme un homme pacifique et respectueux des Indiens, va devenir un tueur d’Indiens sans pitié, en (presque) totale opposition avec son attitude initiale.

C’est très certainement ce dernier changement qui plombe le propos du film et le détourne de son but original (mais pas partagé).

 

Alors oui, ça devient un banal film de cow-boys, où un bon Indien reste un Indien mort et où ce qui a pu être tenté vers un rapprochement reste une idée passagère, définitivement abandonnée avec l’assaut final.

Dommage.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Guerre, #Drame, #Irvin Willat
Sublime Infamie (Behind the Door - Irvin Willat, 1919)

Le capitaine Krug (Hobart Bosworth) a quitté la mer pour s’installer comme taxidermiste à Bartlett (Maine). Pourquoi ? Il est amoureux de la belle Alice Morse (Jane Novak), la fille du potentat local (J.P. Lockney), banquier de son état. Ce dernier refuse cette union et va profiter d’un élément important pour se débarrasser de cet homme encombrant : la déclaration de guerre (nous sommes en 1917).

En effet, Krug étant un nom allemand, les habitants de Bartlett ont rapidement effectué le raccourci que Krug est un Hun et qu’il faut s’en débarrasser.

Mais la bravoure de Krug, une fois démontrée, empêche un lynchage en règle et ce dernier, accompagné d’autres, va partir combattre les « vrais » Allemands.

 

Encore une fois, les traducteurs français se sont surpassés ! Au-delà de la dichotomie, c’est l’aspect racoleur que je réprouve : le titre original (Derrière la Porte) donnait une dimension mystérieuse autant que prémonitoire à cet accessoire indispensable. Parce que des portes, il y en a dans ce superbe film d’Irvin Willat.

  • celle qui protège Krug de ces concitoyens en colère ;
  • celle qui voit Alice pénétrer dans son atelier ;
  • celle qui cache cette dernière dans le bâtiment militaire ;
  • celle que referme l’infâme commandant de sous-marin allemand (Wallace Beery), abandonnant Krug à un sort cruel…

J’arrête là cette énumération exhaustive sans toutefois oublier celle qui donne son titre (original et français) au film, sommet de l’horreur (1) cinématographique en 1919 !

 

La date de sortie du film a son importance parce que Willat situe son film dans le futur : nous sommes en 1925. Il s’agit donc d’un grand flash-back où nous comprenons pourquoi son retour : six ans se sont écoulés (dans le film comme dans la vraie vie) et la boutique de taxidermie est devenue la cible des jets de pierres des enfants. Bien sûr, c’est cette « sublime infamie » qui est la cause de cette déchéance.

Et si le date annoncée en ouverture paraissait étonnante pour un film de 19, la résolution de l’intrigue (ce qui est derrière la porte) nous explique pourquoi Krug revient « seulement » de la guerre à cette date tardive, de même que le dialogue (muet, cela va de soi, mais sans intertitre explicatif) avec les enfants qui vont malgré sa présence casser un des rares carreaux encore fixé.

 

Avec ce film, Irvin Willat – réalisateur oublié aujourd’hui – nous démontre qu’il savait faire des films et celui-ci possède de véritables atouts esthétiques dignes des plus grands maîtres du cinéma. Les différentes prises de vue de Blount & Taylor sont admirables, soulignées par une utilisation pertinente de la lumière (et donc de l’ombre) : la résolution de cette infamie sera d’ailleurs la projection d’une ombre sur cette ultime porte, la suggestion amenée par l’intertitre suivant faisant le reste. On notera aussi le très bel éclairage qui accompagne le retour de Krug dans son atelier, accentué par la teinte donnée à la pellicule qui baigne les différentes séquences du film.

 

Et si le film est superbe, c’est aussi grâce à sa distribution et surtout l’interprétation impeccable d’Hobart Bosworth. Son regard clair est exploité avec beaucoup de pertinence : alternant la douceur et la dureté, il rend ce personnage plus complexe que prévu. Et la confrontation avec Wallace Beery le voit modifier sans cesse ce regard, passant de la bienveillance à la colère avec beaucoup de bonheur, sans tomber dans l’excès, accentué par des plans de coupe qui trahissent les véritables sentiments que lui inspire le véritable personnage infâme du film.

 

Un film à (re)découvrir : une de ces pépites dont le cinéma muet – un tantinet méprisé parce que muet (2) – est riche, démontrant – une fois de plus – qu’il ne se réduisait pas à des coups de pied au derrière et/ou des tartes à la crème (3).

 

 

  1. Suggérée, bien sûr !
  2. Et en plus, c’est en noir et blanc !
  3. Cela ne m’empêche pas de bien aimer aussi cet aspect burlesque. Rappel : « Un coup de pied, quand il est bien donné, peut faire rire le monde entier » (Jacques Prévert).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Allan Dwan, #Gloria Swanson, #Ford Sterling
Vedette (Stage struck - Allan Dwan, 1925)

Vous prenez Gloria Swanson, vous la placez dans une histoire un tantinet comique et vous avez un grand film.

Certes, c’est un tantinet raccourci, mais il n’empêche : Allan Dwan dirige (encore une fois) l’immense Gloria Swanson, et c’est un film formidable.

Je rappelle que Sam Wood l’avait dirigée trois ans plus tôt, et en plus avec l’autre immense star Rudolph Valentino, pour un résultat assez minable compte tenu de ce qu'on était en droit d’attendre.

Mais Allan Dwan n’étant pas Sam Wood, il savait vraiment tirer partie du meilleur de ses interprètes, surtout quand ceux-ci (ou en l’occurrence celle-ci) étaient de grandes stars.

 

Tout commence par le triomphe d’une immense comédienne (Gloria Swanson), star incontestée de la scène mondiale, jalousée par les grands de ce monde que tous veulent épouser. A son service, un cuisinier qui lui mitonne les plus improbables et plus délicieux plats imaginables (Lawrence Gray), nourri qu’il est lui-même de l’aura de cette immense personne qu’il a le privilège insigne de servir.

Sauf que Jenny Hagen (Gloria Swanson) ne fait que rêver cette vie de star et que si Orme Wilson (Lawrence Gray) est cuisinier, c’est pour un boui-boui où, s’entassent et se relaient les ouvriers (et ouvrières) de l’usine proche.

Le seul (vrai) problème pour Jenny, secrètement amoureuse d’Orme, c’est que ce dernier aime les « actrices ». Et comme le River Queen de Buck (Ford Sterling) amène régulièrement de nouvelles actrices, la concurrence est rude pour Jenny. Et la dernière arrivée est des plus coriaces : Lillian Lyons (Gertrude Astor).

 

.Comme je l’ai écrit plus haut, c’est un véritable plaisir que ce film d’Allan Dwan, dirigeant l’une des plus grandes stars du cinéma (muet en non), dans un rôle très éloigné de ce qu’elle a pu tourner chez DeMille. Mais ce qui fait la force de ce film, c’est la portée comique de cette même Gloria que Dwan a su – à de nombreuses occasions – tirer. Elle est absolument éblouissante et Dwan, par l’intermédiaire de son chef-opérateur George Webber dont ce n’est pas la première collaboration (ni la dernière).

 

Il y a chez Swanson un naturel dans le rôle de Jenny Hagen qu’on lui retrouve – d’une façon différente – dans ses rôles de grandes bourgeoise chez DeMille. Elle donne le meilleur d’elle-même et en plus, elle est très drôle !

La séquence de répétition d’actrice devant son miroir (déformant) est un grand moment de comédie, au même titre que Colleen Moore entraînant ses yeux dans Ella Cinders. Et d’une façon générale, la caméra de Webber est toujours au bon endroit et &u bon moment, variant les points de vues et surtout les cadrages.

 

A ses côtés, si Lawrence Gray est tout à fait acceptable, on notera la performance de Gertrude Astor, déjà dans un rôle de rivale (cf. Kiki, l’année suivante), mais avec un mauvais goût totalement assumé que même Sadie Thompson (encore Gloria Swanson) n’aura pas trois ans plus tard !

Elle n’en demeure pas moins très belle, mais ne peut décidément pas rivaliser avec les extraordinaires yeux de la belle Gloria ! (1)

 

Bref, un film ô combien réjouissant où Dwan et Swanson s’amusent, avec la manière. Et le spectateur aussi !

 

Indispensable !

 

  1. Quand Kevin Brownlow réalisera son indispensable Hollywood (1980), à chacune de ses interventions, on ne pourra que voir ses magnifiques yeux bleus, malgré ses 80 ans !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Lloyd Ingraham, #D.W. Griffith
Hoodoo Ann (Lloyd Ingraham, 1916)

Abandonnée un vendredi 13 devant l’entrée d’un orphelinat, Hoodoo Ann (Mae Marsh) n’a jamais eu une vie facile : employée aux basses besognes pendant que ses camarades s’amusent, elle est rejetée par ces dernières quand elle s’en approche.

Son surnom lui vient de la servante de l’orphelinat, Cindy (Madame Sul-Te-Wan). Cette dernière lui prédit que le mauvais sort (hoodoo) ne la quittera que quand elle se mariera. Pourtant, quand un incendie se déclare, sa vie va complètement changer : ayant sauvé la préférée de l’orphelinat – Goldie (Mildred Harris) – elle est recueillie par les Knapp (Wilbur Highby & Loyola O’Connor) qui vont l’adopter.

Mais le mauvais sort ne la quitte pas pour autant…

 

Mae Marsh et Robert « Bobby » Harron en tête d’affiche qui n’est pas réalisé par Griffith, en 1916 ? En fait, Griffith n’est pas loin, puisqu’il signe le scénario (1) et a bien entendu supervisé le travail. Mais on comprend qu’il ait délégué ce film à Ingraham : il était alors absorbé par son formidable Intolerance.

Et Ingraham, réalisateur très prolifique n’est certainement pas Griffith : son film est un tantinet bancale et ne possède pas le sens de la tension dramatique du maître. Pour preuve, l’incendie qui aurait dû être traité avec beaucoup plus de rythme et surtout un montage plus dynamique. Au lieu de cela, cette scène qui est le basculement dans la vie d’Ann n’est qu’anecdotique, comme si Ingraham n’avait qu’une envie : passer à la suite.

 

Cette suite semble mieux lui convenir : débarrassé des ressorts griffithiens, il oscille entre la comédie – le couple Higgins – et la tragédie – Ann croyant avoir tué accidentellement le mari (Charles Lee) – mais sans véritablement se positionner et on retrouve bien sûr le même sens moral que chez D.W. Ann ne peut épouser le jeune Jimmie Vance (Robert Harron) puisqu’elle a tué Higgins.

Et cette oscillation va tout de même un brin plomber le film : je l’ai déjà écrit ici, il faut aller franchement d’un côté ou de l’autre, ce que ne fait pas Ingraham. Pourtant, il avait de la matière avec ces mêmes Higgins : une mégère imposante (Anna Dodge) et son mari filiforme, tous les deux portés sur la boisson – lui plus qu’elle bien sûr – offrent alors des ressorts burlesques qu’Ingraham ne va pas exploiter pleinement, restant dans une intrigue un peu trop sage.

 

On notera tout de même quelques éléments techniques remarquables (même si peu originaux) : le flash-back qui va innocenter Ann ou la mise en abyme qui voit nos deux héros se rendre au cinéma.

Cette dernière séquence est d’ailleurs le déclencheur de la deuxième partie du film qui voit la transformation de la vie d’Ann. Mais là encore, Ingraham fait dans la demi-mesure. Ann et Jimmie visionnent un western où le héros (Carl Stockdale) n’est pas sans rappeler un autre cow-boy de premier plan en 1916 : William S. Hart. Mais comme expliqué plus tôt, même cette séquence est en demi-teinte (entre la tragédie et la parodie) et à nouveau, on reste sur sa faim.

Seul véritable intérêt de cette séquence : la présence en sous-impression (c’est le film qui est en surimpression) d’un pianiste qui accompagne le film auquel assistent nos deux héros, témoignage des séances du cinéma muet.

 

PS : autre élément gênant dans ce film, et qui concerne la séquence cinéma, la présence d’un personnage qui va suivre le couple et s’installer derrière eux dans la salle. Les différentes prises de vue le montre qui ne s’intéresse pas au film mais plutôt à la jeune femme. Et quand cette séquence s’achève, on ne voit plus ce personnage. A quoi a-t-il donc servi ?

 

  1. Granville Warwick, c’est lui !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Philippe Fourastié
La Bande à Bonnot (Philippe Fourastié, 1968)

18 mai 1912 : le petit Quotidien titre que c’en est fini de Jules Bonnot (Bruno Crémer) et de sa bande après l’explosion du pavillon dans lequel il s’était retranché.

Tout commence au début des années 1910, quand Raymond Callemin dit « La Science » (Jacques Brel), avec ses acolytes Carouy (François Dyrek) et Soudy (Dominique Collignon-Maurin) – tous anarchistes notoires – décide de passer à l’acte et d’entrer dans l’illégalisme. Ils font alors la rencontre de Bonnot qui va les emmener vers le brand banditisme moderne et surtout une fin tragique.

 

 Tourné alors que les célèbres Evénements de 1968 se déroulaient, on retrouve d’une certaine façon les idées libertaires de Bonnot et sa bande dans l’actualité du tournage, et surtout, un écho de la période. Attention toutefois, les manifestants de 68 n’ont pas vraiment de rapport avec la violence utilisée par Bonnot et ses complices.
Il faut dire aussi que le film de Philippe Fourastié, s’il semble dans l’air  du temps n’est absolument pas un plaidoyer pour l’idéologie de Bakounine. La seule véritable discussion anarchiste à laquelle nous assistons se termine par la sécession de Raymond et ses amis. Fourastié se concentre beaucoup sur les différents coups montés par cette bande de criminels : la révolution dont parle Callemin ou l’anarchie de Bonnot n’ont que très peu de chose à voir avec les idées originales : ces messieurs ne sont rien d’autre que des assassins.

Et la première démonstration – l’attaque de la rue Ordener – nous prend à froid. Nous sommes habitués aux casses cinématographiques où on menace, on prend l’argent et on part, alors les coups de feu « gratuits » donnent le ton : malgré les justifications (fallacieuses) de Raymond), ce sont de terribles criminels.

 

Certes, Fourastié est servi par une belle distribution – Brel, Annie Girardot (Maria) et Crémer en tête – mais on peut tout de même trouver un goût de trop peu à cette épopée peu reluisante. Et pourtant, le premier casse possède un panache qu’on ne retrouvera qu’un peu lors du siège final. Quand Bonnot et ses complices fuient la rue Ordener en voiture (1), il y a du souffle épique de western, et on se réjouit. Mais ce souffle va être rapidement coupé et Fourastié va enchaîner les différents épisodes qui mènent à la fin tragique annoncée sans beaucoup de recul ni beaucoup de subtilité : ça tue, essentiellement.

 

On n’a aussi qu’une brève séquence qui suit l’arrestation de Callemin & consort : si Brel y est toujours aussi magnifique, on reste tout de même sur sa faim, et surtout, on arrive mal à identifier s’il s’agit d’un procès ou seulement d’un interrogatoire.

Est-ce l’actualité autour du tournage où la maladresse de Fourastié (2), mais j’ai tout de même l’impression que le film ne va pas bien loin dans le traitement de cette histoire. On aurait aimé un peu plus de profondeur dans ces personnages et surtout un peu plus de développement de certains points. Mais voilà, nous n’avons rien de tout ça et quand Bonnot meurt, on se dit que c’est un peu tôt, que là aussi, il manque quelque chose.

 

Dommage. Toujours est-il que Philippe Fourastié se rattrapera dans sa réalisation suivante, qui n’est pas sans rappeler ce film : Mandrin, une mini série sur le bandit de grand chemin du XVIIIème siècle. Il y prendra le temps d’exposer son histoire (6 fois 55 minutes), contribuant ainsi à sa qualité et à son succès. On y retrouvera d’ailleurs de nombreux interprètes de La Bande à Bonnot, dont Pierre Fabre (Mandrin) qui a cosigné ici le scénario et dirigé la deuxième équipe.

 

  1. Technique totalement novatrice pour l’époque qui obligera la police à se doter de voitures : à bicyclette on va beaucoup moins vite…
  2. Je n’y crois pas beaucoup.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #George Melford
Young Romance (George Melford, 1915)

Nellie Nolan (Edith Taliaferro) travaille au rayon parfumerie d’un grand magasin et rêve d’une vie aisée, dans des palaces, comme les jeunes aristocrates dont elle lit les aventures dans les feuilletons à quatre sous. Tom Clancy (Tom Forman) travaille dans le même magasin, au rayon quincaillerie, et rêve d’aventures, comme celles de ce jeune homme dont il lit les péripéties dans le même feuilleton que Nellie.
Un jour, c’est décidé, ils vont vivre leur rêve : fréquenter les palaces pour y trouver l’amour (pour elle) et l’aventure (pour lui).

Et bien entendu, ils vont fréquenter le même palace et se rencontrer.

Mais ils vont aussi rencontrer d’autres personnages, pas toujours bienveillants…

 

Cecil B. DeMille, qui parraine ce film, avait donc un frère aîné qui fut éclipsé par son succès, et dont la découverte de ses différentes productions est toujours un ravissement. Ici, il n’est crédité qu’au scénario, mais on peut se demander où s’est arrêté son rôle tant ce film ressemble à ce qu’il a pu réaliser par la suite : il faut dire que cescénario s’appuie sur une pièce qu’il a lui-même écrite, étant avant tout un homme de théâtre. De même, on sent la présence du frère cadet dans une courte séquence où les éclairages sont magnifiques. Sans oublier un habitué des films de Cecil B. : Raymond Hatton (Jack, l’ami de Tom).

 

Si Cecil B. a très souvent décrit les aristocrates américains et leurs intérieurs fabuleux, William, quant à lui, reste toujours près des petites gens et ces deux héros ne font pas exception : on se demande d’ailleurs comment ils ont fait pour ne pas rencontrer sur leur lieu de travail... Mais pas longtemps parce que c’est là qu’est tout le sel de cette intrigue bine improbable mais tellement réjouissante.

George Melford a su s’entourer d’acteurs dont le jeu reste très juste, un tantinet stéréotypé – c’est indispensable dans une comédie – et soutenu par un montage équilibré qui a l’avantage de mettre en valeur les (belles) images du chef-opérateur, William Stradling, que de Mille (1) retrouvera pour son deuxième film en tant que réalisateur l’année suivante (The Raggamuffin).

 

Mais comme nous sommes en 1915, les deux « stars »du film ont vite été oubliées par la suite – et encore plus maintenant ! – et ce malgré leur prestation plus qu’honorable. Edith Taliaferro – qui n’a fait que très peu de films – alterne avec bonheur les différentes pulsions de son personnage : l’enthousiasme de la jeune Nellie qui découvre cette vie (temporaire) de riche, et la retenue, voire la morgue d’Ethel van Dusen, cette héritière dont elle usurpe l’identité.

On notera aussi la présence d’Al Ernest Garcia dans un rôle similaire à celui de Tom : le comte Spanioli, qui n’est pas plus comte que vous ou moi (2) : véritable escroc coureur de dot, il n’hésite pas à éliminer ceux qui sont sur son chemin pour arriver à Ethel/Nellie. Le négatif de Tom, véritable personnage positif de ce film.

 

Au final, si nous ne sommes pas dans le Scheik, Melford nous propose un « petit » film très réjouissant, servi par un scénariste  de première catégorie (voire plus), le tout sous l’œil attentif d’un autre géant, et non des moindres.

Alors, ne boudons pas notre plaisir !

 

  1. William : notez la différence d’écriture des noms par les deux frères.
  2. En tout cas, moi, je ne le suis pas…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Nell Shipman, #Bert van Tuyle
Something new (Nell Shipman & Bert van Tuyle, 1920)

Tout part d’un pari. Deux policiers se lancent un défi : la jeune recrue ira en voiture là où le vieux briscard se déplacera à cheval, et en plus, il arrivera avant lui. S’ensuit une course à travers champs et autres obstacles naturels. Le tout sous l’œil attentif et curieux d’une romancière en quête d’inspiration (Nell Shipman).

Mais cette course ne nous intéresse pas. Nous allons suivre de notre côté les péripéties que va vivre une jeune femme (Nell Shipman) prisonnière d’une bande de ruffians menés par l’infâme Agrilla Gorgez (Merrill McCormick), réfugiés dans la Cuisine de l’Enfer (Hell’s Kitchen).

Mais Bill Baxter (Bert van Tuyle) veille et à l’aide de sa voiture, va retrouver la jeune femme et échapper aux bandits.

Vous l’avez bien deviné (enfin j’espère), c’est la romancière du début qui imagine cette course poursuite folle : à travers un paysage franchement inamical, la voiture va poursuivre les bandits et être ensuite poursuivie par ces mêmes bandits dans un décor accidenté qu’elle va réussir à franchir et sauver ses deux occupants. Bref, une magnifique publicité pour cette voiture qui en voit de toutes les couleurs (même si le film est en noir et blanc !).

 

Il s’agit ici du premier film de Nell Shipman en tant que réalisatrice, associée avec Bert van Tuyle qui était alors son compagnon et avec qui elle va traverser la première moitié des années 1920s. Non seulement ils ont codirigé le film, mais ils en ont écrit l’histoire et la belle Nell a en plus assuré la production.

Résultat : un western moderne, pour 1920 comme cent ans après. En effet, l’utilisation de la voiture comme tout terrain ancre définitivement l’intrigue dans le vingtième siècle, et le rôle interprété par Nell Shipman va à contre courant de ce qui était alors proposé aux jeunes femmes dans les westerns de cette époque : malgré ses allures de frêle jeune fille, elle a une grande force de caractère et sait faire beaucoup de choses qu’on n’attendait pas alors : elle conduit une voiture- tout-terrain avec autant de brio que son partenaire et surtout elle sait tirer au revolver – et au pistolet (1) – avec justesse, descendant un méchant qui est à leurs trousses.

 

Mais cette histoire de poursuite en voiture (de chaque côté : poursuivante et poursuivie) a ses limites et surtout une de taille : on se lasse. Une fois la voiture arrivée à Hell’s Kitchen, on se prépare à une résolution classique avec échanges de coups de feu et méchant tué mais non : la poursuite recommence avec les bandits – à cheval – qui courent après la voiture conduite alternativement par les deux héros. Et même quand on arrive à un cul-de-sac, une autre issue est révélée par le soleil naissant, relançant cette inlassable (sauf pour nous) poursuite jusqu’à sa résolution attendue mais tout de même plutôt violente : la dernière image que nous avons de Gorgez n’est pas des plus subtiles.

 

Au final, si la poursuite s’éternise un peu trop, on aura tout de même beaucoup de plaisir à retrouver Nell Shipman, une des rares femmes réalisatrices de Hollywood, dans un rôle qui ne se cantonne pas à de la figuration mais bel et bien une place au même niveau que son partenaire voire un peu plus : blessé, il s’en remet à elle qui va à la fin les sortir définitivement de cette situation on ne peut plus dangereuse.

 

  1. Si vous ne connaissez pas la différence entre les deux, je vous encourage à vous renseigner au plus vite.

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